mardi 29 janvier 2008

Chanderi chérie

Lors de notre premier matin dans la petite localité de Chanderi, pour nous faire plaisir, du moins le pensait-elle, l`administration de notre "hôtel" a fait dresser la table dehors pour le petit déjeuner. J`ai beau être Canadien, je ne suis pas immunisé contre le froid pour autant. Or, il faisait 5 degrés Celcius. Déjà pas adepte des terrasses, vous pouvez imaginer alors ce que je pouvais penser. Pourtant, difficile de contester: le serveur est si fier de l`idée et tellement plus frigorifié que nous. Grelotant, il me montre ses trois épaisseurs de vêtements: un t-shirt, une chemise et un débardeur. Moi, je porte un t-shirt, un chandail en polar, une veste en polar et un coupe-vent... et je suis gelé jusqu`aux os. Je décide donc de sourire. Avec toute la générosité du monde, il nous introduit le repas en nous en désignant chaque élément du doigt comme s`il s`agissait d`aliments aussi exotiques que mystérieux: "Toast", "Jam", "Butter", "Corn Flakes", "Milk", "Tea". Lorsqu`il en vient à "Spoon", "Plate" et "Cup", je finis par comprendre qu`il veut plus nous montrer sa maîtrise de l`anglais que nous informer!

En fin d`après-midi, cette même journée, lors d`un arrêt avant notre départ pour le restaurant où nous mangerons le souper, nos co-voyageurs allemands font remarquer à notre guide, Animesh, qu`il y a une drôle d`odeur dans leur chambre. Il en fait la remarque à un des "boys", puis nous quittons. A notre retour, vers 21h00, à mon entrée dans notre chambre, je remarque immédiatement une forte odeur. Genre oeufs pourris. Insoutenable. Je fais venir notre guide qui constate du nez. Le gérant n`est pas là. Il n`y a que les serveurs. On exige et obient sans discussion un changememt de chambre. C`est alors que je me questionne sur la senteur. Ça me rappelle quelque chose. Ah, oui! C`est le gaz naturel qui sent ça! Ça ne peut pas être le chauffage, il n`y en a pas. Je vais donc trouver à nouveau Animesh dans sa chambre. Je lui recommande, dans le sens d`ordonne, de faire immédiatement vérifier la cuisine... et de ne pas y aller avec une chandelle! Que les employés éteignent leur cigarette autour de l`hôtel! Après vérfication, on me confirme qu`un serveur avait oublié de fermer le gaz après avoir préparer le thé... de 17h00!

Le second matin, suite à une "suggestion" de ma part, nous sommes invités à manger à l`intérieur. Remarquez qu`avec des murs et un plancher en ciment, des fenêtres pas isolées et fissurées, des embrasures sans portes, et assis sur des chaises de métal, il fait encore 5 degrés au thermomètre. Au moins, il n`y a pas de vent. Mais il n`y a pas de soleil non plus. Rien n`est parfait! Notre serveur s`extasie devant la longueur des cheveux de Caro. Je tente toujours de communiquer le plus possible avec les gens, malgré la barrière linguistique. Je fais donc une "blague" sur la longueur des miens en les montrant du doigt. Sans se gêner, et avec un enthousiasme incontrôlable, le serveur plonge ses mains dans mes cheveux et se met à les caresser en déclarant: "Very nice hair! I like your hair!" Heureusement, nos amis voyageurs finissent par arriver, ce qui permet de distribuer l`attention et l`affection. Ce matin, on nous offre des sandwichs aux patates et aux épices. Un peu lourd et dur à digérer pour débuter une journée, mais encore une fois, il y a tant de joie... et d`insistance de la part du serveur qu`il est impossible de refuser.

Vous l`aurez compris, Chanderi en est à ses balbutiements côté tourisme et hôtellerie. Bien peu de gens viennent s`égarer ici. Il n`y a que deux modestes lieux d`hébergement, et tout étranger devient instantanément une vedette locale dès son arrivée. Ainsi, lorsque Caro et moi sommes allés prendre une marche dans la ville, nous nous sommes attardés pour regarder des enfants jouer au cricket. En deux temps trois mouvements (pas très grâcieux d`ailleurs), me voilà au baton devant une foule de gamins en délire. Même phénomène lors de notre promenade du lendemain dans le marché. Les commerçants, contrairement à ceux des endroits très visités, ne cherchent pas à nous vendre quoi que ce soit. Il m`a suffit de m`arrêter un instant pour répondre à un homme me demandant de quel pays je viens pour qu`un attroupement d`une trentaine de passants se forment autour de nous. Ils posent des questions, nous regardent avec curiosité, pouffent de rire. Lorsque je leur dis que leur ville est la plus propre et la plus calme que nous ayons vue en Inde, ce qui est la vérité, leurs yeux se mettent à pétiller.

A Chanderi, il y a aussi un homme fantastique: Kalley Bhai. Historien et archéologue amateur, musicien et chanteur par plaisir, ce self-made man indien est un véritable héros local. Après avoir été reçus chez lui pour le souper, nous le retrouvons le lendemain pour une visite de la ville et des environs: la mosquée, les temples jaïnistes et hindous, des peintures mésolithiques et paléolitiques sur les parois rocheuses bordant la rivière tout y passe. L`homme est passionné par la riche histoire de son coin de pays. Il s`est même donné pour mission d`en faire reconnaître la valeur et d`obtenir une reconnaissance de divers sites comme faisant partie du patrimoine national. Pas évident dans un pays pauvre qui regorge de monuments à protéger. N`empéche, il a atteint son but pour le palais qui est en restauration. Grâce à son action, 500 emplois ont été créés. Un vrai miracle économique. Le tourisme, il l`espère, pourra maintenant fleurir dans son patelin.

Et voilà justement pourquoi je suis inquiet!

Pourquoi, après tout ce que je vous ai dit sur Chanderi et son épanouissement, suis-je si inquiet? Parce que je crains les conséquences des succès annoncés et souhaités. En sera-t-il comme tant d`autres villes touristiques semblables que nous avons visitées? Sans doute que oui.

Tout à coup, le petit restaurateur du coin va décider de réorienter son affaire pour attirer des visiteurs. Qui le blâmerait? Il va traduire son menu, adoucir les épices de ses recettes, changer de musique. Peu à peu l`ambiance familiale... et indienne va céder le pas à celle supposément voulue par le touriste. Les habitués de la place ne s`y reconnaîtront plus et viendront de moins en moins. Tout à coup, des gens plein d`initiatives vont fermer leur commerce traditionnel, qui répondait bien aux besoins locaux, afin d`offrir des souvenirs, des films, des batteries, des connections internet, dont leurs concitoyens n`ont souvent rien à foutre. Et ils vont être nombreux à le faire. Trop nombreux. De bons voisins qu`ils étaient, ils vont se transformer en compétiteurs, en adversaires. Question de survie. Tout à coup, les rues paisibles et propres, vont devenir des lieux où l`on apostrophe pour vendre, où les étrangers jettent par terre leurs déchets, parce qu`ils ne voient pas la propreté. Ils ne voient que la poussière du sol et les excréments d`animaux, et comme en Inde les poubelles publiques n`existent pas, ils ne se sentiront pas mal de polluer. Tout à coup, les enfants, les vieillards et les handicapés vont se mettre à mendier, contre une photo, une chanson, une aumône, ils vont se mettre à dépendre des touristes et à les attendre. Bref, tout à coup, c`est tout le tissu social qui va s`effilocher.

Vous croyez que je suis un pessimiste fini? Pourtant, les hippies ont bien tué Pushkar. Le petit lieu de pélerinage où les hindous venaient chercher Brahma s`est transformé en lieu de perdition. La foi et culte sont devenus marchandise et marchandage. La ville en a perdu son âme. Désormais, on y trafique de la drogue et une prostitution de plus en plus juvénile y fleurit. Qu`arrivera-t-il à Chanderi? Shiva seul le sait. Une chose est sûre: bientôt, il n`y aura plus de serveurs plein de candeur qui vous joueront dans les cheveux en toute naïveté.

samedi 19 janvier 2008

Comment je me sens...

Votre passion pour la circulation routière indienne s`étiole? Vous savourez mon humour noir, mais aimeriez avoir d`autre chose à vous mettre sous la paupière. En fait, vous voulez savoir comment je me sens. Mes lectrices féminines me l`ont demandé par courriel. Et le mâle alpha (lecteur typique de ce blogue) se ronge de curiosité: MatBeat vit-il des émotions? Vous avez épluché les tabloïds pour découvrir la vraie vérité. Malheureusement, Madonna est également de passage dans le Rajasthan. Elle m`a quelque peu éclipsé. Et c`est bien tant mieux, je peux (enfin) magasiner en paix. Ok, ok, je cesse de tourner en rond. Voici.

Ici, comme partout ailleurs, il y a des choses magnifiques à voir et incroyables à vivre. Les forts, les temples, le Taj Mahal sont des endroits fascinants à visiter. Cependant, il est difficile de sortir de ces lieux et de croiser la misère sans sentir monter sinon la colère, à tout le moins des questions.

Peut-on être heureux en traversant l`Inde? A mon avis, à moins d`être un fieffé salaud, non. Si l`on croit un tant soit peu en ce qui constitue supposément l`idéal commun que s`est donné l`humanité, à savoir les Droits de la personne, il est impossible de faire un tel voyage sans se sentir profondémment troublé. Certains diront que c`est mon éducation judéo-chrétienne qui me hante. Je ne peux dire que ceci: impossible de se prétendre humaniste tout en faisant du tourisme avec la conscience tranquille dans un pays en voie de développement.

Est-ce que je m`habitue à cette injustice? Malheureusement et... heureusement, oui. Malheureusement parce que le 223e enfant pauvre qui tire sur ma manche ne souffre pas moins que les précédents. Heureusement, parce que sinon je ferais une dépression jusqu`à mon retour en Europe.

Qu`est-ce qui me permet de trouver un équilibre entre réflexion et désespoir? Intrepid a une fondation qui supporte de nombreux projets d`aide humanitaire. Et dans chaque voyage, on nous en présente au moins un. Ainsi, nous sommes allés visiter un foyer recueillant des jeunes filles de la rue. Là, elles peuvent recevoir une éducation et fabriquer des bijoux qu`elles vendent par la suite. J`ai passé une demi-heure à parler avec l`une d`elle.

Tulsi a 15 ans. Ses parents sont morts alors qu`elle était toute jeune. Son oncle et sa tante ont dû s`occuper d`elle et de ses frères et soeurs. A huit ans, on l`a mariée, évidemment à un homme qu`elle ne connaissait pas et sans son consentement. Un jour, elle s`est enfui et s`est retrouvée dans la rue. Je ne lui ai pas demandé comment elle a survécu. Je ne suis pas certain que je voulais savoir.

La jeune fille parle un meilleur anglais que moi. C`est sa matière préférée à l`école. Elle est articulée et pose de très bonnes questions. Elle me fait parler de ma famille et se montre enchantée de rencontrer Caro. J`ose donc lui demander qui va décider de son mariage si elle choisissait de se trouver un nouveau mari. Elle me regarde franchement et me dit que personne n`aura à le faire puisqu`elle ne veut plus jamais avoir d`homme dans sa vie.

Ou est l`espérance? Il n`y a pas si longtemps, Tulsi voulait devenir policière pour aider les gens en difficulté. Elle a changé d`idée et poursuivra son but en devenant travailleuse sociale pour soutenir des filles qui ont vécu la même chose qu`elle. Avec sa vivacité et sa détermination, je ne serais pas surpris qu`elle y parvienne.

Est-ce que je vous ai parlé de comment je me sens? Hum... Si vous savez lire entre les lignes, sans doute.
Roadtrip (2)

Comme promis, je reviens sur le sujet des déplacements en Inde. Pourquoi? Parce que c`est le principal choc culturel que je vis dans ce pays. Avant de venir ici, j`avais été impliqué dans une seule situation routière qui aurait pu me coûter la vie. Désormais, il y en tant que je ne les compte plus...

Pour saisir que je n`exagère pas, je vais tenter modestement de vous faire un portrait de la chose.

Sur toutes les routes, je dis bien toutes, on peut retrouver des autobus (véhicules vieillots et imposants pouvant transporter autant de gens qu`on peut y entasser assis et debout, de même que parfois sur le toit), des voitures, des motocyclettes, des mobilettes, des scooters, des bicyclettes, des auto-rickshaws (sortes de petits taxis, hybrides entre la moto et le cart de golf), des cycle-rickshaws (taxi-bicyclettes), des charettes tirées par des chevaux, des boeufs ou des chameaux. Il y a aussi parfois des éléphants et toujours des piétons (même sur les autoroutes). Ah oui, j`allais oublier... les saintes vaches! Elles se promènent en tout liberté dans les rues comme sur les nationales et se dénombrent par centaines.

Il y a quelques rares autoroutes bien entretenues. D`autres routes bien que générablement asphaltées sont parfois étroites ou à moitié pavées, ne permettant que le passage d`une voiture et demi. Le reste des voies de circulation sont en terre. Il n`y a pratiquement pas de signalisation routière, pas de panneaux de limite de vitesse ni de feux de circulation, sauf dans les grandes villes. Et de toute façon, s`il n`y a pas de policier pour gérer le tout, les gens n`en tiennent guère compte.

Il est fort probable qu`aucun mécanicien dans l`histoire de ce pays n`ait jamais eu à changer une ampoule de clignotant, car littéralement personne ne les utilise. En Inde, on conduit au klaxon. Les conducteurs s`en servent pour signaler leur présence. On veut dépasser, on klaxonne. A partir de là, tout le reste n`est géré que par une seule autre règle: celle du plus fort. C`est une "game" de nerfs. Qui va flancher sous la peur. Exemple? Sur une grande route avec une voie dans chaque sens, un autobus décide de doubler un camion lourd. Pendant ce temps, une fourgonnette transportant des touristes intrépides décide de passer une calèche tirée par un quelconque mammifère fatigué. Détail, il peut arriver qu`une moto s`immisce au milieu de tout ça, mais c`est un élément négligeable dans l`équation. Il ne reste que deux questions: est-ce que les deux "dépasseurs" vont y arriver sans collision frontale et, sinon, est-ce que l`un va céder à l`autre, inspiré soudainement par l`un des 360 millions de dieux du panthéon hindou.

En tout cas, il ne fait pas de doute que plusieurs d`entre eux existent et veillent sur Caroline et moi. La semaine dernière, à Jaipur, en revenant à notre hôtel alors qu`il faisait noir, notre cycle-rickshaw s`est coincé avec celui de nos amis voyageurs alors que nos conducteurs respectifs tentaient un virage en U dans un quatre voies. L`autobus qui fonçait vers nous est passé à quelques pouces de nos frêles véhicules...

Désolé, mais même après deux semaines, je ne m`y fais pas. Je plonge le plus souvent possible mon regard dans un livre. Mince consolation pour mon orgueil: j`ai appris que ma belle-soeur, en visite en Inde l`an dernier, payait les services d`un cycle-rickshaw simplement pour traverser la rue...
Basic communication in India

Marcher en Inde ne va pas sans harcèlement. Tout le monde nous interpelle. Toujours pour vendre ou pour quêter.

English for hindi speakers

Les enfants de la rue, tout comme les mendiants plus âgés, bien qu`ils ne parlent pas la langue de Shakespeare, n`en maîtrisent pas moins les mots-clés. Evidemment, tout le monde sait dire "Hello" et "Bye, bye!", mais aussi "What country?", question permettant d`entrer en contact avec le touriste. Si on repond "Canada", on a droit à la réplique "Vancouver" ou "Toronto". L`avantage? Souvent, on a ralenti le pas pour répondre ou on s`est même arrêté. Grave erreur, car repartir peut devenir tout un défi.

D`autre part, tous sont capables de dire: "One photo!", expression répétée jusqu`à l`épuisement (soit de notre patience ou de la leur) et voulant dire: "Je te laisse me prendre en photo et tu me donnes un peu d`argent." Des vieux se promenant avec une vache colorée et défraîchie, des musiciens talentueux jouant des airs indiens et des moins doués faisant grincer un "Frère Jacques" désagréable et saugrenu, des belles jeunes filles en sari à la fois séductrice et impitoyable de dureté devant le refus, des faux fakirs jouant de la flûte pour faire danser de non moins faux serpents et surtout des gamins aussi souriants que miséreux, tous crient en choeur "One photo!". Devant l`échec monétaire, les enfants font montre d`un bilinguisme avancé en se rabattant sur d`autres demandes: "Chocolate?" ou "Chewing gum?".

Service essentiel

Dans un fort, nous avons été suivi pendant toute la visite par un vieil homme qui essayait de se faire passer pour un employé des lieux. Il avait choisi le métier de gardien de sécurité. Sérieux et autoritaire, avec une plaque de métal dorée accrochée tant bien que mal à son foulard, il a pris sa fonction très au sérieux. A chaque marche, il lançait: "Watch you step!". Pour toutes les portes basses franchies, il nous rappelait: "Mind your head!". Pour les chiures d`oiseaux, il s`exclamait: "Look out!". Lorsque, pendant un moment, aucun obstacle ne venait compromettre notre intégrité physique, il se contentait de nous dire "Ok! Ok!", tout en nous indiquant la direction à prendre... à la suite de notre guide. A la fin du parcours, il a évidemment tendu la main puisque le fort ne lui verse rien pour ses services.

Auto-défense

Comprenez qu`on ne peut faire trois pas sans se faire apostropher. Et si ce ne sont pas les mendiants, ce sont bien sûr les vendeurs de tout acabit. Il faut bien le dire, ça finit par tomber sur les nerfs. On veut rester poli, mais les "No, thank you!" et même l`ignorance intentionnelle ne suffisent pas. Pour ne pas sauter de coche et devenir carrément agressif, j`ai décidé de faire appel à mon célèbre humour. Que voulez-vous, on fait ce qu`on peut... Voici donc quelques unes de mes trouvailles:

"From what country?"
- Zimbabwe!
"Do you want batteries?"
- Sorry, I am allergic to them.
"Sari for you wife, sir?"
- It`s against our religion.
"Do you want elephant ride?"
- No, thanks, I have to in my backyard to play with."
"What do you want? I have everything you need."
- World peace.
"Sir, you need shaving! Come here."
- Thanks, but I am sexy like that!

samedi 12 janvier 2008

Roadtrip (1)

Si au départ, j`étais quelque peu gêné d`avouer que je faisais la partie asiatique de mon voyage avec un groupe, je ne le suis plus du tout. La compagnie, australienne, s`appelle Intrepid. Au début, on se dit que le nom sert à aider les mâles peureux (comme moi) à sentir que leur virilité et leur esprit d`aventure sont encore à peu près intacts.

Or, il n`y a pas fausse publicité du tout. Le mythe du voyage structuré facile et du voyage autonome ardu en prend pour son rhume, du moins dans ce cas-ci. En tout cas, une chose est sûre, si je voyageais seul avec Caro nous serions plus en sécurité, comme vous le prouveront mes deux prochains textes. Pourquoi? Parce ce que nous agirions comme d`habitude: on prendrait le train pour les grands déplacements, et le métro ou nos deux pieds pour découvrir les villes.

Ce n`est pas ce qui se passe. Ce n`est pas l`approche préconisée par Intrepid. Nous prenons les moyens de transport utilisés par les Indiens normaux, donc pauvres.

Il y a quelques jours, en quittant Keoladeo pour nous rendre dans un petit village dont je ne me souviens plus du nom et que vous ne pourriez pas trouver sur une carte générale du pays, nous avons pris un autobus. Je voudrais dire Voyageur pour vous situer, mais ce serait vous induire en erreur. Notre "Deluxe", produit du très populaire constructeur indien TATA (sans blague), est conforme aux attentes que l`on peut avoir envers un véhicule du Tier-Monde. Inutile de décrire, vous avez vu mille photos ou reportages en montrant.

Nous roulions depuis près de trois heures quand l`accident est arrivé. Il y a à certains endroits, même sur les grandes routes, des dos d`âne pour forcer (c`est le cas de le dire) les chauffeurs à ralentir dans certaines des zones de construction. Normalement, ces points surélevés sont peints en blanc, ce qui est supposé les rendre assez visibles pour que les conducteurs ralentissent malgré la vitesse. Dans les faits, ces derniers y vont de mémoire. Ils savent où sont les dos d`âne. Vous devinez la suite?

Notre conducteur n`a pas ralenti puisque dans sa tête il n`y avait rien sur la route devant lui. Nous étions assis dans les quatre dernières rangées. Il y a eu deux secousses, une au passage des roues de l`avant, une autre pour celles de derrière. Dans ces cas, c`est la queue de l`autobus qui absorde le gros du coup. Nous nous sommes donc tapés la tête deux fois sur le porte-bagages situé au-dessus de nous.

Malgré l`impact et les cris qui ont suivi, le chauffard, pardon le chauffeur, n`a pas eu l`idée de s`arrêter. Si nous ne lui avions pas ordonné de le faire, il poursuivait sa route. Nous avons alors pu constater les dégats. J`en ai été quitte pour une bosse et des raideurs au cou, heureusement que je dormais. Caro s`en est sortie indemne. Cependant, outre les pleurs et quelques états de choc, deux de nos compagnons de voyage semblaient plus durement atteints.

David est un Australien bâti solidement et pas particulièrement en contact avec ses émotions. A voir la face du bonhomme et tous les efforts qu`il déploie pour ne pas pleurer, on devine la douleur. Sue est une dame en très bonne forme dans la cinquantaine. Mais ses gémissements ne font pas de doute, elle souffre beaucoup. Avec de l`aide, David marche jusqu`à l`extérieur de l`autobus pour prendre un peu d`air et voir s`il peut bouger un peu. On allonge Sue sur les derniers bancs. Elle ne va vraiment pas bien. Une Indienne chrétienne (ça existe) s`approche d`elle, tombe en transe mystique et se met à prier sur elle. Les "Alleluia" et les "Jesus" fusent entre d`autres paroles en hindi. La scène est surréaliste.

Notre "group leader", malgré une légère blessure au genou, est au téléphone depuis l`impact. Il semble très compliqué de faire venir une ambulance où nous sommes. Il ne reste que vingt minutes de route avant d`arriver au point de rencontre où nous prendrons les jeeps pour la suite du trajet. Là, il sera possible de trouver des taxis pour aller à l`hôpital. Ceux qui sont sortis du bus embarquent donc à nouveau. Personne n`a regagné sa place lorsque le conducteur décide qu`on a assez perdu de temps. Il reprend donc la route! Il a fallu gueuler pour qu`il s`arrête encore. On ne parle plus d`accident, mais de manque de jugement, voire de stupidité pure et simple. On se réinstalle tant bien que mal avant de repartir. A chaque bosse sur la route, et Shiva sait qu`il y en a, David et Sue sont vrillés de douleur.

A point de rencontre, nous sommes descendus. Le groupe s`est séparé. Certains sont partis pour recevoir des soins. Les autres, encore sous le choc, sont grimpés dans les jeeps pour continuer la route en silence.

Bilan? David a réactivé une vieille blessure de rugby. Il a choisi de rester. Il se soigne à la bière plutôt qu`avec les médicaments prescrits par le médecin... Sue a une vertèbre de fracturée. Elle quitte le voyage avec son mari.

Ça peut arriver partout! Bien sûr. Incident isolé? A voir les caricatures et les éditoriaux sur la conduite automobile, on peut en douter. Habituellement, je sais comment bien puncher mes conclusions. Là, je reste sans mots. Je suis triste et inquiet... Allez, je vous en reparle bientôt.

vendredi 4 janvier 2008

Namaste!

Nous sommes partis avec deux heures de retard. Nous voyageons pourtant avec KLM. Un problème radio. Il a fallu qu`ils changent littéralement une partie du système de communication. Deux heures assis dans l`avion, car l`embarquement avait déjà eu lieu... On est donc arrivé avec deux heures de retard. Or, l`atterissage était prévu pour 23h00. Il était donc 01h00 du matin. De plus, il a fallu 40 minutes pour sortir de l`avion parce que nous n`étions pas attendus à cette heure et aucune "gate" n`était disponible. Nous étions près de 500 passagers sur ce vol, donc très nombreux à nous présenter aux douanes. Lorsque nous avons cueilli nos bagages, il était 2h30.

Pendant tout ce temps, d`Amsterdam à Delhi, et malgré tous ces retards, toutes ces longueurs, de l`embarquement à la sortie de l`aéroport, pas une récrimination, pas d`impatience, pas d`agressivité, pas d`insulte. Le grand calme. Des centaines de personnes. Et presque le silence. J`imaginais la même situation avec un vol empli de Français ou de Québécois... Pas sûr que ç`aurait été pareil.

Après avoir ramassé nos bagages, nous avons, Vishnu soit loué, trouvé notre conducteur, qui nous attendait depuis plus de trois heures. Il était là. Souriant. Arriver à Delhi by night n`est pas l`idéal. Je remercie chaque seconde Caro d`avoir réservé ce "taxi privé". Sinon, je pense que j`aurais capoté. Nous sommes en janvier, un épais brouillard flotte sur la ville. L`extérieur de l`aéroport n`est pratiquement pas éclairé. Il y a quelques mendiants, des chiens errants. Il aurait fallu trouver un taxi normal, et essayer d`éviter de se faire fourrer. Bon, on y serait arrivé. Mais on était crevé. Dans ce temps-là, les décisions sont plus difficiles. Déjà que les transitions entre les villes européennes étaient parfois occasion de tensions...

Puis, nous sommes partis en voiture avec notre ami-chauffeur. Le hasard a voulu que j`aie une ceinture, et Caro pas. Au bout de 10 minutes, j`avais imaginé un système simple et sécuritaire pour l`attacher aussi. Je tiens à ma femme! Moi qui suis nerveux en auto quand je ne conduis pas... Ayoye! Encore une fois, une chance que j`avais déjà été en Haïti... Il faudrait filmer ces expériences qu`aucun récit ou photo ne peut rendre. A moins de l`avoir vécu soi-même. On passe sur les rouges en faisant entendre son klaxon et en "flashant" ses lumières. On roule sur l`accotement. On freine brusquement. Dans le sens de brusquement. Finalement, nous sommes arrivés sains et saufs à notre hôtel après une "promenade" d`une demi-heure entre les camions lourds d`un autre siècle qui vous tassent sans ménagement, les motos qui slaloment et les bicyclettes qui errent sur l`autoroute. Vanés, nous nous sommes couchés dans notre grande chambre. Il faisait humide, voire froid. Heureusement, les couvertures étaient chaudes.

Ce matin, au petit déjeuner, les dames qui mangeaient à nos côtés nous ont démandé comment s`était passée notre arrivée. Devant ma surprise face au calme des gens à l`aéroport, l`une a simplement dit: "En Inde, nous avons l`habitude d`attendre."

Les chocs ne font que débuter... Bienvenue Monsieur Baboune!

mardi 1 janvier 2008

Beau pétard!


Chaque grande cité a sa façon de marquer le passage à une nouvelle année. Nous avons expérimenté celle d`Amsterdam. Choc culturel imprévu, s`il en est un! Ici, il n`y a pas qu`un grand spectacle pyrotechnique pour la ville. Ce n`est pas non plus tout "simplement" un feu d`artifice par quartier. Eh non:! A Amserdam, chacun lance ses pétards personnels. Résultats: le ciel s`illumine de mille et une couleurs. Au-dessus de chaque toit, il y a des flamèches. Dans chaque rue, on s`improvise artificier. Dans toutes les directions, les jeux de lumières plus ou moins sophistiqués nous font ouvrir les yeux. Et là, je ne parle pas du bruit infernal qui se répercute sur les bâtiments et ni de la fumée qui s`éleve dans chaque avenue. Spectacle étonnant, donc. Et difficile à décrire. Il faut le voir, l`entendre et le sentir pour le croire.

Pour étancher votre soif de curiosité exotique, si le Champagne n`a pas suffit, voici un portrait psychologique (et très scientifique) des divers allumeurs.

Type 1: Le précoce

14h35: "Hey man, as-tu vu les pétards que je me suis achetés?! Viens, on va en faire sauter pour faire peur aux petites vieilles et aux touristes! Eh qu`on a du fun! Moi, j`ai gardé mon coeur d`enfant. C`est pas parce qu`on a 26 ans, qu`on peut pas s`amuser à faire éclater des fusées toute une apres-midi. Eh que je suis cool!"

Type 2: Le leader

23h58: "C`est moi qui vais faire sauter les premiers vrais feux des célébrations! Lalalère! Lalalère! Je vais être le premier. C`est moi qui déclenchera la fête! Les autres n`auront qu`à suivre!"

Type 3: Le bureaucrate

00h00: "Voilà, il est précisement minuit, j`ai l`heure de Greenwich. L`année 2008 est arrivée. Vive 2008. J`exulte. Que tous le sachent officiellement. Bon, c`est fait. J`ai dit. J`ai envoyé ma fusée. Je nettoie mon toit. Je rentre. Je me couche.

Type 4: Le bon vivant

00h04: "Bonne année! Santé! Joie! Propérité Allez, allez, on s`embrasse! Oui, meilleurs voeux à toi aussi tante Saskia. Vite, allons sur le toit pour participer à la fête. Réveillez les enfants pour qu`ils puissent voir. Et n`oubliez pas d`emporter les bouteilles!"

Type 5: Le passionné

00h15: :"Et que j`aime ça les feux d`artifice. Oh wow! As-tu vu celui-là? Déjà trois boites de passées! Pas grave, il m`en reste encore pour un bout. Ayoye, ça c`était un maudit beau! Magenta, ma couleur préférée! Oh! Tu as vu cette courbe?"

Type 6: L`exhibitionniste

00h38: "Ça diminue chez le voisin, mais pas chez nous. Moi, je ne suis pas cheap quand ça vient le temps de célébrer. C`est moi qui va durer le plus longtemps cette année. Y vont voir que je suis pas un tout-nu. Tiens, un autre qui n`a plus de jus. Yes! Bon, les Hoogarden qui sont rentrés boire de la bière. Moi, je suis toujours sur mon toit, regardez-moi, je suis là pour un bout encore!"

Type 7: L`idéologue

02h20: "La loi nous permet de faire éclater des feux d`artifice. Nous sommes dans un pays libre. Le plus libre de la planète. J`entends le démontrer à tous ceux qui en douteraient encore. Que les touristes se le tiennent pour dit, qu`ils admirent notre droit à empêcher tout le monde de dormir, notre tolérance face au bruit, notre facilité à polluer l`air avec notre fumée et le sol avec nos détritus. Vive le Nouvel An et les Pays-Bas!"

Type 8: Le givré

05h12: "Hey man, on est en quelle année-la? C`est-tu le temps des pétards? Woooooo, je vois des couleurs dans ma tête... Des étincelles de fleurs d`amour... Pis, j`ai même pas allumé l`allumette encore. Attends que je raconte ça au CoffeeShop en me levant... Vive la Jamaïque!"