Comment je me sens...
Votre passion pour la circulation routière indienne s`étiole? Vous savourez mon humour noir, mais aimeriez avoir d`autre chose à vous mettre sous la paupière. En fait, vous voulez savoir comment je me sens. Mes lectrices féminines me l`ont demandé par courriel. Et le mâle alpha (lecteur typique de ce blogue) se ronge de curiosité: MatBeat vit-il des émotions? Vous avez épluché les tabloïds pour découvrir la vraie vérité. Malheureusement, Madonna est également de passage dans le Rajasthan. Elle m`a quelque peu éclipsé. Et c`est bien tant mieux, je peux (enfin) magasiner en paix. Ok, ok, je cesse de tourner en rond. Voici.
Ici, comme partout ailleurs, il y a des choses magnifiques à voir et incroyables à vivre. Les forts, les temples, le Taj Mahal sont des endroits fascinants à visiter. Cependant, il est difficile de sortir de ces lieux et de croiser la misère sans sentir monter sinon la colère, à tout le moins des questions.
Peut-on être heureux en traversant l`Inde? A mon avis, à moins d`être un fieffé salaud, non. Si l`on croit un tant soit peu en ce qui constitue supposément l`idéal commun que s`est donné l`humanité, à savoir les Droits de la personne, il est impossible de faire un tel voyage sans se sentir profondémment troublé. Certains diront que c`est mon éducation judéo-chrétienne qui me hante. Je ne peux dire que ceci: impossible de se prétendre humaniste tout en faisant du tourisme avec la conscience tranquille dans un pays en voie de développement.
Est-ce que je m`habitue à cette injustice? Malheureusement et... heureusement, oui. Malheureusement parce que le 223e enfant pauvre qui tire sur ma manche ne souffre pas moins que les précédents. Heureusement, parce que sinon je ferais une dépression jusqu`à mon retour en Europe.
Qu`est-ce qui me permet de trouver un équilibre entre réflexion et désespoir? Intrepid a une fondation qui supporte de nombreux projets d`aide humanitaire. Et dans chaque voyage, on nous en présente au moins un. Ainsi, nous sommes allés visiter un foyer recueillant des jeunes filles de la rue. Là, elles peuvent recevoir une éducation et fabriquer des bijoux qu`elles vendent par la suite. J`ai passé une demi-heure à parler avec l`une d`elle.
Tulsi a 15 ans. Ses parents sont morts alors qu`elle était toute jeune. Son oncle et sa tante ont dû s`occuper d`elle et de ses frères et soeurs. A huit ans, on l`a mariée, évidemment à un homme qu`elle ne connaissait pas et sans son consentement. Un jour, elle s`est enfui et s`est retrouvée dans la rue. Je ne lui ai pas demandé comment elle a survécu. Je ne suis pas certain que je voulais savoir.
La jeune fille parle un meilleur anglais que moi. C`est sa matière préférée à l`école. Elle est articulée et pose de très bonnes questions. Elle me fait parler de ma famille et se montre enchantée de rencontrer Caro. J`ose donc lui demander qui va décider de son mariage si elle choisissait de se trouver un nouveau mari. Elle me regarde franchement et me dit que personne n`aura à le faire puisqu`elle ne veut plus jamais avoir d`homme dans sa vie.
Ou est l`espérance? Il n`y a pas si longtemps, Tulsi voulait devenir policière pour aider les gens en difficulté. Elle a changé d`idée et poursuivra son but en devenant travailleuse sociale pour soutenir des filles qui ont vécu la même chose qu`elle. Avec sa vivacité et sa détermination, je ne serais pas surpris qu`elle y parvienne.
Est-ce que je vous ai parlé de comment je me sens? Hum... Si vous savez lire entre les lignes, sans doute.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire