samedi 22 septembre 2007

Chasseur-cueilleur

Un défi quasi quotidien se pose au voyageur qui ne maîtrise pas la langue d’un pays: faire son épicerie!

Vous me direz que ça ne prend pas la tête à Papineau pour aller faire son marché. Attendez un instant. Avant de vous moquer, je vous pose quelques conditions. Premièrement, pour ceux qui ne le saurait pas ou l’aurait oublié, je suis allergique aux oeufs, à la volaille, et semble-t-il, comme si cela ne suffisait pas, au lait cru! Deuxièmement, nous ne faisons pas un voyage de deux semaines, mais bien d’un an. Il faut donc un peu de variété dans l’alimentation. Le spaghetti, c’est très bon. Mais pas tous les soirs. Dans le même ordre d’idées, nous ne sommes plus des étudiants de 18 ans qui viennent de partir en appart: on ne mange plus de Kraft Dinner ou de Pizza-Pochettes depuis un bout. Finalement, nous devons faire avec certaines contraintes: peu d’espace de rangement, peu d’outils de cuisine et souvent deux ronds de poêle, quand ce n’est pas un seul!

Défi quotidien donc. Un art à développer, parfois à la dure. Et je dois dire que nous commençons à avoir une certaine expertise en la chose. Voici donc quelques conseils du pro, qui ne valent, cela dit, que pour l’Europe de l’Est.

1. Trouver le supermarché

S’il est parfois possible de tomber sur des perles de petits magasins spécialisés (boucherie, fromagerie, fruiterie...), il s’avère souvent plus commode, ne serait-ce qu’au niveau des heures d’ouverture, de dénicher l’épicerie de grande surface la plus près de chez vous. Ainsi, en roulant en autobus ou en tram, il faut ouvrir l’oeil puisqu’il est plus aisé de rapporter les sacs en transport en commun qu’à pied. Pourtant, il arrive qu’on ait cherché beaucoup et que l’on pense avoir trouvé... pour se rendre compte après trois jours, que deux rues derrière chez soi, il y a la caverne d’Ali Baba. D’où la stratégie de Caro: regarder les gens qui marchent dans les rues avec des sacs d’emplettes... et suivre le chemin inverse!

2. Décoder les emballages

Avant de partir, je me suis fait un papier dans chaque langue pour expliquer les aliments que je ne peux manger: oeufs et volaille. Je me pensais très brillant. Or dans plusieurs langues, les mots changent drôlement d’apparence mis au pluriel! Et commencer à lire sur chaque paquet les ingrédient écrits si petits, avec le stress de ne pas avoir bien lu les mots-poisons, ce n’est pas de tout repos. Et là, je ne parle pas du lait cru dont l’intolérance s’est confirmée seulement depuis mon arrivée... et pour laquelle je n’ai donc pas de petits papiers. Des trucs pour se faciliter la vie? Retenir les marques identifiées comme sans risque. Puisque les ingrédients sont souvent présentés en plusieurs langues, chercher les compagnies qui les donnent en français ou en anglais.

Va pour les allergies, mais pour le reste, je vous entends: regarde les dessins, nono! Eh bien, je vous mets au défi: punch ou jus? Ce ne sont pas les belles oranges sur le carton qui vont vous répondre. Par contre, la mention 100% est un bon indice. A moins que ce ne soit 100% sucre en poudre!

Si nous avions songé aux ingrédients, nous n’avions pas anticipé le problème des instructions. Comment faire cuire ce riz ou qu’ajouter à cette poudre pour en faire de la soupe? On ne pouvait tout de même pas partir avec un dictionnaire bilingue pour chaque langue! Là encore, on retrouve parfois du français et de l’anglais. Ainsi, dans la langue de Molière, il faut faire bouillir 10 minutes, alors que chez Shakespeare, il faut attendre 20 minutes! Un conseil? Se faire confiance!

3. Eviter de mettre les préposés en maudit

D’emblée, les gens qui travaillent dans les marchés d’alimentation en Europe de l’Est ont l’air bête. Cela semble être une condition d’embauche. Il faut donc reboubler d’ardeur pour ne pas se mériter un regard glacial (se traduisant, peu importe la langue, par: espèce de demeuré) ou même se faire invectiver. Ainsi, pour ne pas froisser le préposé qui replace ses cannes de pois pour la dixième fois depuis notre arrivée, il ne faut pas demander d’aide concernant la balance servant à peser les légumes. Car vous devez les peser vous-même. Et si vous ne le saviez pas et ne l’avez pas fait, la cassière vous fera une scène. Or, dans certains marchés, la balance ne fonctionne pas avec des dessins, mais avec des mots. Il faut peser sur la touche du mot correspondant à notre aliment. Si nous savons maintenant que paprika désigne partout le poivron, nous ne maîtrisons pas encore les autres fruits et légumes. Bien entendu, le préposé ne parle pas anglais. Il semble effaré ou indigné que ce soit notre cas. Il est estomaqué que nous ne comprenions pas que l’avocat se vend à l’unité, contrairement à tous les autres légumes, et qu’il n’est donc pas nécessaire de le peser. C’est pourquoi nous ne trouvions pas son dessin sur le clavier de la balance... Mon conseil pratique? Demander à un client. Les femmes sont les plus gentilles et les jeunes parlent généralement anglais.

4. Eviter de mettre les caissières en maudit

Elles doivent aussi être prises avec des pincettes. Au départ, on pourrait penser que saluer les mettra dans de bonnes dispositions, mais comme notre langue les irrite, on finit par comprendre qu’il est mieux de simplement sourire. Ensuite, il est bon d’apporter ses sacs de plastique pour ne pas avoir à en acheter une fois la facture deja réglée. Ne jamais tenter d’échanger de l’argent directement de main à main. L’opération se fait via un plateau adjacent à la caisse. On y depose et prend l’argent. Idéalement, il faut payer le plus exactement possible la somme due. Ne faites pas le crime de régler avec un 10 000 (=50$) une addition de 6 794, et ce même si les guichets automatiques distribuent essentiellement cette coupure. La caissière tentera de fouiller elle-même dans votre portefeuilles pour en tirer des plus petits billets. Un tuyau? Probablement respirer profondément. Malheureusement, je n’y arrive pas encore. Je me défoule en maugréant en français.

Conclusion

Malgré ce que je viens d'avouer, l'idéal est de ne pas paniquer. Ce n'est qu'une épicerie après tout! De toute façon, le langage des signes fait souvent l'affaire. Et le boucher est habituellement le plus sympathique des employés! Au pire, un gros cochon rose en carton apposé au mur peut nous servir de fiable intermédiaire! D'ailleurs, en dépit du portrait que je viens de faire, nous mangeons très bien! Et le bon vin est très abordable!

En terminant, je vous demande un service. Si vous avez des idées de recettes simples que nous pourrions tenter, n'hésitez pas à nous écrire soit sur nos blogues ou à nos adresses électroniques. Merci à l'avance!

4 commentaires:

Unknown a dit…

Wow, merveilleux article! Délicieux, dans tous les sens!
Je comprends bien la plupart des problèmes dont tu parles, bien que la barrière de la langue pour nous c'était généralement moins difficile. L'espagnol partout, pas trop difficile, bien que l'avocat, même s'il est inconditionnellement vendu à l'unité, change de nom dans plusieurs pays d'amérique latine. Avocado ici, aguacate là, palto ailleurs... c'est pas facile!

Mes recettes de voyage préférées : un ostie de gigantesque stir-fry, toujours facile, et si je ne m'abuse, le tofu s'est rendu en Europe de l'Est, quoiqu'on peut facilement le remplacer par du gros cochon rose. Aussi, buritos, tacos, fajitas, etc. Suffit d'avoir des tomates, de la laitue, de l'avocat, du steack haché avec oignon, ail et cumin (ou de la protéine de soja texturée, je ne sais pas comment on dit ça en polonnais par contre!), du fromage (attention au lait cru!) et des "refried beans". Pour faire ces dernières, on fait frire des oignons, avec un peu d'ail rôti (ou frit) puis on ajoute les fèves noires (d'origine canneuse) avec leur jus de canne, pas trop par contre, on ajoute pas mal de cumin, du sel et on remu et on écrase jusqu'à ce que ça devienne une pâte relativement lisse. Miam! Manque seulement les tortillas.

Je demande à Anne-Sophie d'autres idées.

paix,
Jocelyn

Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…

Très intéressant cet article. SEmblerait qu'en Europe on ne mange peut-être pas de bettraves et de rutabagas? En as-tu vu ?
Autre chose que je me demande, dans le plus ordinaire du quotidien, laver et sécher les vêtements c'est simple ou compliqué ?
Agata fait une description intéressante de son rêve gastronomique mais bien évidemment tout à fait impossible avec des allergies.
Je pense à quelques recettes simples et te reviens là-dessus...
Love and hugs.

Anonyme a dit…

Salut à vous deux!
Wow, le multiculturalisme est vraiment quelquechose qui se consomme bien à l'intérieur de son propre pays... Je vais profiter du fait que je peux vraiment commander n'importe quel plat en anglais ou en français la prochaine fois que j'irai à Montréal!!!

Jocelyn a parlé du tofu: je me croyais très originale en vous proposant cette avenue(!). En fait, si vous n'aimez pas le tofu style "brique de fromage feta", il se vend des croquettes, que vous ouvez faire cuire dnas une casserole sur 1 rond de poële aec un peu d'huile.
Je propose aussi des légumes en papillotte, car si jamais vous vous retrouvez à un endroit où les poëles et les fours n'existent pas, vous pourrez faire des Cro-Magnons de vous en faisant un feu, et naturellement, en utilisant du papier cellophane. Mais ce uqi est bien c'est que les légumes ne perdent pas leur jus et vous n'avez pas besoin de les peler pour les manger, alors vous conserverez toutes les vitamines . En camping, c'est un must. Et il y a toujours les fameuses saucisses, dont le contenu ne doit pas toujours être divulgué par contre... Cuire à la vapeur vous donne l'option de ne pas devoir utiliser de sauces ou d'autres ingrédients compliqués. Et du poisson poché, il paraît que c'est excellent! Un peu d'alcool de votre choix (en Europe de l'Est, l'armagnac est excellent), un peu de bouillon, et mettre le tout dans un poëlon ou dnas le four.

Bon appétit! Je penserai à vous la prochaine fois que j'irai au restaurant!!!

Émilie :)