dimanche 8 décembre 2013

Nos amis les Aussies

Nous savions que l'Australie serait différente. Pas parce que Melbourne a des merveilleux cafés. Pas parce que Sydney présentait une exposition sur Yoko Ono. Pas parce que Brisbane est dotée d'une plage en plein centre-ville. Chaque pays a ses attraits. Il y a toujours quelque chose à voir, à entendre, à sentir, à expérimenter. Non, ce que je veux dire, c'est que nous savions que l'Australie serait incomparable. Pourquoi? Parce que nous savions que nous y ferions des rencontres.

Il y a du monde dans tous les pays, direz-vous. Merci, je le savais. Comme je l'expliquais dans le portrait que je faisais de notre hôte indien, Bob, créer un lien avec les habitants d'un pays n'est pas aussi évident qu'il n'y parait. La plupart des fois, les contacts demeurent très superficiels. Vous êtes capables, vous, d'engager la conversation avec des étrangers, dans un autre pays? Je vous admire. Peut-être suis-je trop gêné? La plupart des contacts entre touristes et gens de la place sont commerciaux. Il arrive qu'un guide s'ouvre à nous et nous permette quelques questions qui vont plus loin que son propos officiel. Souvent, ça s'arrête là.

Par contre, il est beaucoup plus facile de se lier avec d'autres voyageurs. Les premières questions, sur l'expérience que l'on vit, viennent aisément, puis si on y met un peu d'effort, on peut aller plus loin. C'est ce que nous avons fait, il y a cinq ans et qui porte ses fruits maintenant. J'ai des amis aventuriers qui parcourent le vaste monde par eux-mêmes, souvent sans itinéraire prédéfini, couchant là où ils peuvent, parfois même sous les ponts (!), et tentant, tant bien que mal, de sortir des chemins tracés par Lonely Planet et autres Trip Advisor. Je suis toujours gêné de leur avouer que je fais parfois des sections de mon périple en petits groupes organisés avec une compagnie australienne nommée Intrepid. La grande majorité des personnes avec lesquelles nous avons traversé l'Asie en, 2008 et cet automne, étaient donc des Aussies (et des Kiwis). Nous aurions pu nous contenter de rapports polis et cordiaux. Nous avons décidé de faire plus, de créer de vrais liens et surtout de les entretenir par la suite. Et c'est pourquoi nous avons pu pénétrer plus profondément dans la vie australienne depuis quelques semaines: parce que nous avons partagé le quotidien de nos amis.

Merci à Peter et Carolyn avec qui nous avons passé deux semaines en Russie. Alors que nous étions à Melbourne, ils sont venus nous cueillir un jeudi matin et nous ont ramenés à notre appart le lendemain soir. Ils nous ont sorti de la ville et fait découvrir leurs endroits préféfés du côté de la nature, ce qu'il nous aurait été difficile d'explorer aussi extensivement sans voiture. Surtout, ils ont eu la brillante idée d'inviter de leurs amis pour partager un souper tous ensemble. Nous avons passé une soirée à discuter des sujets les plus variés: des similarités dans les relations entre Québécois et Français et celles entre les Australiens et les Britanniques, des particularités de la langue anglaise ici, de l'histoire de leur pays telle qu'ils la voient, de la place de la religion en politique, etc. Nous avons beaucoup ri et réfléchi aussi à ce qui nous sépare et ce qui nous unit.

Merci à David et Sue que nous avons rencontrés en Inde en 2008 et qui nous ont visités en 2010. Ils nous ont hébergé pendant une semaine complète à Sydney! Imaginez le défi culinaire: David est allergique à la viande rouge et moi à la volaille... Leur fils Chris s'est joint à nous le premier soir pour jaser politique canadienne. Il en connaissait plus sur le sujet que bien des gens vivant au nord du 49e parallèle! Avec Sue, nous avons sillonné parcs, musées et plages. L'un des plus beaux moments fut cette avant-midi passée avec trois de ses amies qui suivent avec elle des cours de français! Que de plaisir nous avons eu à parler notre langue avec d'autres gens pour la première fois depuis des mois! Puis, pour couronner le tout, nous sommes allés au cinéma voir un film dans la langue de Molière. Après nos journées bien remplies, nos soirées l'ont été tout autant alors que David s'assurait que le vin ne manquait pas. Nous avons bien sûr parlé de voyage, mais aussi d'éducation, d'immigration, de valeurs de société, de famille, de nos peurs et de nos rêves à ce point-ci de nos vies, des amitiés qui se tissent et de celles qui s'effritent, du sens que la vie prend pour eux maintenant qu'ils sont retraités.

Merci à Pat et Richard avec qui nous avons traversé le sud de l'Inde pendant quelques semaines en septembre. Ils nous ont invités à nous arrêter dans leur coin et nous ont payé le dîner au mileu d'une longue journée de route pour nous. Un moment bref, mais une affection bien sentie, avec la promesse de se revoir encore.

Merci à Paul et Karen rencontrés lors du même voyage que David et Sue. Ils nous ont accueilli une semaine entière à Brisbane, même s'ils vivent modestement dans un petit appartement avec leur fille de deux ans, Maddi. Malgré la fatigue inhérente à la fin d'année pour Paul, qui est prof au primaire, et celle de maman à temps plein et de remplaçante à temps partiel, pour Karen, ils nous ont régalé, nous ont fait découvrir leurs lieux préférés, nous ont fait découvrir la télé australienne, commentaires à l'appui, et surtout nous ont permis de participer à un loisir hyper populaire dans les pubs et bars sportifs du pays: une "trivia night". Ce n'est pas le Guide Michelin qui recommande ça, mais on a eu du fun en tabarnouche!

Merci à Rob avec qui nous avons passé un mois en Indochine en 2008. Alors qu'il revenait d'un mois de vacances, il a convaincu son patron de lui accorder une journée de congé pour voir ses amis canadiens de passage. Comme si ce n'était pas suffisant, il a passé son temps à nous payer la traite! Nous sommes allés à la plage de Noosa, sa préférée. Jamais je ne me suis baigné dans de telles vagues! Avec lui, on a parlé du coût de la vie élévé, de la situation des gays qui militent ici pour leur droit au mariage et des projets que nous chérissons pour l'avenir.

Voyager, c'est voir des lieux extraordinaires, tenter des nouvelles expériences, mais pour nous c'est aussi tenter de se frotter le plus possible à d'autres manières de vivre le quotidien. Et cela n'est possible que si nous vivons avec les gens. Ce n'est pas toujours possible et lorsque ce l'est, ça demande de s'investir sur le plan humain. En mars, nous serons au Portugal. Irons-nous prendre le café avec José? En avril, on passe par Sète pour voir Annie, notre amie française que nous visitons périodiquement depuis maintenant plus de quinze ans! En juin, nous verrons peut-être nous amis wallons Philippe et Christine rencontrés en Roumanie en 2007 ou nos compagnons flamands Gertjan et Karolien avec qui nous avons passé de bons moments en Islande en août dernier. Et nous espérons qu'un jour, tous ceux parmi ces amis étrangers qui ne sont pas encore venus nous voir au Canada le feront, et que nous pourrons alors leur faire découvrir une petite partie du tissu humain auquel nous appartenons.

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