Wagon d'espoir
Pour consoler ceux qui me trouvent pessimiste, voici, pour clore le chapitre indien, un petit, mais je le souhaite, bien réel rayon d'espoir. Je vous avertis, la lumière n'apparaît qu'à la fin...
J'ai eu le privilège, durant un voyage en train, de rencontrer un groupe de chercheurs indiens. Ce professeur, son épouse, avocate en droit constitutionnel, et ses étudiants au doctorat, revenaient de Bhopal où ils avaient livré leurs conclusions et recommandations dans le cadre d'un important congrès. Chacun travaille sur une problématique bien spécifique.
Le professeur s'intéresse au cybercrime, de plus en plus répandu en Inde en raison de l'accès toujours grandissant à internet. Les gens sont pauvres, mais un milliard d'individus ça fait toute une clientèle. Le prix de la connection s'en trouve drôlement réduit. Sans surprise, la pornographie pédophile prolifère. On retrouve aussi de plus en plus de cas de "bullying". Ainsi, par exemple, un homme, frustré que celle qu'il aime se marie à un autre, inventera sur celle-ci les pires rumeurs, généralement de nature sexuelle, le sujet étant des plus délicats dans cette très conservatrice culture. Les victimes, majoritairement des femmes, voient leur réputation et leur vie familiale ruinées. Or, elles ne portent pratiquement pas plainte, de peur, notamment, que les médias s'emparent de l'affaire et la rendent encore plus insoutenable.
Une des étudiantes se penche sur la situation des "transsexuels", ces hommes (surtout) qui se font opérer pour devenir des femmes. Ici, on les appelle des "arawanis". Comprenons avant tout que l'homosexualité n'est pas acceptée en Inde. Dans la plupart des cas, elle est tenue secrète, et demeure peu détectable. Or, les transsexuels, associés plus ou moins à tort à la catégorie homosexuelle, sont, eux, beaucoup plus faciles à identifier. Et donc à discriminer. Leur mode de survie se résume à la mendicité, à la danse dans les clubs spécialisés ou à la prostitution. Trois domaines où leur sécurité est mise à risque. Pourtant, malgré les violences dont ces personnes sont victimes, bien peu portent plainte. Pourquoi? Parce que les policiers, porteurs des préjuges communs, s'en moquent en les faisant se déshabiller lorsqu'elles viennent au poste. Pour remplir une déposition, il faut spécifier son sexe. Or, les transsexuels refusent justement d'être identifiés comme homme ou comme femme, au point de renoncer à leur droit de vote parce qu'ils ne veulent pas cocher la case associée à l'un de ces deux sexes. A cet effet, l'avocate lutte pour la reconnaissance légale d'un troisième genre.
L'autre doctorante étudie la situation des enfants mendiant dans la rue. S'il y en a plusieurs qui viennent de familles pauvres et qui demandent la charité avec ou sans leurs parents, et s'il y en a plusieurs qui sont abandonnés et survivent ainsi, l'universitaire a mis à jour avec ses collègues une troisième catégorie. De plus en plus d'enfants qui mendient sont sous la tutelle d'organisations très structurées qui les ont kidnappés ou achetés pour les utiliser comme "travailleurs". On les envoie quêter dans la rue, surtout auprès des toursites, avec, dans les mains, un bébé qui n'a aucun lien de sang avec eux. C'est plus efficace pour attirer la pitié de l'Occidental. Ces enfants, lorsque rescapés par des organismes humanitaires, préferent retourner dans la rue plutôt qu'être nourris, logés et éduqués. Pourquoi? Parce que leurs maîtres leur donnent une part de l'argent amassé dans la rue. Parce qu'ils leur donnent aussi la drogue dont ils les ont gavés et rendus dépendants. Plus tard, la plupart seront récupérés dans la prostitution.
Vous cherchez le rayon d'espoir? D'abord, le simple fait que des universitaires se consacrent à ces problèmes, les identifient, les analysent et les dénoncent est déjà un pas. Ensuite, certains organismes, j'en donnais un exemple dans un précédent texte, parviennent à des résultats. Surtout, on commence à travailler à des solutions plus globales et fondamentales touchant aux causes, et non seulement aux conséquences.
Que proposent nos observateurs-chercheurs au gouvernement indien? Une réforme de la police. La loi qui gère ce service date de... 1861! Elle a été édictée sous l'Empire britannique dans le but premier de contrôler la population. Et non de la protéger. La plupart des policiers indiens n'ont pas terminé leur secondaire. Ils gardent bien ancrés en eux les nombreux préjugés sociaux (ex: contre les gays), notamment ceux liés aux castes. Lorsque des gens de caste inférieures viennent déposer une plainte, les policiers ferment souvent les yeux si celle-ci concerne des personnes de leur propre caste! Par conséquent, peu de victimes font appel à la police, la confiance n'existant pas. La recommandation du congrès est d'éduquer les policiers et d'en faire de véritables intervenants contre les injustices. Reste à savoir si le gouvernement écoutera. Je vous avais prévenus: un petit rayon d'espoir.
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