Courrier du lecteur
Voyager me permet de donner libre cours à ma boulimie littéraire. Vous ne savez pas quoi lire... ou quoi ne pas lire? Il vous reste des cadeaux à acheter. Vous avez reçu des billets verts pour Noël et ne savez quoi en faire? Voici ce qui m`a habité depuis le 1er août... et qui vous plaira peut-être!
Le Paradis... un peu plus loin (Mario Vargas Llosa)
Ce roman porte sur la vie du peintre Paul Gauguin et celle de sa grand-mère Flora Tristan, une féministe, anarchiste, communiste avant l`heure. L`auteur nous fait traverser en leur compagnie les tourments artistiques et politiques du XIXe siècle. Si l`écriture est ordinaire (ou est-ce la traduction?), les deux personnages sont, quant à eux, absolument fascinants.
Le procès (Franz Kafka)
Qu`un roman inachevé, et dont l`ordre des chapitres fait encore controverse, ait pu avoir un tel impact sur le vocabulaire et l`imaginaire collectif en Occident en dit long sur la puissance de l`écriture de cet homme tourmenté. A quoi tient cette universalité? A sa capacité de décrire avec des mots et par anticipation (malgré lui) , ce qui allait être un des sentiments les plus preignants du dernier siècle: celui de l`impuissance devant l`absurdité. Joseph K. est accusé d`un délit si tû par ses détracteurs qu`il semble inventé, à moins que ce ne soit celui même d`exister. Or, voilà que l`innocent, devant l`erreur, l`absence de toute logique, se met à douter de lui-même, à se culpabiliser d`il ne sait trop quoi, jusqu`à en devenir paranoïaque. Faible devant le système, ignorant de la procédure, vulnérable dans son anonymat, sa vie devient la fable de tous ceux qui ont été victimes des régimes totalitaires et, certains diront, de n`importe quelle oppression, même de celles que nous nous imposons à nous-même. Plaisant à lire? Pas du tout.
Le brave soldat Chvéïk suivi des
Nouvelles aventures du brave soldat Chvéïk (Jaroslav Hašek)
A vos ordres, je vous déclare avec obéissance que Chvéïk est un imbécile... et que son créateur est un génie. Comparé à Don Quichotte, ce soldat anti-militariste qui dénonce, souvent malgré lui, l`absurdité de la Première Guerre Mondiale, et par le fait même celle de toute guerre, est devenu non seulement un héros national tchèque, mais une icône dans tous les pays d`Europe de l`Est. Le récit, léger et satirique à souhait, se veut une charge contre toutes les insitutions autoritaires: l`Empire, l`Eglise, l`Armée. Vous avez vu les films de Charlie Chaplin sur la Grande Guerre? En voici une version littéraire made in Tcheky.
La vie est ailleurs (Milan Kundera)
Le roman débute par longue et savoureuse moquerie de la relation fusionnelle mère-fils. Puis, peu à peu, le ton change et le propos se complexifie. D`une réflexion sur l`art et ses liens avec la politique (ici communiste, mais ce pourrait être une autre), l`auteur en vient à dénoncer tout lyrisme, celui de la poésie et de la jeunesse, tout comme celui des systèmes idéologiques qui leur sont si semblables. Celui qui tue. Voilà une méditation troublante et un petit bijou littéraire.
Le château (Franz Kafka)
Bien qu`également inachevé, cette oeuvre est bien plus "finie" que Le procès. Ici, K. le géomètre se présente comme un dérangeant survenant cherchant à s`intégrer. L`ennemi prend encore la forme d`une insaisissable bureaucratie. Le récit est une longue (et parfois pénible) avancée inexorable vers l`échec. Plus le "héros" s`efforce de réussir, plus il s`éloigne de son but. Du début à la fin, sa situation ne fait qu`empirer. Cette fois, on peut parler d`une parabole sur l`envahissement du désespoir et sur le doute qui devient total. A peine plus réjouissant à lire que son pendant judiciaire! Se frotter à Kafka n`est décidément pas une activité épicurienne.
Alice au Pays des Merveilles suivi de
De l`autre côté du miroir (Lewis Carroll)
Il est plus intéressant de lire des analyses des deux "contes" qu`agréable de plonger dans ceux-ci comme tel. Idéalement, il faut les lire en anglais, car il devient très lourd de devoir constamment réferer aux notes en bas de pages pour comprendre les jeux de mots intraduisibles qui sont au coeur même du propos de l`auteur sur la logique de la communication.
Parfois je ris tout seul (Jean-Paul Dubois)
Bien que ce soit de courts textes tenant en une page chacun, on retrouve le même humour noir propre à l`oeuvre romanesque de Dubois. Il faut cependant aimer le cynisme et l`ironie... Et ici, j`ai été servi à souhait. De cet auteur, je ne me lasse pas. A chacun sa façon de rire, c`est le cas de le dire!
La plaisanterie (Milan Kundera)
Voilà sans doute ce que j`ai lu de plus puissant depuis mon départ, ce qui entre dans les meilleures pages que j`ai parcourues depuis ma naissance. Ce roman est une réflexion profonde sur la vérité et le mensonge, sur la peur et l`ignorance, sur le pardon et la rancune, sur l`idéal et l`approbation, sur la culpabilité et le repentir, sur la foi et la trahison. Bref, sur sur le bien et le mal, mais surtout sur leur relativité, du moins temporelle, et donc sur notre fragilité. Cet auteur est un pur génie. Et ce livre, un incontournable chef-d`oeuvre.
Vingt-quatre heures dans la vie d`une femme (Stefan Zweig)
Voila un auteur que j`avais découvert (Le joueur d`échec), adoré... et oublié d`explorer. Quelle erreur! Heureusement, je viens de me reprendre! Le roman, qui se veut très introspectif, aborde un sujet cher à l`auteur: la complexité des relations humaines, et ici plus particulièrement autour des thèmes du coup de foudre et de la dépendance. Et c`est si bien écrit!
La confusion des sentiments (Stefan Zweig)
Encore meilleur à mon avis que le précédent, ce roman, toujours sur un ton très psychologique, touche à la relation père-fils, à la passion pour la connaissance et à un troisième aspect que je ne peux révéler pour ne pas gâcher la lecture. La trajectoire dramatique ascendante du récit est poignante. Encore une fois, Sweig maîtrise la plume de façon magistrale.
Rire et pleurer (François Weyergans)
Au autre grand cynique, à la Jean-Paul Dubois. Un autre homme désabusé. Une autre crise de l`âge adulte et de l`amour humain. Un autre petit roman qui fait sourire parfois de joie, souvent de tristesse. Faut aimer le genre. J`en connais qui haïssent (salutations à mes amis du Bookclub). Moi, je rafole.
Les Français aussi ont un accent (Jean-Benoit Nadeau)
Loins d`être aride ou ennuyeux, cet essai d`un Québécois chargé d`étudier la France se mondialisant est très drôle, plein d`observations intelligentes, et devrait être lu par tous les Québécois s`intéressant à la France... et par tous les Français suffisamment modestes pour se regarder. Il faudrait qu`un Français fasse la même chose pour nous et sur le même ton: à la fois amoureux et lucide.
Professeur de désir (Philip Roth)
Malgré le titre, et sa réputation, Roth ne se fait pas très pervers dans ce roman qui n`est d`ailleurs pas son meilleur. Cependant, ses propos sur l`éducation et sur Kafka valent à eux seuls la lecture. Les parallèles entre l`enseignement la littérature et de la religion, auxquels je crois beaucoup, m`ont sauté aux yeux et bien fait réfléchir.
Qui a tué Palomino Molero? (Mario Vargas Llosa)
Le titre indique bien le sujet: un meurtre à élucider. Or, ce n`est pas tant un roman policier, bien que ça en ait le rythme, qu`un portrait de la violence et de la misère ordinaires de bien des anciennes dictatures sud-américaines. Et cette fois-ci, c`est bien écrit (ou bien traduit).
La concubine de St-Augustin et autres nouvelles (John Updike)
Il est rare que je me trompe en choisissant un livre. C`est d`autant plus dommage que c`est la première fois que je m`attaquais à cet auteur. Je lui donnerai sans doute une autre chance. Mais ce n`est pas pour demain. Je crois que nous n`avons pas la même vision de la nouvelle. En tout cas, il n`a pas étudié ce genre littéraire en 4e secondaire au Québec.
Petite philosophie de l`amour (Alain de Botton)
Quand je suis tombé sur ce roman de mon thérapeute de voyage, je n`ai pas pu résister. Savoureux, intelligent, mais exigeant, c`est à la fois un roman et un traité de philopsophie. Comme d`habitude, c`est très bien vulgarisé, plein d`humour et de psychologie. Tous les amoureux, spécialement les malheureux, devraient lire ce bouquin.
Meurtriers sans visage (Henning Mankell)
On me casse les oreilles avec cet auteur depuis des années. Essaie, c`est différent. Et c`est vrai: on n`a pas souvent un héros policier plein de défauts et qui travaille en équipe. Plutôt rafraîchissant. Et ce bon suspens baigne dans une mordante critique sociale. Yes! J`avais oublié l`incroyable plaisir qu`il y a à lire un roman du genre. Je cite un passage du livre: "Il n`avait jamais été très enclin à la philosophie ni particulièrement éprouvé le besoin de rentrer en lui-même, comme on dit. La vie était faite d`une série de questions d`ordre pratique attendant chacune sa solution. Tout ce qui se situait au-delà était inévitable et ce n`était pas le fait d`y chercher un sens qui n`existait pas, de toute façon, qui changerait grand chose." Voilà le roman policier dans toute sa splendeur: on lit, on ne pense pas, on se laisse porter, c`est tellement loin de la réalité que l`on vit qu`on ne peut pas se remettre en question existentiellement. Maudit que ça fait du bien, malgré les fautes de frappes et de traduction.
Le tunnel (Ernesto Sabato)
Court, violent et efficace. Pas reposant, mais très bien écrit. Un troublant portrait de la dépendance affective version mâle, donc de la possessivité, de la jalousie, du contrôle. Il a écrit ça en 1948. Et c`est son premier roman. Doublement impressionnant!
Amours en fuite (Bernard Schlink)
Un autre exemple, avec Sweig, d`un auteur qui m`avait séduit (avec Le liseur) et que j`avais ensuite perdu de vue. Je le redecouvre ici avec sept nouvelles (enfin des vraies!). Belle plume, personnages attachants et bien explorés. Il y a là des perles de littérature. J`ai dévoré et je me promets de ne plus laisser Schlink de côté.
Hey, Nostradamus (Douglas Coupland)
Ça commence par une fusillade dans une école, mais c`est plus sur Dieu, la foi, la religion, le fanatisme, la mort. Sur l`amour et sur le désespoir aussi. Une chose est sûre: c`est une écriture intelligente, vive, percutante. Et ça bouscule, ça déplace. Quand on ne trouve pas les mots pour dire qu`on a aimé, n`est-ce pas bon signe?
La lucidite (Jose Saramago)
Ardu à lire en raison de la longueur de ses phrases et paragrahes, ce roman, qui se veut une suite à L`aveuglement, n`en demeure pas moins une brillante fable et une caustique réflexion sur la démocratie moderne et sur la tendance naturelle de nos systèmes politiques à glisser vers l`autocratie. Je vous mets l`eau à la bouche? Lors d`une élection nationale, 83% des habitants de la capitale déposent dans les urnes un bulletin de vote blanc... Que fera le gouvernement? Savoureux.
Berlin, mercredi (François Weyergans)
Inégal. Voilà qui résume bien mon impression sur ce roman tantôt mordant, tantôt décousu. Le personnage principal étant un homme qui veut devenir auteur et qui, pour y arriver, tient un journal dans lequel il tergiverse à l`idée de raconter son histoire. On y retrouve les thèmes forts de l`auteur, notamment ceux de la relation père-fils (mieux exploité dans Franz et Francois), des amours compliqués et de la difficulté d`être heureux.
Erasme (Stefan Sweig)
Cette oeuvre est davantage une peinture qu`un roman. Avec une approche circulaire, plutôt que linéaire, l`auteur nous fait le portrait de cet homme étonnant que fut Erasme, et ratisse plus large ne nous dressant une fresque de la Renaissance et de la Réforme. L`intérêt de cette biographie romancée se trouve décuplée lorsqu`on la lit en se souvenant qu`elle fut écrite en 1935. Tout à coup, on y découvre parallèlement l`histoire de la montée du nazisme et, par une clairvoyante anticipation, celle de ses conséquences.
Le livre du rire et de l`oubli (Milan Kundera)
Ce livre est comme un recueil de nouvelles intercalées. Elles parlent de la même chose, mais racontent des histoires différentes. Kundera fait appel à la fiction et à sa vie personnelle pour nous amener à repenser nos liens avec nos souvenirs passés et nos espoirs futurs, tout en interrogeant notre relation au présent. Encore une oeuvre touffue, dérangeante où tout est remis en question: l`amour, la sexualité, la politique. On aime ou on n`aime pas. Pour moi, une chose est certaine: Kundera est la révélation de mon année littéraire!
4 commentaires:
Tu es assurément un critique littéraire qui donne le goût de lire! D'autant plus que je n'ai jamais exploré aucun de ses auteurs... Je garderai précieusement cette liste. Qui sait, peut-être aurais-je le temps d'en lire au moins un d'ici que mon petit dernier ait 5 ans!
Oups, j'ai fait une faute dans mon message! Ce n'est pas "ses auteurs", mais "ces auteurs". J,aivais justement le petit dernier dans les bras...
Mathieu,
à Montpellier, j'ai lu "Les particules élémentaires" de Michel Houellebecq.
C'est un roman impur, d'une froideur kafkaienne où on parle de fraternité et de distance familiale, de science et de sexe.
Ça dérange la tête, mais pourtant, ça m'a intrigué.
Mathieu, je ne sais pas si tu me liras (je suis drôlement en retard), mais puisque tu aimes Mario Vargas LLosa, sache que son écriture en espagnol n'est pas qu'ordinaire. D'autres romans de lui que je te recommande fortement: La ville et les chiens (un de ses premiers, mais quelle oeuvre!) et un plus récent: La fête du bouc. Et d'autres auteurs hispaniques à lire absolument: Carlos Fuentes (Mexique), Julio Cortazar (Argentine) pour ses contes fantastiques hallucinants, et je m'arrête ici. De mon côté, je prends note de tes suggestions. À la prochaine.
Louise
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