Ceux qui me connaissent savent pourtant combien j'aime le 7e art. Bon an, mal an, je vois entre soixante et quatre-vingts oeuvres cinématographiques, en salle ou dans mon salon. Avant d'arriver en France, en huit mois à travers le monde, j'en avais vue à peine une douzaine, dont quatre en avion. Pensez-y! Recadrons un peu: je ne suis pas qu'en voyage, je suis aussi en vacances. Quand vous êtes en congé, vous faites ce que vous aimez le plus, non? Cuisiner, faire de la gouache, jouer aux quilles. Moi, c'est tout quitter, plonger dans un univers autre, pour deux heures. En deux semaines dans l'Hexagone, j'aurai vécu l'extase quatorze fois!
Et vous pensez que je pourrais faire ça en demeurant à Gatineau? Non, pas vraiment. Parce que ce n'est pas pareil pantoute ailleurs. Je me souviens, en Pologne, en 2007, qu'en cours de séance une préposée nous avait discrètement apporté les verres de rouge et les sushis que nous avions commandés au préalable. Dans d'autres pays, au popcorn ou au Coke, se substituent des petits biscuits faits à la maison ou de la Slush avec une "shot" de vodka. Ce n'est pas au cinéma des Promenades que c'est possible. Aller au cinéma est une expérience culturelle riche en soi et bien plus diversifiée qu'on pourrait le croire. De tous les pays de la planète où je suis allé voir un film, la France est mon préféré. C'est un cinema paradiso. Pour trois raisons.
D'abord, l'accessibilité. Je vous donne deux exemples. Grenoble compte 157 000 habitants et quatre cinémas. Mieux, Avignon offre cinq cinémas à ses 90 000 habitants. Gatineau avec ses 275 000 citoyens en a cinq (incluant le IMAX). Vous n'êtes pas impressionnés? Vous objectez qu'il y a aussi Ottawa. Ok. Ajoutons 883 000 personnes et 17 autres cinémas. On est à 1,1 millions et 22 endroits de visionnement. Toujours pas convaincus? Je vous donne deux derniers chiffres. Dans un rayon d'une heure et quart de route, Avignon dispose de 127 cinémas et Grenoble de 151! En partant du Cinéma 9 vers l'est québécois, il faut ce temps-là avant d'en trouver un autre, celui de Grenville! Dans l'Hexagone, chaque village et de nombreux quartiers dans les grandes villes ont encore leur cinéma. On n'a pas fermé ou mis en faillite ceux-ci pour les remplacer par des gros machins, souvent en bordure d'autoroute, comme ça s'est fait dans la région de Montréal. Que vous me manquez Palace, Égyptien, Berri, Parisen et autres Loews!
Ce qui nous amène au prochain point: l'atmosphère des lieux. Vous arrivez au Utopia, à Avignon. Décor baroque, irrévérencieux et absurde, plein d'humour. De l'entrée, si vous tournez à droite, vous trouvez un petit café. À gauche, un petit resto. Ambiance des deux côtés: feutrée. On est très, mais très loin des bruits d'arcade. On peut s'y retrouver avant ou après pour jaser. Car, l'esthétique et l'aménagement sont intimement liés à la vocation. Et ici, ce n'est pas le divertissement d'abord, mais la culture. Bien sûr, existent aussi en France de grands complexes multi-salles. Or, même ces endroits ne sont pas des parcs d'attaction en forme d'OVNI. On y présente plus de films grand public, voilà tout. Atmosphère, disions-nous? Alors, on ne peut passer sous silence... le silence. Il semble que l'on se souvient encore, ici, que le but, c'est de recevoir l'oeuvre. Simple question de respect pour les autres venus faire de même. En toute honnêteté, un couple a bel et bien parlé une fois. En moins de deux, plus vite que moi, faut le faire, une dame l'a rappelé à l'ordre. Quel plaisir de ne pas être le seul pour qui cela compte! Question de modestie également. Je ne suis pas plus important que le film. Alors, je me tais. Je regarde, j'écoute, je ressens, je réfléchis, je pleure, je ris. À la rigueur, je dors, sans ronfler... En sortant, je vais prendre un café crème ou une bière. Et, là, je parle aussi longtemps que je le souhaite. Je m'insurge. Je fais l'éloge. Je demande éclaircissement. Ou je me tais encore, car il me faut du temps pour digérer. Ou je retourne à la la maison me coucher, et rêver à mon propre scénario.
Troisièmement? La programmation. Évidemment. La France offre une variété époustouflante de films. Les blockbusters américains ou français, bien entendu. Puis, aussi, le cinéma indépendant d'Europe, des Amériques, d'Afrique et d'Asie. Attendez, je ne pense pas que vous avez saisi encore. Il ne suffit pas de faire une liste de régions ou un défilé de pays pour décrire la diversité. Sans faire de recherche, simplement en feuilletant le journal d'un cinéma répertoire, je suis tombé sur les événements suivants: Festival premiers plans, Festival du cinéma gay et lesbien, Festival du film précaire, Festival international des films sur les forces de l'ordre, Rencontres vauclusiennes du film de résistance! Vous commencez à mesurer? J'ajoute que la très grande majorité des films sont présentés en version originale sous-titrée. Pas de voix de Mickey Mouse ou de mauvais lipsync. La dame se choque en allemand. L'adolescent tente de séduire en ukrainien. La voix du vieillard se brise en sanglots en japonais.
Vous concluez quoi? Que je suis snob? C'est vous qui le dites. Moi, je suis amateur du 7e art. Je suis passionné par les films, par les histoires qu'ils racontent, par les beautés qu'ils donnent à voir et à entendre. Lorsque je suis en France, je suis entouré de gens comme moi. Aller au cinéma en voyage n'est pas une perte de temps. C'est une expérience culturelle toute autre. Alors, je dois complètement étouffer ces voix qui me culpabilisent. Ne prêter oreilles (et yeux) qu'à Woody Allen, Alain Renais, Yasujiro Ozu, Pedro Almodovar, Xavier Dolan...
1 commentaire:
De quoi exciter ma jalousie, moi qui, en bonne maman banlieusarde, ne m'offre que des vieux films loués à écouter sur mon écran géant au fond de mon sous-sol... et même pas le droit de boire ou de manger: le divan est neuf!
Enregistrer un commentaire