mercredi 30 avril 2008

Les beautés de Riga

Dans ma tête, je m'attendais à... euh... A rien. Ou plutôt, à une version nordique de la Roumanie. Un truc lugubre, pauvre, gris, triste, post-soviétique. Bon, vous devez vous demander, dans ce cas-là, pourquoi vouloir y aller? Bonne question. Parce que c'est sur notre chemin vers Helsinki? Pour voir autre chose? Pour avoir froid une fois dans l'année? Pour faire changement des temples bouddhistes et du bleu croate? Je ne sais pas.

Eh bien, j'ai été pas mal déçu: quand on est descendu de l'autobus à Riga, il faisait le plus beau des soleils. Pas frette pantoute. Si ça n'avait été que ça! Je n'étais pas au bout de mes agréables suprises. La capitale lettonne est l'une des plus magnifiques villes que j'ai vues depuis un an. Et sa superbe ne tient pas seulement dans un petit quartier historique bien entretenu. Non, monsieur. C'est peut-être l'effet du printemps. Les bourgeons et les petites feuilles vertes naissantes. La lumière douce qui filtre à travers les parcs et qui tombe sur les églises orthodoxes russes. C'est surtout l'architecture Art Nouveau que l'on retrouve partout. Des avenues entières où s'alignent de hauts bâtiments aux couleurs vibrantes, ornés de statues d'un blanc pur, décorés de motifs floraux. On ne sait plus où regarder. On marche la tête levée, l'oeil dans l'objectif, le sourire aux lèvres. Des moments de grâce!

Or, il faut bien l'avouer, toutes ces merveilles ne règnent pas sans partage. Il faut voir les femmes. Je ne parle pas d'une ou d'une poignée d'entre elles. Je parle de toute une horde de femelles déchainées. Elles portent le talon très haut et extra fin. La jupe cache peu. Quel euphémisme! Le bas de nylon présente des motifs exotiques pour ne pas dire autre chose. L'échancrure du col est profonde. On peut s'y perdre aisément. Le maquillage riche éblouit le regard. Les tailles sveltes et le port altier le font tourner. Pourtant, nous ne sommes pas au Moulin Rouge, aux studios de Playboy ou dans un vidéo-clip de la Madona. Quel serait le mot qui convient? Pétasses? Quelle vulgarité! On croirait entendre un vieux membre du Parti Conservateur. Il faut dire féminité. Voyons, on peut s'habiller comme on veut pour aller faire l'épicerie, même avec bébé en poussette. D'ailleurs, dans une église, j'ai vu une de ces dames à la cuisse folle se couvrir modestement la tête d'un fichu. Qui n'allait d'ailleurs pas très bien avec le rose fluo de ses souliers et ni avec ses faux ongles diamantés... Foi, fric et mode, quel mélange explosif!

Les hommes ne sont pas en reste. Ils exhibent leur virilité à leur façon. Les motos et les voitures sport rugissent. On parade sur les chaussées. Et ceux qui ne peuvent se le permettre marchent droit devant eux, sans dévier. Tassez-vous. Le regard est dur. La stature colossale. Le mâle letton en impose. L'absence de froid n'empêche pas de rencontrer la réplique glaciale, lorsqu'il y en a une. Bien sûr, moi le macho canadien, je peux tenir mon bout et rivaliser. Je sais aussi faire peur. Mais quand je pense à tous ces petits intellos imberbes. Ouf, ils doivent se sentir si petits. Tout cela dit, oui, il y a sans doute des pauvres. Comme partout. On a vu des itinérants et des ivrognes. On a senti des gens qui ne mettent pas de déodorant. N'empêche, ce qui saute aux yeux, ce sont les nouveaux riches. Et comme l'argent n'a pas d'odeur...

N'allez pas croire que je vais vous parler de Tallinn. Nenni. Ni maintenant, ni demain. La Vieille ville est un parc thématique sur le Moyen-Age. Il y a tant de boutiques de mode et de shops à souvenirs qu'on n'arrive pas à s'acheter une bouteille de Coke. Il n'y a que des touristes. Et les gens sont moches ou sympathiques. Ah Riga! Je m'ennuie déjà de toi. Je rêve à ton Art nouveau, fantasme sur tes femmes et cauchemarde sur tes costauds. Ben non, c'est pas ça du tout: je fantasme d'être une de tes brutes et je ris de tes greluches.

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