La première fois, j'avais 21 ans. J'ai quitté l'école. Je n'en pouvais plus. Écoeuré de mettre l'énergie qu'exige une moyenne de A+. Tanné de la performance, de la vie intellectuelle. En plein milieu de mes études universitaires, j'ai tout lâché, j'ai quitté le foyer parental et je suis allé travailler. En bout de ligne, comme un fou... Pendant un an, j'ai animé dans un camp qui recevait des groupes d'élèves du secondaire. Je ne veux pas servir d'argument à ceux qui rêvent de laisser tomber leurs études: il n'y avait aucun doute dans mon esprit que je reprendrais l'année suivante. J'avais seulement besoin de prendre une pause pour vivre autre chose. Les Anglais appellent ça un "gap year", les Américains disent "bridge year". On devrait valoriser une telle pratique ici. On ne le fait pas. Peut-être a-t-on peur plus ou moins irrationnellement que les jeunes ne reviennent pas.
La deuxième fois, c'était en 2007-2008. Je suis parti en voyage pour onze mois avec Caroline. Ce n'était pas une décision soudaine puisqu'on préparait notre sabbatique depuis quatre ans. Je n'ai pas quitté parce que j'étais au bout du rouleau. Je rêvais simplement de découvrir le monde. En fait, j'ai décroché de l'école trois mois après mon départ du Canada quand ma compagne s'est fracturée la cheville en Bulgarie. Jusque là, on voyageait à un train d'enfer, sur mon rythme à moi, celui d'un workoholic. En effet, à cette époque, je travaillais pratiquement sept jours sur sept. Et je pensais être heureux. En tout cas, j'étais convaincu que c'était nécessaire pour être un bon prof. Quand Caroline s'est blessée, on a dû s'arrêter avant de repartir sur une cadence adoucie. Je veux dire normale. Chassez le naturel, il revient au galop: de retour dans ma classe au Canada, j'ai repris là où j'avais laissé, à très grande vitesse.
Là, je quitte l'école pour la troisième fois. Cette fois-ci, je décroche. Vraiment. Qu'est-ce qui est différent? Deux syncopes et un psy m'auront appris qu'il y a une vie en dehors de travail, que je peux être un bon prof sans me tuer à l'ouvrage. Deux voyages avec Bob et beaucoup de temps passé avec Caroline m'auront montré qu'un voyage n'a pas à être une performance, et que repos n'est pas paresse. Je pars donc. Avec comme but bien entendu de voir et vivre plein de trucs, mais aussi d'exister au ralenti.
6 commentaires:
Amen mon cher. You're getting it! (Just I I did a few years ago). Enjoy your trip and please, have a safe one. I'll be reading!
xxx
Très heureuse de lire que tu veux tenter l'expérience du «vivre au ralenti». Quand on prend conscience qu'il n'y a que les humains qui vivent en excès de vitesse on finit par se demander pourquoi et on décide souvent d'opter pour le vrai naturel qui n'arrive pas au galop celui-là. Bonne chance dans la quête de ton rythme à toi. C'est toujours le meilleur.
Bon voyage à vous deux! Profitez de chaque seconde de ce périple et j'ai hâte de te lire!
Bravo mon Mat pour cette belle prise de conscience, qui te sera salutaire.
Moi à 21 ans j'ai pédaler le pays pour apprendre sur moi et décrocher...
Là je passe l'été au ralenti à regarder pousser mon fils. Pour un hyper actif comme moi, on se comprend, c'est tout un défi. J'aimerais déjà qu'il sache pédaler pour pédaler avec moi.
Bon voyage !
:)
Martin
Je suis contente de découvrir que tu fais encore un blogue. Je vais te suivre avec beaucoup d'intérêt, surtout que tu as maintenant cette intention de prendre les choses au ralenti. C'est justement ce que j'ai apprécié de mon année sabbatique, du moins les premiers mois, car les suivants ont été plutôt difficiles, mais j'étais tout de même soulagée d'être disponible pour y faire face. Quant au retour, c'est tout autre chose. J'hésiterais beaucoup à refaire l'expérience, même si je la recommande à tout le monde. Alors, mes saluts à vous deux, et profitez de ce temps pour regarder les arbres pousser.
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