mercredi 26 septembre 2007

Péripéties à Vadu Izei

Qu`est-ce qu`une aventure? Voilà une bonne question. En deuxième secondaire, je me rappelle avoir étudié ce genre littéraire. Je ne suis plus sûr de me souvenir de ses différentes étapes. Attendez... N`était-ce pas: situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément réparateur et situation finale?

(Situation initiale) Dans le petit village de Vadu Izei, en Roumanie, nous demeurons dans un petit Bed and Breakfast. L`entreprise est évidemment familiale. Le fils dirige et sert de guide. L`épouse fait le ménage. La mère fait la cuisine. Le père offre des raisins aux visiteurs et entretient le poêle à bois. On nous reçoit dans la maison qui, au fil des ans, a pris de l`expansion. De deux chambres d`invités, on est passé à six.

Après une première journée où notre hôte nous a promenés à travers les villages de la région en voiture, on se sentait d`attaque pour partir à pieds. Il n`y a pas d`office du tourisme à Vadu Izei, ni rien d`approchant. Heureusement, le propriétaire de la Casa Muntean nous offre, sur une feuille photocopiée, un "circuit des artisans" censé nous mener d`un sculpteur à un peintre en passant par une tisserane.

(Je fais ici une digression, bien conscient de m`éloigner de la structure du genre littéraire choisi. Les puristes peuvent sauter ces lignes et y revenir plus tard après la palpitante lecture du récit d`aventures.)

Nous avons délibérément passé vite devant la porte du sculpteur, car nous avions eu le privilège de le rencontrer en fin d`après-midi la veille, alors que nous cherchions un café. Vous savez ce genre de personnage à qui vous dites bonjour poliment sur la rue pour vous retrouver un instant après dans son humble demeure, pris dans une discussion de laquelle vous ne saisissez pratiquement rien, mais qui pourtant se poursuit sans interruption. Le roumain étant une langue latine, on finit pas saisir les thèmes, non les propos. Le sympathique aieul, sentant un peu l`alcool, nous a parlé de ses sculptures, de psychologie, spécialement du concept de lapsus qui semblait le fasciner, de bouddhisme... jusqu`à ce que sa femme qui travaillait dans le potager apparaisse pour nous être présentée. L`interruption inespérée nous a permis de fuir vers le café qui commençait à devenir pur fantasme.

(Retour à la trop longue situation initiale) Ainsi donc, nous nous sommes dirigés directement chez l`artiste du tapis rugueux, du sac fleuri et de la paire de bas ô combien pertinente comme souvenir pittoresque. Après avoir acheté ce qui, peu importe son utilité initiale, deviendra une petite nappe, nous sommes repartis sur notre sentier, direction Valea Steja Rului, village situé sur la rive opposée de l`Iza.

Le long du chemin de terre, nous avons longé quelques maisons, des pentes devenant collines, des champs de maïs, puis d`autres champs de maïs. Tout se serait poursuivi ainsi n`eut été d`une croisée de chemin. (Elément perturbateur... enfin!) Chemin "chien" ou chemin "rivière"? Vieille question datant de mes années de moniteur en camp de vacances. Chemin "rivière", car me suis-je dit, avec mon implacable logique: les villages, les villes et les empires se construisent le long des cours d`eau! Beau tata! Mais je ne le savais pas encore.

Nous continuons donc notre randonnée. Les maisons, déjà rares, deviennent rarissimes, puis complètement absentes. Je finis par admettre du bout des lèvres que je me suis peut-être trompé. Qu`importe, ne voulions-nous pas pique-niquer? Le bord d`une rivière est toujours bucolique à souhait.

Le chemin de plus en plus boueux ne semble mener à rien. Soudain, nous croisons une femme cueillant aux abords de son champ. Inutile de dire qu`elle paraît surprise de nous voir. Elle répond cependant à notre saluation. Quelques pas plus loin, s`ouvre un corridor d`herbes fauchées. Comme nous avançons dans la campagne roumaine depuis une bonne heure, je propose de l`emprunter pour nous rapprocher du décor champêtre qui nous attend impatiemment.

Au bout de la travée, des herbes hautes se dressent. Caro commence à parler d`aventure, expression que je repousse du revers de la main. Ce n`est pas ça qui va nous arrêter. Quand même, ce n`est qu`une petite marche! (Dans la structure du récit, cet éloignement de la civilisation, cette boue sur le chemin, ces herbages tiennent lieu, selon elle, de premières péripéties. Mais je réfute vigoureusement une telle interprétation.) D`ailleurs, pour me donner raison, un nouveau couloir rasé s`offre à nous. Nous croisons encore quelques paysans qui, jusque-là en silence, se mettent à parler et à s'esclaffer après notre passage près d`eux.

Nous fonçons toujours vers la rivière qui ne peut être que tout proche, là sur notre droite. Or voila que les herbes hautes deviennent de plus en plus hautes et de moins en moins herbes. En fait, il n`est pas métaphorique de dire que la végétation devient carrément dense. On peut parler désormais d`une forêt serrée de petits arbres dont les tiges tantôt rigides tantôt flexibles appeleraient littéralement à l`utilisation d`une machette.

Peut-on commencer à parler d`aventure? D`accord, je concède qu`après nous avoir enfoncés dans cette jungle où nous ne voyons pas plus d`un ou deux mètres devant, je nous ai placés en situation plus ou moins normale et stable. Comme j`ai un peu la tête dure et que j`entends la rivière, je me dis: pourquoi gaspiller temps et énergie à rebrousser chemin alors que nous sommes si près du but, cette rive splendide où nous casserons bientôt la croûte?

Caro est encore souriante, en dépit des écorchures sur ses bras. Le ton est moins enthousiaste que d`habitude, mais en compagnie d`un mâle comme moi, qu`a-t-elle à craindre? N`écoutant que mon optimisme naturel, je continue à pénétrer.

Tout à coup, alors que je ne m`y attendais plus, j`entrevois à travers les branchages, l`Iza! La "plage" bordant la rive a plutôt la forme... d`un abrupt fossé. Caro étant encore quelques mètres derrière, je décide de garder ce constat pour moi. C`est alors que, levant les yeux, je vois, droit devant, une femme et son fils en train de laver du linge dans la rivière. Ouf, de la civilisation! En aval, j`aperçois une avancée de terre où l`eau semble plus basse. Chic! On va pouvoir traverser à pied sans trop se mouiller... peut-être.

Avant que ma douce n`arrive près de moi et ne désespère, je lui ordonne d`obliquer vers la droite, car dis-je, je pressens une solution. Vous savez, parfois, on a des preuves que Dieu existe. Après avoir péniblement fait devier notre trajet, voici qu`en raison de la saison, la rivière étant basse, une étendue de galets, que je nommerai plage, se présente à nos yeux émus.

Ce n`est pas exactement comme je l`avais imaginé une heure plus tôt, et sans doute pas comme dans la tête de ma douce non plus, mais à quoi bon relever un tel détail. Le repas nous semble succulent, parce qu`il récompense l`effort passé, et nécessaire puisqu`il nous prépare à l`étape aquatique qui nous attend. Car, il est hors de question de retourner sur nos faux-pas.

Sustentés, souliers en mains, pantalons aux genoux, nous entreprenons la traversée. (Début d`un second ensemble de péripéties, pour ceux qui suivent encore la structure) L`eau est comme très froide, le caillou pointu et le pied incertain. C`est fou ce qu`on a fait ce genre de choses aisément à 18 ans avec nos campeurs. Pas aussi évident maintenant. Je m`avance le premier, viril et fier. Je suis déjà sur l`autre rive que Caro n`a pas encore fait deux enjambées. Quel homme! Voyant le sexe faible en détresse, n`écoutant que mon coeur vaillant, et non mes orteils gelés, je dépose mon sac aux pieds du fils méduse et de la mère infatigable qui lave ses froques, et repars vers ma préférée. Pendant que, aussi inconscient qu`héroïque, je m`en viens lui prêter main forte, le jeune homme se penche vers mon sac qui contient mon I-Pod, ma caméra de 500$. Caro, qui selon moi devrait regarder où elle met les pieds, garde un oeil sur le garçon et mon sac. Je saurai, bien après les événements, que se sachant surveillé, il n`a pas osé donner suite à son désir de prendre mon bien.

Pour faire une histoire courte... nous avons finalement vaincu les flots et les roches aiguisées pour aboutir tous deux au bas d`une solide pente servant autrefois de lit à la rivière. Le plus dur était fait, non? Il suffisait maintenant de monter la côte et, puisque nous étions sur le bonne rive, retrouver le village de Vadu Izei et la Casa Muntean.

Puisant dans nos grandes ressources physiques, nous avons donc escaladé la pente pour aboutir dans la cour arrière d`une résidence privée. Un peu gênant et délicat comme situation, il faut bien l`admettre. Nous nous sommes donc prudemment avancés au travers du jardin. Lorsque, de loin, j`ai apercu, par la porte ouverte, une femme travaillant dans sa cuisine, je me suis annoncé à l`avance par de vibrants "Hello! Hello!". Et la dame s`est mise à ricaner. Soulagement. Plus nous avancions, plus elle riait. (Elément réparateur???)

Arrivés au seuil, mal à l`aise d`être trempés et d`avoir les souliers souillés de boue, nous avons voulu nous déchausser, mais elle a refusé nous invitant à simplement traverser vers la cour intérieure. Ne voulant pas déranger, confus et souhaitant quitter les lieux au plus vite, je me suis engagé dans l`entrée pour regagner la route passant devant la maison. Ce n`est qu`à ce moment qu`un incroyable sentiment de déja-vu s`est emparé de moi: ces murs verts, ces grappes de raisins qui pendent et cette cuisinière qui se meurt de rire... Incroyable: nous étions de retour à la Casa Muntean et nous tenions devant la mère souriante de notre hôte. Je ne l`avais pas reconnue! (Situation finale)

J`admets que cette fin surprenante s`apparente plus au genre littéraire de la nouvelle. Qu`importe. Qu`est-ce qu`une aventure? N`est-ce pas pousser un peu plus vers l`inconnu, l`absurde et parfois le danger, sans que cela ne finisse mal. Car dans un tel cas, ce n`est plus une aventure, mais un incident, un drame, une tragédie.

Post-Scriptum:

La mère a déjà raconté notre aventure à plusieurs amis et voisins. Elle imite devant tout le monde ma surprise lorsque j`ai compris où nous étions: elle se tape sur la tête en criant "Oh my God! Oh my God!" Les gens qui nous croisent rient de bon coeur. Si nous restons encore quelques jours, nous allons devenir une légende locale. Il est temps de partir!

Post-Scriptum 2:

Vous croyez que nous en avions assez eu pour une journée? Eh bien, ce n`était pas fini. Pour connaître la suite, allez lire le blogue de Caro!

mardi 25 septembre 2007

De la culture traditionnelle

Nous sommes entrés en Roumanie en pleine saison des récoltes. D`Oradea à Cluj, j`ai contemplé le magnifique paysage aux divers tons de vert, de marron et de jaune. Environ 150 kilomètres de champs agricoles. Des hommes, torses nus, et des femmes, coiffées d`un fichu, coupent les hautes herbes à la faux. Des chevaux tirent des charettes de foin. En deux heures, j`ai compté trois tracteurs et aucune machine moderne.

J`entends l`écolo s`exclamer: "Merveilleux, pas de pollution de l`air et sans doute pas de l`eau non plus!"

J`écoute l`anti-américain m`affirmer: "Bravo, une identité nationale forte, une résistance culturelle à l`uniformisation!"

Je comprends le touriste qui proclame: "Génial! Une expérience authentique! Des photos superbes!"

Or, au bout d`un certain temps, mon sourire contemplatif se crispe. Ce ne sont pas des villages-musées que je traverse. Il ne s`agit pas de vieilles fermes conservées pour décorer la route 148. Ces taudis que j`aperçois, des gens y vivent.

Ce n`est pas seulement du folklore, de la ruralité ou de la culture traditionnelle, mais aussi de la pauvreté.

lundi 24 septembre 2007

Salut Francois-Joseph!

Dans le train qui m`emmène en Roumanie, je songe aux dernières grandes villes que j`ai visitées: Vienne, Bratislava (sur laquelle je ne reviendrai pas...) et Budapest.

A une autre époque, j`aurais été en plein coeur de l`Empire austro-hongrois qu`ont dirigé les Habsburg de 1686 à 1918. Et c`est par une anecdote concernant le dernier de ses empereurs que je tirerai un trait sur cette partie de notre voyage.

L`Opéra de Budapest n`est pas aussi grand que celui de Vienne parce que Francois-Joseph, lui-même Autrichien, ne voulait pas que la ville hongroise fasse ombrage à la gloire de la capitale de son empire. Ce n`est donc qu`au compte-goutte qu`il a versé l`argent nécessaire à sa construction qui a duré neuf ans plutôt que les trois prévus. Il a exigé que le bâtiment soit plus petit que celui de Vienne, pensant que cela le rendrait aussi plus modeste en tout. Or, lors de l`inauguration, il s`est vite rendu compte que l`Opéra de Budapest damait le pion à celui de la capitale impériale, et ce de plus d`une façon. D`abord, il bénéficiait d`une nouvelle invention: l`air y était climatisé! Ensuite, l`acoustique y était meilleure (elle ne cède le pas, encore aujourd`hui, qu`à celle de la Scala de Milan). Finalement, si la salle ne pouvait accueillir que la moitié de l`auditoire de celle de Vienne, la scène était plus profonde et dotée d`un révolutionnaire système hydraulique permettant d`audacieux changements de décor! Après le premier acte, Francois-Joseph s`est levé, a quitté l`Opéra, et n`y a plus jamais remis les pieds! Lorsqu`on lui a demandé ses impressions, il s`est contenté de répondre que la nourriture était plutôt bonne!

Je trouve que cette histoire savoureuse est très parlante. Elle exprime bien mes sentiments et impressions à l`egard de ces deux cités.

Vienne se présente comme une femme raffinée, distinguée et un peu guindée. Ses monuments et principaux bâtiments sont mis en valeur dans de grands espaces permettant de faire éclater la beauté. L`architecture est magnifique et l`esthétique à chaque coin de rue. Quand on visite l`un de ses innombrables musées, on a l`impression d`être mis en contact avec LA culture. Notre esprit est nourri jusqu`à plus faim. Si l`art et la musique, de même que les gloires impériales passées, sont à l`honneur, les pans les plus troubles de l`histoire s`y font plus discrets. Tout y est noble: on y boit du café aussi succulent que dispendieux, on y déguste de riches pâtisseries et de délicieux chocolats. Même les souvenirs vendus aux touristes semblent vouloir dire la grandeur de la ville.

Budapest se compare à une femme plus dure, séduisante mais plus frondeuse et modeste à la fois. Exception faite des immeubles situés sur les rives du Dabube, ses beautés architecturales sont plus difficiles à saisir pour la caméra, tant les avenues sont plus étroites. Il faut lever davantage les yeux pour voir le ciel ensoleillé. Ses musées sont moins prestigieux et spectaculaires. Par contre, à tous les trois bâtiments, on retrouve une plaque commémorant un événement de l`histoire hongroise ou un héros local, un poète nationaliste, un révolutionnaire. Budapest nous parle de SA culture, de son passé souvent tragique. D`ailleurs, cela se reflète dans les souvenirs que l`on tente de nous vendre. On fait plus dans l`artisanat, dans le folklore. Quand aux plaisirs, ils s`adressent à d`autres sens que le goût: c`est tout le corps qui exulte dans les bains thermaux hérités de l`occupation turque. Ici, riches et pauvres baignent dans les mêmes eaux.

J`aime Vienne, comme j`aime Québec: pour la visiter et la revisiter. J`adore Budapest, comme j`adore Montréal, pour y habiter, y vivre.

samedi 22 septembre 2007

Chasseur-cueilleur

Un défi quasi quotidien se pose au voyageur qui ne maîtrise pas la langue d’un pays: faire son épicerie!

Vous me direz que ça ne prend pas la tête à Papineau pour aller faire son marché. Attendez un instant. Avant de vous moquer, je vous pose quelques conditions. Premièrement, pour ceux qui ne le saurait pas ou l’aurait oublié, je suis allergique aux oeufs, à la volaille, et semble-t-il, comme si cela ne suffisait pas, au lait cru! Deuxièmement, nous ne faisons pas un voyage de deux semaines, mais bien d’un an. Il faut donc un peu de variété dans l’alimentation. Le spaghetti, c’est très bon. Mais pas tous les soirs. Dans le même ordre d’idées, nous ne sommes plus des étudiants de 18 ans qui viennent de partir en appart: on ne mange plus de Kraft Dinner ou de Pizza-Pochettes depuis un bout. Finalement, nous devons faire avec certaines contraintes: peu d’espace de rangement, peu d’outils de cuisine et souvent deux ronds de poêle, quand ce n’est pas un seul!

Défi quotidien donc. Un art à développer, parfois à la dure. Et je dois dire que nous commençons à avoir une certaine expertise en la chose. Voici donc quelques conseils du pro, qui ne valent, cela dit, que pour l’Europe de l’Est.

1. Trouver le supermarché

S’il est parfois possible de tomber sur des perles de petits magasins spécialisés (boucherie, fromagerie, fruiterie...), il s’avère souvent plus commode, ne serait-ce qu’au niveau des heures d’ouverture, de dénicher l’épicerie de grande surface la plus près de chez vous. Ainsi, en roulant en autobus ou en tram, il faut ouvrir l’oeil puisqu’il est plus aisé de rapporter les sacs en transport en commun qu’à pied. Pourtant, il arrive qu’on ait cherché beaucoup et que l’on pense avoir trouvé... pour se rendre compte après trois jours, que deux rues derrière chez soi, il y a la caverne d’Ali Baba. D’où la stratégie de Caro: regarder les gens qui marchent dans les rues avec des sacs d’emplettes... et suivre le chemin inverse!

2. Décoder les emballages

Avant de partir, je me suis fait un papier dans chaque langue pour expliquer les aliments que je ne peux manger: oeufs et volaille. Je me pensais très brillant. Or dans plusieurs langues, les mots changent drôlement d’apparence mis au pluriel! Et commencer à lire sur chaque paquet les ingrédient écrits si petits, avec le stress de ne pas avoir bien lu les mots-poisons, ce n’est pas de tout repos. Et là, je ne parle pas du lait cru dont l’intolérance s’est confirmée seulement depuis mon arrivée... et pour laquelle je n’ai donc pas de petits papiers. Des trucs pour se faciliter la vie? Retenir les marques identifiées comme sans risque. Puisque les ingrédients sont souvent présentés en plusieurs langues, chercher les compagnies qui les donnent en français ou en anglais.

Va pour les allergies, mais pour le reste, je vous entends: regarde les dessins, nono! Eh bien, je vous mets au défi: punch ou jus? Ce ne sont pas les belles oranges sur le carton qui vont vous répondre. Par contre, la mention 100% est un bon indice. A moins que ce ne soit 100% sucre en poudre!

Si nous avions songé aux ingrédients, nous n’avions pas anticipé le problème des instructions. Comment faire cuire ce riz ou qu’ajouter à cette poudre pour en faire de la soupe? On ne pouvait tout de même pas partir avec un dictionnaire bilingue pour chaque langue! Là encore, on retrouve parfois du français et de l’anglais. Ainsi, dans la langue de Molière, il faut faire bouillir 10 minutes, alors que chez Shakespeare, il faut attendre 20 minutes! Un conseil? Se faire confiance!

3. Eviter de mettre les préposés en maudit

D’emblée, les gens qui travaillent dans les marchés d’alimentation en Europe de l’Est ont l’air bête. Cela semble être une condition d’embauche. Il faut donc reboubler d’ardeur pour ne pas se mériter un regard glacial (se traduisant, peu importe la langue, par: espèce de demeuré) ou même se faire invectiver. Ainsi, pour ne pas froisser le préposé qui replace ses cannes de pois pour la dixième fois depuis notre arrivée, il ne faut pas demander d’aide concernant la balance servant à peser les légumes. Car vous devez les peser vous-même. Et si vous ne le saviez pas et ne l’avez pas fait, la cassière vous fera une scène. Or, dans certains marchés, la balance ne fonctionne pas avec des dessins, mais avec des mots. Il faut peser sur la touche du mot correspondant à notre aliment. Si nous savons maintenant que paprika désigne partout le poivron, nous ne maîtrisons pas encore les autres fruits et légumes. Bien entendu, le préposé ne parle pas anglais. Il semble effaré ou indigné que ce soit notre cas. Il est estomaqué que nous ne comprenions pas que l’avocat se vend à l’unité, contrairement à tous les autres légumes, et qu’il n’est donc pas nécessaire de le peser. C’est pourquoi nous ne trouvions pas son dessin sur le clavier de la balance... Mon conseil pratique? Demander à un client. Les femmes sont les plus gentilles et les jeunes parlent généralement anglais.

4. Eviter de mettre les caissières en maudit

Elles doivent aussi être prises avec des pincettes. Au départ, on pourrait penser que saluer les mettra dans de bonnes dispositions, mais comme notre langue les irrite, on finit par comprendre qu’il est mieux de simplement sourire. Ensuite, il est bon d’apporter ses sacs de plastique pour ne pas avoir à en acheter une fois la facture deja réglée. Ne jamais tenter d’échanger de l’argent directement de main à main. L’opération se fait via un plateau adjacent à la caisse. On y depose et prend l’argent. Idéalement, il faut payer le plus exactement possible la somme due. Ne faites pas le crime de régler avec un 10 000 (=50$) une addition de 6 794, et ce même si les guichets automatiques distribuent essentiellement cette coupure. La caissière tentera de fouiller elle-même dans votre portefeuilles pour en tirer des plus petits billets. Un tuyau? Probablement respirer profondément. Malheureusement, je n’y arrive pas encore. Je me défoule en maugréant en français.

Conclusion

Malgré ce que je viens d'avouer, l'idéal est de ne pas paniquer. Ce n'est qu'une épicerie après tout! De toute façon, le langage des signes fait souvent l'affaire. Et le boucher est habituellement le plus sympathique des employés! Au pire, un gros cochon rose en carton apposé au mur peut nous servir de fiable intermédiaire! D'ailleurs, en dépit du portrait que je viens de faire, nous mangeons très bien! Et le bon vin est très abordable!

En terminant, je vous demande un service. Si vous avez des idées de recettes simples que nous pourrions tenter, n'hésitez pas à nous écrire soit sur nos blogues ou à nos adresses électroniques. Merci à l'avance!

dimanche 16 septembre 2007

Poésie en vers nordiques

Au pays de Peter, affalé sur mon divan, j’ai écouté Slovakia Idol à la télé
C’est comme regarder Star Académie, mais au moins on ne comprend rien
Heureusement, quand ça fausse et ça grince, on n’en rit pas moins
Dommage que je doive partir, car je ne saurai jamais qui a gagné

Au pays de Marian, j’ai visité le musée le plus nul de l’histoire
J’y cherchais le Temple de la renommée du hockey slovaque
J’y ai trouvé des tapisseries tachées exposées dans le noir
Et des meubles affreux regroupés comme chez IKEA. Quelle claque!

Au pays d’Anton, j’ai mis une jeune et rigide religieuse en furie
Ne voulant pas que je prenne ses consoeurs en photo devant un graffiti
Elle me criait sans relâche: "Ethika! Ethika!", et j’ai fait l’idiot
Comment pouvais-je savoir qu’elle ne trouverait pas ça rigolo?

Au pays des Stastny, j’ai rêvé de croiser Peter, Marian et Anton
Pour finalement me contenter d’une partie de ligue de garage au Zimny Stadium
Ô Bratislava, tu n’es certes pas aussi belle que Prague ou Vienne
Mais sur ma route vers Budapest, il fallait bien que je te vois, bonyenne!

mercredi 12 septembre 2007

Le bonheur est à Vienne!

Il y a de ces villes sur lesquelles il y a si peu à dire... tant elles nous rendent heureux. C'est le cas ici. Sans doute, l'histoire de la capitale de l'Autriche possède de bien sinistres moments. Pourtant, alors que Berlin a fait de son triste passé une série d'attractions et de monuments à la mémoire de ci ou de cela, que Varsovie ou Cracovie transpirent encore de communisme, Vienne est une lumineuse ville d'art, de café et de pâtisseries.

On y est bien. Mais que dire de plus. Vous savez, le bonheur et moi... on fait souvent deux. Non pas que je n'aime pas être bien dans ma peau, mais je ne sais trop quoi dire de la joie. Dimanche dernier, nous devions visiter le Musée Léopold. Eh bien, finalement, j'ai regardé les finales nationales autrichiennes de Street Football en plein air devant l'Hotel de Ville. C'est comme ça: quand on est bien, on improvise, les plans changent, plus rien n'a d'importance. Et même des enfants de 10 ans jouant au soccer sur l'asphalte nous charment.

Une petite saute d'humeur parce que la sècheuse de la buanderie ne sèche pas assez bien à mon goût (et peut-être aussi parce que je n'avais pas encore déjeuner à 13h00), pas de problème: Vienne a ce qu'il faut. Une petite visite au Musée Freud (précédée, je l'avoue, d'un succulent kebab) et me voilà souriant à nouveau. Avis aux intéressés, j'ai bien dit souriant, pas guéri de toutes mes névroses, psychoses et autres hystéries!

Une fidèle lectrice me demandait, il y a un mois, d'identifier parmi les villes que je visiste, celles où je vivrais. Pas de doute que Vienne serait un bon choix. Outre sa superbe architecture, son transport en commun efficace et ses très bons (et souvent très chers) cafés, cette ville est un paradis pour le cinéphile. En effet, outre les nombreuses salles projetant en langue originale, deux endroits offrent à l'année longue des films de répertoire. Présentement, l'un consacre sa saison au cinéma des pays balkaniques, alors que l'autre fait une rétrospective des meilleurs westerns de l'histoire. Ô joie!

Bon, je constate que pour quelqu'un qui n'avait rien à dire... je me suis plutôt épanché! Vienne est le paradis du musée. On en trouve sur tous les sujets. Je vous laisse sur mon palmarès des plus originaux!

15. Musée du Chocolat
14. Musée Sissi
13. Musée de la Torture
12. Musée des Horloges et des Montres
11. Musée du Désert
10. Musée des Chevaux Lippizans
9. Musée d'Anatomie et de Pathologie
8. Musée de Criminologie
7. Musée des Tramways
6. Musée du Meuble
5. Musée du Papyrus
4. Musée des Globes
3. Musée de l'Eau-de-vie
2. Musée de l'Espéranto
1. Musée des Pompes Funèbres

samedi 8 septembre 2007

Au fil de l’art...

Voici quelques uns des artistes que j’ai découverts depuis le début de mon voyage et qui ont suscité mon intérêt!






Artiste:
Tomasz Boguslawski
Art:
Affiche
Origine:
Polonaise
Lieu:
Muzeum Plakatu de Varsovie









Artiste:
Jiri Balcar
Art:
Peinture
Origine:
Tchèque
Lieu:
Château de Prague








Artiste:
Iole de Freitas
Art:
Sculpture
Origine:
Brésilienne
Lieu:
12e Documenta de Kassel









Artiste:
Alphonse Mucha
Art:
Peinture / Affiche
Origine:

Tchèque
Lieu:

Musée Mucha de Prague










Artiste:
Sebastian Kubica
Art:
Affiche
Origine:
Polonaise
Lieu:
Muzeum Plakatu de Varsovie












Artiste:
Anatoly Osmolovsky
Art:
Photographie
Origine:

Russe
Lieu:
12e Documenta de Kassel








Artiste:
Kerry James Marshall
Art:

Peinture
Origine:
Américaine
Lieu:
12e Documenta de Kassel






Artiste:
George Osodi
Art:
Photographie
Origine:
Nigérienne
Lieu:
12e Documenta de Kassel


Artiste:
Juan Davila
Art:
Peinture
Origine:
Chilienne
Lieu:
12e Documenta de Kassel




Artiste:
Keith Haring
Art:
Dessin
Origine:
Américaine
Lieu:
Centre d'art Egon Schiele de Cezsky Krumlov




Artiste:
Otto Dix
Art:
Peinture
Origine:
Allemande
Lieu:
Gallerie Alte Meister de Dresden

vendredi 7 septembre 2007

Auschwitz

Nous sommes partis tôt, par le premier autobus. Nous aurions pu y aller en train. C’aurait été d’autant plus troublant. Nous nous sommes contentés de la trame sonore de Schindler’s List. Ce fut amplement suffisant.

Parmi ceux qui savent l’importance qu’avait pour moi, dans ce si long voyage, ma visite en ce lieu, plusieurs m’ont demandé pourquoi. Pourquoi cet attrait, cet objectif incontournable et primordial? Je me suis reposé la question pendant le trajet de deux heures menant de Krakaw (Cravovie) à la petite ville polonaise d’Oswiecim, rebaptisée Auschwitz par les nazis.

Les deux moments qui m’ont le plus fait pleurer dans ma vie sont distinctement: les funérailles de mon petit frère et le visionnement du film de Steven Spielberg sur l’Holocauste. Les rares témoins de mon effondrement lors de cette seconde occasion en garde un souvenir troublé. Pour quelle raison un film relatant des événements si lointains et n’ayant aucun lien avec ma vie personnelle a-t-il suscité une aussi vive réaction? Je vous dévoile ici quelque chose de très intime. Peut-être que vous comprendrez. Sinon, ce n’est pas grave.

Je crois que cette oeuvre m’a révélé, au sens le plus fort, le mal dont est capable l’homme. Et j’ai eu honte. Profondément honte. Honte d’être humain. J’ai pleuré d’exister. Je me suis senti coupable, car j’étais loin d’être convaincu que j’aurais été capable d’agir différemment de la grande majorité des Allemands, et encore moins sûr que j’aurais eu la grandeur morale d’agir comme un Oskar Schindler ou un Maximilien Kolbe. Quand j’entends des gens dire, "Comment ont-ils pu faire une chose pareille?", je me demande avec effroi si nous n’aurions pas agi de la même manière. Vous dites non? Je pense avec horreur au Rwanda. Je songe que nous sommes fragiles. Que la folie, surtout collective, n’est pas un état contre lequel nous sommes immunisés.

Buchenwald, que j’ai visité il y a quelques semaines peut se comparer à un de ces vieux films d’horreur. Vous savez peut-être ce que je veux dire: fait de sous-entendu, qui suscite la peur par la suggestion, par le non-dit, qui touche à des sensibilités plus nuancées. Auschwitz ressemble davantage à un film d’horreur moderne. Tout est dévoilé, jeté au visage, crûment. Il n’y a plus rien d’implicite. Alors que le premier camp en est un de concentration, le second est voué à l’extermination.

A Buchenwald, les barraques n’existent plus. On voit au sol, par des rectangles de pierres, l’espace qu’ils occupaient. On imagine l’étendue des lieux. A Auschwitz, quelques dizaines de barraques tiennent encore debout, d’autres ont été reconstruites. Là, on voit l’étendue de la chose.

A Buchenwald, on nous montre des oeuvres d’art réalisées par des détenus. Il y a aussi une remarquable exposition de photos. A Auschwitz, on nous montre des tableaux, des graphiques, des cartes, et surtout on nous confronte à des piles de souliers, des tas de lunettes, des monceaux de cheveux, des montagnes et des montagnes d’objets personnels confisqués. Auschwitz est un pandémonium de statistiques. On y croule sous les chiffres, on est étouffé par les nombres.

Pourquoi aller à Auschwitz? Parce que si je préfère découvrir en voyageant les quelques parcelles de Paradis que l’être humain a su aménager ici bas, je ne peux éthiquement éviter mon devoir de regarder bien en face, aussi, certains lieux où nous avons fait émerger l’Enfer.
Tryptique varsovien (3)

Pour donner espoir à tous les Maziarz, Skabas, Arys-Wyszomirski et autres Czyzowicz, voici un dernier texte sur Warsaw.

Troisième Tableau:

Y’a pas à dire, Varsovie est une vieille dame dont les charmes ne se dévoilent que lentement. Ô patience, toi ma... euh... ma faiblesse! Quand tu me touches de ta grâce, c’est tout mon être qui en profite! Voici, pour vous, raconté ce triple orgasme... intellectuel!

La Pologne est réputée mondialement pour ses posters. De même que le théâtre de marionnettes fait l’objet d’étude dans les universités tchèques, l’art de l’affiche s’enseigne à la faculté chez les Polonais! J’aime visiter ces musées pratiquement vides où l’on découvre des merveilles inconnues. Le Plakatu Muzeum nous a comblés! Que de créativité, de couleurs, de symboles, bref de génie! On se sentait loin des grises statues communistes d’ouvriers encore gravées sur les devantures de certains immeubles!

La Pologne, c’est aussi Chopin. Bien oui, ce bon vieux Fred n’est pas aussi français qu’il le sonne. A Varsovie, tous les dimanches de l’été, en plein air dans un superbe parc, est présentée une oeuvre pour piano du grand compositeur. Lorsque nous sommes arrivés, le récital avait débuté. Le sublime ne tenait pas tant à la prestation, au demeurant exquise du pianiste, qu’à la présence émouvante de centaines de personnes de tous âges assis dans le plus parfait des silences. Des vieillards et des adolescents, des enfants et leurs parents, tous là ensemble dans une même contemplation.

Pour compléter le trio promis, un peu de cinéma? Nous sommes allés voir Molière. Pas de quoi s’énerver direz-vous: vous l’avez vu au Cinéma Neuf à Gatineau. Bien sûr. Mais moi, je l’ai vu en langue originale française à Varsovie. Dans la belle ville de Québec, il est souvent impossible de voir un film américain en anglais. Ici, en Pologne, on sous-titre. On ne traduit pas. J’ai entendu Fabrice Luchini dans la langue de... Molière. Je m’énerve pour peu? Vous avez peut-être raison. Quand nous avons acheté nos billets, on nous a fait choisir nos places sur l’écran cathodique. Comme nous étions tôt, nous avons choisi les meilleures. Et si vous aviez vu l’espace que nous avions pour étendre nos jambes fatiguées. Enfantillages que tout ça? Si vous insistez. Le film était commencé depuis un moment déjà lorsque nous avons été dérangés. Vous savez mon intolérance légendaire à ce sujet. Pourtant, j’ai souri aimablement. C’était une hôtesse qui nous apportait le vin chilien et les sushis que j’avais commandés avant que la projection ne débute, à l’insue de ma douce. Orgasme vous disais-je! Et n’y a-t-il pas plus grand plaisir que de combler sa bien-aimée?

jeudi 6 septembre 2007

Tryptique varsovien (2)

Afin de consoler un peu les Maziarz, Skabas, Arys-Wyszomirski et autres Czyzowicz de mon dernier texte...

Deuxième Tableau:

Le lendemain de mon altercation verbale avec la gente féminine polonaise, nous étions le 1er septembre. Dans mon lit, en me levant, je me suis dit: "Tiens, c’est le jour de l’invasion de la Pologne par les troupes nazies!" On est un nerd ou on ne l’est pas... Puis, je me suis demandé si Varsovie me donnerait une meilleure impression que la veille. Pas difficile de faire mieux!

La journée a débuté par ma (précieuse) collaboration au sauvetage d’une femme hystérique (oui, encore, désolé, je relate les faits objectivement!) qui s’était embarrée dans une toilette... Voilà qui débutait plutôt mal!

Cette ville n’est-elle que malheur? Je n’ai pas eu à patienter bien longtemps pour le savoir. A peine debarqués du tram, nous aboutissons par hasard devant le Monument à la mémoire de l’insurrection des membres de la résistance polonaise de Varsovie contre l’occupation nazie en 1944. A ne pas confondre, comme le fait le Lonely Planet, avec le soulèvement des Juifs du ghetto de la même ville en 1943... Au même moment, de très vieux soldats en uniforme sortent dignement d’une église où l’on rappelait par un office spécial le début de la Seconde Guerre mondiale. Nous les avons regardés défiler avec respect. Bon, enfin quelque chose de positif... Enfin, de pas négatif! C’est un début.

Puis, nous avons marché dans le Vieux-Varsovie. Je n’ai pas fait de crise (majeure) même si LE musée que je voulais visiter était fermé pour les trois jours de notre présence dans la ville. Nous nous sommes rabattus sur le Musée de la Karikatur où nous avons bien ri malgré le fossé linguistique. Plus tard, nous avons aussi été témoin en pleine rue d’une reconstitution théâtrale de l’appel à la conscription. Ont suivi un petit café, un petit resto et un petit dodo. Au coucher, je me suis dit, comme notre serveur à qui j’avais demandé s’il parlait anglais: "Fifty-fifty"!

(Le troisième texte suivra bientôt.)

lundi 3 septembre 2007

Tryptique varsovien (1)

Je fais rarement dans l’anecdote de voyage. Mais cette fois-ci, il le fallait. Voici donc, en trois temps, le récit de mon premier contact avec la Pologne, Mère Patrie de tant de mes étudiants, actuels ou anciens, les Maziarz, Skabas, Arys-Wyszomirski et autres Czyzowicz...

Premier Tableau:

A partir du moment où nous avons traversé la fontière, le train s’est mis à avancer avec de tels sursauts que les bouteilles sur les tables du wagon se sont mises à danser folkloriquement au point d’en tomber au sol. Je le jure. On aurait dit qu'on roulait sur des nids de poule montréalais! Je ne sais pas si les subventions au réseau ferroviaire ont été coupées ou si les relations avec les voisins tchèques sont au plus mal, toujours est-il que le ton était donné. Et je ne parle pas des bâtiments longeant la voie ferrée aux abords de la ville. On se serait cru dans un des Dix commandements du cinéaste Kieslowski.

Nous sommes entrés dans Varsovie sous la pluie. Et cela n’avait rien de poétique. Pas plus que la gare centrale d’ailleurs. Des ivrognes couchés par terre, jonchant les escaliers. Un garde de sécurité (très mâle alpha) qui me répond avec un sourire satisfait et arrogant qu’il ne parle pas anglais. Qui finit par daigner jeter un oeil sur ma feuille où se trouve inscrit, en polonais, le nom de la rue que je cherche. Et qui, je m’en rendrai compte plus tard, me donne volontairement la mauvaise direction... Une chance que je connaissais déjà des Polonais sympathiques!

Caro, ministre de l’hébergement (et dont les choix ont été parfaits depuis un mois)nous a réservé une chambre dans une nouvelle Auberge de jeunesse, Garden Villa, récemment ouverte dans un des anciens pavillons d’un... l’hôpital psychiatrique! Nous passons la grille d’entrée, et pénétrons dans un décor des plus lugubres. Ne dramatisons pas: il fait nuit, il pleut. Même la plus chaleureuse architecture communiste s’en trouve un peu affectée.

Le personnel de l’auberge est bien gentil. Il y a un grand groupe au réfectoire qui chante ce qui semble être des hymnes religieux. La chambre est, disons, rustique, un peu humide, mais propre. Et la salle de bain commune, impeccable. Ouf! Ce ne sera pas si pire après tout. Nous quittons pour trouver de l’argent. En cherchant un guichet, sur la grande artère adjacente à notre asile, pardon notre auberge, nous ne pouvons faire autrement que de voir au travers de vitrines des produits d’un autre temps, et parfois qu’on ne croirait pouvoir même trouver dans un bazar de sous-sol d’église de quartier chinois pauvre. Un instant, nous nous demandons si le Mur de Berlin est vraiment tombé. Pourant si, n’est-ce pas dans cette glorieuse Pologne que les premiers dominos ont entraîné la chute de tout un empire?

Au retour du resto où nous sommes allés souper, fourbus, nous nous couchons. Je dors toujours avec des bouchons dans les oreilles. Or, voici que vers minuit, je me réveille progressivement, mais sûrement, au son de cris et de rires hystériques. Ah non! Pas des adolescentes excitées! Je suis en sabbatique, merde. J’enlève mes bouchons et ouvre les yeux pour constater que Caro ne dort pas. Elle lit. Je lui demande si le bruit l’incommode. Sur l’affirmative, je plonge dans mon esprit le plus zen pour aller me plaindre à la réception. Le jeune homme monte prestemment avertir les énervées, pendant que je regagne mon lit. Cinq minutes n’ont pas passé que la cohue reprend, plus tonitruante que jamais. Je me lève d’un bond. Je sors de ma chambre et frappe lourdement à la porte d’en face avant de l’ouvrir d’un geste vif. Ce n’est pas une gang d’ados, c’est un troupeau de femmes bien mûres, de tous âges. Trop tard, je suis lancé... "Allez-vous fermez votre estie de câlice de grande gueule, sacrament? I can’t translate in Polish, but I can translate in English if you want!" Un silence sublime, il faut bien le dire, suit mon intervention. Elles ont compris. Le français est parfois si international!

Le lendemain, j’ai croisé le préposé de la veille. Je lui demande si le groupe sera toujours là ce soir. "Heureusement non!", me repond-il, aussi soulagé que moi. J’ose: "C’était un groupe de thérapie ou un mouvement religieux?" "Non, c’était des profs!"

(Le second tableau suivra sous peu...)
La République tchèque en différé

Chers lecteurs! Je ne vous ai pas donné grand chose à vous mettre sous la dent depuis une semaine...

C’est que les derniers jours auront été bien mouvementés. Retour à Prague pour mon anniversaire. Des dizaines de messages de fête à lire, autant de réponses à donner. Puis déplacement vers Varsovie où j’ai appris la mort tragique de Marie-Hélène Primeau, une de mes anciennes élèves, frappée par un conducteur ivre et récidiviste. Cela m’a donné un tel choc que j’en ai perdu toute envie d’écrire.

Si bien que les jours passent, les idées s’accumulent, et le temps vient à manquer. J’ai donc choisi de repousser mon propos sur la République tchèque. D’ailleurs, ce report dans le temps me sera des plus utiles puisque mon commentaire portera sur mes lectures. En effet, j’ai décidé de plonger dans la littérature de ce pays. Au menu: Franz Kafka, avec Le Procès (déjà terminé) et Le château; Milan Kundera, avec La vie est ailleurs (déjà terminé) et La Plaisanterie; et finalement Jaroslav Hasek, avec Le Brave soldat Chvéïk (en cours de lecture) et Les Nouvelles Aventures du brave soldat Chvéïk.

Dans mon prochain blogue, je vous parlerai donc de la Pologne.