Le lourd passé: une enfance à l'Est
Steffen avait 14 ans quand le Mur est tombé, sa copine Sandy, douze. A ma grande surprise, quand je leur demande de me parler de leurs souvenirs du communisme, Steffen répond avec enthousiasme: "L'Allemagne de l'Est, c'était merveilleux pour les enfants! Aujourd'hui, je trouve que les Allemands ne les aiment pas beaucoup. Sous le régime communiste, tous les enfants allaient gratuitement dans un camp d'été. Il n'y avait pas toute cette violence et ces conflits entre les gangs de jeunes. A l'école, on était très valorisé. Pratiquement chaque élève avait un poste de responsabilité. Au début de la journée, on faisait un serment au nom de la paix et de l'égalité. On nous proposait l'idéal!" En l'écoutant, je suis resté un peu perplexe: tout de même, ce n'est pas le genre de récit que l'on s'attend à entendre dans la bouche d'un homme de trente ans. On est loin d'un film comme The life of others. Je le questionne donc avec un peu plus d'insistance.
"Bien sûr, si tu n'avais pas de parenté à l'Ouest, tu ne recevais du chocolat qu'une ou deux fois par an. Moi, c'est la réglisse dont je rafolais. J'en avais mangé à une occasion et ça me manquait beaucoup... Mes parents n'était pas membre du Parti Communiste et se montraient critique face au régime. Pire, ils étaient luthériens pratiquants. Or, seul l'athéisme était valorisé dans les pays de l'Est. A l'école, je faisais l'objet de moqueries de la part de mes pairs. Mais plus encore, j'étais une cible pour mes enseignants pro-communistes. Ils m'interrogeaient devant toute la classe sur mon absence lors de la Fête des Travailleurs à laquelle mes parents refusaient que je participe. A chaque an, j'avais une nouvelle excuse: ma grand-mère était malade. Je devais essuyer leurs railleries sur mes croyances religieuses."
C'est en écoutant Heidi à la télévision que Sandy a commencé à songer à l'Ouest. Cette émission pour enfant, diffusée sur une chaîne ouest-allemande la faisait rêver d'autre chose. Bien entendu, même si tout le monde regardait des canaux occidentaux, personne ne devait en parler, surtout pas dans la cour d'école. On pouvait faire l'objet d'une dénonciation. A peine une décennie plus tôt, des commandos de "scouts-communistes" sillonnaient les rues à la recherche d'antennes orientées dans la mauvaise direction. Une telle offense dans les années 70 pouvait entraîner une perte d'emploi! Lorsqu'elle a commencé à poser trop de questions, vers 10 ans, Sandy s'est faite rappelée à l'ordre par ses parents: il ne fallait pas attirer l'attention à l'école puisque son père était sur une liste de citoyens à surveiller. Il avait aidé son frére dans une infructueuse tentative d'évasion vers l'Ouest, ce qui avait valu à ce dernier d'aller en prison.
Ainsi, en vieillissant, Steffen et Sandy se sont rendus compte du manque de liberté imposé par le régime est-allemand. Les enfants ne sont pas toujours conscients des grandes réalités sociales. D'ailleurs, nos hôtes à Hamburg, Marlis et Michael, plus vieux d'une quinzaine d'années, n'avaient pas d'aussi bons souvenirs du communisme. Ils racontaient que si les matelas étaient disponibles dans l'un des deux magasins d'État, il fallait en acheter un, au cas où on en aurait besoin d'un l'année suivante. En effet, rien ne garantissait qu'il y en aurait encore de disponibles à ce moment-là. Pour une voiture, il fallait souvent attendre dix ans... Cependant, ce n'est pas tout le monde qui garde de telles images du passé. Ekkehard, qui vit dans la ville de Dresden, souligne qu'en régime communiste tous les citoyens avaient un lieu pour vivre et tous avaient un emploi. Ce qui n'est plus le cas.
Steffen avait 14 ans quand le Mur est tombé, sa copine Sandy, douze. A ma grande surprise, quand je leur demande de me parler de leurs souvenirs du communisme, Steffen répond avec enthousiasme: "L'Allemagne de l'Est, c'était merveilleux pour les enfants! Aujourd'hui, je trouve que les Allemands ne les aiment pas beaucoup. Sous le régime communiste, tous les enfants allaient gratuitement dans un camp d'été. Il n'y avait pas toute cette violence et ces conflits entre les gangs de jeunes. A l'école, on était très valorisé. Pratiquement chaque élève avait un poste de responsabilité. Au début de la journée, on faisait un serment au nom de la paix et de l'égalité. On nous proposait l'idéal!" En l'écoutant, je suis resté un peu perplexe: tout de même, ce n'est pas le genre de récit que l'on s'attend à entendre dans la bouche d'un homme de trente ans. On est loin d'un film comme The life of others. Je le questionne donc avec un peu plus d'insistance."Bien sûr, si tu n'avais pas de parenté à l'Ouest, tu ne recevais du chocolat qu'une ou deux fois par an. Moi, c'est la réglisse dont je rafolais. J'en avais mangé à une occasion et ça me manquait beaucoup... Mes parents n'était pas membre du Parti Communiste et se montraient critique face au régime. Pire, ils étaient luthériens pratiquants. Or, seul l'athéisme était valorisé dans les pays de l'Est. A l'école, je faisais l'objet de moqueries de la part de mes pairs. Mais plus encore, j'étais une cible pour mes enseignants pro-communistes. Ils m'interrogeaient devant toute la classe sur mon absence lors de la Fête des Travailleurs à laquelle mes parents refusaient que je participe. A chaque an, j'avais une nouvelle excuse: ma grand-mère était malade. Je devais essuyer leurs railleries sur mes croyances religieuses."
C'est en écoutant Heidi à la télévision que Sandy a commencé à songer à l'Ouest. Cette émission pour enfant, diffusée sur une chaîne ouest-allemande la faisait rêver d'autre chose. Bien entendu, même si tout le monde regardait des canaux occidentaux, personne ne devait en parler, surtout pas dans la cour d'école. On pouvait faire l'objet d'une dénonciation. A peine une décennie plus tôt, des commandos de "scouts-communistes" sillonnaient les rues à la recherche d'antennes orientées dans la mauvaise direction. Une telle offense dans les années 70 pouvait entraîner une perte d'emploi! Lorsqu'elle a commencé à poser trop de questions, vers 10 ans, Sandy s'est faite rappelée à l'ordre par ses parents: il ne fallait pas attirer l'attention à l'école puisque son père était sur une liste de citoyens à surveiller. Il avait aidé son frére dans une infructueuse tentative d'évasion vers l'Ouest, ce qui avait valu à ce dernier d'aller en prison.
Ainsi, en vieillissant, Steffen et Sandy se sont rendus compte du manque de liberté imposé par le régime est-allemand. Les enfants ne sont pas toujours conscients des grandes réalités sociales. D'ailleurs, nos hôtes à Hamburg, Marlis et Michael, plus vieux d'une quinzaine d'années, n'avaient pas d'aussi bons souvenirs du communisme. Ils racontaient que si les matelas étaient disponibles dans l'un des deux magasins d'État, il fallait en acheter un, au cas où on en aurait besoin d'un l'année suivante. En effet, rien ne garantissait qu'il y en aurait encore de disponibles à ce moment-là. Pour une voiture, il fallait souvent attendre dix ans... Cependant, ce n'est pas tout le monde qui garde de telles images du passé. Ekkehard, qui vit dans la ville de Dresden, souligne qu'en régime communiste tous les citoyens avaient un lieu pour vivre et tous avaient un emploi. Ce qui n'est plus le cas.
Steffen et Sandy se rappellent bien du jour de la chute du Mur de Berlin. Évidemment, la liberté nouvelle a semé l'euphorie au cours des premiers mois. L'accès aux biens matériels qui s'en est suivi a comblé en partie la quête de bonheur des Allemands de l'Est. Or, avec le temps, on a déchanté. Malgré les importants fonds débloqués par le gouvernement unifié pour reconstruire l'Est (souvent très peu rénové depuis la Seconde Guerre mondiale), cette moitié de l'Allemagne demeure plus pauvre que sa voisine. Et tout n'est pas rose dans ce pays qui fait pourtant figure de leader dans l'Union européenne. Selon Steffen, en raison du profond malaise persistant face au nationalisme, dû au passé nazi, il manque un projet de société, un idéal rassembleur qui, s'il était autrefois imposé, est désormais douloureusement absent. Quinze ans aprés la chute du Mur, certains leaders du pays osent même proposer des façons plus socialistes de faire les choses. L'héritage de l'Est commencera-t-il à porter des fruits?
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