mercredi 15 janvier 2014

Thérapie en Namibie


Vous avez déjà dû accélérer le rituel de la vaisselle parce qu'une tempête de sable approchait? Ça fait une bonne histoire à compter dans un souper entre amis: "Ça me fait penser à la fois où nous étions en Namibie en train de laver nos assiettes et nos casseroles quand on a vu l'horizon changer de couleur. Laisse-moi te dire que du vent, il s'est mis à y en avoir pas à peu près! L'air est devenu brun! On voyait comme un rideau de sable s'avancer sur nous quand tout à coup, blablabla..." Savoureuse anecdote que je ne pourrai pas utiliser maintenant que je l'ai écrite!

N'est-ce pas un des plaisirs du voyageur que de raconter des histoires plus ou moins aventureuses, drôles ou tragiques, mais desquelles il est ressorti en héros? Bien sûr, on peut vouloir aller à l'étranger simplement pour se reposer sur la plage, pour visiter des musées ou se payer de bonnes bouffes. Cependant, souvent, plusieurs recherchent aussi des occasions de se dépasser, de se mettre à l'épreuve, de se prouver des choses: qu'on est maintenant un adulte, qu'on est encore jeune, qu'on est capable de vaincre une peur.

Nous quitterons sous peu la Namibie, un pays incroyable que je n'oublierai jamais! Pourquoi? On pourrait penser que de marcher au milieu des plus hautes dunes de sable au monde et d'en escalader une marquent suffisamment pour que l'expérience s'imprègne de façon indélibile dans la mémoire. On pourrait aussi dire que ce n'est pas tous les jours qu'on a la chance de prendre en photo des paysages rappelant les peintures surréalistes de Dali, de faire du sandboarding, de voir une girafe ou un éléphant vivant à l'état sauvage à quelques pieds de soi. Ces raisons sont suffisantes pour se rappeler de la Namibie, mais ce n'est pas pour ça que je vais m'en souvenir.

Je n'oublierai pas parce que j'ai dû dépasser une limite, et pas n'importe laquelle.

Pour ceux qui connaissent la femme avec qui je voyage, vous vous doutez bien que partir 45 jours en camping sauvage en Afrique n'était pas son idée. Elle m'a fait confiance même si elle trouve parfois mon obsession pour la découverte de nouvelles contrées un peu éreintante. Je crois qu'il y a des jours où elle le regrette un peu, d'autres où elle est reconnaissante. Toujours est-il que ses principales habiletés ne se situent pas d'abord dans les tâches manuelles et que son "prime time" n'est pas le matin.

Imaginez. Le cadran sonne. Il est 4h30 du matin. Il fait noir. Il faut se lever prestement, aller prendre sa douche froide, rouler les sacs de couchage et les matelas, ranger nos effets personnels et les porter au camion, démonter la tente, tout ça en 45 minutes. Plus tard, vers 15h30, il faudra faire l'opération inverse... sous le soleil. Ce n'est pas comme au Camp de l'Avenir où nous nous sommes connus alors que nous étions jeunes moniteurs. Il ne fait pas 25 degrés Celcius, il fait plus de 40! Bref, malgré nos années de camp de vacances et nos road trips dans la parcs nationaux américains, on en arrache.

Et c'est là que la limite à dépasser survient. Inattendue. Quelqu'un s'approche et commence à nous donner un coup de main avec les poteaux... Quoi! Moi, accepter de l'aide! Dans un domaine où, sans être un pro, je pensais quand même pouvoir me défendre! Jamais! Quelle honte! Quelle blessure pour l'orgueil! Je me tais, ravale, souris, remercie. Et me promets que demain sera différent.

Or, le lendemain, ce n'est pas différent. C'est même pire. Mon super système parfait où chaque truc a sa place précise dans un des sacs carambole. Caro ne le comprend pas. Est-ce que je lui ai expliqué? Peut-être pas. Pas assez. Pourtant, c'est si simple, si logique dans mon esprit. Et je m'impatiente. Je rage. Elle fige, elle panique. Et quelqu'un arrive pour nous aider. Encore... Merde!

Je suis habitué de performer, d'être, sinon le meilleur, du moins un des excellents, de liver la marchandise, d'arriver premier, en tout cas, jamais dernier. Je suis aussi un control freak, je me mets rarement en situation d'échec potentiel, je jauge les paramètres et décide si je joue le jeu, certain de gagner ou du moins d'être prétendant au titre. Et là, ça ne marche pas.

Ça s'est passé sur une dune, comme pour Caro, mais pas la même. Le débloquage. Paraît que le désert est un endroit idéal pour rencontrer Dieu, Satan ou soi-même. Je me suis contenter du troisième. Comme je le disais plus haut, je suis allé faire du sandboarding. Ce n'est pas de descendre une dune sur une planche qui m'effrayait. J'étais motivé au maximum: impressionner le cool neveu, baver mon bon ami Martin, surprendre ceux qui me réduisent à ma "nerditude" et, tout simplement, avoir une bonne décharge d'adrénaline. Oui, j'ai dépassé mes limites en m'élançant ainsi. Or, ce n'est pas en descendant sur le sable qu'il s'est passé quelque chose.

C'est en montant. La première ascension a été difficile, la seconde très pénible. Pas en forme le bonhomme, s'en vient vieux... Manque de souffle, de cardio. Six arrêts de quelques minutes pour remonter en haut. Pendant ce temps, les belles jeunesses dépassaient mononcle. Lors de la troisième "escalade", je me suis arrêté à la mi-parcours et me suis dit: "Ça finit ici. Tu t'es amusé, tu as repoussé tes limites, mais faut pas tomber sans connaissance comme au Collège, les ambulances sont loin!" J'étais résigné. Puis, Zach, un Australien de 28 ans qui fait partie de notre groupe, est arrivé à ma hauteur. Il m'a demandé: "Are you ok, Mat?" Je lui ai fait un signe affirmatif. Il s'est penché pour prendre ma planche : "Do you want me to help you with this?" Et c'est à ce moment que le débloquage a eu lieu. J'ai réfléchi et j'ai dit: "Yes, thank you!" Sans tristesse, sans jalousie. Juste de la reconnaissance. L'humiliation est devenue humilité.

Depuis, ce n'est pas parfait, mais ça va mieux, je progresse. Je lâche un peu prise. J'accueille la main tendue. Je vais mieux. Et Caro aussi.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Cher Mat, en effet tu as rendu ton bon ami Martin pas mal jaloux, non mais c'est quoi ça Mat qui fait du sand boarding, un truc que je ne ferais pas de si tôt ! Et en plus tout en élégance, arggg le s...

Moi aussi tu me fais cheminer, je dois ravaler ma jalousie et aller endormir mon bébé qui ne veut pas dormir, pas mal moins cool comme activité.

Bravo pour ton apprentissage de l'humimilité, les juifs portent une kippa pour se pratiquer à l'être plus.

:)

Martin

Unknown a dit…

Ah, you make me think and make me laugh at the same time!!

Dé a dit…

Ce qui est doublement extraordinaire, c'est que tu aies assez d'humilité pour nous raconter cette anecdote savoureuse en plus d'avoir eu l'humilité de la vivre!

Lah a dit…

Quelle merveilleuse aventure. Je vous admire beaucoup et de plus en plus. Pour la leçon d'humilité, on peut dire que c'est vraiment de la thérapie sur le terrain.