Toute la journée durant, alors que nous visitions Pushkin, on nous avait mis en garde contre les pick-pockets. Notre guide local nous a même parlé de la nouvelle mode: le vol d'objectifs d'appareils photo. Un petit bouton, un simple déclic et hop, en un tour de main, c'est le cas de le dire, le touriste se retrouve sans lentille!
Nous étions à présent sur le train devant nous mener à Vladimir. Caro était inquiète de ne pouvoir bien y dormir. Bien sûr voyager en 3e classe n'offre pas les conditions idéales pour une nuit sans dérangement. Chaque section, ouverte sur un corridor, comprend quatre couchettes. Il y a de la circulation, ça bouge, ça ronfle... Épuisés et encore à récupérer du décalage horaire, nous nous sommes couchés vers 21h00. Malgré les trains que nous croisons dans l'autre direction et qui secouent au passage le nôtre, je dors profondément en quelques instants.
À peine une heure plus tard, je suis réveillé par un gros garde de sécurité à la mine patibulaire. Il m'interpelle sévèrement! Évidemment, je n'y comprends rien, le russe ne faisant pas partie des deux langues que je maîtrise... parfois. Mon esprit, déjà embrouillé par le sommeil dont j'ai été brutalement tiré, est pris de panique à l'idée d'avoir fait quelque crime inconnu au Canada. Ma voisine, une Australienne parlant un anglais que je saisis à environ 20% avec toutes mes facultés en alerte, tente de m'éclairer en pointant le petit filet mis à notre disposition pour ranger des effets personnels: "The fine, the fine!", me dit-elle. "What fine?", que je lui réponds. "Not the fine, the FINE!" Alors que l'agent de sécurité poursuit sa logorrhée en russe, je tente de traduire de l'australien au canadien-anglais-avec-accent-québécois. "Ah! The phone!... What phone? It's a clock!" Je montre au gardien que ce qu'il a pris pour un précieux téléphone à voler est en fait un vulgaire réveille-matin. Il quitte en maugréant.
Je m'étends sur mon matelas, le cœur battant encore la chamade. Il n'y a pas à dire: ils prennent ça au sérieux les pickpockets. Tant mieux. C'est vrai qu'il faut être vigilant. Bien entendu, là je ne m'endors plus. Je me tourne et regarde un étage plus bas pour constater que Caroline dort à poings fermés... et que sa sacoche, qu'elle a mis en grande sécurité derrière son dos, est parfaitement visible et accessible. Ça, le garde ne semble pas l'avoir vu. Dilemme: dois-je la prendre et la mettre en sécurité avec le risque que Caro se réveille en panique constatant sa disparition ou la laisser là à la vue de tous ces méchants voleurs qui arpentent les trains de nuit russes épargnant ainsi le fragile sommeil de ma douce? Je choisis la première option et pends la sacoche avec moi avant de me recoucher. Je n'arrive pas plus à dormir maintenant: dès que j'entends un bruit, je jette un œil au cas où Caro se serait levée!
Une autre heure a passé lorsque je me réveille en sursaut: je regarde la couchette de ma compagne de voyage: elle est vide. Et j'entends une discussion animée dans le corridor. Une Caroline paniquée est en train d'expliquer à notre guide qui traduit pour une agente de sécurité que sa sacoche s'est volatilisée. Quelques instants de plus et une fouille du wagon débutait... Une fois mon "crime" avoué et surtout expliqué, tout rentre dans l'ordre. Tout, c'est vite dit. Évidemment, je suis à nouveau tout à fait éveillé... et le sommeil profond et reposant ne sera plus au rendez-vous jusqu'à notre arrivée à destination, à quatre heures du matin.
Je ne sais pas s'il y avait ou non des pickpockets sur ce train. Une chose est certaine: ils m'ont volé ma nuit.
3 commentaires:
Ça commence à ressembler à un film d'aventure ! Bon dodo pour ce soir.
Anecdote savoureuse... dans la mesure où elle se finit bien.
C'est toujours un plaisir de te lire!
OOHH comme j'aurais aimé être une mouche sur le bord de la fenêtre pour voir cette scène!
Enregistrer un commentaire