samedi 14 juin 2008

Bilan de fin de saison

Les gars ont donné leur 110%. On a patiné fort dans les coins. Des fois, la puck roulait pas pour nous autres. On a beaucoup appris, pis on va être encore meilleur la prochaine fois.

Ce qui restera gravé bien longtemps après le retour
1. Allemagne (3-18 août; 18-23 avril): l'accueil chaleureux des Allemands
2. République tchèque (19-30 août): Kafka, ses livres, son univers
3. Pologne (31 août-7 sept.): l'art de l'affiche (poster)
4. Autriche (8-13 sept.): les magnifiques musées
5. Slovaquie (14-16 sept.): Slovakia Idol
6. Hongrie (17-23 sept.): les bains turcs de Budapest
7. Roumanie (24 sept.-12 oct.): les campagnes du nord
8. Bulgarie (13-22 oct.): la cuisine, notamment la salade... grecque
9. France (23 oct.-30 nov.; 8-15 déc.; 30 mars-1 avr.): la générosité des Français
10. Espagne (1-7 déc.): l'architecture de Gaudi
11. Belgique (16-25 déc.): les frites, la bière, le chocolat, les marchés de Noël
12. Pays-Bas (2 août; 26 déc-2 jan.; 11-17 juin): les canaux et les bicyclettes
13. Inde (3 jan.-2 fév): le chaos
14. Thaïlande (3-16 fév; 11-12 mars): l'atmosphère détendue
15. Laos (17-23 fév): le bouddhisme
16. Vietnam (24 fév-5 mars): la Guerre Américaine
17. Cambodge (6-10 mars): le Génocide perpétré par les Khmers rouges
18. Chine (13-29 mars): la marche sur la Grande Muraille
19. Croatie (2-17 avr.): le bleu de la mer
20. Lettonie (24-27 avr.): le printemps à Riga
21. Estonie (28 avr.-1 mai): la fascination des gens pour la culture américaine
22. Finlande (2-9 mai): le duel santé vs alcool
23. Suède (10-14 mai): les prix Nobel
24. Norvège (15-31 mai): les fjords
25. Danemark (1-10 juin): les parcs

Mes villes préférées
1. Barcelone
2. Stockholm
3. Amsterdam

Le meilleur de l'année littéraire
1. Milan Kundera
2. Stefan Zweig
3. Henning Mankell

Le meilleur de l'année cinématographique
1. Atonement
2. Across the Universe
3. Michael Clayton

Le meilleur de l'année à la télé
1. La Cérémonie des Oscars
2. La finale de Roland-Garros
3. La finale des Championnats du monde de hockey sur glace

Le meilleur de l'année en peinture
1. Edvard Munch
2. Vincent Van Gogh
3. Egon Schiele
4. Marc Chagall
5. Gustav Klimt

Le meilleur de l'année musicale
1. Entendre et voir Georges Brassens chanter sur vieux films en noir et blanc
2. Entendre et voir Jacques Brel chanter sur vieux films en noir et blanc
3. Redécouvrir un nébuleux quartet britannique provenant de Liverpool

Le meilleur de l'année gastronomique
1. Un curry thaï
2. Un samon fumé norvégien
3. Un jambon fumé de Dalmatie

Les plus beaux paysages
1. La Norvège
2. La Roumanie
3. La Croatie

Les plus fortes expériences, les plus grands chocs culturels
1. L'Inde
2. La Chine
3. Les camps nazis de Buchenwald et d'Auschwitz

Ce qui est omniprésent sur la planète (au point d'en être troublant)
1. Céline Dion
2. Che Guevara
3. Les jeunes skaters écoutant du hip-hop

Mes plus grandes prises de conscience
1. Partir en camping, une fin de semaine est déjà une riche expérience de couple, voyager un an à deux et être heureux, c'est tout un accomplissement.
2. En voyage, et sans doute aussi chez soi, il faut ralentir, ralentir et ralentir encore, pas seulement en raison d'une fracture, aussi pour savourer la vie.
3. Voyager n'est pas automatiquement une thérapie, du moins, les résultats ne sont pas assurés. Parfois, il vaut mieux lire un livre d'Alain de Botton...
4. Il est dur d'être au loin quand nos proches vivent des épreuves ou des grandes joies, la relation via courriel connaît alors ses limites.
5. Il y a quelque chose d'indécent dans le fait de pouvoir se payer un voyage d'un an, spécialement quand on traverse des pays en développement

En terminant, merci à tous mes lectrices et lecteurs de la dernière année. J'espère que ces quelques  pages auront su vous amuser.

jeudi 12 juin 2008

Une photo vaut mille maux

Introduction: photos de guerre

La statue de la Petite Sirène est un incontournable de Copenhague. Je m'en serais bien passé, mais nous étions avec Rob, un ami autralien... et gay. Caro et lui étaient très enthousiastes à l'idée d'aller prêter respect au monument rappelant l'oeuvre d'Hans Christian Andersen, fils prodige de la ville.

Evidemment, le but de l'expédition était d'aller lui croquer le portrait. Un an autour du monde nous a appris que qui dit "photo", dit "Japonais". Et qui dit "prendre une photo la où des Japonais" tentent de faire de même, dit aussi "opération kamikaze". La statue est située sur un quai au bord de l'eau. Eh bien, il s'en est fallu de peu pour que Rob et Caro prennent une plonge! Des Nippones ça poussent. Pas à peu près. Elles crient des "Please, please!" qui se traduisent dans toutes les langues par "Tassez-vous de là, sinon!"

Le monde de la photo est fascinant. Tout au long de mon voyage, j'ai voulu écrire un blogue sur le sujet. Toujours, j'ai reporté, faute de temps et non d'idées. La bataille de la Petite Sirène m'aura convaincu de le prendre.

No photo (ou un peu de Botton)

L'intérêt de Ruskin pour la beauté et sa possession allait l'amener à formuler cinq idées essentielles sur la question: premièrement, que la beauté résulte d'un certain nombre de facteurs complexes qui affectent l'esprit psychologiquement et visuellement. Deuxièmement, que les êtres humains ont une tendance innée à admirer la beauté et à désirer la posséder. Troisièmement, qu'il existe de nombreuses formes inférieures de ce désir de possession, y compris le désir d'acheter des souvenirs et des tapis, de graver son nom sur des colonnes et de prendre des photos. Quatrièmement, qu'il y a une seule façon de posséder vraiment la beauté: en la comprenant, en prenant conscience des facteurs (psychologiques et visuels) qui la rendent possible. Et enfin, que la façon la plus efficace d'arriver à cette compréhension consciente est de tenter de décrire les belles choses à travers l'art, par l'écriture ou le dessin, qu'on se trouve avoir ou non le talent pour le faire.

Pour suivre les conseils de mon Botton et tenter de voyager à la Ruskin, je m'étais acheté, selon leurs bons conseils, des crayons à colorier... que je n'ai jamais utilisé et fini par abandonner. Par contre, vous le savez, j'ai écris! Je me suis aussi convaincu que je pouvais saisir la beauté avec le médium détesté par Ruskin: la photographie. Ai-je réussi en écrivant? Vous seuls le savez. Pour ce qui est de la caméra, si elle ne m'a pas toujours permis de saisir le superbe, elle a, à tout le moins, suscité bien des réflexions.

Ethique et esthétique

Peut-on prendre n'importe quoi en photo? Je ne m'étais pas posé longuement la question avant mon altercation avec une religieuse en Slovaquie. Des nonnes en costume de soeur volante, on ne voit plus beaucoup ça au Québec. Et voilà qu'elles passaient devant un mur de graffiti. L'occasion était belle pour une photo. Le clic m'a presque valu une claque. La plus jeune des "bonnes" soeurs m'a engueulé pour la peine. En slovaque s'il-vous-plaît! Elle criait "Ethika, ethika!" J'ai fait celui qui ne comprend pas la langue du pays... Sur le coup, j'ai trouvé qu'elle "freakait" un peu fort. Puis, j'ai réalisé que personne en Occident, moi compris, n'accepte qu'un étranger le saisisse sur pellicule, peu importe son état civil...

Si je n'avais pas vu le problème à photographier la religieuse, en Inde, j'ai cependant vu aisément ce qu'il y avait d'indécent dans le comportement de la plupart des touristes. Comment réagirions-nous si des inconnus nous posaient pendant que nous nous lavons ou débarquaient dans un salon funéraire pour prendre un cliché de notre grand-père dans son cercueil? Malheureusement, les voyageurs en Inde ne voient pas de manque de délicatesse dans le fait de photographier les pauvres se lavant dans le fleuve ou les cérémonies de crémation hindoues le long du Gange. Il n'y a pas plus de gêne face à la misère humaine. Au contraire, on perçoit une morbide fascination pour l'image qui choque. Chacun s'improvise photo-journaliste. Or, personne ne veut dénoncer ou informer. Il s'agit plutôt d'un voyeurisme qui se tranformera en exhibitionnisme lorsque le vrai "aventurier" pourra montrer à ses amis son album d'horreur démontrant son expérience authentique.

Pellicule ou image digitale?

Je voyage avec un appareil traditionnel, alors que de plus en plus de gens utilisent le numérique. Je n'ai pas besoin de vous faire la liste des avantages et inconvénients des deux types d'appareil. Je ne vous cacherai cependant pas ma frustration devant la plus récente technologie. Tout à coup, l'art s'est transformé. Alors qu'il se situait avant la pose, voilà qu'il s'est largement déplacé après. On retouchera, corrigera. Non pas qu'il n'y ait plus aucun effort de cadrage pour le photographe numérique, mais disons que l'hésitation à peser sur le bouton n'existe plus. Au pire, si la photo est mauvaise, on l'effacera. Conséquence? Une nouvelle forme de diarrhée du voyageur: TOUS les touristes prennent une DIZAINE de photos de TOUT ce qu'ils voient. La circulation s'en trouve perturbée, la vitesse d'un groupe encore plus. Sacrifiant trop souvent la qualité pour la quantité, les photographes ne choisissent plus leur sujet.

Le hic, vous le savez peut-être, c'est que ma femme a un appareil digital... et qu'elle prend de superbes photos. Il suffit d'aller sur Facebook pour s'en convaincre. Bien sûr, elle en a jetées des milliers. Vous devinez bien mon irritation lorsqu'ayant trouvé un thème intéressant et l'ayant saisi sur pellicule, je la vois peser quatre fois sur son déclencheur dans la même direction. On s'est chicané quelques fois... Heureusement, j'ai (presque) fini par me consoler. Primo, parce que nous allons avoir de magnifiques souvenirs. Secundo, parce qu'il faut voir son bonheur lorsqu'elle sort sa caméra et qu'elle se met à croquer un peu de tout.

La photo comme preuve (ou Encore un peu de Botton...)

L'impulsion dominante, quand on rencontre la beauté, est le désir de la retenir: la posséder et lui donner de l'importance dans notre vie. On ressent d'avance l'envie de dire: "J'étais là, j'ai vu ceci et cela a compté pour moi." Mais la beauté est éphémère, on la retrouve souvent dans des lieux où on ne reviendra peut-être jamais, ou bien elle résulte d'une rare conjonction entre la saison, la lumière et le temps qu'il fait. Le fait de prendre des photos peut calmer le désir de possession suscité par la beauté d'un lieu; notre crainte de perdre quelque chose de précieux peut diminuer à chaque déclic de l'obturateur.

Cela est tellement vrai psychologiquement, qu'on en vient à sentir que si on ne prend aucune photo, on ne voyage plus! Que d'angoisse j'ai éprouvée dans ces villes où j'étais en panne d'inspiration photographique! Comme s'il ne resterait rien de ces pays. Comme si, sans traces, je ne pourrais pas me souvenir ou même affirmer y être allé. Bon, j'ai fini par me raisonner. Or, ce n'est pas le cas de tous.

En effet, personne ne peut battre Jana, une américo-russe avec qui nous avons voyagé pendant un mois en Asie du Sud-Est. Celle-ci a poussé l'art du "ça c'est moi devant..." vers des sommets inégalés. Ok, j'avoue que, Caro et moi, n'apparaissons pas très souvent dans nos photos. Au point que parfois on peut se demander si nous étions du voyage. Mais Jana, c'est quelque chose. Elle ne se contente pas seulement des monuments. D'abord, précisons qu'elle possède un appareil digital avec les conséquences précédemment évoquées. Ensuite, ajoutons qu'elle est d'un sans gêne peu commun. Finalement, concluons en dévoilant qu'elle s'habille et se comporte comme une Playboy girl. Un mélange explosif! Résultats? Outre l'impatience généralisée des onze autres membres du groupe qui devaient se plier à ses demandes intempestives, répétitives et incessantes... Jana, bien décolletée, se collant contre un moine qui n'a pas le droit de toucher au pan du vêtement d'une femme! Jana couchée en pose sexy devant une statue de Bouddha dans un temple ancien! Jana interrompant un mariage cambogdien pour se faire prendre en photo avec une mariée medusée!

Conclusion: avez-vous vu nos beaux albums?

Que de saynètes ou de monologues d'humorites sur ces soirées consacrées à regarder les diapos de voyages dans le sud. Imaginez: on ne revient pas de deux semaines à Cuba. On a été parti onze mois. A notre retour, j'aurai pris une cinquantaine de films sur pellicule. Et Caro plus de 6000 photos numériques! Etes-vous encore nos amis? Moi, il n'y a rien qui m'emmerde plus que regarder les photos des voyages des autres. Je n'en prends pas pour les montrer. Je les prends pour moi.

Alors quoi? Alors, d'ici la fin de l'été, il y aura des albums qui traîneront dans notre salon. On ne vous invitera jamais à les regarder. On sait que vous êtes polis et gentils: on choisit bien nos amis, quand même! Vous vous sentiriez obligés. Si l'envie vous prend d'en parcourir un ou l'autre, grand bien vous en fasse. Ça nous fera même plaisir.

De toute façon, nous, on les sortira de temps en temps pour les regarder, quand la nostalgie de repartir nous prendra!

mercredi 11 juin 2008

De Pushkar à Christiania

Encore une fois, la fin du voyage me pousse à d'étranges comportements... Hier, nous avons visité Christiania. Je n'ai pas pu faire autrement que de repenser au seul blogue que j'ai composé et pas publié, parce que je le jugeais un peu trop cynique. Eh ben, voilà la chose, mais en version augmentée. D'abord, le texte écrit en Inde, puis un ajout que je viens tout juste de rédiger. J'espère que les liens entre les deux parties seront assez évidents à faire.

(4 février)

Il paraît que c'est un peu à cause des Beatles. Je m'en doutais un peu... Ça avait débuté quelques années plus tôt, mais jusqu'en 1967, les Indiens regardaient l'Occident avec envie et admiration. Ils lorgnaient vers le progrès. Puis, comme le dit Gita Metha: "The kings of rock and roll abdicated. To Ravi Shankar and the Maharishi." Et tout à coup, ce ne fut plus que quelques aventuriers qui vinrent se perdre en Inde (spirituellement et bien souvent mentalement), mais toute une génération.

C'est moins pire maintenant. Il n'en reste pas moins que des millers de gens continuent à venir ici pour se retrouver. Certains y parviennent, j'en conviens. Plusieurs s'y abîment encore. Cependant, j'ose espérer que la plupart reparte déçus. Pourquoi un tel souhait? A cause du ridicule et de l'indécence de la siutation.

La religion hindoue proposée aux étrangers est bien souvent un vulgaire produit de bazar. Des mots en hindi (ou est-ce en sanscrit, on ne nous l'a pas dit), que nous devons répéter à toute vitesse, car l'officiant, lui, ne nous attend pas, il enchaîne avec le prochain vers avant que nous ayons fini de baragouiner le précédent. Un bracelet qui nous est remis moins, semble-t-il, pour sa symbolique que pour avertir les autres Brahmanes que ces touristes sont déjà passés par là. Un prêtre habillé avec un manteau style Kanuk orange: vraiment magique, mystique, inspirant... Les rites que l'on nous fait vivre sur les bords du lac sacré de Pushkar sont animés de façon mécanique, vide, rapide et burlesque par un célébrant qui n'attend, à l'évidence, que le "don" suggéré de 100 roupies.

La visite d'un temple n'est guère plus édifiante, du moins celle que nous faisons de ce haut-lieu de pélerinage hindou qu'est le seul endroit de culte consacré à Bramha dans toute l'Inde. A l'arrivée, on nous fait enlever nos souliers en nous précisant qu'il faudra obligatoirement faire un "don" à la sortie! A peine entrés, notre émerveillement naissant est pris en charge. Un jeune homme, étudiant pour devenir Brahmane, nous offre son accompagnement pour mieux découvrir le temple. Ce qu'on saisit très vite, ce ne sont pas les symboles religieux, mais plutôt sa hâte de nous faire faire le "parcours" afin de nous ramener vers la sortie, non sans avoir demandé avec insistance une donation. Expliquer qu'on versera l'argent à la sortie, tel qu'entendu avec le comité d'accueil ne suffit pas à mettre fin aux efforts de l'étudiant. La guerre pour le fric se joue entre toutes les parties dans le temple. Chacun veut sa part, et idéalment le butin au complet! Expérience spirituelle vous dites?

D'accord, je viens d'allumer: je suis trop consommateur moi-même. Merci de me le faire comprendre. Il faudrait que je poursuive une authentique quête, non pas photographique ou académique, mais intérieure. Je devrais m'inscrire à des cours de yoga ou, mieux, m'installer pour quelques semaines dans un ashram avec un gourou. C'est bien trop vrai. J'en ai croisé des chercheurs de sens comme ça durant le dernier mois. Portrait-robot? Des hommes et (surtout) des femmes, quarantaine ou cinquantaine, riches (du moins richement habillés), s'enfermant avec un maître spirituel pour des sessions de méditation ou des enseignements. Ont-ils mis un pied en dehors des clôtures les protégeant du monde extérieur? En général, non. Qu'importe, l'Inde, n'est-ce pas avant tout cet homme a la barbe éternelle, tout de couleurs vêtu? Les enfants de la rue, les vaches sacrement puantes et les rickshaws, ça n'a pas d'importance: ça fait partie de la réalité matérielle. You got to change you mind instead! Ne nous éloignons pas du sujet: la vie intérieure, située à quelques pouces du nombril.

Vous me trouvez (encore et toujours) cynique. Désolé. J'ai beau essayer, je n'y peux rien. C'est plus fort que moi. Survie oblige.

Je suis à lire Karma Cola. Je n'avais pas besoin d'autant d'aide pour apprécier tout le ridicule du mythe occidental voulant que l'Orient soit la Terre promise de la spiritualité. En tout cas, si vous y croyez toujours, ne lisez pas cette plaquette mordante d'ironie... et de vérité, écrite par une Indienne en 1979, révisée et rééditée en 1993, et toujours pertinente!


(12 juin)

Christiania est une "commune libre" située en plein coeur de Copenhague. Fondée en 1971 par des squatters, des chômeurs et des hippies, elle se voulait une experience libertaire. Elle a été, et demeure paraît-il, un important centre artistique. De toute évidence, elle est aussi encore et toujours un haut-lieu de la drogue.

Il faut le voir pour comprendre. Je m'attendais à quelque chose de bucolique, coloré, légèrement psychédélique, avec des galeries, des trucs granos, etc. J'avais dit à Caro qu'on pourrait y passer quelques heures et pendre des photos.

Il n'y a rien comme visiter un endroit un matin nuageux et venteux. C'est comme si l'endroit était sur un lendemain de veille. Si à l'entrée il y avait bien un murale qui pouvait faire un peu "on flotte et on est épanoui", il n'a pas fallu faire cinquante pas pour se retrouver dans un des lieux les plus troublants qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie. L'endroit est désolé. On a commencé à faire quelques photos, mais on a dû s'arrêter très vite. Il y a des affiches demandant de ne pas en prendre. Faut bien être dans un endroit prônant la liberté d'expression... Les bâtiments au bord de l'effondrement, la peinture défraîchie, l'herbe plus folle que dans ma cour. Des chiens errent entre ce qu'on suppose être des rues. On a croisé des habitants. La plupart sont des hommes âgés entre 40 et 60 ans. Ils sont usés à faire peur. Leur yeux sont hagards. Ils boivent, jonchent le sol ou marchent vers nulle part.

Traumatisés, on s'est arrêté pour prendre un café. On a vu quelques femmes, un peu moins maganées. Et des enfants, encore intacts. Lorsqu'on a repris notre route, on est entré dans petite galerie présentant des photos. C'était sur le conflit entre la Chine et le Tibet. Le propos était pro-tibétain, il va sans dire. Il y avait aussi beaucoup de trucs sur le bouddhisme. En sortant, on a constaté qu'on était sur la rue la plus connue de la commune, Pusher Street. Inutile de préciser sa vocation. Officiellement, la vente libre de drogue n'y est plus acceptée. Cela dit, les visiteurs réguliers savent où s'adresser.

Comment en vient-on à fondre et confondre tout ça ensemble: drogue, art, bouddhisme, anarchisme, justice, alcool, épanouissement? Une chose me semble certaine. L'idéal des années 70, encore une fois, a tourné au cauchemar. D'ailleurs, rien n'est plus éloquent à cet egard qu'un slogan écrit bien proprement à côté de l'une des entrées de Christiania: "All we are saying is... give violence a chance!"

dimanche 8 juin 2008

J'ai mon voyage... danois

Et pourtant ces choses, dont j'avais tant entendu parler et que j'avais la chance et le privilège de pouvoir enfin voir, ne suscitaient en moi qu'un mélange d'apathie et de dégoût de moi-même à l'idée du contraste entre ma propre indolence et ce que j'imaginais être l'impatience de visiteurs normaux. Mon plus grand désir était de rester au lit et, si possible, de rentrer sans tarder chez moi. Et je me demandai, avec une anxiété croissante: "Que suis-je censé faire ici?"

Merci, encore et toujours, à mon ami Alain de Botton pour ses mots si justes.

Eh oui, qui l'eut cru? Je m'ennuie de Gatineau. Oui, vous avez bien lu. De Gatineau. Pas seulement des gens que j'aime et qui y vivent. Je m'ennuie de ma ville plate et tranquille. Mon lit me manque ainsi que ma cuisine.

Et pourtant, je suis à Copenhague! Ville portuaire à l'architecture magnifique, aux parcs splendides... comme Stockholm, Amsterdam, Oslo... S'en vient un peu blasé le bonhomme. Ville en haute saison touristique, aussi... La dernière fois, c'était en août, à Prague (allez relire ce que j'écrivais alors, vous comprendrez!). Ville où l'été est arrivé. Comprendre qu'il fait chaud. Surtout, ville young, hip and fresh. Funky and cool en plus. Donc, bruyante itout. J'en peux plus des soulons qui hurlent et vomissent toute la nuit! Et Dieu sait qu'ils sont légions en ces contrées nordiques. Et si ce ne sont pas les habitants, ce sont les visiteurs.

Notre aptitude à retirer du bonheur de biens matériels ou esthétiques semble dépendre impérativement de la satisfaction préalable d'une gamme plus importante de besoins affectifs ou psychologiques, dont le besoin de compréhension, d'amour, d'expression et de respect.

Thanks, Alain. C'était sans doute sous-entendu, mais tu as oublié "physiologiques".

Plus que bien d'autres animaux de mon espèce, et mes proches pourront en témoigner, j'ai besoin de sommeil et de nourriture pour être fonctionnel. Ben là, ça marche pas. Notre auberge, qui nous avait promis et confirmé par courriel que nous aurions accès à une cuisine pour préparer nos repas, nous a fait faux bond et nous voilà sans même une fourchette (voir la précédente entrée de blogue). Pas d'assiettes, pas de lavabo, pas d'ustentils. On s'est acheté du plastique. Mais même là. Moi, le meat lover, j'ai beau être en train de prendre des tendances granos, il y a quand même bien des limites à la salade du chef. Bon, c'est pas la famine... Cependant, les restaurants ne faisaient plus partie du plan budgétaire, alors M. Baboune n'était pas très content envers l'administration de l'auberge. Mais M. Baboune lit de la philo ces temps-ci. Il étudie les Stoïciens. Ça fait qu'il a ravalé.

Sauf que la patience n'a jamais été ma première vertu. Disons que ce n'est pas naturel. Alors, avant-hier soir, à 23h20, quand pour une troisième soirée/nuit consécutive la bamboula, qui avait débuté vers 20h30 dans la cour intérieure située sous notre fenêtre, a donné l'impression qu'elle se poursuivrait encore pour un bout, j'ai sauté ma coche. Dans le sens d'explosion nucléaire.

Je ne me souviens pas de tout. Quand je me suis présenté à la réception, je me rappelle que j'ai débuté directement à plus de 90 decibels. Je sais, ce n'est pas très bon. J'ai demandé aux préposés s'ils avaient l'intention d'intervenir pour faire taire les ados attardés rappeurs qui jouaient au soccer contre les conteneurs à vidanges tout en écoutant du hip-hop à plein régime et qui, de ce fait, empêchaient de dormir les occupants de la douzaine de chambres donnant sur la cour intérieure amplificatrice de son. Caro avait fait la même demande deux soirs avant. On lui avait dit qu'ils avaient le DROIT de faire du bruit jusqu'à 23h00. Comment l'interdiction de faire du bruit après un couvre-feu se transforme-t-elle en permission non-contestable de faire du grabuge avant celui-ci au détriment de la moitié d'une auberge? Je ne le sais trop. Mais là, il était vingt minutes passées l'heure dite, et l'apathie ne semblait pas vouloir quitter nos "responsables". Une vieille dame, insultée que je crie à tue-tête après les employés, m'a dit qu'ils étaient "gentils". Je le sais. Or, il y a des moments où il faut aussi être ferme, compétent et professionel. Je ne sais pas ce qui serait arrivé si une autre cliente ne m'avait pas calmé par d'habiles paroles.

Avec quelle rapidité les avantages de la civilisation sont balayés par un accès de colère!

Mets-en, mon Botton!

Un des risques du voyage est que nous découvrons les choses au mauvais moment, avant que nous ayons pu acquérir la réceptivité nécessaire.

C'est toi qui le dit mon philosophe.

Je suis tanné. J'ai mon voyage. Ça fait qu'hier, j'ai écouté la finale de Roland-Garros dans un bar. Puis, je suis allé voir Indiana Jones au cinéma. For the records, ce matin, j'ai parlé calmement avec le gérant de notre établissement favori. Je lui ai avoué mon péché de colère (il n'était au courant de rien...) et lui ai gentiment reproché les lacunes dans ses services. Il nous a offert une compensation financière. Grand merci... mais tout de même, vivement Terrasse du Ruisseau!

mercredi 4 juin 2008

La fin et la faim justifient les moyens (que l'on n'a pas...)

Quand la fin approche, on fait des gaffes. Ben oui, moi le master de l'organisation, pour qui l'humanité a une admiration sans borne! Je vais baisser dans votre estime. Il se trouve qu'en quittant Oslo, j'ai oublié notre sac de bouffe qui contenait, outre notre garde-manger et notre souper pour la traversée, nos ustensiles, notre limonadier et... le fameux couteau coûteux de ma belle-soeur Kikine (ce n'est pas son vrai nom)! Quand je m'en suis rendu compte dans la cabine, je voulais me jeter à l'eau. Caro m'en a empêché et m'a rappelé que je suis aussi un être humain. Hein, quoi? Moi? N'importe quoi! Je tiens publiquement à dire que je vais payer une nouvelle arme à Kiki (non, ce n'est toujours pas son véritable nom) pour ses prochains crimes et pique-nique.

Quand la faim approche, on dépense l'argent dont on ne dispose pas. En effet, ma gaffe nous a forcés à déguster un des meilleurs repas de notre année! Il y avait deux restaurants sur le navire. Un buffet à 300 couronnes chacun. Et un "à la carte". Tant qu'à payer 600 kr (120 dollars) pour un buffet, autant en dilapider 900 pour un souper exquis. On a mangé un succulent saumon avec son beurre aux champignons (c'était à lui, mais c'est nous qui l'avons dégusté), des asperges et des petites patates nouvelles. Et... une bouteille de vin. Et... un dessert pour Caro... Et une assiette de fromages pour moi. Consolation, donc. Mais il aurait fallu que Ki (non, elle n'est pas Vietnamienne) y soit aussi pour compenser sa perte.

Qu'est-ce qu'un psy patenté en tirerait comme conclusion analytique: hum... acte manqué... désir inconscient et refoulé de revenir à la maison pour retrouver K (non, ce n'est pas la cousine de Franz) et tous nos proches.