Roadtrip (1)
Si au départ, j`étais quelque peu gêné d`avouer que je faisais la partie asiatique de mon voyage avec un groupe, je ne le suis plus du tout. La compagnie, australienne, s`appelle Intrepid. Au début, on se dit que le nom sert à aider les mâles peureux (comme moi) à sentir que leur virilité et leur esprit d`aventure sont encore à peu près intacts.
Or, il n`y a pas fausse publicité du tout. Le mythe du voyage structuré facile et du voyage autonome ardu en prend pour son rhume, du moins dans ce cas-ci. En tout cas, une chose est sûre, si je voyageais seul avec Caro nous serions plus en sécurité, comme vous le prouveront mes deux prochains textes. Pourquoi? Parce ce que nous agirions comme d`habitude: on prendrait le train pour les grands déplacements, et le métro ou nos deux pieds pour découvrir les villes.
Ce n`est pas ce qui se passe. Ce n`est pas l`approche préconisée par Intrepid. Nous prenons les moyens de transport utilisés par les Indiens normaux, donc pauvres.
Il y a quelques jours, en quittant Keoladeo pour nous rendre dans un petit village dont je ne me souviens plus du nom et que vous ne pourriez pas trouver sur une carte générale du pays, nous avons pris un autobus. Je voudrais dire Voyageur pour vous situer, mais ce serait vous induire en erreur. Notre "Deluxe", produit du très populaire constructeur indien TATA (sans blague), est conforme aux attentes que l`on peut avoir envers un véhicule du Tier-Monde. Inutile de décrire, vous avez vu mille photos ou reportages en montrant.
Nous roulions depuis près de trois heures quand l`accident est arrivé. Il y a à certains endroits, même sur les grandes routes, des dos d`âne pour forcer (c`est le cas de le dire) les chauffeurs à ralentir dans certaines des zones de construction. Normalement, ces points surélevés sont peints en blanc, ce qui est supposé les rendre assez visibles pour que les conducteurs ralentissent malgré la vitesse. Dans les faits, ces derniers y vont de mémoire. Ils savent où sont les dos d`âne. Vous devinez la suite?
Notre conducteur n`a pas ralenti puisque dans sa tête il n`y avait rien sur la route devant lui. Nous étions assis dans les quatre dernières rangées. Il y a eu deux secousses, une au passage des roues de l`avant, une autre pour celles de derrière. Dans ces cas, c`est la queue de l`autobus qui absorde le gros du coup. Nous nous sommes donc tapés la tête deux fois sur le porte-bagages situé au-dessus de nous.
Malgré l`impact et les cris qui ont suivi, le chauffard, pardon le chauffeur, n`a pas eu l`idée de s`arrêter. Si nous ne lui avions pas ordonné de le faire, il poursuivait sa route. Nous avons alors pu constater les dégats. J`en ai été quitte pour une bosse et des raideurs au cou, heureusement que je dormais. Caro s`en est sortie indemne. Cependant, outre les pleurs et quelques états de choc, deux de nos compagnons de voyage semblaient plus durement atteints.
David est un Australien bâti solidement et pas particulièrement en contact avec ses émotions. A voir la face du bonhomme et tous les efforts qu`il déploie pour ne pas pleurer, on devine la douleur. Sue est une dame en très bonne forme dans la cinquantaine. Mais ses gémissements ne font pas de doute, elle souffre beaucoup. Avec de l`aide, David marche jusqu`à l`extérieur de l`autobus pour prendre un peu d`air et voir s`il peut bouger un peu. On allonge Sue sur les derniers bancs. Elle ne va vraiment pas bien. Une Indienne chrétienne (ça existe) s`approche d`elle, tombe en transe mystique et se met à prier sur elle. Les "Alleluia" et les "Jesus" fusent entre d`autres paroles en hindi. La scène est surréaliste.
Notre "group leader", malgré une légère blessure au genou, est au téléphone depuis l`impact. Il semble très compliqué de faire venir une ambulance où nous sommes. Il ne reste que vingt minutes de route avant d`arriver au point de rencontre où nous prendrons les jeeps pour la suite du trajet. Là, il sera possible de trouver des taxis pour aller à l`hôpital. Ceux qui sont sortis du bus embarquent donc à nouveau. Personne n`a regagné sa place lorsque le conducteur décide qu`on a assez perdu de temps. Il reprend donc la route! Il a fallu gueuler pour qu`il s`arrête encore. On ne parle plus d`accident, mais de manque de jugement, voire de stupidité pure et simple. On se réinstalle tant bien que mal avant de repartir. A chaque bosse sur la route, et Shiva sait qu`il y en a, David et Sue sont vrillés de douleur.
A point de rencontre, nous sommes descendus. Le groupe s`est séparé. Certains sont partis pour recevoir des soins. Les autres, encore sous le choc, sont grimpés dans les jeeps pour continuer la route en silence.
Bilan? David a réactivé une vieille blessure de rugby. Il a choisi de rester. Il se soigne à la bière plutôt qu`avec les médicaments prescrits par le médecin... Sue a une vertèbre de fracturée. Elle quitte le voyage avec son mari.
Ça peut arriver partout! Bien sûr. Incident isolé? A voir les caricatures et les éditoriaux sur la conduite automobile, on peut en douter. Habituellement, je sais comment bien puncher mes conclusions. Là, je reste sans mots. Je suis triste et inquiet... Allez, je vous en reparle bientôt.
1 commentaire:
Poursuivez-vous la route avec le même chauffeur?
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