lundi 3 septembre 2007

Tryptique varsovien (1)

Je fais rarement dans l’anecdote de voyage. Mais cette fois-ci, il le fallait. Voici donc, en trois temps, le récit de mon premier contact avec la Pologne, Mère Patrie de tant de mes étudiants, actuels ou anciens, les Maziarz, Skabas, Arys-Wyszomirski et autres Czyzowicz...

Premier Tableau:

A partir du moment où nous avons traversé la fontière, le train s’est mis à avancer avec de tels sursauts que les bouteilles sur les tables du wagon se sont mises à danser folkloriquement au point d’en tomber au sol. Je le jure. On aurait dit qu'on roulait sur des nids de poule montréalais! Je ne sais pas si les subventions au réseau ferroviaire ont été coupées ou si les relations avec les voisins tchèques sont au plus mal, toujours est-il que le ton était donné. Et je ne parle pas des bâtiments longeant la voie ferrée aux abords de la ville. On se serait cru dans un des Dix commandements du cinéaste Kieslowski.

Nous sommes entrés dans Varsovie sous la pluie. Et cela n’avait rien de poétique. Pas plus que la gare centrale d’ailleurs. Des ivrognes couchés par terre, jonchant les escaliers. Un garde de sécurité (très mâle alpha) qui me répond avec un sourire satisfait et arrogant qu’il ne parle pas anglais. Qui finit par daigner jeter un oeil sur ma feuille où se trouve inscrit, en polonais, le nom de la rue que je cherche. Et qui, je m’en rendrai compte plus tard, me donne volontairement la mauvaise direction... Une chance que je connaissais déjà des Polonais sympathiques!

Caro, ministre de l’hébergement (et dont les choix ont été parfaits depuis un mois)nous a réservé une chambre dans une nouvelle Auberge de jeunesse, Garden Villa, récemment ouverte dans un des anciens pavillons d’un... l’hôpital psychiatrique! Nous passons la grille d’entrée, et pénétrons dans un décor des plus lugubres. Ne dramatisons pas: il fait nuit, il pleut. Même la plus chaleureuse architecture communiste s’en trouve un peu affectée.

Le personnel de l’auberge est bien gentil. Il y a un grand groupe au réfectoire qui chante ce qui semble être des hymnes religieux. La chambre est, disons, rustique, un peu humide, mais propre. Et la salle de bain commune, impeccable. Ouf! Ce ne sera pas si pire après tout. Nous quittons pour trouver de l’argent. En cherchant un guichet, sur la grande artère adjacente à notre asile, pardon notre auberge, nous ne pouvons faire autrement que de voir au travers de vitrines des produits d’un autre temps, et parfois qu’on ne croirait pouvoir même trouver dans un bazar de sous-sol d’église de quartier chinois pauvre. Un instant, nous nous demandons si le Mur de Berlin est vraiment tombé. Pourant si, n’est-ce pas dans cette glorieuse Pologne que les premiers dominos ont entraîné la chute de tout un empire?

Au retour du resto où nous sommes allés souper, fourbus, nous nous couchons. Je dors toujours avec des bouchons dans les oreilles. Or, voici que vers minuit, je me réveille progressivement, mais sûrement, au son de cris et de rires hystériques. Ah non! Pas des adolescentes excitées! Je suis en sabbatique, merde. J’enlève mes bouchons et ouvre les yeux pour constater que Caro ne dort pas. Elle lit. Je lui demande si le bruit l’incommode. Sur l’affirmative, je plonge dans mon esprit le plus zen pour aller me plaindre à la réception. Le jeune homme monte prestemment avertir les énervées, pendant que je regagne mon lit. Cinq minutes n’ont pas passé que la cohue reprend, plus tonitruante que jamais. Je me lève d’un bond. Je sors de ma chambre et frappe lourdement à la porte d’en face avant de l’ouvrir d’un geste vif. Ce n’est pas une gang d’ados, c’est un troupeau de femmes bien mûres, de tous âges. Trop tard, je suis lancé... "Allez-vous fermez votre estie de câlice de grande gueule, sacrament? I can’t translate in Polish, but I can translate in English if you want!" Un silence sublime, il faut bien le dire, suit mon intervention. Elles ont compris. Le français est parfois si international!

Le lendemain, j’ai croisé le préposé de la veille. Je lui demande si le groupe sera toujours là ce soir. "Heureusement non!", me repond-il, aussi soulagé que moi. J’ose: "C’était un groupe de thérapie ou un mouvement religieux?" "Non, c’était des profs!"

(Le second tableau suivra sous peu...)

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Comme quoi les profs sont aussi des personnes... qui se défoulent parfois et ne suivent pas les règles !!!
Comme quoi ton vocabulaire québécois bien imagé démontre aussi qu'un prof est une personne comme les autres !!!
Et je riais toute seule devant l'ordi en imaginant si facilement ton lever et ton inyervention, j'entendais presque ton ton de voix et voyais si bien ton regard rempli d'un juste courroux ...
So much love and hugs

Matbeat a dit…

Chere Love and hugs,

Tu apprends a me connaitre differemment. Content de savoir que je n`ai pas declenche ton courroux a toi!

xxx

Anonyme a dit…

XD Ayoye. Moi aussi je riais devant mon ordi... avec ma soeur et son amie qui vient d'arriver en 2e secondaire au Collège a coté de moi qui me regardaient d'un oeil plutôt dans le genre: Mais qui est cette folle qui rit comme ca? . Je leur ai donc tout expliqué en leur démontrant que meme les profs du college ont une certaine patience et qu'ils sont bien sympathiques malgré tout. Et puis, jusqu'à date Claudio est un bon remplacant; il nous a, entre autres, parlé hier de cochons qui se sont fait pendre au moyen age pour avoir mangé des bébés. :| assez spécial. (désolée pour les coeurs sensibles...) BOn bref, ca commence a etre pas mal long la!

AU plaisir de lire les prochaines nouvelles!

Monsieur Claudio a dit…

J'ai vu des partys de profs qui ont fini comme je n'ai jamais vu un party finir.

J'ai vu des profs finir un party comme jamais j'ai vu un prof fini

J'ai fini des partys de prof souvent moins fini que des prof que je n'aurais jamais imaginés finis.

Mais je n'ai jamais fini un party de profs comme, si poético-internationalement, Mathieu, tu as su le faire.

P.S.: Des anecdotes de voyages c'est peut-être moins intello, mais ça raconte autrement ce qu'autrement on n'aurait moins bien rendu.