vendredi 28 mars 2014

Chronique automobile 4


Conscient que le noyau dur de mon lectorat est constitué de gars dont le coeur fait "vroum vroum", je vais immédiatement les satisfaire en répondant à la question qui leur brûle les lèvres: c'est quelle sorte de char? Il s'agit d'une Mercedes Classe C 2014. Elle est blanche. Enfin, l'était. Là, il y a un paquet de mouches mortes écrapoutillées sur le devant. Voilà, c'est réglé! Vous pouvez aller remplacer vous-mêmes vos pneus d'hiver par ceux d'été. Quoi? Il neige encore au Québec! Contentez-vous d'un tune-up fait maison. Pour les quelques lecteurs qui restent, voici ce qui nous est vraiment arrivé sur les routes d'Espagne et du Portugal depuis un mois. Ne vous fiez pas à la presse "people" ou aux histoires de François Gareau. C'est ici que vous sera révélée la vérité vraie.

******

Tout a débuté dans les bureaux d'Enterprise, à Barcelone, quand la représentante Joana Sanchez nous a demandé de faire l'inspection de l'auto. Avec le stress généré par les assurances lors de notre tour d'Islande et de notre road trip australien, je voulais m'assurer que tout était correct. Évidemment, les voitures de location, même celles qui n'ont pas 2000 km au compteur, sont toujours un peu égratignées. Je fais le tour et remarque un paquet d'éraflures. Trop pour les indiquer sur le constat sans que ça ne devienne ridicule. Ah, tiens... une drôle de bosse. Faudra que j'en touche un mot à Joana qui justement s'approche à grands pas. Avant même que je n'aie eu le temps d'ouvrir la bouche, elle me montre, exemples à l'appui, à l'aide d'une languette transparente, que les marques plus petites que le rond imprimé dessus ne sont pas prises en compte. Dans le même souffle, elle nous met en garde contre des arnaques potentielles sur les routes espagnoles: des bandits crèvent les pneus des touristes et leurs complices se présentent plus tard pour leur donner un coup de main à changer la roue, en en profitant pour les dérober de leurs biens, si ce n'est carrément de leur voiture! En Afrique ou dans les grandes villes américaines, oui. Ici, au pays de Penélope Cruz? J'aurais pas cru. Un peu ébranlé, et pressé par le temps qui fond comme une montre de Dali, je signe les documents. La bosse? Complètement oublié d'en parler.

******

Nous partons tous les quatre. Je suis au volant. Caro, armée du GPS de notre I-Pad que nous utilisons pour la première fois, est co-pilote. Lolitta, la voix féminine qui nous oriente, est là, entre nous deux. Notre ami François est gentiment assis à l'arrière. On a à peine tourné le premier coin de rue...

François: Et que j'aimerais ça conduire une Mercedes!
Caroline: Un jour peut-être!
Mathieu: Caro, concentre-toi sur la route!
Lolitta: Dans deux cents mètres, tournez à droite.
Caroline: Ah! C'est tellement le fun un GPS! J'adore ça! Mat, tourne à droite ici.

Sans réfléchir, je tourne à droite. C'est un sens unique. Heureusement, les voitures sont arrêtées au feu précédent. Je donne un coup de roue, évite un cycliste, nous remet sur la bonne voie...

Mathieu: Calice! Caroline St-Jacques arrête d'être heureuse, pis concentre-toi! Dis-moi pas de tourner si c'est pas le temps! On va se tuer!

Silence. Je regarde dans le rétroviseur et constate que François fait d'immenses efforts pour ne pas éclater de rire. Lorsqu'il n'en peut plus, il pouffe. On n'est pas sortis du bois. Apprentissages de Mat: comme je suis au volant, je suis ultimement le seul responsable de notre survie; je dois continuer à me servir de mon cerveau et lire les panneaux! Apprentissages de Caro: le GPS n'est pas aussi simple qu'il en a l'air; les mètres constituent une distance à évaluer. Apprentissage de François: on va bien rire avec Lolitta.

******

Barcelone-Madrid, ça se fait en environ cinq heures et demie si l'on passe par les autoroutes avec postes de péage. Vaut mieux une heure de plus à Madrid qu'une autre enfermés dans la voiture. On arrive à la barrière pour payer. Je sors ma monnaie, insère le ticket recueilli six cent kilomètres plus tôt. 29,90 €! Quarante-cinq piastres! Jamais le dicton "Le temps c'est de l'argent!" ne s'est aussi bien appliqué. Je me suis étouffé, j'a sorti la carte de crédit. Dire que ça hurle à Montréal à l'idée d'un péage pour le nouveau pont... En tout cas, laissez-moi vous dire que les routes espagnoles sont de toute beauté, pas de nid-de-poule, pas une craque. Utilisateur-payeur! À bien y penser, je suis d'accord.

Après avoir rejoint notre hébergement, on se pensait au bout de nos peines. Oh que non! Restait à se stationner. On avait loué une Golf. Y'en n'avait plus de disponible. On nous a "upgradés". La Mercedes, c'est confortable, ça accélère, mais c'est gros comme un paquebot. Quand j'ai vu l'espace du stationnement souterrain fourni avec l'appartement et dans lequel nous devions faire entrer notre véhicule, j'ai capoté. Comment vous décrire? Ça avait la forme d'un parallélogramme qui voudrait être un rectangle et le devient un peu éventuellement. La voiture à gauche était garée sur la ligne. Du côté droit, il y avait un pilier de ciment. À l'entrée du parallélogramme. Et il faisait noir. Fatigué par le trajet, je n'avais pas les nerfs pour une telle tâche. En fait, je me demande si j'aurais réussi à y insérer une Smart. Tiens, François, tu voulais conduire une Mercedes. Go! Il a tout essayé. Le détecteur automatique d'obstacles de l'auto criait comme une sirène d'évacuation. Après vingt minutes de vaines tentatives, on a dit au monsieur de l'appart qu'il allait devoir trouver autre chose. Il est allé voir le concierge, Jesus. Et le sauveur a fait son travail: il nous a déniché un autre emplacement!

Une fois assis dans l'appartement, François me demande si j'ai vu la bosse sur le côté de l'auto. La bosse! Merde, complètement omis de la signaler à Joana lors de l'inspection. Caro et moi nous nous mettons à stresser avec ça. Frank nous dit qu'on s'en fait pour rien. Je vais prendre des photos. Pourquoi? Je ne sais pas. Une fois que la voiture a quitté Enterprise, ça peut être arrivé n'importe où. Rien ne prouve que c'était là au départ. Soirée de stress. Nuit mouvementée. Au lever, je veux écrire un courriel à Enterprise. Je retourne prendre des photos. Fuck, ce n'est pas seulement une bosse, il y a une égratignure. Comment ça se fait que je n'ai pas vu ça? Frank nous dit qu'on s'en fait trop. Et que c'est ça qui va devenir louche. Tout à coup, Caro se souvient: n'est-ce pas sur cette égratignure que Joana a appliqué son transparent pour nous donner un exemple d'éraflure trop petite pour être prise en compte? Soulagement. Je commence à me dire que je préfère le train...

******
Ce sont toujours les départs et les arrivées qui sont compliqués. Une fois sur l'autoroute, on est correct. Trois jours plus tard, on quitte pour Lisbonne.

Lolitta: Continuez sur Paseo de Santa Maria de la Cabeza, en direction d'Alcorcon.
Mathieu: Elle ne pourrait pas dire la A-42? Ce serait plus simple.
Lolitta: Dans 2 km, continuez en direction d'Alcorcon.
François: Merde, j'ai oublié mon guide de Lisbonne dans l'appart!
Mathieu: En tout cas, on retourne pas! (Concentration: faut suivre Alcorcon)
François: C'est pas grave.
Caroline: On a un Lonely Planet sur notre I-Pad.
Lolitta: Dans 1 km, continuez en direction d'Alcorcon!
Mathieu: (Alcorcon, Alcorcon...)
Caroline: J'aime tellement ça Lisbonne! Tu vas voir François, c'est plein de bons restos!
Lolitta: Dans cent mètres, continuez sur Auto-Estrada Marateca-Caia.
Mathieu: (Alcorcon, Alcorcon...)
Caroline: Mat, faudrait que tu te tasses à gauche.
Mathieu: (Alcorcon)
Caroline: Mat, faut aller sur la gauche.
Mathieu: Mais faut suivre vers Alcorcon.
François: À GAUCHE!!!!

Je me range à la dernière minute.

Mathieu: Euh... je pensais qu'il fallait suivre Alcorcon...
Caroline: Alcorcon, ce n'est pas le nom de l'autoroute, c'est une banlieue de Madrid.
Mathieu: Ah...
Caroline: Merci François!

À un moment donné, je me suis demandé ce qu'on ferait sans lui. Il fait le valet de parking, traduit pour que je comprenne ce que le GPS et Caro essaient de me dire, nous calme quand on capote pour les assurances!

******

Ça y est: François est reparti au Canada. Et il faut reprendre la route. Sans lui. Aaaaaahhhhhh! Bon, on est capables. Suffit de diminuer les sources de stress. Regarder l'itinéraire ensemble avant de partir. Éteindre le maudit mode "éco" pour avancer dès qu'on pèse sur l'accélérateur, avant de se faire klaxonner. Obéir quand la voiture (car elle communique elle aussi), nous indique qu'il est temps de s'arrêter pour une pause café (une tasse clignote sur le tableau de bord). Et surtout, surtout, profiter du spectacle qu'offre le paysage. Je voudrais savoir vous décrire toutes les nuances de vert, de jaune, d'orange, de brun, de rouge que l'on peut contempler sur les routes portugaises et espagnoles au printemps. Je voudrais connaître tous les mots poétiques que Benjamin Moore utilise pour vendre ses pots de peinture afin de vous faire rêver.

On arrive à Porto. Lolitta et Caro me parlent. Je les écoute. Heureusement qu'elles sont là, parce que les noms des rues, comme c'est souvent le cas en Europe, sont soit illisibles pour le conducteur (gravées dans la pierre blanche, les lettres demeurent... blanches) ou carrément absents. Parcours parfait! Sans "révision de l'itinéraire" par la belle Lolitta. Miracle! Pourtant, il y a quelque chose qui cloche. Le copier-coller de l'adresse dans le GPS ne nous a pas conduits à la bonne porte... Décidément, il n'y en aura pas de facile.

******

Alors qu'on va bientôt retourner la Mercedes, on commence à être bons. Je ne prends plus de sens unique. Caro est concentrée dans les momens cruciaux. Nous évitons les pièges de Lolitta lorsqu'elle s'amuse à nous envoyer vers une rue de Salamanque, la province, plutôt que Salamanque, la ville. Nous nous trouvons un stationnement gratuit sur une avenue d'un quartier chic de Bilbao.

Demain, nous faisons notre dernier trajet. Retour à Barcelone. On espère que Joana ne fera pas de chichi avec la bosse. Et que personne ne va crever nos pneus pour ensuite nous voler nos biens. Ou pire, pour nous enlever Lolitta. Vous en auriez pris encore? Ne vous en faites pas: il y aura sans doute une dernière chronique automobile... puisque nous louons une voiture en mai! Oui, on appelle ça du sado-masochisme.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Mat! On loue une voiture en avril aussi sur l'île de Crète. On arrive au port à 19h30 et on doit conduire à la noirceur (ben, Blair doit conduire) sur de petites pour se rendre à notre villa à quelques heures de là. Blair est aussi patient que toi. :) On a eu beaucoup de plaisir au Portugal en septembre dernier.

Unknown a dit…

'une montre de Dali'; couleurs Benjamin Moore; Lolitta.... Tu me fais tellement rire pendant cette journée enneigée. Merci!!