samedi 15 février 2014

Terre des hommes


Premier homme (Noir, évidemment) :
- Où habiterons-nous?
Ancêtre Primordial :
- Tu es venu au monde dans la Vallée du Rift, l'Afrique est là pour les tiens.

Premier homme (Blanc, selon les peintures) :
- Où habiterons-nous?
YHWH :
- Voici le Jardin d'Eden...


*****


Noir, chef de tribu nomade de la Préhistoire :
- Le sol nous a beaucoup donné ici, quittons pour un autre lieu afin de ne pas l'épuiser.

Blanc, chef de clan nomade de la Préhistoire :
- Le sol nous a donné ce qu'il pouvait ici, ce n'était pas assez, allons voir ailleurs.

Noir, chef de tribu nomade de l'Antiquité :
- Le sol nous a beaucoup donné ici, quittons pour un autre lieu afin de ne pas l'épuiser.

Blanc, empereur de l'Antiquité :
- Le sol est bon à collectionner. Ajoutons à nos ressources.

Noir, chef de tribu nomade du Moyen-Âge :
- Le sol nous a beaucoup donné ici, quittons pour un autre lieu afin de ne pas l'épuiser.

Blanc, roi du Moyen-Âge :
- Le sol ne s'accumule plus aussi facilement pour se bâtir un empire. En attendant de pouvoir faire mieux, tirons le meilleur de nos terres en améliorant l'asservissement de nos sujets.

Noir, chef de tribu nomade de la Renaissance :
- Le sol nous a beaucoup donné ici, quittons pour un autre lieu afin de ne pas l'épuiser.

Blanc, roi de la Renaissance :
- Le sol existe ailleurs, allons de par le monde pour conquérir de nouveaux territoires.


*****

Blanc esclavagiste en Afrique:
- Arrachons ces gens de leur terroir et de leur culture, transportons-les là où nous voulons exploiter nos nouveaux champs.
Noir en voie de se sédentariser malgré lui :
- WTF?

Blanc explorateur en Afrique :
- À qui appartient le sol, ici?
Noir, chef de tribu nomade des Temps Modernes :
- Que veux-tu dire? La terre n'appartient pas à personne.
Blanc explorateur et bientôt exploiteur en Afrique :
- Si je te donne des cossins, me laisses-tu ton sous-sol?
Noir, chef de tribu nomade qui aime bien les cossins:
- Le sous-sol n'est pas à moi, mais si tu veux me donner tes bebelles en échange, why not?

Blanc expatrié en Afrique :
- Ouin... Tant qu'à profiter du sous-sol, on va aussi prendre ce qu'il y a au-dessus. De toute façon, ce continent est à prendre, ses habitants ne le possèdent pas, ils ne font que s'y promener. Comme il n'y a pas que les mines pour faire fortune, on va aussi importer notre savoir-faire sur la ferme.
Noir un peu surpris par la tournure des événements :
- C'est parce que là...
Blanc chez lui en Afrique :
- Tutututttt... On va vous montrer comme faire ça, exploiter une ferme. Exploiter une mine. Exploiter la population. En passant, Negro, t'a combien d'enfants?
Noir de moins en moins chez lui en Afrique :
- Deux vivants, neuf autres morts en bas âge...
Blanc généreux et optimiste:
- Avec notre médecine, on va s'arranger pour qu'ils ne meurent plus ces futurs travailleurs-au-salaire-infinimum.

Blanc, chef d'État-nation en Europe
- Ce n'est pas tout, comme ils n'ont pas de vrais pays, on va en dessiner sur la carte, un peu au hasard ou selon notre logique à nous, sans tenir compte des régions où se déplacent leurs tribus. On va se permettre aussi des petites fantaisies. Ah, merci Victoria de me donner le Kilimanjaro pour mon anniversaire. On va tasser la frontière pour le faire passer du Kenya à la Tanzanie.
Noir exaspéré:
- Trop, c'est comme pas assez! Allez-vous aussi nous montrer comment nous gérer notre destinée nationale?
Blanc sûr de ses compétences :
- Non, la politique, on va s'en occuper tout seuls.


*****
Noir et leader idéaliste (et peut-être communiste) de l'après-guerre :
- Noirs de toutes les tribus, unissons-nous et exigeons notre indépendance.
Blanc, en mode panique :
- Pas si vite... Comment allez-vous faire sans nous?

Noir et leader pragmatique (et peut-être autoritaire)
- Prenons AK-47 et machettes et éliminons les Blancs récalcitrants!
Blanc, comme un drap :
- Bon, ben, je pense que je vais y aller. J'ai encore de la famille en Europe.

Blanc se sentant vraiment Africain :
- Je suis né ici. J'ai grandi ici. J'ai construit cette ferme. Je procure de l'emploi à des centaines de Noirs. Je les paie justement et leur transmet mon expertise.
Noir, dictateur en puissance :
- Tous les Blancs sont mauvais. Ils sont sources de tous les maux du pays. Nous tuerons tous ceux qui refusent de quitter volontairement!

Noir, dictateur sanguinaire:
- La terre est désormais propriété de l'État. Nous allons redistribuer le sol. À qui vais-je le donner?
Noir, vétéran de la guerre d'indépendance :
- À moi! Tu te souviens de mon sacrifice pour la cause!
Noir, pseudo-vétéran de la guerre d'indépendance :
- À moi! J'ai des faux-papiers qui prouvent que je me suis supposément sacrifié pour la cause!
Noir, ministre :
- À moi! Parce que nous sommes bons copains!
Noir, dictateur élu démocratiquement à vie :
- Qui d'entre vous connait quelque chose à l'agriculture?
Noir, évêque :
- Aucun, mais je prendrais bien un lopin moi aussi!

Blanc, journaliste étranger :
- Comment expliquez-vous l'effondrement d'une agriculture prospère? D'une éconoomie pleine de promesses?
Noir, dictateur clairvoyant :
- Tout ça est la faute des Blancs!

Noir, sans emploi :
- Avant, je travaillais sur une ferme, mais elle n'existe plus. J'ai onze enfants, tous vivants! Il faut les nourir. N'auriez pas un peu d'argent pour que je puisse joindre les deux bouts?
Blanc, touriste:
- Je voudrais bien, mais il ne faut pas renforcer votre réflexe de mendicité. Il faut que vous, Africains, deveniez indépendants. Vous avez toutes les ressources nécessaires. Vaut mieux montrer à un homme à pêcher que de lui donner un poisson! Bon... je ne sais pas pêcher... mais en venant dans votre pays pour faire du bungee et photographier des lions, je stimule votre économie. Vous en bénéficiez... sûrement... un peu... indirectement...

Noir, dirigeant visionnaire :
- Pour accueillir plus de touristes et pour aider à notre économie, il faut élargir les grandes routes nationales. Il va falloir exproprier les gens vivant le long de ces voies.
Noir, citoyen miséreux, survivant grâce aux quelques légumes de son jardin:
- Va-t-on me dédommager, me relocaliser aux frais de l'État?
Noir, dirigeant compatissant :
- Non, on n'a pas d'argent.
Noir, dernier venu parmi les hommes, tout comme le premier :
- Où habiterons-nous?

2 commentaires:

lah a dit…

première maladie mentale des blancs: incapacité de se mêler de ses affaires; cause: manque de couleur dans sa vie ???

sue in africa a dit…

I love reading your blogs Matt - you express alot of what others are afraid to say - I think that one day you should write a book of your thoughts about your travels - not a travelogue but the types of comments you express in your blogs.
I have also written on Caroline's blog of my thoughts and sadness that the remainder of your trip was marred by you companions and I hope that your trip through Morocco is an enjoyable one. I look forward to reading your thought on that country.
When you have finished reading the book 'When the Crocodile Eats the Sun' you should also read "Mukiwa' and 'Fear', both by the same author Peter Godwin. 'Mukiwa' tells of his life from childhood in a peaceful Zimbabwe and continues on through the war of independence and his leaving and 'Fear' is the book after 'Crocodile' that is of his return to witness the transition of power as Mugabe had lost the election, but of course that never happens - this book gives a good insight into the Zimbabwe you have just traveled through. Both are easy reading and insightful.
I look forward to reading of your further travels and entrust our friendship can remain albeit over distance and time. Those 3 weeks together are to be treasured forever.
Bon voyage mon ami (by the way my French is still not improving but I'll keep trying to learn)
See you in Australia one day.
Sue