mardi 28 août 2007

Le soleil emmène au soleil

Partir quelque part pour partir
Pas pour fuir, ni changer
Pas pour s'en aller
Aller quelque part, s'en aller
Retrouver, l'air et le pollen
Je t'aime

Le soleil emmène au soleil
Le matin au midi
Et les enfants jouent avec la vie
Le soleil emmène au soleil
Et la vie s'élargit pour autant
Sur quatre continents
Au soleil, au soleil

Partir quelque part pour partir
Comme on naît
Comme on glisse
Et recommencer
Apprendre à vivre et vivre en soi
Continuer
Et parler beaucoup, beaucoup, beaucoup
Et se donner tout à fait

Le soleil emmène au soleil
Et le jour au midi
Et les enfants jouent avec l'hiver
Le soleil emmène au soleil
Et la pluie se répand
Quelque part dans un autre univers

Comme c'est beau
Vu d'en haut
Ô! comme c'est beau
Vu d'en haut
Jean-Pierre Ferland
Soleil

dimanche 26 août 2007

Full cool hip young and fresh

Vais-je tenir longtemps une chronique sur ce thème? Pas sûr! Pourquoi? Parce que tous les Occidentaux semblent pareils... En tout cas, si sans surprise l’Allemagne est américanisée, la République tchèque, pourtant plus associée à l’Est, l’est tout autant. A moins que ce ne soit tous des touristes des États-Unis. Nenni. Ils parlent allemand et tchèque, mais aussi italien, espagnol ou français...

Il ne semble rien y avoir de plus typique que des ados occidentaux. Ils ont des espadrilles Nike, transportent leurs cossins dans des sacs Puma, se vêtissent de t-shirt de Che Guevara ou de Pink Floyd. Dans les transports en commun, ils sont "loud". Dans les parcs, ils font de la skate en écoutant du rap. En vacances d’été, ils vont voir des blockbuster made in USA. Quant on leur parle de leur avenir scolaire ou professionel, ils haussent les épaules en disant qu’ils ne savent pas trop.

Une différence? Une énorme distinction entre ces jeunes et ceux que je croise au Québec? La quantité industrielle d’entre eux qui fument la cigarette. Effrayant.

vendredi 24 août 2007

Pour ceux qui n`y auraient pas pensé!

On aime sa blonde ou on ne l`aime pas... Je trouve qu`elle écrit si bien! Alors si le coeur vous en dit, allez lire aussi son blogue. C’est le même voyage, mais ce n’est pas le même blogue! Son adresse: http://blogdecaro111.blogspot.com
Qui suis-je?

Depuis notre arrivée à Prague, nous sommes littéralement noyés dans une marée humaine. Faut croire que je n’ai pas l’habitude de visiter un pays en haute saison...

Quel paradoxe que notre relation avec les autres, ces intrus! Je leur en veux d’être là. Mais je les comprends tout à la fois. Ils sont en ces lieux pour des raisons similaires aux miennes. Eux aussi veulent voir, espèrent ressentir. Pourquoi ma présence ici serait-elle plus noble ou justifiée? Malgré tout, ils m’exaspèrent. Ils m’obstruent la vue, me cachent la vie. Et je leur rends sans doute la pareille. Ils gâchent mon expérience et ils veulent prendre les mêmes photos que moi! Tous des salauds. Tous mes semblables.

Heat et Potter, les auteurs de La révolte consommée (vous en ai-je parlé?), ont bien raison: le voyage est un bien positionnel. Il sert, comme la plupart des choses que nous consommons, à nous distinguer des autres. Moi, mon voyage est spécial. Je ne suis pas ici seulement pour deux semaines. Non, non. Ecoutez-moi, je suis à vivre le tour du monde (en fait l’Europe de l’Est et l’Asie, mais c’est plus impressionnant dit comme ça!). Moi, je ne vais pas dans les hotels. Non, je vis dans des familles. Moi, je ne tombe pas dans les trappes à touristes. Non, monsieur. Je vais plutôt voir l’exposition sur Mucha et visiter le petit Musée Franz Kafka. Et je lis Kafka!

Il y a un tel besoin (naturel ou pathétique) d’être différent. De sortir du commun. Je ne vous demande pas de me psychanalyser. Nous sommes pratiquement tous faits ainsi. Chacun selon nos sensibilités, dans nos domaines. Nous cherchons, comme les autres, à être unique. Beau paradoxe. Pour certains, ce sera par la musique qu’ils écoutent, par l’originalité de leurs croyances, par la voiture qu’ils conduisent, par la décoration de leur maison ou les restaurants qu’ils fréquentent.

Depuis notre arrivée à Prague, noyé au milieu des intrus, armé comme eux d’une carte de la ville dans ma gauche et d’un appareil photo dans ma droite, je suffoque. Et ma réaction, pour survivre à la chaleur qui me baigne et surtout à la conformité qui égratigne mon orgueil, je fuis. Je préfère mon appart, mon café internet, mes rues désertes (et souvent sans intérêts), au parcours déjà tracés des masses. Je leur laisse la beauté. Et lorsque l’envie me prend de faire de la photographie (car moi, je ne prends pas des photos, je fais de la photo...), alors je m’obstine à choisir des thèmes bâtards. Non! Pas le Pont Charles. Plutôt cette statue néo-post-moderne d’un porc plongeant d’un tremplin de piscine!

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Trêve d’auto-dérision. Peut-être est-ce parce que nous avons dépassé le cap symbolique des deux semaines, longueur typique de tant de périples, mais depuis notre arrivée à Prague, une question me chicotte: quel est mon statut? Qui suis-je présentement?

Le temps semble venu de me situerl. Une chose est sûre: je suis un étranger. J’en ai milles preuves quotidiennes.

Suis-je un touriste? Bien entendu, je visite de ces lieux que recommandent les guides. Cependant, sans arrogance ou snobisme, mon expérience ne se limite pas à ça. Je tente aussi de voir ce que je cherche. Ce qui m’habite. De l’histoire, de l’art, de la littérature, de la religion. Peu de restaurants, beaucoup d’épiceries. De longs moments passés à écrire (blogue, courriels, journal, cartes postales). Pour lire aussi.

Je suis un voyageur. Car si je vais là où bien d’autres vont (avec raison), je vais aussi ailleurs. Et le collage qui en résulte est unique et fonde mon originalité. Pas un grand explorateur ou un découvreur puisque tout a déjà été cartographié, mesuré, étudié, analysé. Pourtant, j’ai une quête. Je cherche des réponses à mes questions, des satisfactions à mes passions.

Finalement, de plus en plus, je dois l’admettre, je suis aussi un vacancier. Lire mon roman dans mon lit, faire la vaisselle tranquillement en écoutant de la musique, marcher sans but ou vous écrire, a autant de valeur que visiter les splendeurs de Prague!

lundi 20 août 2007

Souvenirs allemands

10. Les magasins Woolworth existent encore en Allemagne!
9. Le design intérieur des McDonald est plus tendance que celui de la plupart des restaurants de Gatineau!
8. Un Yellow Tail coûte 7,50$ et un Boursin 3$!
7. Les téléphones publiques sont roses!
6. Les chips au paprika, c’est bon!
5. En Allemagne de l’Est, les gens sont expérimentés quand vient le temps de faire la queue, il vaut mieux s’imposer, sinon on se fait couper d’aplomb!
4. La ville de Berlin est d’une propreté parfaite!
3. L’âge légal pour boire est de 16 ans!
2. L’âge légal pour conduire est de 18 ans!
1. Donc, il y a beaucoup de jeunes souls dans les métros!
Ethique et esthétique

L’âge de nos bâtiments canadiens les plus anciens fait sourire bien des Européens. Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque Ulrich, notre hôte à Berlin, vanta le fait qu’il demeure dans un immeuble centenaire. Au fil des discussions et des visites historiques, j’ai fini par saisir plus concrètement l’ampleur de la destruction subie par l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, certaines villes étant démolies à plus de 80%.

Dans un tel contexte, la reconstruction devient un acte d’une très grande complexité. D’abord, en raison de l’étendue des dégats subis par les habitations de la population civile, mais aussi à cause de la haute portée symbolique que chaque décision liée à la restauration des lieux historiques.

Dresden fut pratiquement rasée en février 1945. La magnifique vieille ville fut réduite en ruines. Si le gouvernement communiste fit rebâtir le Zwinger et l’Opéra à partir des matériaux récupérables sur les sites, d’autres immeubles ne furent pas restaurés sur le coup. Ce que n’est que des decennies plus tard que l’on décida de bâtir de nouveaux "anciens" bâtiments avec une apparence identique à celle de l’époque où ils avait été initialement construits. Ainsi, le "Vieux-Dresden" n’est qu’une façade, une illusion. Si la stratégie est bonne sur le plan économique et pour le tourisme, elle pose la question de l’authenticité. Si les pyramides d’Egypte étaient totalement détruites, devrait-on les remettre sur pieds? Quelle valeur historique aurait un tel lieu? N’en va-t-il pas de même ici en Allemagne?

Potzdam Platz, située en plein coeur de Berlin, fut jusqu’au second conflit mondial l’un des importants centres de la ville. Lors de la séparation de l’Allemagne, la frontière divisant Berlin en deux (et éventuellement le Mur lui-même) fut dessinée pour passer par là. Lors de la réunification, ce vaste "no man’s land" en plein milieu de la ville devait être réaménagé. En érigeant un ensemble de gratte-ciel et de bâtiments extrêmement modernes et de style très américain, le gouvernement affirmait clairement la victoire du capitalisme sur le socialisme. Ce message politique s’est cependant traduit par la transformation d’un quartier riche historiquement en une vaste aire commerciale, sans harmonie urbaine avec les rues environnantes.

Toujours dans la capitale, les querrelles entourant la construction du Monument pour les victimes de l’Holocauste ont meublé les discussions parlementaires et alimenté les controverses médiatiques pendant huit ans! Quel style, quel lieu, quel architecte, quel matériel, quel fournisseur, quel nom officiel pour le mémorial? Evidemment, en Allemagne, dès que la question juive est abordée, tout devient très délicat. Au camp de concentration de Buchenwald, près d’Erfurt, le problème en est un de mauvaises herbes. Doit-on asperger de poison la vie qui pousse dans un lieu qui veut rappeler à l’humanité l’horreur des crimes qui y ont été commis? Doit-on conserver les camps de la mort? Doit-on redonner à la nature ces vastes cimetières?

Les questions de ce genre où se mêlent éthique et esthétique sont légions. A chaque occasion, les choix architecturaux et urbanistes sont cruciaux. Des lieux historiques sont restaurés, d’autres changent de vocation et certains sont carrément détruits. Que garder du passé, pour la mémoire? Le voyageur en quête d’histoire voudrait que tout fut gardé intact. Il voudrait voir le vrai Checkpoint Charlie séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest, et non le Disneyland pour touristes qu’ils en ont fait. Il en va autrement pour les habitants du pays qui doivent aller de l’avant, vivre dans leur temps. Et qui veulent, souvent légitimement, effacer de douloureux souvenirs.

dimanche 19 août 2007

Le lourd passé: une enfance à l'Est

Steffen avait 14 ans quand le Mur est tombé, sa copine Sandy, douze. A ma grande surprise, quand je leur demande de me parler de leurs souvenirs du communisme, Steffen répond avec enthousiasme: "L'Allemagne de l'Est, c'était merveilleux pour les enfants! Aujourd'hui, je trouve que les Allemands ne les aiment pas beaucoup. Sous le régime communiste, tous les enfants allaient gratuitement dans un camp d'été. Il n'y avait pas toute cette violence et ces conflits entre les gangs de jeunes. A l'école, on était très valorisé. Pratiquement chaque élève avait un poste de responsabilité. Au début de la journée, on faisait un serment au nom de la paix et de l'égalité. On nous proposait l'idéal!" En l'écoutant, je suis resté un peu perplexe: tout de même, ce n'est pas le genre de récit que l'on s'attend à entendre dans la bouche d'un homme de trente ans. On est loin d'un film comme The life of others. Je le questionne donc avec un peu plus d'insistance.

"Bien sûr, si tu n'avais pas de parenté à l'Ouest, tu ne recevais du chocolat qu'une ou deux fois par an. Moi, c'est la réglisse dont je rafolais. J'en avais mangé à une occasion et ça me manquait beaucoup... Mes parents n'était pas membre du Parti Communiste et se montraient critique face au régime. Pire, ils étaient luthériens pratiquants. Or, seul l'athéisme était valorisé dans les pays de l'Est. A l'école, je faisais l'objet de moqueries de la part de mes pairs. Mais plus encore, j'étais une cible pour mes enseignants pro-communistes. Ils m'interrogeaient devant toute la classe sur mon absence lors de la Fête des Travailleurs à laquelle mes parents refusaient que je participe. A chaque an, j'avais une nouvelle excuse: ma grand-mère était malade. Je devais essuyer leurs railleries sur mes croyances religieuses."

C'est en écoutant Heidi à la télévision que Sandy a commencé à songer à l'Ouest. Cette émission pour enfant, diffusée sur une chaîne ouest-allemande la faisait rêver d'autre chose. Bien entendu, même si tout le monde regardait des canaux occidentaux, personne ne devait en parler, surtout pas dans la cour d'école. On pouvait faire l'objet d'une dénonciation. A peine une décennie plus tôt, des commandos de "scouts-communistes" sillonnaient les rues à la recherche d'antennes orientées dans la mauvaise direction. Une telle offense dans les années 70 pouvait entraîner une perte d'emploi! Lorsqu'elle a commencé à poser trop de questions, vers 10 ans, Sandy s'est faite rappelée à l'ordre par ses parents: il ne fallait pas attirer l'attention à l'école puisque son père était sur une liste de citoyens à surveiller. Il avait aidé son frére dans une infructueuse tentative d'évasion vers l'Ouest, ce qui avait valu à ce dernier d'aller en prison.

Ainsi, en vieillissant, Steffen et Sandy se sont rendus compte du manque de liberté imposé par le régime est-allemand. Les enfants ne sont pas toujours conscients des grandes réalités sociales. D'ailleurs, nos hôtes à Hamburg, Marlis et Michael, plus vieux d'une quinzaine d'années, n'avaient pas d'aussi bons souvenirs du communisme. Ils racontaient que si les matelas étaient disponibles dans l'un des deux magasins d'État, il fallait en acheter un, au cas où on en aurait besoin d'un l'année suivante. En effet, rien ne garantissait qu'il y en aurait encore de disponibles à ce moment-là. Pour une voiture, il fallait souvent attendre dix ans... Cependant, ce n'est pas tout le monde qui garde de telles images du passé. Ekkehard, qui vit dans la ville de Dresden, souligne qu'en régime communiste tous les citoyens avaient un lieu pour vivre et tous avaient un emploi. Ce qui n'est plus le cas.

Steffen et Sandy se rappellent bien du jour de la chute du Mur de Berlin. Évidemment, la liberté nouvelle a semé l'euphorie au cours des premiers mois. L'accès aux biens matériels qui s'en est suivi a comblé en partie la quête de bonheur des Allemands de l'Est. Or, avec le temps, on a déchanté. Malgré les importants fonds débloqués par le gouvernement unifié pour reconstruire l'Est (souvent très peu rénové depuis la Seconde Guerre mondiale), cette moitié de l'Allemagne demeure plus pauvre que sa voisine. Et tout n'est pas rose dans ce pays qui fait pourtant figure de leader dans l'Union européenne. Selon Steffen, en raison du profond malaise persistant face au nationalisme, dû au passé nazi, il manque un projet de société, un idéal rassembleur qui, s'il était autrefois imposé, est désormais douloureusement absent. Quinze ans aprés la chute du Mur, certains leaders du pays osent même proposer des façons plus socialistes de faire les choses. L'héritage de l'Est commencera-t-il à porter des fruits?

mercredi 15 août 2007

Le lourd passé: Quelques heures à Buchenwald

Si on se dirige vers le nord en quittant Weimar, la ville des Lumières allemandes Goethe et Schiller, on croise de nombreux jolis espaces verts où les gens vont pique-niquer. C'est un coin de pays de plus bucoliques.

En arrivant au Gedenkstätte Buchenwald, on remarque de grands bâtiments récemment rénovés et peints d'un beau jaune presque provençal. On se croirait à l'entrée d'un parc national, d'une colonie de vacances ou même d'un gros "resort".

Comme les touristes sont nombreux, je me dirige rapidement vers le centre d'information, avant que la foule de personnes âgées ne s'y rue, afin d'y cueillir un audio-guide.

Si les quais attenants aux rails de chemins de fer ne suprennents pas, le zoo, du moins ses ruines, ont de quoi surprendre les visiteurs. On a beau se faire expliquer que l'objectif était de montrer que la vie civilisée et normale se poursuivait pour les Allemands malgré la guerre, il est tout de même extrêmement troublant, de contempler les restes d'un petit jardin zoologique sur le site d'un camp de concentration.

C'est la première fois de ma vie que je mets les pieds dans un tel lieu. Comme plusieurs le savent, il s'agit de l'un des buts de mon voyage. Essayer de saisir, ne serait-ce qu'un peu, l'horreur humaine. Étrange, pensez-vous? Morbide? Pas pour un prof d'éthique, formé en lisant les écrits de théologiens victimes ou rescapés des camps de la mort.

J'ai passé quatre heures à Buchenwald. Il est difficile de mettre en mots ce qu'on ressent en marchant sur un site où ont été commises de telles atrocités. Ceux qui en ont fait l'expérience comprendront. Ce qui frappe d'abord, c'est l'immensité de l'endroit, puis le profond silence qui plane.

À ma grande suprise, peut-être que je me protégeais en plongeant dans les explications historiques de mon audio-guide, je ne suis pas senti chaviré au départ. Bien entendu, les cellules pour les prisonniers spéciaux laissent songeur. En franchissant le portail d'entrée dans le camp, on sent un certain malaise. Même à l'approche du bâtiment doté d'une immense cheminée, j'étais encore dans ma tête à réfléchir. Dans la première pièce, j'ai décidé de prendre une photo. Je me tenais devant une table d'autopsie en céramique blanche. J'étais seul. L'atmosphére était froide, lugubre. Puis, je me suis dirigé vers la porte close donnant sur la salle suivante. En l'ouvrant, je suis resté pétrifié sur le seuil. Oui, d'accord, j'étais bien conscient du lieu où je me trouvais. Oui, j'ai déjà vu plein de photos et de films. Mais, c'est comme si je ne m'y attendais pas. Comme si je ne l'avais pas vu venir. Derrière cette porte de bois, il y avait, évidemment, les fours crématoires. Malgré la lumière vive qui pénétrait pas les grandes fenêtres, j'avais le sentiment d'entrer dans une catacombe, de tomber dans un gouffre profond. Je n'ai pas pleuré toutes les larmes de mon coprs, comme je l'avais fait en voyant Schindler's List, il y a quinze ans. Je n'étais pas triste. Je ressentais plutôt un incroyable vide. Je suis resté quelques instants dans cet état. Puis, je suis sorti.

Bien que la visite proposée soit très instructive et que l'exposition d'oeuvres d'art réalisées par des prisonniers ou des survivants des camps m'ait touché, le reste mon parcours m'a semblé
étrangement futile. J'ai replongé dans mon audio-guide,
fuyant dans la connaissance.

Mon touble n'est revenu que dans l'autobus. En entrant dans Weimar, j'ai vu un concessionnaire Toyota. Ça m'a ramené à la réalité. Oui, la réalité si proche. Des personnes ont vécu ici au quotidien. À quelques kilomètres de l'horreur. Là où quelques annés auparavant, ils allaient pique-niquer. Se doutant ou même sachant ce qui s'y déroulait. Comment peut-on faire? Comment avoir la conscience tranquille? On ne parle pas ici de soldats nazis détraqués. Il est question de gens normaux. Où tout le monde était-il devenu fou?

samedi 11 août 2007

Une page d'histoire brûlée

Le 30 janvier 1933, suite aux élections, le président Hindenburg, nomme Adolf Hitler chancelier du Reich. La même année, au cours de la soirée du 10 mai, dans le cadre d'une campagne "contre l'esprit antiallemand", les nazis organisent sur la place de l'opéra un immense autodafé. Plus de 20 000 livres considérés comme subversifs sont brûlés – œuvres d'auteurs allemands ou étrangers, juifs ou non. Parmi eux : Karl Marx, Thomas Mann, Bertolt Brecht, Sigmund Freud et Stefan Zweig. Participent à cette manifestation des étudiants, les autorités universitaires, des professeurs... Pratiquement tous les écrivains allemands de renom sont contraints à l'émigration ou au silence. Certains sont assassinés et d'autres se suicident.

Aujourd'hui, on retrouve sur cette place une plaque rappelant ce tragique moment. On peut y lire les mots de l'un des poètes mis à l'index par les nazis, Heinrich Heine (1797-1856) qui écrivait en 1821 dans Almansor: "Ce n'était qu'un prélude. Et là où on brûle des livres, on finit par brûler aussi des gens."

vendredi 10 août 2007

Le lourd passé: il y a soixante ans en Allemagne

Les traces de la guerre sont gravées dans le sol allemand. Ruines, monuments à la mémoire des victimes, musées. Et dans les esprits aussi. J'ose demander. Car, il y a une gêne même chez celui qui pose la question. Même après toutes ces années. Comment vous a-t-on enseigné la Deuxième Guerre mondiale dans vos cours d'histoire? Michael, chez qui nous demeurons à Hamburg, est né en 1959. Sa femme, Marlis, un an plus tard. "On ne nous en a pas parlé. Le cours s'est arrêté avec la période d'avant-guerre." Leur fils a dix-huit ans. En classe, on lui a relaté les événements et on a insisté sur le fait que ce n'est pas leur génération qui est responsable de ce qui est arrivé. Ils n'ont pas à porter le joug du passé.

Mais encore? Michael dit: "Mon père parle de cette période en n'insistant que sur les bons moments, la solidarité. Il n'aborde jamais le reste." Marlis intervient: "Mon père a été capturé par les Soviétiques et il a fait dix ans dans les camps de travail russes. Il ne parle pas souvent de ces temps-là."

Après quelques jours chez nos nouveaux amis, il est question du magnifique meuble de bois dans le coin du salon. Il a été fait à la main par l'oncle de Marlis, mort pendant la guerre. Devant notre admiration pour les talents d'ébéniste de son oncle, elle ouvre le meuble et nous montre divers objets que son oncle a confectionnés durant les années trente. L'un d'eux est un magnifique album de photos dont la couverture est en boiseries. En l'ouvrant, on trouve des edelweiss. Les fleurs séchées, cueillies il y a quelques 70 ans, sont convervées entre deux feuilles de papier ciré. En regardant, sous les photos, les remarques écrites en blanc sur le papier noir, avec une magnifique calligraphie, nous comprenons qu'il s'agit d'un album de photos de vacances. Au fil des pages, on voit l'oncle et la tante de Marlis. Les premiers clichés ont été réalisés en 1936. Parmi ceux de 1937, l'un montre un groupe de femmes souriantes dégustant du raisin dans des cornets de carton. Les photos suivantes datent de l'été 1939. On y voit des paysages tranquilles de la campagne allemande. Les pages restantes de l'album sont vides. Ce furent leurs dernières vacances estivales ensemble.

Nous sommes bien loin des grandes batailles, des noms tristement célèbres de dirigeants, des statistiques effrayantes des camps de concentration. Pourtant, en écoutant Michael et Marlis, en regardant les photos, j'étais ému. La guerre, c'est aussi cela: des silences, la honte, des souvenirs troubles et des albums inachevés. Et pas seulement chez les Américains, les Anglais ou les Juifs.

samedi 4 août 2007

De l'exotisme: les bicyclettes

En débarquant à l'aéroport Schipol d'Amsterdam, après avoir fait quelques pas seulement à l'intérieur du terminal je suis frappé par l'aspect d'un panneau indiquant la direction du hall d'arrivée. (...) Malgré sa simplicité, et même sa banalité, cet objet me procure un vif plaisir, un plaisir au regard duquel le mot "exotique" semble étrange en l'occurence et pourtant approprié. (...) Pourtant la différence seule n'aurait pas suffi à susciter du plaisir, ou pas très longtemps; elle devait apparaître comme une amélioration par rapport à ce dont mon propre pays était capable. (...) C'était une promesse de bonheur.

Depuis que Botton est débarqué à Schipol, tous les panneaux semblent avoir été traduits... L'exotisme pour moi alors?

Les bicyclettes! Pour hommes, pour femmes. Pour les jeunes et les vieux. En jupe, en cravate. Avec à la main, un cartable, un porte-document ou un sac de fruits. Seul ou à deux. Entre amis, entre amoureux.

Les bicyclettes! De tous bords, tous côtés. Sans ralentir, tournant à droite, obliquant à gauche. Esquives et slalom. Entre les passants, près des trams. Plus nombreuses que les voitures. Et tellement plus discrètes, fondues dans le décor, noyées dans le silence... de la ville.

Les bicyclettes! Presque toujours noires. Guidons droits. Petite sonnette. Porte-bagage. Voilà tout. Sans orgueil. Ni fioritures. Commun dénominateur, égalisateur social.

Suis-je en train de dire que je vivrais dans une ville de bicyclettes? Je ne sais pas encore... Je me suis tout de même presque fait frapper deux fois!

mercredi 1 août 2007

Prologue


Ailleurs, c'est peut-être loin ou c'est peut-être à côté.

Ailleurs, c'est peut-être avec moi, quelque part entre nous,

Faudrait y aller.


Jean-Pierre Ferland
Jaune