Constatez l`étonnant paradoxe.
Dans la campagne, le chemin de terre avec ses cailloux et sa poussière nous semble si joli. On en oublie la boue laissée par la dernière pluie et les pommes de route déposées par les chevaux. On le suit avec une joie inexplicable. Notre bouche dit bucolique, champêtre. Quel plaisir! A la ville, le patchwork qui tient lieu de sol nous décourage et nous enrage. Un peu de vieil asphalte ici, un peu de nouvel là, du sable par-ci, de la roche concassée par là-bas, mais aussi des pierres taillées décoratives roses, et même des tuiles d`intérieur pour la cuisine! Tous les matériaux se côtoient et se superposent, les strates inégales forçant le piéton à une vigilance de tous les instants. Imaginez quand on n`y voit rien la nuit! Et je ne parle pas de la maudite merde des chiens. Au village, c`est la charette tirée par les chevaux ou les boeufs. Elles sont larges, elles ralentissent et bloquent la circulation, elle perdent parfois leur contenu. Bref, elles sont dangereuses. Pourtant, on ne se tanne pas de les photographier. Elles nous font sourire. On les trouve pittoresques. Dans les cités, les voitures sont souvent des bagnoles d`un autre âge. Les gens klaxonnent et conduisent rageusement. Plusieurs véhicules lourds, dont les autobus, dégagent des fumées noires et puantes. Quel enfer!

Du côté rural, les maisons sont souvent très anciennes et faites de bois. Les gens s`y entassent tant bien que mal et y vivent à quelques pieds des animaux de la basse-cour. On tire l`eau à la chaudière du puit, on fait sécher le linge que l`on a lavé à la main sur une corde. N`est-ce pas magnifique? Surtout avec des fleurs. Comme on doit être bien de vivre aussi simplement. Ne pensons cependant pas trop à l`hiver... Du côté urbain, on ne peut que baisser les yeux afin de ne pas voir les monstrueux immeubles communistes en béton. La peinture est défraîchie, les structures endommagées. C`est triste à mourir. Jamais je ne vivrais là!
Les campagnards sont des cultivateurs qui s`échinent du lever au coucher du soleil sur de modestes lopins de terre. L`hiver, ils passent le temps en nourrissant le bétail. Pourtant, nous les envions. Ils nous semblent fiers. Tournés vers le passé et la religion, ils sont porteurs de riches traditions. Nous les trouvons heureux malgré tout. Les citadins, eux, sont des sans-emploi qui envoient leurs enfants quêter près des restaurants touristiques. Ils sont fatigants et paresseux. Ils fantasment sur un avenir américain inaccessible. De malheureux matérialistes.Ici, on vit dans les multiples tons de vert (sauf celui de l`argent) et de jaune (sauf celui de l`or), sous un ciel au bleu changeant (mais pas aussi fameux et rentable que celui de Voronet). Quelle chance! Là, c`est gris, gris et gris. Autant dire sale. Même les graffitis manquent de couleurs!
Vous avez vu?
Pourquoi une telle différence de perception? Comment expliquer que les régions rurales démunies nous charment, alors que les villes indigentes nous dégoûtent? Est-ce parce que le désordre fait légitimement partie de la nature alors que la ville devrait être le lieu par excellence de l`organisation? La misère est-elle meilleure en couleur sous le vent et le folklore qu`en monochrome sous le smog et la modernité? Plus belle, semble-t-il, en tout cas. En traversant la Roumanie, je ne peux faire autrement que constater qu`il existe une étrange mais bien réelle esthétique de la pauvreté!

1 commentaire:
peut-être que la campagne justement a la richesse de la nature tandis quela ville est un enfer généré par l'homme qui s'éloigne de lui-même et de ses racines. La misère est certainement toujours triste mais la misère de la campagne s'étale dans un monde coloré, en mouvement, plein d'espace. En ville comme tu le racontes si bien tout est gris, pas d'espace, pas de mouvement. C'est une misère figée et froide qui n'a rien pour nourrir le coeur et lui permettre d'oublier pour quelques secondes...
Love and hugs
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