Voyager, je le répète à chaque année à mes élèves, constitue une expérience idéale pour connaître véritablement l'autre. Impossible de faire semblant pendant plus d'une semaine, à moins d'être dans un tout-inclus. Un couple capable d'aller de par le monde et de revenir encore ensemble témoigne d'une belle solidité.
Évidemment, chacun a ses forces. Caroline est responsable de l'hébergement et des grands transports. Je ne sais pas si vous mesurez ce que ça veut dire en temps et en énergie. Pour les quelques 190 jours que nous avons faits par nous-mêmes, elle nous a trouvé 47 endroits où dormir. Pour chaque ville, elle a donc analysé plusieurs possibilités en tenant compte du prix, du confort, de la proximité (avec les épiceries, les métros, les buanderies et les centres d'intérêts) et... de la présence d'animaux à poils auxquels je suis allergique! Elle a aussi planifié 37 grands déplacements en avion, bateau, train, autobus ou en voiture de location, en plus des navettes entre les aéroports ou gares et nos appartements! Tâche titanesque qu'elle a menée avec brio. Chaque fois que je me suis essayé à la remplacer dans ses fonctions, elle a soit trouvé mieux par la suite ou j'ai fait une erreur qu'elle a corrigée à temps!
À quoi je sers alors? Bonne question! Je me la pose souvent. Elle jure qu'elle n'y arriverait pas sans moi. Sans doute pas aussi vite, non, mais elle y parviendrait. Moi, je suis en charge de l'itinéraire, des activités au programme et de l'orientation avec la carte de la ville. Ah oui, et des repas. Paraît que la bouffe est plus une obsession personnelle qu'une responsabilité. C'est juste que j'aime les choses bien faites. Que je ne veux pas jeter de nourriture. Que je sais que mon humeur dépend de mon alimentation régulière. Passons. Donc, normalement et avec les suggestions de la fille avec qui je voyage, je prévois où on ira et ce qu'on y fera. Comme elle dit, je dois l'emmener dans des "belles places"! Et, outre une tout petite erreur (trois semaines de trop de camping en Afrique...), je crois avoir bien réussi.
Or, alors que fraîchement débarqués à Vienne nous sommes à déguster une Stiegl, j'annonce à ma douce que pour la prochaine semaine, elle aura carte blanche sur notre horaire. Caroline adore l'Autriche et a insisté pour que nous y passions ne serait-ce que quelques jours. Elle est d'abord surprise par cette annonce. Puis, tout à coup inquiète. Elle se demande si je serai capable de suivre docilement, d'apprécier un rythme autre, des priorités différentes. Je lui jure que je serai obéissant et souriant!
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28 avril :
Aujourd'hui, on va au Palais Hofburg ayant appartenu à la dynastie des Habsbourg. La première de notre visite nous permet d'admirer... la vaisselle impériale. Eh monsieur, ça commence bien! J'ai peur de mourir d'ennui. Après dix minutes, je pense mourir de rire. Parce qu'on ne parle pas d'un petit kit à huit couverts. L'un des ensembles exposés contient 4500 morceaux! L'UN. Parce qu'il y en a plein. C'est tellement gros et l'audio-guide est tellement fascinant qu'on finit par y prendre intérêt.Qui aurait cru qu'on pouvait raconter l'histoire politique d'un empire à travers sa coutellerie. Qu'est-ce qui vient après? Le Musée de l'Impératrice Marie-Elisabeth. Vous ne la connaissez pas? Bien sûr que oui! C'est Sissi. Romy Schneider! Ciné-Quiz avec Alain Montpetit! Que de belles après-midi avec mère-grand et ma soeur en extase sur le divan et mon grand-papa et sa bouteille endormis sur son fauteuil! Encore une fois, je pensais m'emmerder sans fin. Bien non! Les Autrichiens se foutent des mythes. Et celui de Sissi en prend un coup. Encore là, on est subjugué. On découvre une toute autre femme que celle des films hollywoodiens. Pas mal plus intéressante. Pas mal plus complexe. Pas mal plus dark! Après le palais, on est allé au Café Central, autrefois fréquenté par Trotski, Lénine et Freud. Très chic. Architecture impressionnante. Idéal pour lire un bon roman. J'ai félicité Caro pour cette première journée sous sa guidance. Succès!
29 avril:
Le beat Caro n'est pas le mien. Peu importe ce qui nous attend, c'est lever libre. Pas de pression, dors mon beau! Mmmmm... J'aime ça... mais je panique quand même un peu intérieurement: faudrait quand même partir pour vivre notre journée! Départ à 11h. ONZE HEURES! Dans mon livre à moi, la journée est presque finie à cette heure-là! Pas dans le sien. C'est elle la guide. Je fais un sourire (un peu crispé) et on part (enfin).
Comme bien des gars, je suis un chasseur. Je vais vers un but, je poursuis ma proie. Comme bien des filles, Caro est une cueilleuse. Attends, je prends une photo. Puis, une autre. Puis, une autre. Puis, une autre. Ah, tiens, un marchand de journaux. Oh! La belle boutique! Je regarde ma montre. Recalcule l'heure des repas. Capote un peu. Me semblait qu'on allait au musée?! Oups, je m'excuse, je n'ai rien dit, c'est toi la chef. On reprend la route. On s'arrête au Café Hawalka, une institution viennoise. L'ambiance est très différente de la veille. Service chaleureux, éclairage tamisé, décor sympathique et vieillot. Idéal pour lire un bon roman. On a fini par atteindre notre but: l'Albertina. On a eu amplement le temps de visiter les très belles expositions. Encore une fois, bravo Caro!
30 avril:
Marcher lentement vers un but est un défi pour moi. Alors, vous devinez que marcher lentement vers pas de but est encore plus exigeant. On irait peut-être acheter du linge ou un livre. On allait surtout déambuler au hasard, sans avoir identifié un quartier magnifique à voir absolument, une avenue incomparable ou une statue photogénique. Il faisait super beau. Après un temps, j'ai senti que c'était agréable d'avoir une journée comme ça. On s'est arrêté au Café Sperl. C'est là où ont été filmés Before Sunrise et A Dangerous Method. Voilà le but. Il existe, c'est juste que je ne le connais pas à l'avance! Très éclairé, décor sobre mais tout de même classy. Idéal pour lire un bon roman. Meric Caro pour trois belles jounées dans la capitale.
2 mai:
Nous sommes désormais à Salzburg. Partis de notre penzion en périphérie, on débarque au centre-ville. Je me tourne vers ma guide. Où allons-nous? "Y'a un pont à quelque part, pis un beau quartier et une forteresse..." D'accord, mais dans quelle direction. Elle ne sait pas. Je le répète: on n'a pas le même style. Je me suis assis avec elle et on a trouvé. On est allé et c'était mignon. On a pris un café et, surprise, on a lu. Pourquoi sommes-nous à Salzburg? Pour Mozart ou les concerts de musique classique qui attirent des millions de visiteurs chaque année? Pffffff... Ben non! On est là pour faire le Original Sound of Music Tour. Pour passer quatre heures avec soixante touristes (80% de femmes, 15% d'homos et 5% de maris blasés) à chanter "The hills are alive...". Disons, qu'encore une fois, j'avais des doutes. Oui, comme bien des gens de ma génération, j'ai vécu mon enfance sous les notes joyeuses des vinyles (en français et en anglais) et j'ai vu le film une dizaine de fois. Est-ce suffisant pour être motivé par une telle tournée? Je le faisais pour elle. Ben, crime! Encore une fois, c'était l'fun! Le guide, un grand moustachu portant l'habit traditionnel autrichien, nous a fait rire du début à la fin comme seul un gay hyper bitch peut le faire. Avec son humour caustique, il a passé le film au tordeur, nous révélant évidemment tout ce qui est faux dans le sirupeux musical hollywoodien (on est loin du biopic de la vraie famille Von Trapp), mais en se moquant aussi allègrement des fans du long métrage, donc de nous (enfin, pas de moi, des autres). Conclusion? Va falloir revenir. Pas pour entonner Edelweiss ou Do Ré Mi. Pour les paysages. Wow! Époustoufflant! Des montagnes et des lacs magnifiques. Parfait pour faire un film! Caro, tu l'as l'affaire!
4 mai:
Au lever ce matin, à Innsbruck, un brouillard bien bas couvre la montagne. C'est gris et on annonce de la pluie. Dommage, vous savez ce que ma compagne avait prévu faire avec moi aujourd'hui? Admirer des assiettes? Déjà fait. Des robes d'impératrice? Nenni. Des gazebos où ont dansé un (fictif) facteur nazi et une belle de 16 ans? Non. Elle devait m'emmener voir des sauteurs à ski qui s'entraînent dans le coin! Quelle femme suprenante! Mais, il fait mauvais. De mon point de vue. Elle, elle aime bien ces journées grises. Alors, j'ai décidé de rester à l'auberge. BEAU TATA! Elle était à peine partie que le soleil s'est levé. Comme les bus passent aux heures dans les montagnes et que je ne saurais la retrouver dans Innsbruck (il y a trop de cafés à vérifier!), comme je suis usé par neuf mois d'hyperactivité, je suis donc demeuré ici. Pour écrire. Pour lire. Pour contempler la merveilleuse semaine autrichienne qu'elle m'a fait vivre. Elle va revenir tantôt avec de splendides photos. Je serai jaloux si elle est allée voir les sauteurs. Tant pis pour moi: je n'avais qu'à suivre la guide! En passant, pour ceux qui rêvent de faire appel à ses services, sachez qu'elle est déjà occupée en 2019-2020 et en 2025-2026!
2 commentaires:
Super beau résumé de votre couple.Et je suis certaine que tu as raison au sujet du voyage et du couple. Il faut être vraiment solide pour faire ce que vous faites.
Moi je pensais que le titre de ''mère-grand'' était réservé à la grand-mère des petits Kolos ???
Hâte de vous revoir.
je viens de finir les pages que j'avais manquées.Vous êtes époustouflants !!!
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