lundi 24 septembre 2007

Salut Francois-Joseph!

Dans le train qui m`emmène en Roumanie, je songe aux dernières grandes villes que j`ai visitées: Vienne, Bratislava (sur laquelle je ne reviendrai pas...) et Budapest.

A une autre époque, j`aurais été en plein coeur de l`Empire austro-hongrois qu`ont dirigé les Habsburg de 1686 à 1918. Et c`est par une anecdote concernant le dernier de ses empereurs que je tirerai un trait sur cette partie de notre voyage.

L`Opéra de Budapest n`est pas aussi grand que celui de Vienne parce que Francois-Joseph, lui-même Autrichien, ne voulait pas que la ville hongroise fasse ombrage à la gloire de la capitale de son empire. Ce n`est donc qu`au compte-goutte qu`il a versé l`argent nécessaire à sa construction qui a duré neuf ans plutôt que les trois prévus. Il a exigé que le bâtiment soit plus petit que celui de Vienne, pensant que cela le rendrait aussi plus modeste en tout. Or, lors de l`inauguration, il s`est vite rendu compte que l`Opéra de Budapest damait le pion à celui de la capitale impériale, et ce de plus d`une façon. D`abord, il bénéficiait d`une nouvelle invention: l`air y était climatisé! Ensuite, l`acoustique y était meilleure (elle ne cède le pas, encore aujourd`hui, qu`à celle de la Scala de Milan). Finalement, si la salle ne pouvait accueillir que la moitié de l`auditoire de celle de Vienne, la scène était plus profonde et dotée d`un révolutionnaire système hydraulique permettant d`audacieux changements de décor! Après le premier acte, Francois-Joseph s`est levé, a quitté l`Opéra, et n`y a plus jamais remis les pieds! Lorsqu`on lui a demandé ses impressions, il s`est contenté de répondre que la nourriture était plutôt bonne!

Je trouve que cette histoire savoureuse est très parlante. Elle exprime bien mes sentiments et impressions à l`egard de ces deux cités.

Vienne se présente comme une femme raffinée, distinguée et un peu guindée. Ses monuments et principaux bâtiments sont mis en valeur dans de grands espaces permettant de faire éclater la beauté. L`architecture est magnifique et l`esthétique à chaque coin de rue. Quand on visite l`un de ses innombrables musées, on a l`impression d`être mis en contact avec LA culture. Notre esprit est nourri jusqu`à plus faim. Si l`art et la musique, de même que les gloires impériales passées, sont à l`honneur, les pans les plus troubles de l`histoire s`y font plus discrets. Tout y est noble: on y boit du café aussi succulent que dispendieux, on y déguste de riches pâtisseries et de délicieux chocolats. Même les souvenirs vendus aux touristes semblent vouloir dire la grandeur de la ville.

Budapest se compare à une femme plus dure, séduisante mais plus frondeuse et modeste à la fois. Exception faite des immeubles situés sur les rives du Dabube, ses beautés architecturales sont plus difficiles à saisir pour la caméra, tant les avenues sont plus étroites. Il faut lever davantage les yeux pour voir le ciel ensoleillé. Ses musées sont moins prestigieux et spectaculaires. Par contre, à tous les trois bâtiments, on retrouve une plaque commémorant un événement de l`histoire hongroise ou un héros local, un poète nationaliste, un révolutionnaire. Budapest nous parle de SA culture, de son passé souvent tragique. D`ailleurs, cela se reflète dans les souvenirs que l`on tente de nous vendre. On fait plus dans l`artisanat, dans le folklore. Quand aux plaisirs, ils s`adressent à d`autres sens que le goût: c`est tout le corps qui exulte dans les bains thermaux hérités de l`occupation turque. Ici, riches et pauvres baignent dans les mêmes eaux.

J`aime Vienne, comme j`aime Québec: pour la visiter et la revisiter. J`adore Budapest, comme j`adore Montréal, pour y habiter, y vivre.

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