Vie de moine
Lorsqu'il avait 12 ans, Savath est devenu moine bouddhiste. Cela n'a rien d'exceptionnel. Au Laos, comme en Thaïlande d'ailleurs, la plupart des garçons deviennent moine. Du moins pour un temps. Dans la plupart des cas, on parle de quelques mois. Il s'agit d'une période d'éducation morale, d'initiation aux valeurs de la religion. Certains parents font également ce choix pour leur enfant afin qu'il puisse recevoir une bonne instruction... gratuite. Par contre, il arrive aussi que la vie monastique ne dure que vingt-quatre heures! En effet, lorsqu'un membre de la famille meurt, il n'est pas rare que l'un des garçons se fasse moine le temps que soient terminées les cérémonies entourant le décès. Ce court moment passé dans un état de perfection rachète le mal qu'a pu causer le défunt.
Savath n'entre pas dans ces catégories. C'est lui qui a demandé à ses parents pour devenir moine. Et il a pris l'habit orangé pendant 17 ans. Au cours de cette période, son existence a été réglée par la tradition. Le moine se lève tous les matins à 4h00 afin de prier. Puis, il va marcher avec ses confrères dans les rues de la ville pour recevoir l'aumône qui lui permettra de manger ses deux repas du jour. Ensuite, il se consacre à des tâches manuelles et à l'étude, avant de terminer sa journée par le chant des prières du soir.
Au fil des ans, Savath a appris de nombreuses langues et étudié l'enseignement d'une douzaine de religions. Il a savouré chaque instant de cette vie. Pourtant, Savath n'est plus moine. Pourquoi? A-t-il été tenté par les attraits de la vie moderne? Non. Même si bien de ses confrères, surtout les jeunes qui n'y sont pas par vocation, se promènent cellulaire à la main ou peuvent être aperçus en train de jouer à des jeux de guerre dans les club internet (!), cela ne l'a pas influencé. A-t-il rencontré une femme et brisé son voeu de chasteté qui lui interdit même d'en toucher une du pan de son vêtement? Non plus. Savath a renoncé à sa vocation parce que ses parents, maintenant âgés, lui ont demandé de prendre soin d'eux.
Savath est maintenant guide pour les touristes. A 34 ans, il rapporte l'argent qu'il gagne à la maison afin de supporter les siens. Encore une vie de compassion. Et toujours avec le sourire. Parions que le long apprentissage du renoncement à ses propres désirs y est pour quelque chose. Cher Bouddha!
Si nos existences sont dominées par une recherche du bonheur, peu d'activités peut-être révèlent autant de choses sur la dynamique de cette quête - dans toute son ardeur et tous ses paradoxes - que nos voyages. Ils expriment, si mal que ce soit, une compréhension de ce que la vie pourrait être, en dehors des contraintes du travail et de la lutte pour la survie. - Alain De Botton
vendredi 22 février 2008
mercredi 20 février 2008
Sous influence laotienne
En lisant le dernier numéro du Courrier International, j'ai appris qu'une récente étude réalisée en Inde démontre qu'il y a deux types de voyageurs.
Les "Matbeat" sont des hyperactifs. Curieux, ils veulent découvrir, comprendre, être constamment stimulés. Ils se lèvent tôt, lisent les guides de voyage, construisent des horaires bien remplis, se dépêchent pour ne rien manquer, font du slalom entre les tuk-tuks, visitent des musées, explorent des lieux historiques, parcourent les temples, posent des milliers de questions, prennent des centaines de photos, et ne se couchent pas trop tard pour pouvoir recommencer le lendemain.
Les "Zen d'Asie", quand à eux, sont relaxes. Cool, ils veulent lâcher prise, décompresser, faire le vide. Ils se lèvent quand le déjeuner est servi sur le balcon de leur petite cabane, ils jouent aux cartes toute la journée sur le bateau, se payent des massages, font parfois l'effort de grimper sur un éléphant pour une petite balade en vitesse réduite, au pire vont suivre un cours de cuisine (pendant que les autres font du rafting), et se couchent bien tard après avoir savouré du vin et englouti de la vodka.
Une étude encore plus récente, présentée celle-là dans le Laos Afternoon or Evening Post, réfute la précédente. On y apprend que si le Doctor Jekyll peut devenir Mister Hyde, que si Clark Kent est aussi Superman, que si Youppi peut passer des Expos aux Canadiens, alors Matbeat peut devenir Zen d'Asie. Il lui suffit de se prélasser quelques jours sur le Mekong, direction Luang Prabang.
En lisant le dernier numéro du Courrier International, j'ai appris qu'une récente étude réalisée en Inde démontre qu'il y a deux types de voyageurs.
Les "Matbeat" sont des hyperactifs. Curieux, ils veulent découvrir, comprendre, être constamment stimulés. Ils se lèvent tôt, lisent les guides de voyage, construisent des horaires bien remplis, se dépêchent pour ne rien manquer, font du slalom entre les tuk-tuks, visitent des musées, explorent des lieux historiques, parcourent les temples, posent des milliers de questions, prennent des centaines de photos, et ne se couchent pas trop tard pour pouvoir recommencer le lendemain.
Les "Zen d'Asie", quand à eux, sont relaxes. Cool, ils veulent lâcher prise, décompresser, faire le vide. Ils se lèvent quand le déjeuner est servi sur le balcon de leur petite cabane, ils jouent aux cartes toute la journée sur le bateau, se payent des massages, font parfois l'effort de grimper sur un éléphant pour une petite balade en vitesse réduite, au pire vont suivre un cours de cuisine (pendant que les autres font du rafting), et se couchent bien tard après avoir savouré du vin et englouti de la vodka.
Une étude encore plus récente, présentée celle-là dans le Laos Afternoon or Evening Post, réfute la précédente. On y apprend que si le Doctor Jekyll peut devenir Mister Hyde, que si Clark Kent est aussi Superman, que si Youppi peut passer des Expos aux Canadiens, alors Matbeat peut devenir Zen d'Asie. Il lui suffit de se prélasser quelques jours sur le Mekong, direction Luang Prabang.
mercredi 13 février 2008
Bang Bang!
J'aurais pu appeler ça Made in Thailand, mais vous m'auriez accusé de manquer d'originalité. Et vous n'auriez pas tort... Je suis en panne d'inspiration, mais j'écris pour ne pas perdre mes millers de lecteurs! Voici donc, sans prétention, quelques premières impressions thaïlandaises dans un format quelque peu déjà vu.
* Impossible de débuter par autre chose que le transport. Oui, je sais, pour quelqu'un qui n'aime pas les "chars", j'en parle souvent. C'est que j'arrive d'Inde. Et vous avez lu les traumas que j'y ai subis sur les routes. Choc culturel, donc, en arrivant en Thaïlande. Je ne m'attendais à rien... mais pas à ça. Quoi ça? L'organisation. La modernité. Les voitures roulent dans leur ligne (la plupart du temps). Il y a des feux de circulation, faisant généralement autorité. Pas de bêtes sur la chaussée. Bref, la grande sécurité. Ok, il y des motos parfois sur les trottoirs. Ça ne pouvait pas arriver en Inde: il n'y avait pas de trottoirs.
* Vous aurez peut-être saisi ce que je viens de sous-entendre: plus de vaches à l'horizon! Que de chiens par contre! 120 000 errant dans les seules rues de Bangkok. Peur des toutous? Non, et vous ne devriez pas non plus. Ils sont tous couchés. Fait trop chaud pour s'énerver. Pas entendu un seul jappement. Et imaginez, il ne fait que 35 degrés. Dans deux mois, il en fera dix de plus. Les pitous seront piteux.
* Ô joie: c'est le retour de la viande! Du boeuf! Du porc! Des fruits de mer! Yééééé! Du calme, du calme. Tout n'est pas rose ou rosé pour autant. On n'est plus en régime végétarien: je ne suis donc plus immunisé contre mes allergies! Je l'ai appris assez vite. J'ai commandé un riz frit aux crevettes... qui contenait des oeufs et du poulet! Vivement le retour du petit papier expliquant mes limites digestives.
* Un homme vous arrête sur la rue. (Se méfier... et rester poli) Il s'intérresse à vous. (Alerte jaune) Votre pays d'origine, la durée de votre séjour en Thaïlande, les endroits où vous irez après Bangkok. (Danger réel) Lui, il est en congé: c'est l'anniversaire du Roi. (N'importe quoi, la veille, un autre célébrait une autre fête) Il y a des magnifiques temples ouverts seulement aujourd'hui. (Ben oui, et hier, il disait que c'était la dernière journée). Il faut prendre un tuk-tuk gouvernemental, pas n'importe quel, il va me montrer. (Sûr, et je suppose que ça va être seulement 20 Bahts et qu'il va m'emmener au marcher en plus) Et c'est seulement 20 Bahts et il va m'emmener au marcher en plus. (Qu'est-ce que je disais?).
* Les Thaïlandais vénèrent leur Roi qui est sur le trône depuis plus de 60 ans. Pensez-y, ça fait plus longtemps qu'Elizabeth II! Or, à la différence de cette dernière, Sa Majesté est proche de son peuple. Partout, dans le sens d'à chaque coin de rue, on voit des photos de lui et de sa femme. Et pas seulement dans des poses royales. On les voit sur le terrain en train de visiter des chantiers, de parler avec des ouvriers, de réconforter des gens ordinaires. Avant chaque film au cinéma, il y a une présentation visuelle sur le Souverain et son travail, avec l'hymne national en musique de fond. L'homme est si aimé, et le régime nourrit si bien cet amour, que tous les spectateurs se lèvent debout en signe de respect. Ce n'est pas au Colosssus de Laval qu'on saluerait ainsi Bethy!
* Je trouve toujours courageux les jeunes cégépiens qui partent pour la Thaïlande: je suis parti pour la France à 25 ans, alors... N'empêche que c'est la fin d'un mythe pour moi. La Thaïlande, en tout cas certainement Bangkok, n'est pas un lieu si dépaysant. Des centres d'achats, un Skytrain et un Métro bien plus modernes que ce que Montréal... et la Roumanie peuvent offrir. Des gens sympathiques et accueillants, peu achalants. On est loin des froids Polonais et des envahissants Indiens. Mais, je le répète, peu dépaysant, surtout en raison de la crowd homogène. Un grand meeting contre-culturel. Tous les rebelles du monde, avec des dreads et des chandails du Che, tous ceux qui se croient bien cools, tous ceux qui sont contre le méchant système capitaliste, tous ceux-là sont réunis comme des moutons sur la même rue. Pour faire quoi? Pour consommer leur révolte. Ils achètent des disques contre-faits et pas chers, des livres photocopiés et pas chers, des faux t-shirts de marque pas chers, se font faire des fausses cartes d'identité pour un rien, boivent cheap, fument cheap. Et plusieurs baisent cheap. Mais ça, ce n'est pas l'apanage des jeunes. Faut voir les vétérans du Vietnam et autres paumés vautrés sur les terrasses. Une Asiatique de 20 ans bien chaude sur une cuisse et une bouteille de bière bien froide sur l'autre. Welcome to Thailand!
J'aurais pu appeler ça Made in Thailand, mais vous m'auriez accusé de manquer d'originalité. Et vous n'auriez pas tort... Je suis en panne d'inspiration, mais j'écris pour ne pas perdre mes millers de lecteurs! Voici donc, sans prétention, quelques premières impressions thaïlandaises dans un format quelque peu déjà vu.
* Impossible de débuter par autre chose que le transport. Oui, je sais, pour quelqu'un qui n'aime pas les "chars", j'en parle souvent. C'est que j'arrive d'Inde. Et vous avez lu les traumas que j'y ai subis sur les routes. Choc culturel, donc, en arrivant en Thaïlande. Je ne m'attendais à rien... mais pas à ça. Quoi ça? L'organisation. La modernité. Les voitures roulent dans leur ligne (la plupart du temps). Il y a des feux de circulation, faisant généralement autorité. Pas de bêtes sur la chaussée. Bref, la grande sécurité. Ok, il y des motos parfois sur les trottoirs. Ça ne pouvait pas arriver en Inde: il n'y avait pas de trottoirs.
* Vous aurez peut-être saisi ce que je viens de sous-entendre: plus de vaches à l'horizon! Que de chiens par contre! 120 000 errant dans les seules rues de Bangkok. Peur des toutous? Non, et vous ne devriez pas non plus. Ils sont tous couchés. Fait trop chaud pour s'énerver. Pas entendu un seul jappement. Et imaginez, il ne fait que 35 degrés. Dans deux mois, il en fera dix de plus. Les pitous seront piteux.
* Ô joie: c'est le retour de la viande! Du boeuf! Du porc! Des fruits de mer! Yééééé! Du calme, du calme. Tout n'est pas rose ou rosé pour autant. On n'est plus en régime végétarien: je ne suis donc plus immunisé contre mes allergies! Je l'ai appris assez vite. J'ai commandé un riz frit aux crevettes... qui contenait des oeufs et du poulet! Vivement le retour du petit papier expliquant mes limites digestives.
* Un homme vous arrête sur la rue. (Se méfier... et rester poli) Il s'intérresse à vous. (Alerte jaune) Votre pays d'origine, la durée de votre séjour en Thaïlande, les endroits où vous irez après Bangkok. (Danger réel) Lui, il est en congé: c'est l'anniversaire du Roi. (N'importe quoi, la veille, un autre célébrait une autre fête) Il y a des magnifiques temples ouverts seulement aujourd'hui. (Ben oui, et hier, il disait que c'était la dernière journée). Il faut prendre un tuk-tuk gouvernemental, pas n'importe quel, il va me montrer. (Sûr, et je suppose que ça va être seulement 20 Bahts et qu'il va m'emmener au marcher en plus) Et c'est seulement 20 Bahts et il va m'emmener au marcher en plus. (Qu'est-ce que je disais?).
* Les Thaïlandais vénèrent leur Roi qui est sur le trône depuis plus de 60 ans. Pensez-y, ça fait plus longtemps qu'Elizabeth II! Or, à la différence de cette dernière, Sa Majesté est proche de son peuple. Partout, dans le sens d'à chaque coin de rue, on voit des photos de lui et de sa femme. Et pas seulement dans des poses royales. On les voit sur le terrain en train de visiter des chantiers, de parler avec des ouvriers, de réconforter des gens ordinaires. Avant chaque film au cinéma, il y a une présentation visuelle sur le Souverain et son travail, avec l'hymne national en musique de fond. L'homme est si aimé, et le régime nourrit si bien cet amour, que tous les spectateurs se lèvent debout en signe de respect. Ce n'est pas au Colosssus de Laval qu'on saluerait ainsi Bethy!
* Je trouve toujours courageux les jeunes cégépiens qui partent pour la Thaïlande: je suis parti pour la France à 25 ans, alors... N'empêche que c'est la fin d'un mythe pour moi. La Thaïlande, en tout cas certainement Bangkok, n'est pas un lieu si dépaysant. Des centres d'achats, un Skytrain et un Métro bien plus modernes que ce que Montréal... et la Roumanie peuvent offrir. Des gens sympathiques et accueillants, peu achalants. On est loin des froids Polonais et des envahissants Indiens. Mais, je le répète, peu dépaysant, surtout en raison de la crowd homogène. Un grand meeting contre-culturel. Tous les rebelles du monde, avec des dreads et des chandails du Che, tous ceux qui se croient bien cools, tous ceux qui sont contre le méchant système capitaliste, tous ceux-là sont réunis comme des moutons sur la même rue. Pour faire quoi? Pour consommer leur révolte. Ils achètent des disques contre-faits et pas chers, des livres photocopiés et pas chers, des faux t-shirts de marque pas chers, se font faire des fausses cartes d'identité pour un rien, boivent cheap, fument cheap. Et plusieurs baisent cheap. Mais ça, ce n'est pas l'apanage des jeunes. Faut voir les vétérans du Vietnam et autres paumés vautrés sur les terrasses. Une Asiatique de 20 ans bien chaude sur une cuisse et une bouteille de bière bien froide sur l'autre. Welcome to Thailand!
dimanche 3 février 2008
Poste restante...
Des inclassables, des oubliés.
+ Une forte proportion d'Indiens sont végétariens. Cela ne les empêche pas de proposer une cuisine savoureuse. J'en suis devenu un adepte. Il reste que parfois on fantasme sur un bon steak. Afin de soulager mes bas instincts de carnivore, je me suis donc laissé aller à pénétrer dans un McDonald. Eh oui... Au menu: McChicken (pas pratique avec mes allergies), VegiBurger (pas moyen d'en sortir), mais pas de BigMac, Quart de livre ou simple Cheeseburger. La vache est sacrée en Inde: on n'y vend pas de boeuf. Même chez McDo!
+ Un vendeur demande à Caro: "Where are you from?" "From Canada", répond-elle. "Oh, nice city!", complimente-t-il.
+ Au bulletin de nouvelles, deux sujets font la manchette quotidiennement: la pollution et les accidents de la route. En tant que touriste asthmatique, je suis heureux d'apprendre la qualité de l'air (ou plutôt sa non-qualité) que j'ai péniblement respiré au cours de la journée. A chaque soir, on présente le palmarès des meilleures et des pires villes indiennes. Réjouissant et si utile! Le segment sur les incidents routiers est tout aussi encourageant. A chaque fois que nous avons regardé les nouvelles, on nous a appris la fin tragique d'un autobus... de touristes et d'une partie de ses occupants. Demain, on prend le train?
+ L'homme de l'année en Inde? Le responsable en chef de la construction du métro de Delhi. Il a livré la marchandise dans les temps promis, selon les budgets alloués et sans corruption! Un miracle qui se souligne. Imaginez le choc: nous terminions notre marche dans Old Delhi, c'est-à-dire, notre slalom entre pauvreté et saleté, lorsque nous sommes entrés dans ce chef-d'oeuvre de modernité. Tous les passagers y sont fouillés individuellement: question de sécurité et de propreté. Pas de photo. On y interdit aussi toute nourriture, gomme ou cigarettes. Pour l'instant, ça marche: il est impeccable. C'est sûrement l'endroit le plus hygiénique du pays!
+ Une note humoristique pour terminer. Nous sommes en "safari" sur nos chameaux, avançant lentement entre une dune de sable et une montagne de détritus, quand un groupe de gitans indiens (eh oui, ils sont partout) s'approche de nous. Les vieux se mettent à jouer une ritournelle traditionnelle sur leur instrument qui l'est tout autant. Devant leur insuccès à obtenir quelques roupies, ils font signe à leur gamins d'y aller de leur numéro. Eh bien, je ne vous mens pas, ils nous ont faussé avec ardeur "Frère Jacques"! Choc culturel... et fou rire garantis!
Des inclassables, des oubliés.
+ Une forte proportion d'Indiens sont végétariens. Cela ne les empêche pas de proposer une cuisine savoureuse. J'en suis devenu un adepte. Il reste que parfois on fantasme sur un bon steak. Afin de soulager mes bas instincts de carnivore, je me suis donc laissé aller à pénétrer dans un McDonald. Eh oui... Au menu: McChicken (pas pratique avec mes allergies), VegiBurger (pas moyen d'en sortir), mais pas de BigMac, Quart de livre ou simple Cheeseburger. La vache est sacrée en Inde: on n'y vend pas de boeuf. Même chez McDo!
+ Un vendeur demande à Caro: "Where are you from?" "From Canada", répond-elle. "Oh, nice city!", complimente-t-il.
+ Au bulletin de nouvelles, deux sujets font la manchette quotidiennement: la pollution et les accidents de la route. En tant que touriste asthmatique, je suis heureux d'apprendre la qualité de l'air (ou plutôt sa non-qualité) que j'ai péniblement respiré au cours de la journée. A chaque soir, on présente le palmarès des meilleures et des pires villes indiennes. Réjouissant et si utile! Le segment sur les incidents routiers est tout aussi encourageant. A chaque fois que nous avons regardé les nouvelles, on nous a appris la fin tragique d'un autobus... de touristes et d'une partie de ses occupants. Demain, on prend le train?
+ L'homme de l'année en Inde? Le responsable en chef de la construction du métro de Delhi. Il a livré la marchandise dans les temps promis, selon les budgets alloués et sans corruption! Un miracle qui se souligne. Imaginez le choc: nous terminions notre marche dans Old Delhi, c'est-à-dire, notre slalom entre pauvreté et saleté, lorsque nous sommes entrés dans ce chef-d'oeuvre de modernité. Tous les passagers y sont fouillés individuellement: question de sécurité et de propreté. Pas de photo. On y interdit aussi toute nourriture, gomme ou cigarettes. Pour l'instant, ça marche: il est impeccable. C'est sûrement l'endroit le plus hygiénique du pays!
+ Une note humoristique pour terminer. Nous sommes en "safari" sur nos chameaux, avançant lentement entre une dune de sable et une montagne de détritus, quand un groupe de gitans indiens (eh oui, ils sont partout) s'approche de nous. Les vieux se mettent à jouer une ritournelle traditionnelle sur leur instrument qui l'est tout autant. Devant leur insuccès à obtenir quelques roupies, ils font signe à leur gamins d'y aller de leur numéro. Eh bien, je ne vous mens pas, ils nous ont faussé avec ardeur "Frère Jacques"! Choc culturel... et fou rire garantis!
samedi 2 février 2008
Wagon d'espoir
Pour consoler ceux qui me trouvent pessimiste, voici, pour clore le chapitre indien, un petit, mais je le souhaite, bien réel rayon d'espoir. Je vous avertis, la lumière n'apparaît qu'à la fin...
J'ai eu le privilège, durant un voyage en train, de rencontrer un groupe de chercheurs indiens. Ce professeur, son épouse, avocate en droit constitutionnel, et ses étudiants au doctorat, revenaient de Bhopal où ils avaient livré leurs conclusions et recommandations dans le cadre d'un important congrès. Chacun travaille sur une problématique bien spécifique.
Le professeur s'intéresse au cybercrime, de plus en plus répandu en Inde en raison de l'accès toujours grandissant à internet. Les gens sont pauvres, mais un milliard d'individus ça fait toute une clientèle. Le prix de la connection s'en trouve drôlement réduit. Sans surprise, la pornographie pédophile prolifère. On retrouve aussi de plus en plus de cas de "bullying". Ainsi, par exemple, un homme, frustré que celle qu'il aime se marie à un autre, inventera sur celle-ci les pires rumeurs, généralement de nature sexuelle, le sujet étant des plus délicats dans cette très conservatrice culture. Les victimes, majoritairement des femmes, voient leur réputation et leur vie familiale ruinées. Or, elles ne portent pratiquement pas plainte, de peur, notamment, que les médias s'emparent de l'affaire et la rendent encore plus insoutenable.
Une des étudiantes se penche sur la situation des "transsexuels", ces hommes (surtout) qui se font opérer pour devenir des femmes. Ici, on les appelle des "arawanis". Comprenons avant tout que l'homosexualité n'est pas acceptée en Inde. Dans la plupart des cas, elle est tenue secrète, et demeure peu détectable. Or, les transsexuels, associés plus ou moins à tort à la catégorie homosexuelle, sont, eux, beaucoup plus faciles à identifier. Et donc à discriminer. Leur mode de survie se résume à la mendicité, à la danse dans les clubs spécialisés ou à la prostitution. Trois domaines où leur sécurité est mise à risque. Pourtant, malgré les violences dont ces personnes sont victimes, bien peu portent plainte. Pourquoi? Parce que les policiers, porteurs des préjuges communs, s'en moquent en les faisant se déshabiller lorsqu'elles viennent au poste. Pour remplir une déposition, il faut spécifier son sexe. Or, les transsexuels refusent justement d'être identifiés comme homme ou comme femme, au point de renoncer à leur droit de vote parce qu'ils ne veulent pas cocher la case associée à l'un de ces deux sexes. A cet effet, l'avocate lutte pour la reconnaissance légale d'un troisième genre.
L'autre doctorante étudie la situation des enfants mendiant dans la rue. S'il y en a plusieurs qui viennent de familles pauvres et qui demandent la charité avec ou sans leurs parents, et s'il y en a plusieurs qui sont abandonnés et survivent ainsi, l'universitaire a mis à jour avec ses collègues une troisième catégorie. De plus en plus d'enfants qui mendient sont sous la tutelle d'organisations très structurées qui les ont kidnappés ou achetés pour les utiliser comme "travailleurs". On les envoie quêter dans la rue, surtout auprès des toursites, avec, dans les mains, un bébé qui n'a aucun lien de sang avec eux. C'est plus efficace pour attirer la pitié de l'Occidental. Ces enfants, lorsque rescapés par des organismes humanitaires, préferent retourner dans la rue plutôt qu'être nourris, logés et éduqués. Pourquoi? Parce que leurs maîtres leur donnent une part de l'argent amassé dans la rue. Parce qu'ils leur donnent aussi la drogue dont ils les ont gavés et rendus dépendants. Plus tard, la plupart seront récupérés dans la prostitution.
Vous cherchez le rayon d'espoir? D'abord, le simple fait que des universitaires se consacrent à ces problèmes, les identifient, les analysent et les dénoncent est déjà un pas. Ensuite, certains organismes, j'en donnais un exemple dans un précédent texte, parviennent à des résultats. Surtout, on commence à travailler à des solutions plus globales et fondamentales touchant aux causes, et non seulement aux conséquences.
Que proposent nos observateurs-chercheurs au gouvernement indien? Une réforme de la police. La loi qui gère ce service date de... 1861! Elle a été édictée sous l'Empire britannique dans le but premier de contrôler la population. Et non de la protéger. La plupart des policiers indiens n'ont pas terminé leur secondaire. Ils gardent bien ancrés en eux les nombreux préjugés sociaux (ex: contre les gays), notamment ceux liés aux castes. Lorsque des gens de caste inférieures viennent déposer une plainte, les policiers ferment souvent les yeux si celle-ci concerne des personnes de leur propre caste! Par conséquent, peu de victimes font appel à la police, la confiance n'existant pas. La recommandation du congrès est d'éduquer les policiers et d'en faire de véritables intervenants contre les injustices. Reste à savoir si le gouvernement écoutera. Je vous avais prévenus: un petit rayon d'espoir.
Pour consoler ceux qui me trouvent pessimiste, voici, pour clore le chapitre indien, un petit, mais je le souhaite, bien réel rayon d'espoir. Je vous avertis, la lumière n'apparaît qu'à la fin...
J'ai eu le privilège, durant un voyage en train, de rencontrer un groupe de chercheurs indiens. Ce professeur, son épouse, avocate en droit constitutionnel, et ses étudiants au doctorat, revenaient de Bhopal où ils avaient livré leurs conclusions et recommandations dans le cadre d'un important congrès. Chacun travaille sur une problématique bien spécifique.
Le professeur s'intéresse au cybercrime, de plus en plus répandu en Inde en raison de l'accès toujours grandissant à internet. Les gens sont pauvres, mais un milliard d'individus ça fait toute une clientèle. Le prix de la connection s'en trouve drôlement réduit. Sans surprise, la pornographie pédophile prolifère. On retrouve aussi de plus en plus de cas de "bullying". Ainsi, par exemple, un homme, frustré que celle qu'il aime se marie à un autre, inventera sur celle-ci les pires rumeurs, généralement de nature sexuelle, le sujet étant des plus délicats dans cette très conservatrice culture. Les victimes, majoritairement des femmes, voient leur réputation et leur vie familiale ruinées. Or, elles ne portent pratiquement pas plainte, de peur, notamment, que les médias s'emparent de l'affaire et la rendent encore plus insoutenable.
Une des étudiantes se penche sur la situation des "transsexuels", ces hommes (surtout) qui se font opérer pour devenir des femmes. Ici, on les appelle des "arawanis". Comprenons avant tout que l'homosexualité n'est pas acceptée en Inde. Dans la plupart des cas, elle est tenue secrète, et demeure peu détectable. Or, les transsexuels, associés plus ou moins à tort à la catégorie homosexuelle, sont, eux, beaucoup plus faciles à identifier. Et donc à discriminer. Leur mode de survie se résume à la mendicité, à la danse dans les clubs spécialisés ou à la prostitution. Trois domaines où leur sécurité est mise à risque. Pourtant, malgré les violences dont ces personnes sont victimes, bien peu portent plainte. Pourquoi? Parce que les policiers, porteurs des préjuges communs, s'en moquent en les faisant se déshabiller lorsqu'elles viennent au poste. Pour remplir une déposition, il faut spécifier son sexe. Or, les transsexuels refusent justement d'être identifiés comme homme ou comme femme, au point de renoncer à leur droit de vote parce qu'ils ne veulent pas cocher la case associée à l'un de ces deux sexes. A cet effet, l'avocate lutte pour la reconnaissance légale d'un troisième genre.
L'autre doctorante étudie la situation des enfants mendiant dans la rue. S'il y en a plusieurs qui viennent de familles pauvres et qui demandent la charité avec ou sans leurs parents, et s'il y en a plusieurs qui sont abandonnés et survivent ainsi, l'universitaire a mis à jour avec ses collègues une troisième catégorie. De plus en plus d'enfants qui mendient sont sous la tutelle d'organisations très structurées qui les ont kidnappés ou achetés pour les utiliser comme "travailleurs". On les envoie quêter dans la rue, surtout auprès des toursites, avec, dans les mains, un bébé qui n'a aucun lien de sang avec eux. C'est plus efficace pour attirer la pitié de l'Occidental. Ces enfants, lorsque rescapés par des organismes humanitaires, préferent retourner dans la rue plutôt qu'être nourris, logés et éduqués. Pourquoi? Parce que leurs maîtres leur donnent une part de l'argent amassé dans la rue. Parce qu'ils leur donnent aussi la drogue dont ils les ont gavés et rendus dépendants. Plus tard, la plupart seront récupérés dans la prostitution.
Vous cherchez le rayon d'espoir? D'abord, le simple fait que des universitaires se consacrent à ces problèmes, les identifient, les analysent et les dénoncent est déjà un pas. Ensuite, certains organismes, j'en donnais un exemple dans un précédent texte, parviennent à des résultats. Surtout, on commence à travailler à des solutions plus globales et fondamentales touchant aux causes, et non seulement aux conséquences.
Que proposent nos observateurs-chercheurs au gouvernement indien? Une réforme de la police. La loi qui gère ce service date de... 1861! Elle a été édictée sous l'Empire britannique dans le but premier de contrôler la population. Et non de la protéger. La plupart des policiers indiens n'ont pas terminé leur secondaire. Ils gardent bien ancrés en eux les nombreux préjugés sociaux (ex: contre les gays), notamment ceux liés aux castes. Lorsque des gens de caste inférieures viennent déposer une plainte, les policiers ferment souvent les yeux si celle-ci concerne des personnes de leur propre caste! Par conséquent, peu de victimes font appel à la police, la confiance n'existant pas. La recommandation du congrès est d'éduquer les policiers et d'en faire de véritables intervenants contre les injustices. Reste à savoir si le gouvernement écoutera. Je vous avais prévenus: un petit rayon d'espoir.
vendredi 1 février 2008
Made in India
"Come inside my shop! Looking is not buying!". Bienvenue dans ma shop indienne. Vous trouverez de tout ici: des impressions, des réflexions, des contradictions, des hallucinations, des frustrations. Welcome to my bazaar!
+ En Inde, on estime qu`il y a 220 millions de vaches en liberté dans les villes. Ça ne compte donc pas celles qui se promènent allègrement dans les villages, ni celles qui se déplacent par dizaines sous la férule d`un fermier de 8 ans. Elles sont partout: au bord de l`eau, au détour d`une ruelle, au coeur d`une intersection à l`heure de pointe. Elles sont couchées, elles marchent, elles chargent. Jamais stressées ou apeurées. On dit "elles", mais il y a d`évidents "ils" aussi. Dois-je préciser que chaque bête livre son lot quotidien de fumier frais. De jour, on s`habitue. Dans le noir, sans éclairage de ville et sans lampe de poche, c`est tout un défi de s`en sortir indemne.
+ A la gare, on retrouve un bureau pour le Head Ticket Collector, un pour le Station Manager, un pour le Station Master, un pour le Head Train`s Clerk, un pour le Train Lightning Supervisor, un pour le Railway Superintendant et un pour le Railway Magistrate. A qui devrais-je m`adresser pour obtenir un rouleau de papier de toilette? Hum....
+ Lorsque je zappe sur ma télé, je trouve trois catégories principales de chaînes. Le tiers est consacré au genre "soap opera". Peu importe l`histoire, on voit essentiellement des gros plans de femmes qui braillent, filmées dans un cadrage de biais, style MusiquePlus. Le second ensemble regroupe, justement, les postes de musique. On peut y voir des milliers de vidéo-clips réalisés selon un patron similaire. Un, ca va. Deux, ça passe. A partir de trois, il faut se commander du thé pour survivre. La dernière famille est constituée d`émissions animées par des gourous. On dirait des télé-évangélistes américains, mais habillés en robe multicolore. Avis aux fans du mysticisme indien: ici, c`est dimanche tous les jours. Alors, il y en a pour tous les goûts spirituels et à toutes les heures de la journée. Les rares autres chaînes se partagent le cricket et l`information. Je ne vois donc pas de solution pour Télévision Quatre-Saisons en Inde.
+ L`Inde produit plus de films par année que les Etats-Unis, mais bien peu se rendent jusqu`à chez nous. Ça vaut dans les deux sens: cette semaine, on présente, en primeur s.v.p. le grand classique du navet américain "Snakes on a plane". Pour étancher ma curiosité, je suis allé voir deux films de Bollywood: Halla Bol et Welcome. Il va sans dire que mon hindi n`est pas encore fluent... N`empêche, l`expérience en vaut la peine. Trois heures bien remplies. A chaque fois. Il y a assez de sous-histoires pour construire huit autres films! Du slap-stick et des blagues assez faciles (celle du gars qui se pète les couilles, servie à cinq sauce différente dans le même long métrage), des effets spéciaux douteux (et donc hilarants) et surtout des numéros de danses à couper le souffle qui viennent entrecouper l`action à tout moment (c`est toujours amusant des mafieux qui se déhanchent).
+ On rencontre toujours ici tonnes de jeunes hommes, riches comme pauvres, éduqués comme illettrés, qui, à vingt-cinq ans sont vierges, seront mariés par leurs parents, et selon les bons conseils d`un astrologue, à une demoiselle qu`ils n`ont jamais vue, sauf en photo, dans les familles plus progressistes. Cela n`empêche pas de tomber en amour. Pour ensuite, avoir le coeur brisé par le refus parental, détester l`épouse imposée jusqu`à ce qu`elle enfante de préférence un fils. Nous avons rencontré des jeunes femmes ayant un doctorat qui vont devoir négocier serré avec le soutien de leur prof dans l`espoir de faire fléchir leurs parents. Evidemment, certains couples se forgeront un bonheur. Il est cependant bien triste d`entendre une jeune homme de vingt-deux ans dire, avec hargne, qu`il déteste son pays et sa culture en raison du mariage organisé.
+ En manque de vrai café, nous sommes allés dans un "gros" centre commercial style occidental. A l`entrée, on nous a fait passer au détecteur de métal et on nous a fouillé, dans le sens de tâté. C`est drôle au début. Or, nous sommes sortis faire d`autres achats. Après la cinquième fois , l`agent me reconnaissait et ne vérifiait même plus. Confisqué? La gomme à mâcher de Caro. Ils font aussi une fixation sur les cigarettes. On a compris plus tard que c`est pour éviter que la fumée indispose les autres clients et que les vieilles gommes ne soient pas jetées par terre... Nous avons donc pu déambuler dans un environnement ultra-sécuritaire. Or, ce n`est pas l`opinion de tous. Une femme qui prenait l`escalier roulant pour la première fois de sa vie a été saisie de panique et a essayé, en vain, de descendre à contre-courant pour fuir cette infernale machine. Et dire que cette même dame n`a sans doute pas peur de prendre la route alors que les chances de mourir sur les rues sont incalculables! Bien sûr, tout le monde sait qu`il y a 330 millions de dieux hindous, soit un par rickshaw. Et qu`il n`y en a aucun pour les escaliers roulants.
+ Le Gange est le plus sacré des fleuves dans l`hindouisme et certes un endroit des plus impressionnants sur le plan religieux. Sur ses berges se pratiquent de nombreux rites. En deux balades en bateau, l`une au coucher et l`autre au lever du soleil, nous avons pu voir des cérémonies magnifiques et d`autres troublantes. Sous la lune, sept prêtres prient pendant une heure tous les soirs. Ils manipulents des torches, lancent du riz, versent de l`eau, chantent et dansent suivant une chorégraphie étonnante. Pendant ce temps, nous déposons chacun des dizaines de petits bols faits de feuilles, remplis de pétales et contenant une chandelle. Pour chaque coquille confiée au Gange, un souhait pour une personne aimée. Ne vous en faites pas, vous y êtes tous passés! Plus loin, sur la rive, des crémations ont lieu. Sur les bûchers, des hommes et des femmes sont libérés de leur corps pour transmigrer vers un nouveau... à moins qu`ils n`aient atteint le stade où l`on s`arrache à la roue infernale des renaissances! Au matin, d`autres prières. Et des ablutions. Des gens se purifient. Partout. Ils se rincent même la bouche avec l`eau de ce fleuve sacré où se déversent les égouts et dans laquelle d`autres font leur lessive, leurs besoins ou jettent les cendres d`un défunt consummé...
+ En Inde, le sexe est un grand paradoxe. Ainsi, il est interdit par la loi de montrer dans un film, un clip ou une émission de télé, un couple qui s`embrasse. Ce qui rend ces oeuvres d`autant plus drôle à regarder, puisque homme et femme s`y frôlent sensuellement, presque violemment, s`évitant des lèvres de justesse. Pourtant, j`ai vu à la télé une annonce où une enseignante écrivant au tableau est troublée par le parfum d`un de ses élèves. Déstabilisée, au point de ne plus pouvoir tenir sa craie, au point d`en gémir sensuellement. Jamais une telle pub ne pourrait passer au Canada. Pendant ce temps, dans la rue, nombre de femmes, tant hindoues que musulmanes, se cachent les cheveux, et souvent les yeux, à la vue d`un inconnu ou pire d`un étranger aussi sexy que moi. Sur la même avenue, avec l`eau de la fontaine publique, à la vue de tous, en sous-vêtement moulant, les jeunes hommes font leur toilette. A n`y rien comprendre. En Inde, il n`y a évidemment pas d`éducation sexuelle dans les écoles... ni à la maison. Reste les copains plus expérimentés, internet et les vaches! Or, on peut retrouver à Khajuraho, dans un site protégé par l`UNESCO et ouverts à tous, sur les temples millénaires, des sculptures du Kama Sutra. Un érotisme, pas très éloigné de la pornographie moderne, nous montre de tout. Les positions de nos fantasmes, d`autres qu`on ne voudrait pas essayer de peur d`en rester paralysé. Mes étudiants qui croient que le sexe a été inventé après leur naissance auraient bien des suprises. Fellation, cunnilingus, 69, mais aussi relations avec un chien ou un cheval. J`ai oublié quelque chose? Des scènes homosexuelles? Etes-vous malades? Bande de pervers! L`homosexualité est encore illégale en Inde et, semble-t-il, n`a jamais eu la cote, meme si les hommes marchent main dans la main dans la rue...
+ Ce peuple, que je vois dans cet état aujourd`hui, avec toutes ses limites, a fait beaucoup de chemin depuis 60 ans. Imaginez la situation à l`époque! Eh bien, c`est cette population, alors analphabète, miséreuse, vivant dans les pires conditions, qui a vaincu le puissant Empire britannique. J`en conclus quoi? Que la foi et la non-violence sont des forces peu communes.
"Come inside my shop! Looking is not buying!". Bienvenue dans ma shop indienne. Vous trouverez de tout ici: des impressions, des réflexions, des contradictions, des hallucinations, des frustrations. Welcome to my bazaar!
+ En Inde, on estime qu`il y a 220 millions de vaches en liberté dans les villes. Ça ne compte donc pas celles qui se promènent allègrement dans les villages, ni celles qui se déplacent par dizaines sous la férule d`un fermier de 8 ans. Elles sont partout: au bord de l`eau, au détour d`une ruelle, au coeur d`une intersection à l`heure de pointe. Elles sont couchées, elles marchent, elles chargent. Jamais stressées ou apeurées. On dit "elles", mais il y a d`évidents "ils" aussi. Dois-je préciser que chaque bête livre son lot quotidien de fumier frais. De jour, on s`habitue. Dans le noir, sans éclairage de ville et sans lampe de poche, c`est tout un défi de s`en sortir indemne.
+ A la gare, on retrouve un bureau pour le Head Ticket Collector, un pour le Station Manager, un pour le Station Master, un pour le Head Train`s Clerk, un pour le Train Lightning Supervisor, un pour le Railway Superintendant et un pour le Railway Magistrate. A qui devrais-je m`adresser pour obtenir un rouleau de papier de toilette? Hum....
+ Lorsque je zappe sur ma télé, je trouve trois catégories principales de chaînes. Le tiers est consacré au genre "soap opera". Peu importe l`histoire, on voit essentiellement des gros plans de femmes qui braillent, filmées dans un cadrage de biais, style MusiquePlus. Le second ensemble regroupe, justement, les postes de musique. On peut y voir des milliers de vidéo-clips réalisés selon un patron similaire. Un, ca va. Deux, ça passe. A partir de trois, il faut se commander du thé pour survivre. La dernière famille est constituée d`émissions animées par des gourous. On dirait des télé-évangélistes américains, mais habillés en robe multicolore. Avis aux fans du mysticisme indien: ici, c`est dimanche tous les jours. Alors, il y en a pour tous les goûts spirituels et à toutes les heures de la journée. Les rares autres chaînes se partagent le cricket et l`information. Je ne vois donc pas de solution pour Télévision Quatre-Saisons en Inde.
+ L`Inde produit plus de films par année que les Etats-Unis, mais bien peu se rendent jusqu`à chez nous. Ça vaut dans les deux sens: cette semaine, on présente, en primeur s.v.p. le grand classique du navet américain "Snakes on a plane". Pour étancher ma curiosité, je suis allé voir deux films de Bollywood: Halla Bol et Welcome. Il va sans dire que mon hindi n`est pas encore fluent... N`empêche, l`expérience en vaut la peine. Trois heures bien remplies. A chaque fois. Il y a assez de sous-histoires pour construire huit autres films! Du slap-stick et des blagues assez faciles (celle du gars qui se pète les couilles, servie à cinq sauce différente dans le même long métrage), des effets spéciaux douteux (et donc hilarants) et surtout des numéros de danses à couper le souffle qui viennent entrecouper l`action à tout moment (c`est toujours amusant des mafieux qui se déhanchent).
+ On rencontre toujours ici tonnes de jeunes hommes, riches comme pauvres, éduqués comme illettrés, qui, à vingt-cinq ans sont vierges, seront mariés par leurs parents, et selon les bons conseils d`un astrologue, à une demoiselle qu`ils n`ont jamais vue, sauf en photo, dans les familles plus progressistes. Cela n`empêche pas de tomber en amour. Pour ensuite, avoir le coeur brisé par le refus parental, détester l`épouse imposée jusqu`à ce qu`elle enfante de préférence un fils. Nous avons rencontré des jeunes femmes ayant un doctorat qui vont devoir négocier serré avec le soutien de leur prof dans l`espoir de faire fléchir leurs parents. Evidemment, certains couples se forgeront un bonheur. Il est cependant bien triste d`entendre une jeune homme de vingt-deux ans dire, avec hargne, qu`il déteste son pays et sa culture en raison du mariage organisé.
+ En manque de vrai café, nous sommes allés dans un "gros" centre commercial style occidental. A l`entrée, on nous a fait passer au détecteur de métal et on nous a fouillé, dans le sens de tâté. C`est drôle au début. Or, nous sommes sortis faire d`autres achats. Après la cinquième fois , l`agent me reconnaissait et ne vérifiait même plus. Confisqué? La gomme à mâcher de Caro. Ils font aussi une fixation sur les cigarettes. On a compris plus tard que c`est pour éviter que la fumée indispose les autres clients et que les vieilles gommes ne soient pas jetées par terre... Nous avons donc pu déambuler dans un environnement ultra-sécuritaire. Or, ce n`est pas l`opinion de tous. Une femme qui prenait l`escalier roulant pour la première fois de sa vie a été saisie de panique et a essayé, en vain, de descendre à contre-courant pour fuir cette infernale machine. Et dire que cette même dame n`a sans doute pas peur de prendre la route alors que les chances de mourir sur les rues sont incalculables! Bien sûr, tout le monde sait qu`il y a 330 millions de dieux hindous, soit un par rickshaw. Et qu`il n`y en a aucun pour les escaliers roulants.
+ Le Gange est le plus sacré des fleuves dans l`hindouisme et certes un endroit des plus impressionnants sur le plan religieux. Sur ses berges se pratiquent de nombreux rites. En deux balades en bateau, l`une au coucher et l`autre au lever du soleil, nous avons pu voir des cérémonies magnifiques et d`autres troublantes. Sous la lune, sept prêtres prient pendant une heure tous les soirs. Ils manipulents des torches, lancent du riz, versent de l`eau, chantent et dansent suivant une chorégraphie étonnante. Pendant ce temps, nous déposons chacun des dizaines de petits bols faits de feuilles, remplis de pétales et contenant une chandelle. Pour chaque coquille confiée au Gange, un souhait pour une personne aimée. Ne vous en faites pas, vous y êtes tous passés! Plus loin, sur la rive, des crémations ont lieu. Sur les bûchers, des hommes et des femmes sont libérés de leur corps pour transmigrer vers un nouveau... à moins qu`ils n`aient atteint le stade où l`on s`arrache à la roue infernale des renaissances! Au matin, d`autres prières. Et des ablutions. Des gens se purifient. Partout. Ils se rincent même la bouche avec l`eau de ce fleuve sacré où se déversent les égouts et dans laquelle d`autres font leur lessive, leurs besoins ou jettent les cendres d`un défunt consummé...
+ En Inde, le sexe est un grand paradoxe. Ainsi, il est interdit par la loi de montrer dans un film, un clip ou une émission de télé, un couple qui s`embrasse. Ce qui rend ces oeuvres d`autant plus drôle à regarder, puisque homme et femme s`y frôlent sensuellement, presque violemment, s`évitant des lèvres de justesse. Pourtant, j`ai vu à la télé une annonce où une enseignante écrivant au tableau est troublée par le parfum d`un de ses élèves. Déstabilisée, au point de ne plus pouvoir tenir sa craie, au point d`en gémir sensuellement. Jamais une telle pub ne pourrait passer au Canada. Pendant ce temps, dans la rue, nombre de femmes, tant hindoues que musulmanes, se cachent les cheveux, et souvent les yeux, à la vue d`un inconnu ou pire d`un étranger aussi sexy que moi. Sur la même avenue, avec l`eau de la fontaine publique, à la vue de tous, en sous-vêtement moulant, les jeunes hommes font leur toilette. A n`y rien comprendre. En Inde, il n`y a évidemment pas d`éducation sexuelle dans les écoles... ni à la maison. Reste les copains plus expérimentés, internet et les vaches! Or, on peut retrouver à Khajuraho, dans un site protégé par l`UNESCO et ouverts à tous, sur les temples millénaires, des sculptures du Kama Sutra. Un érotisme, pas très éloigné de la pornographie moderne, nous montre de tout. Les positions de nos fantasmes, d`autres qu`on ne voudrait pas essayer de peur d`en rester paralysé. Mes étudiants qui croient que le sexe a été inventé après leur naissance auraient bien des suprises. Fellation, cunnilingus, 69, mais aussi relations avec un chien ou un cheval. J`ai oublié quelque chose? Des scènes homosexuelles? Etes-vous malades? Bande de pervers! L`homosexualité est encore illégale en Inde et, semble-t-il, n`a jamais eu la cote, meme si les hommes marchent main dans la main dans la rue...
+ Ce peuple, que je vois dans cet état aujourd`hui, avec toutes ses limites, a fait beaucoup de chemin depuis 60 ans. Imaginez la situation à l`époque! Eh bien, c`est cette population, alors analphabète, miséreuse, vivant dans les pires conditions, qui a vaincu le puissant Empire britannique. J`en conclus quoi? Que la foi et la non-violence sont des forces peu communes.
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