Avez-vous aimé Slumdog Millionnaire? Gros succès au box-office occidental. Huit Oscars! Les Indiens, eux, n'ont pas beaucoup apprécié, spécialement ceux habitant Dharavi, le bidonville où certaines scènes ont été tournées et d'où proviennent certains enfants choisis pour jouer dans le film. Pourquoi? Parce qu'ils ont été déçus que seuls les mauvais aspects de la vie qu'ils mènent soient mis de l'avant.
Vrai, tout n'est pas rose dans le troisième bidonville le plus dense de la planète. Et de prime abord, c'est ce qui saute aux yeux et au nez. On a pu le constater aujourd'hui puisque nous avons exploré le "slum". Pour ceux que ça intéressent, Reality Tour offre une incroyable visite guidée des lieux où aucun touriste ne s'aventure seul. En tout cas, on n'en a pas vu un en deux heures de marche.
Qu'est-ce que Dharavi? C'est 1,75 km carrés où s'entassent de quatre cent mille à un million de personnes selon les diverses estimation. Je sais, ça ne se peut pas. Faites vos recherches, vous verrez, c'est ça qui ça. On y trouve aussi 15 0000 micro-entreprises qui génèrent entre 450 et 600 millions de dollars par an! On y produit en autres un paquet de trucs étiquetés "Made in USA"...!
Donc, c'était dimanche matin, mais la plupart des hommes étaient au travail. Dans le premier quartier que nous avons traversé, on recycle le plastique. On a pu voir comment il est lavé, déchiqueté, fondu et reformaté en petites particules qui sont vendues à des compagnies qui les tranforment en objets. Les plus jeunes travailleurs ont 15 ans a répondu le guide à ma question sur l'âge minimum des employés. Je ne sais pas si la loi est repectée. En tout cas, je n'ai pas vu de gamins dans les ateliers. Difficile de ne pas avoir la Déclaration des droits de l'enfant ou tout simplement de l'homme en tête quand on se promène dans un tel endroit. Une chose est certaine: ils n'ont pas de comités sur la santé et la sécurité au travail! Je ne sais pas pour les accidents, mais dans les shops qui teignent des vêtements, l'air était toxique. C'est pour cette raison que le bidonville est fait de sections résidentielles et d'autres industrielles étanchement séparées par... rien du tout, évidemment.
Des conditions de travail pour le moins précaires, des rues de boues pour ne pas dire autre chose, des odeurs, des champs de détritus... de la grosse misère qui ne peut être cachée. Alors, pourquoi s'insurger qu'un film grand public nous montre la réalité à travers une histoire hollywoodienne un peu kétaine, mais bien tournée de l'aveu même de ses détracteurs? Par honte? Non. Plutôt parce que au milieu de cette fange, il y a autre chose.
Tout n'est pas que merde dans Dharavi. Ses habitants ne sont pas les plus pauvres de Mumbai. Ce sont des gens déterminés et très travaillants. Ils ont choisi de vivre dans ce quartier plutôt que de quêter ou voler dans le centre-ville de Mumbai. Plusieurs gagnent deux dollars pour douze heures de dur labeur par jour, mais ils ont leur fierté. Oui, les rues sont dégueulasses, mais l'intérieur des habitations est d'une surprenante propreté. Un adolescent m'a invité à entrer chez lui pour me montrer le sanctuaire dressé en l'honneur du dieu Ganesh que l'on fête cette semaine. Je me suis déchaussé pour ne pas salir tant, dès l'entrée, tout était immaculé. Les enfants ne sont pas habillés à la dernière mode, les plus jeunes sont parfois même à moitié nus, mais comme partout ailleurs, ils sont souriants et ricannent. Pas un ne nous a demandé d'argent. Pas un. Promenez-vous en ville et ce ne sera pas long qu'on vous tendra la main. Malheureux de leur triste sort, accablés par leur pauvreté? Je ne sais pas, mais ça joue dehors avec entrain, au criquet avec un baton de fortune ou à qui va attraper le poulet. Au détour d'une ruelle, on en a même croisé deux qui s'amusaient ferme en jouant à un jeu vidéo, provenant d'une vieille arcade, directement sorti des années 80.
Plusieurs petits rayons de soleil, donc, pour mettre de la lumière dans ce tableau qui nous semble très sombre. On a aussi pu visiter des centres éducatifs créés par Reality Tours qui versent 80% de ses profits aux projets communautaires que la compagnie soutient dans le bidonville. Autant de petits miracles. Pourtant, le plus étonnant, le plus beau et surtout le plus encourageant selon moi c'est de savoir qu'il y a des profs, des policiers, des médecins, bref des gens éduqués pouvant se trouver un emploi ailleurs, qui vivent et travaillent à Dharavi. Pourquoi ont-ils fait un tel choix? Pour toucher une "prime d'éloignement"? Ben non, ça n'existe pas. Ils y sont parce qu'ils y sont nés, y ont grandi et sont attachés à leur communauté!
2 commentaires:
C'est très intéressant de comparer le point de vue de ceux qui regardent un mode de vie de l'extérieur avec celui de ceux qui le vivent et même le choisissent! Ça fait réfléchir...
Ton article a presque fait le tour de l'école! J'ai regardé un extrait du film avec les élèves. Plusieurs veulent le voir au complet. Une fois de plus, merci d'éveiller nos consciences.
Comme quoi, prof un jour, prof toujours.
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