vendredi 1 février 2008

Made in India

"Come inside my shop! Looking is not buying!". Bienvenue dans ma shop indienne. Vous trouverez de tout ici: des impressions, des réflexions, des contradictions, des hallucinations, des frustrations. Welcome to my bazaar!

+ En Inde, on estime qu`il y a 220 millions de vaches en liberté dans les villes. Ça ne compte donc pas celles qui se promènent allègrement dans les villages, ni celles qui se déplacent par dizaines sous la férule d`un fermier de 8 ans. Elles sont partout: au bord de l`eau, au détour d`une ruelle, au coeur d`une intersection à l`heure de pointe. Elles sont couchées, elles marchent, elles chargent. Jamais stressées ou apeurées. On dit "elles", mais il y a d`évidents "ils" aussi. Dois-je préciser que chaque bête livre son lot quotidien de fumier frais. De jour, on s`habitue. Dans le noir, sans éclairage de ville et sans lampe de poche, c`est tout un défi de s`en sortir indemne.

+ A la gare, on retrouve un bureau pour le Head Ticket Collector, un pour le Station Manager, un pour le Station Master, un pour le Head Train`s Clerk, un pour le Train Lightning Supervisor, un pour le Railway Superintendant et un pour le Railway Magistrate. A qui devrais-je m`adresser pour obtenir un rouleau de papier de toilette? Hum....

+ Lorsque je zappe sur ma télé, je trouve trois catégories principales de chaînes. Le tiers est consacré au genre "soap opera". Peu importe l`histoire, on voit essentiellement des gros plans de femmes qui braillent, filmées dans un cadrage de biais, style MusiquePlus. Le second ensemble regroupe, justement, les postes de musique. On peut y voir des milliers de vidéo-clips réalisés selon un patron similaire. Un, ca va. Deux, ça passe. A partir de trois, il faut se commander du thé pour survivre. La dernière famille est constituée d`émissions animées par des gourous. On dirait des télé-évangélistes américains, mais habillés en robe multicolore. Avis aux fans du mysticisme indien: ici, c`est dimanche tous les jours. Alors, il y en a pour tous les goûts spirituels et à toutes les heures de la journée. Les rares autres chaînes se partagent le cricket et l`information. Je ne vois donc pas de solution pour Télévision Quatre-Saisons en Inde.

+ L`Inde produit plus de films par année que les Etats-Unis, mais bien peu se rendent jusqu`à chez nous. Ça vaut dans les deux sens: cette semaine, on présente, en primeur s.v.p. le grand classique du navet américain "Snakes on a plane". Pour étancher ma curiosité, je suis allé voir deux films de Bollywood: Halla Bol et Welcome. Il va sans dire que mon hindi n`est pas encore fluent... N`empêche, l`expérience en vaut la peine. Trois heures bien remplies. A chaque fois. Il y a assez de sous-histoires pour construire huit autres films! Du slap-stick et des blagues assez faciles (celle du gars qui se pète les couilles, servie à cinq sauce différente dans le même long métrage), des effets spéciaux douteux (et donc hilarants) et surtout des numéros de danses à couper le souffle qui viennent entrecouper l`action à tout moment (c`est toujours amusant des mafieux qui se déhanchent).

+ On rencontre toujours ici tonnes de jeunes hommes, riches comme pauvres, éduqués comme illettrés, qui, à vingt-cinq ans sont vierges, seront mariés par leurs parents, et selon les bons conseils d`un astrologue, à une demoiselle qu`ils n`ont jamais vue, sauf en photo, dans les familles plus progressistes. Cela n`empêche pas de tomber en amour. Pour ensuite, avoir le coeur brisé par le refus parental, détester l`épouse imposée jusqu`à ce qu`elle enfante de préférence un fils. Nous avons rencontré des jeunes femmes ayant un doctorat qui vont devoir négocier serré avec le soutien de leur prof dans l`espoir de faire fléchir leurs parents. Evidemment, certains couples se forgeront un bonheur. Il est cependant bien triste d`entendre une jeune homme de vingt-deux ans dire, avec hargne, qu`il déteste son pays et sa culture en raison du mariage organisé.

+ En manque de vrai café, nous sommes allés dans un "gros" centre commercial style occidental. A l`entrée, on nous a fait passer au détecteur de métal et on nous a fouillé, dans le sens de tâté. C`est drôle au début. Or, nous sommes sortis faire d`autres achats. Après la cinquième fois , l`agent me reconnaissait et ne vérifiait même plus. Confisqué? La gomme à mâcher de Caro. Ils font aussi une fixation sur les cigarettes. On a compris plus tard que c`est pour éviter que la fumée indispose les autres clients et que les vieilles gommes ne soient pas jetées par terre... Nous avons donc pu déambuler dans un environnement ultra-sécuritaire. Or, ce n`est pas l`opinion de tous. Une femme qui prenait l`escalier roulant pour la première fois de sa vie a été saisie de panique et a essayé, en vain, de descendre à contre-courant pour fuir cette infernale machine. Et dire que cette même dame n`a sans doute pas peur de prendre la route alors que les chances de mourir sur les rues sont incalculables! Bien sûr, tout le monde sait qu`il y a 330 millions de dieux hindous, soit un par rickshaw. Et qu`il n`y en a aucun pour les escaliers roulants.

+ Le Gange est le plus sacré des fleuves dans l`hindouisme et certes un endroit des plus impressionnants sur le plan religieux. Sur ses berges se pratiquent de nombreux rites. En deux balades en bateau, l`une au coucher et l`autre au lever du soleil, nous avons pu voir des cérémonies magnifiques et d`autres troublantes. Sous la lune, sept prêtres prient pendant une heure tous les soirs. Ils manipulents des torches, lancent du riz, versent de l`eau, chantent et dansent suivant une chorégraphie étonnante. Pendant ce temps, nous déposons chacun des dizaines de petits bols faits de feuilles, remplis de pétales et contenant une chandelle. Pour chaque coquille confiée au Gange, un souhait pour une personne aimée. Ne vous en faites pas, vous y êtes tous passés! Plus loin, sur la rive, des crémations ont lieu. Sur les bûchers, des hommes et des femmes sont libérés de leur corps pour transmigrer vers un nouveau... à moins qu`ils n`aient atteint le stade où l`on s`arrache à la roue infernale des renaissances! Au matin, d`autres prières. Et des ablutions. Des gens se purifient. Partout. Ils se rincent même la bouche avec l`eau de ce fleuve sacré où se déversent les égouts et dans laquelle d`autres font leur lessive, leurs besoins ou jettent les cendres d`un défunt consummé...

+ En Inde, le sexe est un grand paradoxe. Ainsi, il est interdit par la loi de montrer dans un film, un clip ou une émission de télé, un couple qui s`embrasse. Ce qui rend ces oeuvres d`autant plus drôle à regarder, puisque homme et femme s`y frôlent sensuellement, presque violemment, s`évitant des lèvres de justesse. Pourtant, j`ai vu à la télé une annonce où une enseignante écrivant au tableau est troublée par le parfum d`un de ses élèves. Déstabilisée, au point de ne plus pouvoir tenir sa craie, au point d`en gémir sensuellement. Jamais une telle pub ne pourrait passer au Canada. Pendant ce temps, dans la rue, nombre de femmes, tant hindoues que musulmanes, se cachent les cheveux, et souvent les yeux, à la vue d`un inconnu ou pire d`un étranger aussi sexy que moi. Sur la même avenue, avec l`eau de la fontaine publique, à la vue de tous, en sous-vêtement moulant, les jeunes hommes font leur toilette. A n`y rien comprendre. En Inde, il n`y a évidemment pas d`éducation sexuelle dans les écoles... ni à la maison. Reste les copains plus expérimentés, internet et les vaches! Or, on peut retrouver à Khajuraho, dans un site protégé par l`UNESCO et ouverts à tous, sur les temples millénaires, des sculptures du Kama Sutra. Un érotisme, pas très éloigné de la pornographie moderne, nous montre de tout. Les positions de nos fantasmes, d`autres qu`on ne voudrait pas essayer de peur d`en rester paralysé. Mes étudiants qui croient que le sexe a été inventé après leur naissance auraient bien des suprises. Fellation, cunnilingus, 69, mais aussi relations avec un chien ou un cheval. J`ai oublié quelque chose? Des scènes homosexuelles? Etes-vous malades? Bande de pervers! L`homosexualité est encore illégale en Inde et, semble-t-il, n`a jamais eu la cote, meme si les hommes marchent main dans la main dans la rue...

+ Ce peuple, que je vois dans cet état aujourd`hui, avec toutes ses limites, a fait beaucoup de chemin depuis 60 ans. Imaginez la situation à l`époque! Eh bien, c`est cette population, alors analphabète, miséreuse, vivant dans les pires conditions, qui a vaincu le puissant Empire britannique. J`en conclus quoi? Que la foi et la non-violence sont des forces peu communes.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

as-tu participé aux événements liés au 60e anniversaire de la mort de Gandhi le 30 janvier?

Matbeat a dit…

On n'a pas pu. Mais j'ai lu des bons articles sur le sujet et j'ai visite le lieu ou il a ete assassine plus tot dans mon voyage.

Anonyme a dit…

et bangkok?