Nous sommes présentement sur l'Île Maurice et demeurons à La Gaulette. Alors que nos amis se les gèlent au Québec, nous on crève. Fait 40 degrés! Au déjeuner! Ça donne le goût de s'effoirer sur un divan... pis c'est ça! On lit un peu, on prend un verre de blanc. Et la journée passe dans l'indolence!
Un matin, je me lève et me dis: "On n'est quand même pas venu en Afrique pour s'asseoir devant un ventilateur!" Ça deviendra sûrement une phrase célèbre quand mon biographe s'attardera à cette période de ma vie! On décide donc de partir pour une grande marche! Parce qu'on n'a pas de voiture. Je regarde la carte avec Corinna, notre hôte. Elle m'explique que si on descend à Tamarin et qu'on traverse la rivière, il y a une enfilade de maginifiques plages appelée Flic en Flac.
Je lui dis que j'ai trouvé le site internet de la compagnie de bus. Elle me regarde sceptique et me recommande de ne pas trop m'y fier. Les bus passent quand ils passent. Les arrêts n'ont pas toujours d'abri, il faut apporter un parapluie pour se protéger des rayons. Il faut payer et exiger le ticket, sinon le contrôleur met l'argent dans sa poche. Pour le retour, il ne faut pas attendre après le coucher du soleil: à cette heure, il se peut que le chauffeur décide qu'il a fini sa journée! "Ah bon! Merci! Et le pont pour traverser la rivière, il est où dans le village?" Elle me regarde et sourit: "Quel pont? Il suffit de taverser à pied. Habituellement, l'eau monte jusqu'à la taille... Ça dépend des pluies!"
On se fait des réserves d'eau, on met nos maillots, on se crème avec de la 60! Reste le grand dilemme: bottes de marche ou sandales. On va longer des plages, mais j'ai la cheville si fragile et mes pieds plats ont besoin de leurs orthèses... J'opte pour le gros attirail, Caro pour la gougoune! Et c'est parti mon kiki!
Alors qu'on marche vers l'arrêt, une dame nous salue: "Bonjour!". On répond tout joyeux: "Bonjour!" Elle continue: "Ça va?" et on réplique encore plus heureux: "Ça va!" On s'intalle au gros soleil pour attendre l'autobus qui finit par se pointer. On monte, je dis au contrôleur que nous allons à Tamarin. On paie le ticket. Je lui demande s'il peut nous avertir lorsque nous serons à destination. Il me regarde, l'air de dire "Calme-toi tabawnouche!" Stressé le Blanc! Car blancs, nous le sommes pas à peu près. En fait, nous sommes les seuls parmi les cinquante passagers! Va falloir s'habituer. Les Noirs prennent le bus à un dollar, une fortune pour eux. Les touristes et les Blancs ont une voiture! Sauf nous!
Le bus est décoré avec des auto-collants de Mickey Mouse... de Ganesh et d'Hanuman! Car oui, la moitié de la population est hindoue! Le contrôleur a branché son I-pod sur les hauts-parleurs. On dirait la Compagnie créole mais en plus pessimiste: "... vie difficile... tristesse... pas suicidé... sacrifice..." Je regarde autour de moi. Les jeunes portent des casquettes à palette et des t-shirt de rap, comme partout dans le monde. J'écoute, ça parle français ou créole, même si la langue officielle est l'anglais. Par la fenêtre, les noms des commerces défilent: Shack les amis, Tou Korek, Jeanno Burgers... Les Britanniques ont laissé la liberté de langue, de religion et de culture lors de leur conquête de l'île en 1810. Tant mieux! Parce que même si ça conduit à gauche, on trouve de la baguette, du fromage et du bon vin au marché!
Pour passer le temps, je lis ma carte. Vous en voulez encore? Quatre Cocos, Trou d'Eau Douce, Bonne Mère, La Gaité, Beau Vallon, Mon Trésor, Bel Étang, Sans Souci, Petite Retraite, Pont Bon Dieu, Bon Accueil, Amitié, Mon Songe, Beau Séjour, La Clémence, Mon Loisir...
On arrive à Tamarin. Après s'être orienté, on se retrouve devant la rivière qui est alimentée par la mer. Un panneau nous avertit que c'est dangereux de traverser. Avant de s'élancer, on va en regarder quelques autres s'essayer. Tiens, lui il en arrache. On ne passe pas par là! De l'eau jusqu'à la taille? Tu parles. Jusqu'au cou! Bon, on y va! Je tiens notre sac en l'air, à bout de bras. Il contient deux appareils photos et un Kindle. À la mi-parcours, Caro me lance: "Ça va?" Je réponds: "Ça v... blebleble..." J'ai avalé une bonne tasse d'eau salée alors que la vague m'est passée par dessus le nez! On arrive enfin sur l'autre rive. Le sac est sec!
Après une randonnée dans les bois où mes bottes ont été plus utiles que ses gougounes, nous nous retrouvrons sur les plages tant convoitées. À partir de là, j'ai l'air un peu con. Je me dis: un Canadien parti pour la montagne! Elle rit un peu de moi en marchant dans l'eau. Bon, chacun ses pieds. De toute façon, je ne suis pas le seul à être remarquable dans les alentours. Il y a aussi des Allemands qui se font brûler la bedaine et des Allemandes qui se font cuire le bourrelet. Comme le disaient des Français rencontrés en Australie: "Les gros Allemands, ça enlève un peu de magie!"
Qui dit sable blanc, dit resorts et hôtels de luxe. Et qui dit chaleur, dit soif. Après quelques heures de contemplation, de photos et de sueur, on s'arrête sous les parasols du Sofitel. Y'a rien de trop beau pour la classe ouvrière! Si on ne peut s'y payer une nuit à 500 euros, on va au moins y prendre un verre. Nous commandons: "Deux Ti-Punchs s'il-vous-plaît!" Et le serveur de répliquer: "Deux Ti-Ponches! Bon choix!" On a à peine pris une gorgée qu'un Mauricien et un Français s'avancent vers la terrasse. Le premier est maître d'hotel, le second chanteur attitré du lieu! S'en suit une scène tirée d'un film de Louis de Funès au cours de laquelle, sans plus de préambule, le premier nous confie avoir tenté de marier le second à une femme de l'île, il lui en aurait présenté plus d'une centaine, toutes plus plantureuses les unes que les autres. Le chanteur, traitant le maître d'hotel de Pinocchio, geste à l'appui, prétend que pas une n'était de son goût! Bon public, nous avons bien ri. Les deux comparses pensant que nous sommes clients du Sofitel (!) ont exprimé le souhait de nous revoir en soirée et, remarquant notre accoutrement (enfin, le mien surtout !!!), nous ont demandé si nous partions en expédition. Nous n'avons démenti ni l'une ni l'autre de leur perception et les avons chaleureusement salués!
Une fois que l'on connait la route à suivre et la rivière à traverser, les plus grandes aventures deviennent de simples balades! C'est le lot des chemins de retour. Sur l'autobus, un homme m'a fait la conversation. Voulait déménager. Trop de copinage ici, pas moyen d'ouvrir son business sans tirer les ficelles. Avait pensé au Canada, mais renoncé en raison du froid. Irait plutôt à l'Île de la Réunion. Là, il n'y a pas de corruption... Je l'ai écouté et encouragé du mieux que j'ai pu. Une fois mon compagnon descendu, j'ai admiré le paysage formé par les salinières. L'une était décorée d'un Père Noël dont le traîneau était jûché sur une montagne de sel! Le bus passant devant une église, un vieux assis près de moi s'est signé. Je suis retourné à la lecture de ma carte. Allez, une dernière fois! Mamzelle Jeanne, Beau Manguier, Cap Malheureux, Sottise, Butte aux Papayes, Bon Air, Solitude, Trou aux Biches, Mon Goût, Crève Coeur, Nouvelle Découverte, Beau Bois, Eau Bouillie, L'Avenir, Espérance, Circonstance, Pamplemousses, Mme Lolo, Piton du Milieu, Deux Mamelles...
De retour à la maison, Corinna nous a demandé nos plans pour les prochains jours. On pensait aller à la capitale, Port-Louis, peut-être dans le sud, à Bel Ombre. Profitez des prochains jours nous a-t-elle conseillé, car la tempête tropicale Amara, qui se dirige vers l'Île Rodrigues, à 560 km d'ici, vient de se transformer en cyclone tropical intense! Devant mon regard inquiet, elle a ri: "On a de quoi boucher les fenêtres. Faites votre épicerie en conséquences et sachez qu'on risque de manquer d'électricité!" Comme je n'avais pas changé de mine, elle a ajouté: "Ne vous en faites pas, tout va bien aller. Il va venter et pleuvoir. On est habitué!" J'espère juste que son optimisme n'est pas le même que pour le niveau de l'eau de la rivière!
3 commentaires:
Encore une fois tu fais vivre les mots sur 'papier'. I feel like I was there. I'm hot and tired now.
Merci pour la poésie géographique et l'anecdote savoureuse!Mais récris-nous après la tempête SVP, question qu'on sache que vous êtes bien en vie! Tu maîtrises l'art de raconter des histoires, mais je ne tiens pas à autant de suspense. "À suivre dans le prochain épisode", ça passe bien à la télé, mais là...
Même chose ici ! SVP un signe de vie ou plutôt de bien-être dès que le vent et la pluie se calment. Toujours une délicieux plaisir de te lire.
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