dimanche 8 juin 2008

J'ai mon voyage... danois

Et pourtant ces choses, dont j'avais tant entendu parler et que j'avais la chance et le privilège de pouvoir enfin voir, ne suscitaient en moi qu'un mélange d'apathie et de dégoût de moi-même à l'idée du contraste entre ma propre indolence et ce que j'imaginais être l'impatience de visiteurs normaux. Mon plus grand désir était de rester au lit et, si possible, de rentrer sans tarder chez moi. Et je me demandai, avec une anxiété croissante: "Que suis-je censé faire ici?"

Merci, encore et toujours, à mon ami Alain de Botton pour ses mots si justes.

Eh oui, qui l'eut cru? Je m'ennuie de Gatineau. Oui, vous avez bien lu. De Gatineau. Pas seulement des gens que j'aime et qui y vivent. Je m'ennuie de ma ville plate et tranquille. Mon lit me manque ainsi que ma cuisine.

Et pourtant, je suis à Copenhague! Ville portuaire à l'architecture magnifique, aux parcs splendides... comme Stockholm, Amsterdam, Oslo... S'en vient un peu blasé le bonhomme. Ville en haute saison touristique, aussi... La dernière fois, c'était en août, à Prague (allez relire ce que j'écrivais alors, vous comprendrez!). Ville où l'été est arrivé. Comprendre qu'il fait chaud. Surtout, ville young, hip and fresh. Funky and cool en plus. Donc, bruyante itout. J'en peux plus des soulons qui hurlent et vomissent toute la nuit! Et Dieu sait qu'ils sont légions en ces contrées nordiques. Et si ce ne sont pas les habitants, ce sont les visiteurs.

Notre aptitude à retirer du bonheur de biens matériels ou esthétiques semble dépendre impérativement de la satisfaction préalable d'une gamme plus importante de besoins affectifs ou psychologiques, dont le besoin de compréhension, d'amour, d'expression et de respect.

Thanks, Alain. C'était sans doute sous-entendu, mais tu as oublié "physiologiques".

Plus que bien d'autres animaux de mon espèce, et mes proches pourront en témoigner, j'ai besoin de sommeil et de nourriture pour être fonctionnel. Ben là, ça marche pas. Notre auberge, qui nous avait promis et confirmé par courriel que nous aurions accès à une cuisine pour préparer nos repas, nous a fait faux bond et nous voilà sans même une fourchette (voir la précédente entrée de blogue). Pas d'assiettes, pas de lavabo, pas d'ustentils. On s'est acheté du plastique. Mais même là. Moi, le meat lover, j'ai beau être en train de prendre des tendances granos, il y a quand même bien des limites à la salade du chef. Bon, c'est pas la famine... Cependant, les restaurants ne faisaient plus partie du plan budgétaire, alors M. Baboune n'était pas très content envers l'administration de l'auberge. Mais M. Baboune lit de la philo ces temps-ci. Il étudie les Stoïciens. Ça fait qu'il a ravalé.

Sauf que la patience n'a jamais été ma première vertu. Disons que ce n'est pas naturel. Alors, avant-hier soir, à 23h20, quand pour une troisième soirée/nuit consécutive la bamboula, qui avait débuté vers 20h30 dans la cour intérieure située sous notre fenêtre, a donné l'impression qu'elle se poursuivrait encore pour un bout, j'ai sauté ma coche. Dans le sens d'explosion nucléaire.

Je ne me souviens pas de tout. Quand je me suis présenté à la réception, je me rappelle que j'ai débuté directement à plus de 90 decibels. Je sais, ce n'est pas très bon. J'ai demandé aux préposés s'ils avaient l'intention d'intervenir pour faire taire les ados attardés rappeurs qui jouaient au soccer contre les conteneurs à vidanges tout en écoutant du hip-hop à plein régime et qui, de ce fait, empêchaient de dormir les occupants de la douzaine de chambres donnant sur la cour intérieure amplificatrice de son. Caro avait fait la même demande deux soirs avant. On lui avait dit qu'ils avaient le DROIT de faire du bruit jusqu'à 23h00. Comment l'interdiction de faire du bruit après un couvre-feu se transforme-t-elle en permission non-contestable de faire du grabuge avant celui-ci au détriment de la moitié d'une auberge? Je ne le sais trop. Mais là, il était vingt minutes passées l'heure dite, et l'apathie ne semblait pas vouloir quitter nos "responsables". Une vieille dame, insultée que je crie à tue-tête après les employés, m'a dit qu'ils étaient "gentils". Je le sais. Or, il y a des moments où il faut aussi être ferme, compétent et professionel. Je ne sais pas ce qui serait arrivé si une autre cliente ne m'avait pas calmé par d'habiles paroles.

Avec quelle rapidité les avantages de la civilisation sont balayés par un accès de colère!

Mets-en, mon Botton!

Un des risques du voyage est que nous découvrons les choses au mauvais moment, avant que nous ayons pu acquérir la réceptivité nécessaire.

C'est toi qui le dit mon philosophe.

Je suis tanné. J'ai mon voyage. Ça fait qu'hier, j'ai écouté la finale de Roland-Garros dans un bar. Puis, je suis allé voir Indiana Jones au cinéma. For the records, ce matin, j'ai parlé calmement avec le gérant de notre établissement favori. Je lui ai avoué mon péché de colère (il n'était au courant de rien...) et lui ai gentiment reproché les lacunes dans ses services. Il nous a offert une compensation financière. Grand merci... mais tout de même, vivement Terrasse du Ruisseau!

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