mercredi 31 octobre 2007

Surtout revenez!

Chères lectrices et chers lecteurs, les derniers jours m`ont laissé bien peu de temps pour tenir une chronique à la hauteur de vos attentes, mais ne craignez pas: je vous reviendrai bientôt. Alors, ne cessez donc pas de venir voir s`il y a du nouveau!

vendredi 26 octobre 2007

Meilleures sympathies!

Plusieurs d`entre vous nous ont écrit. Grand merci à TOUS pour vos bons mots d`encouragement. Vos paroles nous ont apporté réconfort.

Cela dit, il faut souligner que nous en avons eu de tous les styles. Certaines nous ont fait plus rire ou réfléchir que d`autres. Au point que j`ai décidé de publier quelques unes de vos perles:


Ceci concerne la réclamation (CK347891) pour votre épouse, Mme Caroline St-Jacques, pour confirmez que nous avons reçu votre lettre aujourd'hui. Nous vous envoyons nos remerciements les plus sincères pour ces détails. Tous nos voeux de prompt rétablissement pour Mme St-Jacques.
- Sylvain, Travel Assistance Program Specialist, WTP Assist
Chaleureux et humain... Remarquez la signature avec le seul prénom...

Quelle affaire. Je vous envoie tout mon amour. Je pense à vous souvent, et là encore plus avec la cheville en folie. Caro, quand pourras-tu marcher sur ton pied directement, sans béquille de bois? Caro, prends soin comme ils disent.
- Magali Simard, amie et vedette torontoise
Chère amie franco-ontarienne, faut que ça continusse! On va éviter le highway.

La France risque d'ête moins rock'n'roll que la Roumanie, quoiqu'il faille toujours se méfier des Parisiens...
- Mathieu Gohier, ancien élève et grand intellectuel
Merci! Nous nous méfierons.

Quelle affaire! Mais il ne faut surtout pas vous décourager. Si vous le pouvez, prenez des tours guidés avec les gens du 3e âge. Vous vous sentirez encore plus jeunes, malgré tout...
- Sylvie Roy, amie lectrice et grande voyageuse
Fallait y penser! On verra. On ne sait jamais. Peut-être ben que oui, peut-être ben que non...

Je dois vous avouer que j`ai passé une partie de la journée d`hier à surfer sur le site d Expedia à verifier le coût des billets d`avion pour Sofia.
- Marcel St-Jacques, beau-père attentionné
Sacré Pop! Depuis juin dernier, n`importe quoi pour partir en voyage!

24 heures plus tard, je me retrouve encore devant mon écran d'ordinateur en train d'essayer de trouver un bon mot, quelque chose qui sonnerait juste et qui ferait du bien à mes amis. Il serait inutile de dire que suis avec vous de tout coeur, je vais donc m'abstenir de penser dire quelque chose d'aussi cliché. Bon courage? C'est trop court... Merde, les mots me manquent encore et cette fois-ci, je ne peux me permettre de dire une connerie, comme j'ai l'habitude de faire, pour masquer le malaise existentiel qui ne cesse de me ronger. Je m'essaye... C'est vraiment plate et bête comme accident. Je n'y peux voir qu'un seul point positif. Encore une fois vous allez sortir plus forts en tant que couple et en tant que personnes. Martin Luther King Jr. disait: "Ce qui ne me détruit pas me rend plus fort."
- Claude Desruisseaux, frère dans la négritude
Pour quelqu`un qui ne savait pas quoi dire...

Pas de chance... ou peut-être chance de voir autre chose que prévu!!! Où êtes-vous à l'heure actuelle ? J'habite maintenant à Sète, près de Montpellier, je serais contente de vous voir.
- Annie Boulay, amie précieuse
Dieu existe et il vit sur la Côte d`Azur! Nous arrivons!

Cher Client, Nous vous prions de trouver ci-après votre fracture, ainsi que les conditions de vente en pièce jointe à cet envoi. Très cordialement,
- L'équipe du Cercle des Vacances
Ok, j`avoue, c`est moi qui ai ajouté le "r".

Néanmoins, j'ai confiance que vous saurez profiter malgré tout de cette partie de votre voyage, à un autre rythme et à travers d'autres activités, mais tout de même... Ton écrivain sur les voyages doit bien avoir quelques réflexions réconfortantes sur l'imprévu...
- Andréanne David, soeur pleine de tendresse
Ben, non. Le maudit. Va falloir que je compose le chapitre moi-même.

Etre blessée en voyage, c'est mieux que d'être en santé au travail!
- Christine St-Jacques, belle-soeur remplie de sagesse
Comme c`est vrai! Et bien dit!

Boire blessée en voyage, c'est mieux que d'être en santé au travail!
- Nancy Lepage, amie épicurienne
De mieux en mieux...

Je pense que si on compte le nombre de fois que tu dis le mot "vin" dans ton courriel, on peut, sans être un détective ou un agent de probation ayant un fameux bagage en toxicomanie, en déduire que le "gros rouge qui tache" comme on l'appelle en France, aurait un rôle majeur à jouer dans la fracture du voyage... Cessez de nier, je sais que vous êtes rendus alcolos et que vous n'êtes même pas récupérables. N'oubliez pas que le déni est une des étapes fondamentales de l'acceptation de nos courbatures de caractère...
- Martin Gervais, psychologue et ex-confident
Perspicace! Merde, nous sommes démasqués!

Une maison dans le sud de la France... ça fait un peu prétentieux!!!
- Alix Parisien, amie et artiste renommée
Que dire? Sacrée Alix! Jalouse peut-être?

Voilà le vrai voyage. C'est l'aventure qui commence. Le non planifié va prendre place et vous allez super bien vous débrouiller parce que vous êtes fûtés tous les deux.
- Robert et Anne Parisien, amis expérimentés et couple modèle
Et la Palme d`Or va à...!

lundi 22 octobre 2007

La valse aux adieux

Salut! Serbie et Bosnie!
Ciao! Croatie et Slovénie!
Au revoir! Sud de l`Allemagne!
Bye bye! Ouest de l`Autriche!
A la prochaine! Suisse!

Bonjour! France!

samedi 20 octobre 2007

Fracture de voyage

Comme vous le savez sans doute, jeudi dernier, vers 4h00 du matin, Caro s`est blessée à l`auberge où nous résidons, à Plovdiv, en Bulgarie. En descendant de l`étage où se trouve notre chambre pour se rendre à la salle de bain située au rez-de-chaussée, elle a trébuché sur la dernière marche de l`escalier. Cette marche, qui n`est pas de hauteur égale, est beige comme le plancher à venir, alors que les autres sont brunes.

Au lever, nous avons constaté les dégâts: une évidente enflure et une vive douleur. Nous fiant au guide des premiers soins, nous avons appliqué de la glace pendant 15 minutes à chaque heure, avons mis un bandage élastique le reste du temps, et avons assuré une élévation de la cheville blessée. Caroline est restée couchée pendant 48 heures, suivant ainsi la recommandation habituelle dans le cas d`une foulure.

Suite à l`accident, l`auberge a mis une bande noire pour indiquer la marche dangereuse.

C`est là que l`aventure commence...


Depuis deux jours, j`angoisse: j`ai peur que ma douce ne veuille aller voir un médecin. Ce n`est pas tant cette visite que je crains. Ce sont les démarches auprès des assureurs. Ceux qui me connaissent bien savent que pour moi commander une pizza par téléphone à Gatineau est un tâche administrative des plus stressantes...

En se levant ce matin, ma douce m`a annoncé qu`elle voulait avoir un avis médical afin de ne pas prendre de risque. J`ai senti la panique m`envahir. Chez moi, cet état se manifeste par les symptômes suivants: humeur massacrante, ton sec, impatience totale. Ah la joie de voyager avec un être si facile!

Sur la recommandation de l`auberge, nous avons décidé d`aller en taxi à une clinique privée offrant de tres bons services. Je "voulais" faire les démarches d`assurances avant de partir, comme l`exige les règles du contrat. Or, l`hôte ne nous permettant pas de faire d`appel, meme à frais virés, parce que la compagnie téléphonique leur charge quand même tous les appels (???), nous avons dû quitter pour la clinique afin que, de là, je puisse me rendre au centre d`appel du Bureau de Poste, situé non loin. Ô souvenirs bucarestois, tenez-vous tranquilles!

Le trajet en taxi se passe très bien. Arrivés à la clinique, nous nous adressons à la réceptionniste qui parle un anglais approximatif. Dans le temps de crier "professionnalisme", la brave dame se met elle-même à examiner Caro dans la salle d`attente! Que de compétences transversales en une seule et même personne! Elle finit par nous expliquer qu`il n`y a pas de spécialiste en orthopédie sur place aujourd`hui.

Caro et moi prenons quelques instants pour discuter de la situation, pour finalement proposer à la réceptionniste que Caro voit un généraliste. Je commence à exliquer que je dois d`abord faire quelques démarches auprès de notre assureur lorsque la dame nous fait comprendre qu`elle a déjà fait appeler le médecin-spécialiste pour qu`il se rende à la clinique. Il est impossible de retarder sa venue puisqu`il est en route. Par ailleurs, elle ne peut nous permettre de téléphoner nulle part. Bon, le temps presse. Je quitte donc en vitesse.

En marchant, je sors mon document "Bon voyage, mais..." publié par les Services consulaires du Canada afin d`y trouver le numéro d`accès Canada Direct pour la Bulgarie. Je suis quand même prévoyant! Or, évidemment, ce pays ne figure pas dans la liste des pays proposés... Par contre, il y a l`Estonie (qui attire des centaines de milliers de Canadiens chaque année!), les Iles Fidji (pourquoi pas?), la Syrie (destination touristique idéale...). Ils ont oublié l`Afganistan. Je ne comprends pas.

Le bâtiment de la Poste est immense. Il est peu éclairé et, évidemment, puisque nous sommes en Bulgarie, toutes les indications sont données en alphabet cyrillique. On ne peut donc même pas reconnaître ou deviner certains mots. Après quelques minutes d`errance, je trouve un endroit qui s`appelle VivaTel. Il y a là des gens et surtout un poste internet à portée de main. J`entre. Le garde de sécurité m`interpelle. Il ne parle pas anglais. Pas grave, il va apprendre avec moi. Je lui explique, en pointant mon jonc, que ma femme est à la clinique et que je dois appeler au Canada, mais que dans la liste (en français...) que je lui montre, le numéro d`accès pour la Bulgarie n`est pas là, c`est pourquoi je voudrais utiliser internet! Il a compris "clinique", "Canada" et "internet". Pendant qu`il hésite, je fonce vers le clavier. Je cherche le site de Canada Direct, mais, quelle surprise, la connection est impossible. Tous les autres sites sont accessibles. PAS CELUI-LA!

Une employée qui parle un peu anglais est enjointe par le gardien de venir me prêter main forte. Je tente de lui exliquer ma situation. Elle fait un téléphone, puis un autre. Je ne sais pas où. Ce que je sais, par contre, c`est que les gens en file qu`elle devrait être en train de servir s`impatientent. Ses collègues aussi. En fait, tout le monde dans la salle parle en bulgare de clinique et du Canada... Finalement, elle s`adresse au gardien qui me guide vers la sortie.

Tout en m`accompagnant, sans que je sache pourquoi, il se met à me parler de Liverpool. Je saisis qu`il est un supporter de cette équipe anglaise de soccer. Je lui fais comprendre que je suis un fan des Beatles qui viennent de la même ville. Son visage s`illumine, il me sert chaleureusement la main, j`ai peur qu`il m`embrasse. Puis, tout à coup, il s`arrête et me pointe le centre d`appel que j`avais cherché en vain!

Après maints efforts, je finis par convaincre la préposée, qui ne comprend pas l`anglais, de me laisser parler à ce que je suppose être une opératrice du service téléphonique. Celle-ci comprend ma demande. Enfin! Peut-être que Dieu existe après tout. Je lui donne le numéro de service outre-mer 24h de "Bon Voyage Assurances". Suite à une longue attente, elle me revient et me dit qu`elle tombe sur un répondeur. Pas possible.

Découragé, j`abandonne et retourne à la clinique. Pendant mon absence, on n`a pas attendu. Les rayons X révèlent une légère fracture. Les frais de la consultation sont de 56 Leva (40$ CAN). Fuck les assurances! On nous donne des documents en cyrillique expliquant le diagnostic médical et on nous recommande de nous rendre immédiatement à l`hôpital public pour faire faire un plâtre.

Le Centre hospitalier universitaire est plutôt lugubre. Nous présentons le petit papier expliquant que nous devons aller en traumatologie. Un brancardier nous mène jusqu`au bureau d`enregistrement de ce département. Nous attendons en ligne et finissons par entrer. Une femme bête, comme ses pieds (non-fracturés), nous "accueille" en bulgare. Devant notre incompétence langagière, elle nous arrache les documents médicaux que nous avons en main pour les donner à un... un... un homme qui boit son 2 litres de Coke en lisant son tabloïd à potins. Tout en mangeant des chocolats en forme de coeur, il regarde sous le néon blafard les radiographies de la cheville maudite. Il dit deux mots à sa collegue. En quelques instants, Caro est en chaise roulante.

On nous emmène directement dans la salle de plâtrage. Il y a maintenant avec nous le serviable brancardier, la femme frustrée, l`amateur de scandales et de nourriture-santé, le plâtrier et une nouvelle venue qui a un grand ascendant sur la noble assemblée: elle connaît des mots en anglais. Tout va très vite et en moins de deux, la cheville de Caro est enrobée dans un étau blanc. La traductrice nous annonce "Sixty". Je veux comprendre "Sixteen", mais elle écrit sur un papier: 60 days 2 months. Le verdict est tombé. Laconique et chiffré. Mince consolation: l`intervention est payée par l`état.

Nous descendons jusqu`à l`entrée. La pharmacie vend des béquilles pour 36 Leva. Il m`en reste 22, et je dois payer le taxi du retour. Pas fort. Heureusement, le signe de Visa est affiché en vitrine. Pour votre culture, en Bulgarie, le signe de tête qui veut dire "non" au Canada signifie "oui", et vice versa... Je suis au courant de cette subtilité, mais disons que 35 ans de communication non-verbale canadienne ne s`effacent pas aisément. Si bien que lorsque je lui demande si elle prend Visa et qu`elle me fait signe que "non", je ne comprends pas qu`elle veut dire "oui". Je quitte pour trouver le guichet automatique de l`hôpital qui est évidemment hors d`usage. Je reviens à la pharmacie et insiste sur le sigle de Visa collé dans la vitre. La vendeuse me fait à nouveau "non" de la tête et sort la machine pour passer ma carte. Je comprends enfin.

Chers lecteurs, vous vous dites: voilà une autre aventure qui tire à sa fin. Et bien, vous êtes dans l`erreur. Depuis la Roumanie, le roccambolesque, c`est notre spécialité, l`imbroglio notre religion.

Notre gentil brancardier a appelé un taxi. Nous savons qu`il existe trois compagnies honnêtes à Plovdiv. Mais là, tout va encore une fois si vite. Je suis plus préoccupé par Caro qui ne doit pas marcher sur son plâtre frais. Nous voilà donc dans le taxi dont le compteur, nous le constaterons dans un instant, tourne déjà. Nous roulons un peu. Puis le chauffeur s`arrête. Il ne comprend pas où nous voulons aller. Je sors ma carte, lui montre notre rue qui située dans le quartier touristique de la ville. "Aaaaahh! Suborna!", dit-il. A chaque intersection, il s`exclame: "Aaaaahh! Suborna!" De toute évidence, soit il nous niaise d`aplomb ou il ne situe pas la rue, ce qui revient un peu au même. La course de taxi ne devrait nous coûter plus de 5 Leva. Je commence à rager à 10. Heureusement, je reconnais certaines rues et nous nous rapprochons de notre destination. L`imbécile prend les pires décisions et ne contacte pas sa centrale pour se faire guider. Tant et si bien qu`à moins de deux cent mètres de l`auberge, nous nous retrouvons devant l`antique arche de l`Acropole de Philippopolis. Magnifique porte. Très étroite. Trop pour un taxi. Nous sommes à 20 Leva. J`en ai 22 en poche. Profitant de l`arrêt, j`ouvre ma portière, tire Caro du véhicule, lance deux billets de dix au chauffeur en l`injuriant copieusement.

Nous voilà donc, assis au pied de la beauté et de l`histoire, non loin de notre but. Il est cependant évident que nous ne pouvons parcourir la distance qui reste. Le quartier historique est constitué de rues faites de grosses pierres médiévales agencées inégalement. Une voiture près de nous se prépare à partir. En désespoir de cause, je cogne à la vitre. L`homme parle anglais. Miracle. Je lui explique notre situation. Il accepte de nous emmener. Son auto est petite. Elle passe le portail. Victoire? Nenni. Au bout de cette voie, des blocs interdisent le passage aux voitures. Il faut reculer! Alors que nous repassons sous l`arche, le radiateur se met à dégager une lourde fumée. Notre bon samaritain se confond en excuses et refuse les 2 Leva qu`il me reste.

Au bout de ma corde, je me résigne donc à abandonner Caro aux bons soins de Philippopolis et pars pour l`auberge où je trouve notre hôte. Je n`ai pas le goût de lui expliquer. Je veux seulement que quelque chose fonctionne selon mes désirs, pour une fois dans cette journée, bref qu`il obéisse à mes ordres. Et, que tous les saints et martyrs bulgares soient loués, c`est ce qu`il fait, sans poser de questions! Oui, il a un camion qui roule. Oui, il connaît le chemin pour nous ramener à bon port. Allez, go for it!

Nous sommes ainsi rentrés au bercail, épuisés.

Voyager est, décidemment, une thérapie, une école, un chemin de sanctification!

P.S.: Nous partons pour la France.

jeudi 18 octobre 2007

Un, deux, trois... Cheese!


Nous avons enfin trouvé un ordinateur nous permettant de "downloader" les (superbes) photos de Caro sur son Facebook. Vous pouvez aller les voir!




Cela m`a aussi permis de rendre mon blogue un peu plus sexy avec l`ajout d`images accompagnant les propos. J`avais quelques mois de retard à cet égard! Pour ceux qui ont aimé "Péripéties à Vadu Izei", il vaut la peine d`y retourner pour voir le photos-roman!

samedi 13 octobre 2007

Colis piégé

13h25: Fraîchement arrivés à Bucarest, nous nous présentons au bureau de poste situé près de la Gare du Nord. Il y a une file d`attente à l`extérieur: l`heure du dîner se termine dans cinq minutes. Les gens jouent du coude, tentent de se dépasser, comme si le dernier morceau de pain de la ville était en jeu. Parfois, c`est subtil, souvent, c`est carrément grossier. Nous ne parvenons pas à nous habituer. Quarante-cinq ans de communisme, ça semble avoir marqué les moeurs. L`art de (dé)faire la queue est ancré, même chez ceux qui sont nés après la chute du régime.

13h30: Nous entrons dans le bureau de poste. Je commence à être bon: je réussis à me placer premier au guichet 3. La jeune employée ne parle ni anglais, ni français. Elle semble terrifiée par le fait de devoir me servir. Je suis souriant et calme. Ce n`est pas chinois de faire comprendre qu`on veut poster un paquet. On l`a déjà fait dans d`autres pays. Et on est tout de même dans un bureau de poste! Je fais donc un peu de non-verbal: je pose sur le comptoir les livres, la nappe et les cossins que je veux me "shipper" au Canada. Je fais des gestes indiquant que je veux acheter une boîte pour mon envoi. La fille est au bord de la panique. Elle quitte le guichet.

13h35: Un jeune homme fier de parler anglais se présente avec la jeune employée. Je lui explique ce que je veux. Le commis comprend... mais semble perplexe. Il disparaît pour revenir avec une vieille boîte de carton usagée: le bureau de poste n`en vend pas des neuves! C`est la première fois que je vois ça, mais bon... Or, la boîte offerte gracieusement est un peu grande. J`ai peur qu`elle ne défonce. Il m`apporte des bouts de cartons pour remplir un peu l`espace libre. Ouais... Je lui demande ce que les gens font quand ils veulent poster un colis. Ils emballent les choses eux-mêmes. Ah. Le commis me propose d`aller chez un libraire situé non loin afin d`y trouver le matériel nécéssaire. Avant de quitter, je réussis à faire comprendre à la jeune employée que je veux envoyer une carte postale au Canada. Ça, elle semble comprendre. En tout cas, elle me vend un timbre!

13h50: Nous entrons dans la librairie. Personne ne parle anglais, ni français. On baragouine un peu. Les dames finissent par saisir qu`on veut une boîte. Elles n`en vendent pas, mais nous offrent du papier pour compléter le bourrage de la nôtre. Comme je l`ai remarqué au bureau de poste, les paquets sont soigneusement enveloppés de papier brun. J`en achète une feuille, incris notre adresse et me procure du gros "tape" brun pour sécuriser le tout solidemment. Tout est emballé (même moi!).

14h10: Nous sommes de retour au guichet 3. La toujours jeune employée apeurée me fait signe que je dois aller au guichet 4. Je me mets en file. Je suis neuvième...

14h15: Je suis encore neuvième. La préposée du #4 semble à la fois expérimentée, efficace et débordée, car elle doit former une stagiaire en même temps qu`elle fait son travail.

14h20: Je suis toujours neuvième, mais la stagiaire se met à répondre aux gens qui veulent envoyer un mandat-poste.

14h35: Je suis maintenant deuxième. Or la dame qui me devance est en tête de file depuis notre retour au bureau de poste. Elle est éditrice et est en train de poster une quarantaine de paquets. Chacun nécessite des démarches administratives, des formulaires, des étampes... Les gens derrière moi récriminent contre la lenteur du service. Je suis bien d`accord, mais j`ai décidé de présenter mon plus beau sourire lorsqu`on me servira. La pauvre préposée senior fait de son mieux, après tout!

14h50: La préposée senior ne parle pas anglais ni français. Cependant, devant sa réaction face à mon colis, je devine que quelque chose cloche. Elle écrit sur un papier brouillon. Elle me parle. Je ne comprends pas. L`éditrice, qui n`a pas encore quitté, m`explique que je ne suis pas à la bonne place pour envoyer un colis à l`étranger et que l`adresse du bureau de poste qui offre ce service est sur le papier que la préposée senior m`a donné. Je perds instantanément mon plus joli sourire. Et j`explose. En français du Québec pour les jurons, en anglais pour le contenu! *&*^%^га(^ка?>веиян%$!!! Comment se fait-il qu`à mon arrivée à 13h30, ni la jeune employée du guichet 3 qui a vu que je postais une carte au Canada, ni le commis parlant anglais qui voyait bien que je ne suis pas du pays (et que donc mon colis avait de fortes chances d`être destiné à l`étranger) ne m`ont dit que je devais aller à un autre bureau de poste? Je quitte le guichet en furie. Tout le monde dans la salle d`attente est au courant qu`un touriste est en colère! Caro pense qu`un jour, dans un autre pays, je vais me faire casser la gueule ou arrêter... La demoiselle qui était derrière moi vient me voir. Elle parle français. Elle me dit d`attendre: elle va m`accompagner.

15h05: La demoiselle, qui a fini par être servie, nous rejoint. Caro ira faire d`autres démarches, pendant que j`irai avec la bonne samaritaine. La demoiselle travaille en traduction. Elle est très heureuse de pouvoir parler français avec quelqu`un.

15h40: Après avoir demandé plusieurs fois des directions, nous trouvons enfin le bureau de poste spécial! L`agent nous donne un formulaire officiel à compléter. Je remplis le document. Je reviens au comptoir avec ma traductrice. Il faut maintenant aller aux douanes... situées au guichet voisin.

15h50: La douanière exige que je défasse mon colis que j`ai "tapé" avec tant de minutie! Elle doit en voir le contenu. Je ne suis plus choqué, je ris à gorge deployée! Ce n`est pas illogique, mais je n`ai jamais vu une chose pareille depuis notre départ. Et c`est le quatrième paquet qu`on envoie en Canada.

16h00: Après avoir défait, puis refait le colis, je me re-présente au comptoir d`envoi où l`agent m`annonce un prix qui dépasse ce que j`avais anticipé. Evidemment, ce bureau de poste ne prend pas la Carte Visa. Je quitte avec ma traductrice à la recherche d`un guichet automatique. Le premier est hors d`usage. Pas le second!

16h10: Je suis de retour. Je paye! Et, ô miracle, l`agent prend mon colis.

Faites le calcul. Il m`a fallu deux heures quarante-cinq minutes pour poster mon paquet. Espérons que le temps de livraison ne sera pas proportionnel!



lundi 8 octobre 2007

Belle pauvre campagne! Horrible pauvre ville!

Constatez l`étonnant paradoxe.

Dans la campagne, le chemin de terre avec ses cailloux et sa poussière nous semble si joli. On en oublie la boue laissée par la dernière pluie et les pommes de route déposées par les chevaux. On le suit avec une joie inexplicable. Notre bouche dit bucolique, champêtre. Quel plaisir! A la ville, le patchwork qui tient lieu de sol nous décourage et nous enrage. Un peu de vieil asphalte ici, un peu de nouvel là, du sable par-ci, de la roche concassée par là-bas, mais aussi des pierres taillées décoratives roses, et même des tuiles d`intérieur pour la cuisine! Tous les matériaux se côtoient et se superposent, les strates inégales forçant le piéton à une vigilance de tous les instants. Imaginez quand on n`y voit rien la nuit! Et je ne parle pas de la maudite merde des chiens.

Au village, c`est la charette tirée par les chevaux ou les boeufs. Elles sont larges, elles ralentissent et bloquent la circulation, elle perdent parfois leur contenu. Bref, elles sont dangereuses. Pourtant, on ne se tanne pas de les photographier. Elles nous font sourire. On les trouve pittoresques. Dans les cités, les voitures sont souvent des bagnoles d`un autre âge. Les gens klaxonnent et conduisent rageusement. Plusieurs véhicules lourds, dont les autobus, dégagent des fumées noires et puantes. Quel enfer!




Du côté rural, les maisons sont souvent très anciennes et faites de bois. Les gens s`y entassent tant bien que mal et y vivent à quelques pieds des animaux de la basse-cour. On tire l`eau à la chaudière du puit, on fait sécher le linge que l`on a lavé à la main sur une corde. N`est-ce pas magnifique? Surtout avec des fleurs. Comme on doit être bien de vivre aussi simplement. Ne pensons cependant pas trop à l`hiver... Du côté urbain, on ne peut que baisser les yeux afin de ne pas voir les monstrueux immeubles communistes en béton. La peinture est défraîchie, les structures endommagées. C`est triste à mourir. Jamais je ne vivrais là!


Les campagnards sont des cultivateurs qui s`échinent du lever au coucher du soleil sur de modestes lopins de terre. L`hiver, ils passent le temps en nourrissant le bétail. Pourtant, nous les envions. Ils nous semblent fiers. Tournés vers le passé et la religion, ils sont porteurs de riches traditions. Nous les trouvons heureux malgré tout. Les citadins, eux, sont des sans-emploi qui envoient leurs enfants quêter près des restaurants touristiques. Ils sont fatigants et paresseux. Ils fantasment sur un avenir américain inaccessible. De malheureux matérialistes.

Ici, on vit dans les multiples tons de vert (sauf celui de l`argent) et de jaune (sauf celui de l`or), sous un ciel au bleu changeant (mais pas aussi fameux et rentable que celui de Voronet). Quelle chance! Là, c`est gris, gris et gris. Autant dire sale. Même les graffitis manquent de couleurs!

Vous avez vu?

Pourquoi une telle différence de perception? Comment expliquer que les régions rurales démunies nous charment, alors que les villes indigentes nous dégoûtent? Est-ce parce que le désordre fait légitimement partie de la nature alors que la ville devrait être le lieu par excellence de l`organisation? La misère est-elle meilleure en couleur sous le vent et le folklore qu`en monochrome sous le smog et la modernité? Plus belle, semble-t-il, en tout cas. En traversant la Roumanie, je ne peux faire autrement que constater qu`il existe une étrange mais bien réelle esthétique de la pauvreté!

dimanche 7 octobre 2007

Pourquoi j`ai tant et tant aimé ce foutu pays!

Je savais que lors de l`un de ses nombreux voyages avec des élèves, mon ami Robert Parisien avait visité la Roumanie. Je l`ai donc invité à me faire des suggestions. De Bucarest, il m`a dit avoir aimé les opéras, les pièces de théâtre, le vin roumain, les marchés, le métro, l`université, les vieilles salles de cinéma, le monastère de Stavropoleos, le jardin botanique et le vieux quartier historique. Dans son courriel, il me confie aussi que les musées sont, selon lui, plutôt nuls, de même que les répliques de villages roumains (comme le Muzeul Satului dans Bucarest). Il ajoute que Brasov, qu`il a beaucoup aimé, est vraiment "la perle des Carpates". Quant à Constenza, sur le bord de la Mer Noire, c'est triste et déprimant mais ça donne l'impression d'être dans la Roumanie profonde. Le Château de Bran vaut le détour et Sighisoara a la plus magnifique cité médiévale de la Roumanie.

Pourtant, au terme de tant de suggestions, il termine par deux questions qui m`ont un peu surpris: “J'aimerais savoir s`il y a toujours des chiens qui aboient toute la nuit. Et essaie de voir pourquoi j'ai tant et tant aimé ce foutu pays!”

*****

Cher Robert,

Comment vas-tu? Comment se portent les enfants et la belle Anne? Comment ça va au Collège? J`espère que l`automne est bon. En tout cas, le mien est splendide.

La Roumanie a beaucoup changé au cours des dernières années. En tout cas, moi, je n`y ai pas mangé de la soupe aux choux froide au déjeuner! Et non, du moins dans la campagne où nous avons habité pendant dix jours et à Brasov où nous sommes maintenant, les chiens n`aboient plus toute la nuit en Roumanie. On verra pour Bucarest. Des coqs qui chantent, par contre, il y en a eu. Et pas seulement au lever du soleil!

Je t`écris pour t`expliquer pourquoi tu as tant aimé ce foutu pays, comme tu dis. Durant mes nombreuses heures de train, j`ai trouvé quatre raisons.

Premièrement, toi, l`homme qui habite Cantley, tu aimes la nature et la ruralité. Tu vis au milieu des arbres, tu travailles dans ton potager, tu te baignes et pêche dans la rivière, tu savoures les couchers de soleil de ta terrasse. C`est pareil ici. En Roumanie, le plus beau, c`est la campagne. Tant dans le Maramures que dans la région de Bucovina ou au milieu des Carpates, les paysages ruraux sont de toute beauté. Les gens vivent en harmonie avec les saisons. On laboure, on récolte, parfois on fait la lessive dans la rivière, et le soir on rentre chez soi sous un ciel rosé.

Deuxièmement, tu es plein d`affection pour les animaux. En Roumanie, et pas seulement dans les champs et les villages, mais aussi dans certaines villes, on croise des chevaux, des vaches, des moutons, des poules, des chiens, des chats. Au grand étonnement de tes amis, ta demeure est devenue, au fil des ans, le refuge de plus d`une espèce animale. N`y a-t-on pas vu des lapins, des chèvres, des chats et maintenant des poules? Par moment, il me prend l`envie de te ramener une petite bête roumaine pour agrémenter ton prochain été.

Troisièmement, tu es un être très spirituel. Tu accordes de l`importance aux rites familiaux, t`intéresses aux diverses croyances religieuses, et emplis tes pièces de théâtre social de symboles. Je ne suis donc pas étonné que tu aies trouvé intérêt dans la religion orthodoxe si riche d`icônes, de rituels et de chants. Ni que tu aies vibré dans les monastères imprégnés de silence, de fresques et d`histoire.

Quatrièmement, et surtout, tu es quelqu`un qui aime rencontrer les gens. Ta maison, déjà habitée par une famille unie et heureuse, est toujours le lieu de fêtes, de repas d`amitié, de retrouvailles. Et que dire de ton contact si vrai et si humain avec les élèves et avec tes collègues. La Roumanie, tu as dû le voir, a pour plus grand trésor les Roumains. Florin, un homme timide, qui s`ouvre par parler avec passion de son peuple et de ses traditions. Ses parents, une femme qui rit tout le temps et dont le mari offre du raisin de son jardin. Monika, une jeune femme qui, à l`âge de 23 ans, décide d`ouvrir une auberge de jeunesse dans une région encore peu touristique, et qui, malgré une première année où elle ne reçoit que huit visiteurs, persiste pour, cinq ans plus tard, obtenir sa notice dans le Lonely Planet. Un homme et une femme, sur le train, qui partagent avec nous leur joie et leur fierté en réussissant à nous faire comprendre qu`ils s`en vont au baptême de leur petit-fils. Une jeune étudiante spécialisée en restauration de peinture sur bois qui nous explique avec enthousiasme qu`elle travaille à préserver le passé en nettoyant millimètre par millimètre les oeuvres à l`intérieur d`une église datant de plusieurs siècles. Un vieil artiste, ayant visité Winnipeg et parlant un français impeccable, qui peint depuis 2001, dans la plus pure tradition orthodoxe, de nouvelles fresques pour un monastère et qui me demande de lui envoyer des pinceaux ronds ou plats de marque Kolinsky, en poils de martre, de taille 2 à 6!

Voilà, cher Robert, sans doute quelques unes des raisons pour lesquelles tu as tant aimé la Roumanie. Et pourtant... Et pourtant, tu n`es pas allé dans la belle ville de Sibiu, ni n`as marché dans le Cimetière Joyeux de Sapanta, ni visité les vieilles églises de bois de Ieud ou les colorés monastères de la région de Bucovina. Moi qui reste tiède face à Brasov qui t`a tant séduit, je suis ressorti de ces endroits en amour avec la Roumanie! Et tu n`y as pas encore mis les pieds. Imagine combien tu aimerais encore plus ce foutu pays! Robert, tu n`as pas le choix: je crois que tu vas devoir revenir!

Allez, je te laisse. Va prendre soin de tes poules!

Amitié

Mat

vendredi 5 octobre 2007

Chasseur-cueilleur
(prise deux!)


Vous trouvez le thème redondant? Pourtant, tout n`a pas été dit. Je ne vous ai pas parlé de l`épicerie de Vadu Izei où j`ai moi-meme tranché mon saucisson, où l`on peut acheter à l`unité le triangle de fromage Petite Vache tiré du paquet de huit, et où ma commande a été mise dans un sac arborant un énorme Donald Duck. Je dois vous avouer qu`en arrivant hier, en pleine noirceur, à Brasov, je ne me sentais pas très viril avec mon sac de carnard. Et dire que j`essaie de ne pas avoir l`air d`un touriste...

Aujourd`hui, la quête reprenait. Nous sommes partis de bon après-midi à la recherche d`un cinéma, d`un café et d`une buanderie, mais le but premier demeurait cependant le magasin d`alimentation. On nous avait dit: dans le coin de la gare. C`est donc vers là que nous nous sommes dirigés.

Caro se rappelait avoir remarqué un cinéma tout près. Or, il est toujours en construction. Il faudra repasser. A la sortie du futur temple du 7e art, posant un regard circulaire autour de nous, nous n`apercevons qu`un bâtiment clinquant, couleur aluminium, qui ressemble à un concessionnaire automobile mais qui affiche “Fast Food”. Il va falloir marcher un peu.

Un peu. Et encore un peu plus. Nous finissons par interroger un homme: “Supermarket?” Il nous sourit, comme si nous étions des extra-terrestres ou des Américains. Il fait signe que non. Plus loin, une femme réfléchit longuement, en vain, comme si nous lui avions demandé de nous indiquer la direction de La Mecque.

Resignés, marchant déjà depuis un maudit bout, nous décidons de traverser la rue et de rebrousser chemin. Voilà que nous croisons un mini-market. C`est mieux qu`une claque sur la gueule. On y est entré pour y faire quelques achats. Les achats que l`on peut. Qu`est-ce qui figure sur notre liste ET qui est offert ici? Des pâtes alimentaires, du beurre, du dentifrice. Génial.

La marche a repris. Nous avons trouvé un second mini-marché. Puis, un troisième. Au bout de cinq, nous avions à peu près tout ce que nous voulions, sauf du pesto, du beurre d`arachides et de la viande fraîche. On parle souvent, dans le Plateau Mont-Royal, de magasiner à l`Européenne: la charcuterie, la poissonnerie, la boulangerie, la fromagerie, la chocolaterie, la snoberie... Ici aussi, on fait les boutiques spécialisées. Mais, en Europe de l`Est, c`est d`une autre façon.

Alors que nous sommes à la hauteur de la gare, nous croisons, de près cette fois, le fameux “Fast Food” qui s`avère être... un Super-Market. Bon. Il nous reste encore des choses à apprendre sur l`art de faire son épicerie. Consolation: ils avaient les côtelettes de porc toujours manquantes!