Arriver dans un nouveau pays est toujours un défi. On est fatigué par le décalage horaire, préoccupé par l'argent à retirer et par le transport à trouver pour se rendre à son hébergement, parfois stressé par l'alphabet indéchiffrable de la langue locale. Arriver en Inde, c'est tout ça et plus. Je ne sais pas si c'est pire la permière fois ou la seconde. Des fois, connaître dans quel chaos on va tomber est plus inquiétant que l'ignorer. En 2008, nous avions visité le nord du pays. Cette fois-ci, nous explorerons le sud. On nous a dit que c'était bien différent. Mais pour les premiers instants, ça restait à prouver.
Des fois, il faut se payer des petits luxes. Comme demander à l'hôtel d'envoyer une voiture nous chercher. Quand nous sommes atterris à Delhi, il y a cinq ans, il était trois heures du matin. Là au moins, on arrivait de jour. À prime abord, l'aéroport de Mumbai nous a semblé plus organisé que celui de la capitale. Bien sûr, comme dans bien des pays, le concept de file est une abstraction dont on se passe. Contrairement à ailleurs, je ne me choque pas, je n'engueule personne. Ça fait partie de la réalité. Et dépasser, ça s'apprend...
Pendant que Caro cherche un guichet automatique, je sors pour trouver notre chauffeur. Quand j'arrive dehors, deux choses nous tombent dessus: la chaleur, il fait 30 degrés et 200% d'humidité, et quelques secondes plus tard les personnes qui veulent nous aider. J'ai repéré l'envoyé de l'hôtel. Je l'ai rejoint. De toute évidence, aux yeux de tout le monde, il nous attendait et je vais partir avec lui et personne d'autre. Ça n'empêche pas plusieurs bons samaritains de vouloir m'offrir un taxi ou de tenter de prendre mes bagages pour les transporter vers la voiture dont ils ne connaissent pas l'emplacement. Mais mon homme de confiance est expérimenté: il prend contrôle de mon charriot à bagages et part s'isoler de nos serviables amis. Une fois que Caroline nous a rejoint, notre fuite n'est pas encore complétée: il faut se rendre à l'auto. Un homme nous suit jusqu'à la voiture. Il veut nous aider absolument. Quand le coffre de la voiture est ouvert, il saisit un de nos sacs pour le déposer à l'intérieur. Puis, il tend la main pour un pourboire. Juste un petit. Il nous a tout de même été un peu utile. Il insiste, notre chauffeur doit le repousser. Il continue à gesticuler contre la fenêtre et me dit : "It's my boss, I work with him!" Je réponds : "It's not my first time in India, sorry I know the game!" Notre chauffeur démarre enfin en riant.
Bon, le moment de vérité est arrivée: on va sortir du stationnement. Si vous pensez que Dorval est un bordel, si vous pensez que Montréal est une collection de cônes oranges et de viaduc en (dé)construction, eh bien vous n'avez rien vu... On prend l'autoroute. Surprise: on n'y côtoie pas d'animaux. Ben quoi? À Delhi, il y avait des chameaux et des éléphants. Sinon, c'est assez semblable. Il n'y a pas de lignes pour distinguer les voies. Moi, je dirais qu'il y en a trois, mais souvent on peut observer cinq bidules roulant de front. Ça peut être des tuks-tuks, des motos (invariablement conduites par des hommes casqués transportant des femmes protégées des accidents par un foulard), des milliers de taxis en piètre condition, des camions aux formats aussi divers qu'improbables et quelques voitures neuves, dont la nôtre. Notre chauffeur est à peu près le seul à utiliser ses clignotants. Je le soupçonne de le faire parce que son employeur l'exige parce qu'en plus il fait comme tout le monde et conduit au son. Je tente en vain de comprendre le code. Klaxonner semble pouvoir signifier plusieurs choses: "je vais passer", "attention, regarde où tu vas, je suis là", "tu vas trop lentement avec ton tacot", "je vais changer de voie même s'il n'en existe aucune", "tasse-toé esti d'épais". J'ai demandé au chauffeur ce qu'il voulait donner comme information quand il klaxonnait. Il a ri. Et n'a pas vraiment compris la question. Ça doit être mon accent.
On a traversé la ville. Cela a pris une heure et demie. Le paysage urbain est spectaculaire. Sur les grandes artères, on peut trouver des arbres. Pas encastrés dans le trottoir. Non, dans la rue, on a asphalté autour. Ce doit être une mesure écologique. Il y a des commerçants partout qui étalent leurs marchandises sur les bords de la chaussée. C'est comme dans les jeux vidéos: il faut éviter les obstacles. Tiens une madame qui vend des choux! Un coup de roue à droite. Et là un méga tas de terre. Petit coup de roue à gauche. Il y a les centaines de piétons qui surgissent d'un peu partout. Parce qu'il n'y a pas beaucoup de feux de circulation. Et quand il y en a, personne ne les respecte. Heureusement! Parce que les automobilistes non plus!
Nous sommes finalement arrivés à notre hôtel. Sains et saufs. Vingt piastres. Pour un tour de ville, manèges inclus. Ça ne va pas aussi vite qu'une montagne russe, mais on passe près de mourir ou de tuer quelqu'un bien plus souvent. On a eu plus de risques d'avoir un accident durant le parcours qu'au cours des cinq dernières années. Non, Mumbai ce n'est pas si différent de Delhi. En tout cas, pas au niveau routier. Bon, allez, je vous laisse. On s'en va à la recherche d'un restaurant. Hum... va falloir traverser la rue!
3 commentaires:
C'est sûrement ton accent roumain qui complique tes interactions!
je ne t'envie pas vraiment, Ça me fait revoir des images de Marygold Hotel....
Bonne chance !
Aaaah, merci d'avoir écrit ce périple du trajet de l'aéroport à l'hôtel! Je ne sais pas si j'ai le goût de rire ou de pleurer en repensant à notre arrivée à Delhi il y a 4 ans... quand j'ai compris pourquoi, à Météo Média, il annonçait "poussière et fumée" comme température! Bonne continuation et merci de nous faire voyager avec vous!
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