vendredi 14 décembre 2007

Conversations parisiennes

Et cette fois-ci, tout est véridique!

Air France

Nous déambulons sur l`Avenue de Rennes, direction Saint-Germain-les-Prés. Alors que nous passons près d`un comptoir d`Air France, j`aperçois en vitrine qu`on s`y occupe aussi des produits KLM, notre transporteur aérien. Chic!

"Bonjour, comment puis-je vous aider?", me demande la souriante préposée.

"Vous vendez aussi pour KLM, n`est-ce pas?", lui réponds-je, prudent.

"Bien sûr, Monsieur!" me lance-t-elle, enthousiaste.

"Nous devons faire changer la date de nos billets de retour pour le Canada. Elle est présentement fixée au 12 février parce que lors de l`achat en avril dernier, les horaires pour juin 2008 n`étaient pas encore disponibles. Pouvez-vous effectuer ce changement?", l`interroge-je.

"Ohhhhhhhhhh!!!!!!!!! Je vais voir ce que je peux faire...", me dit-elle d`une voix tout à coup perplexe, tout en se tournant vers sa superviseure qui semble tout aussi troublée.

"Je vais essayer ceci." declare-t-elle, incertaine, en entrant le numéro de nos billets.

"Voilà, je vois. Vous êtes bien dans le système. Maintenant, hum... Voyons... Pour changer... Non... Ça ne fonctionne pas de cette façon...", m`explique-t-elle au fur et à mesure que ses tentatives échouent. Son sourire s`est crispé quelque peu, me semble-t-il. Et je commence à me demander, s`il ne serait pas mieux de laisser tomber.

"Essayez avec le 17200...", lui ordonne sa superviseure, penchant son regard nerveux sur l`écran.

"Non... Non... Je ne le sens pas... Je ne le sens pas." finit-elle par conclure.

Je ne sais pas si les ondes cosmiques étaient brouillées ou si Mars est en ascendant dans la deuxième maison en compagnie de Vénus, mais, devant son écran plasma, elle ne le sentait pas!


Le guichet automatique

Je suis à attendre mon tour pour retirer quelques euros d`un guichet. Devant moi, un homme attend, une femme est à faire sa transaction.

Voici qu`un monsieur s`approche.

Du regard, il m`interroge: est-ce la file pour le guichet?
Je confirme de la tête: c`est cela même.

Passant du non-verbal à la langue de Molière, il me lance, sur un ton à la fois de connivence et de révolte:
"Non, mais! Ce n`est pas possible! A quoi pensent-ils? Il faudrait faire une pétition!"

La révolution française est décidément un mode de vie.


L`homme d`expérience

Nous sommes dans une librairie, Place des Abbesses, à acheter des cartes postales du Montmartre.

"Ça fera 2 euros, jeune fille!", d`annoncer le propriétaire à ma douce de 37 ans dont le sourire ravi a transfiguré le visage légèrement rosi.

"Eh bien, voilà un bout qu`on t`a pas dit ça!", me suis-je exclamé!

"Qu`attendez-vous?", a répliqué le sexagénaire, goguenard, et peut-être libidineux.

"Je le ferai dès ce soir, monsieur!", ai-je répondu, fier de mon privilège.

"Et pourquoi si tard?", a-t-il conclu, me clouant définitivement le bec.


L`Etamine

Peu après notre visite au Musée Picasso, nous nous promenons dans le Marais à la recherche d`un restaurant abordable pour y dîner... euh non... y déjeuner... enfin, je veux dire y prendre le repas du midi. Dans le secteur gay, nous trouvons un restaurant au nom aussi floral qu`évocateur de la virilité mâle. Après avoir savouré un succulent sandwich à l`agneau sur pain suédois et garni de tomates et de crème fraîche, nous engageons la conversation avec les gentils propriétaires.

Comme nous sommes les seuls clients et que par ailleurs nous avons trouvé notre repas délicieux, j`ose demander si leurs affaires marchent bien. S`en suit une discussion des plus intéressantes dont voici les faits saillants.


"Vous savez, les Parisiens sont bien difficiles à satisfaire côté resto. D`abord, ils ont l`embarras du choix. Et ils ont de drôles de comportements. Tenez, pendant la Coupe du monde de rugby ou durant la présidentielle, personne ne sortait. Tout le monde restait rivé sur à l`écran de télé.", dit le grand mince.
"Ensuite, ils ne veulent rien savoir de la cuisine française. Ce n`est pas très tendance. Présentement, la mode est à l`asiatique. Les Chinois, les Thaï, les Vietnamiens, les Indiens.", ajoute le plus petit.

"Oui, je comprends, mais vous êtes quand même dans le Marais, un des deux quartiers les plus hip de Paris.", dis-je.

"Sauf qu`on n`a pas de terrasse. Il faut comprendre que les Parisiens ne vont pas au restaurant pour manger. Ils y vont pour se faire voir.", explique le court.
"Regardez, l`hiver dernier a été très doux. Et nos affaires ont été très mauvaises. Les gens voulaient manger à l`extérieur.", surenchère le longiligne.

"Etes-vous dans un guide? Je suppose que c`est le rêve de tout restaurateur.", que je leur lance.

"Oui, bien sûr. Or, les guides ne misent pas sur les nouveaux restaurants, car ils peuvent fermer à tout moment. Ils ne veulent pas annoncer un endroit qui risque de faire faillite. Nous avons deux ans d`existence. C`est bien peu à Paris. Avant cinq ans, rien n`est assuré. Et encore.", élabore le fanal.
"Nous recevons des touristes bien sûr. Mais, c`est souvent un peu par hasard, car nous ne sommes pas sur la grande artère. Les Anglais sont merveilleux: ils sont enthousiastes avant même d`avoir reçu leur repas. Alors que les Parisiens ne font que critiquer. Pas un sourire, pas un merci.", de spécifier le modèle réduit.

"Je ne veux pas faire preuve d`impolitesse, mais profitez-vous du créneau gay puisque vous êtes dans le quartier?", que je risque.

"Ah non, nous sommes complètement off. Le quartier gay termine sur la rue à côté!" d`énoncer le diminutif.
"Par contre, ici c`est une rue lesbienne.", précise l`élancé.

Nous aurions poursuivi cette discussion pendant encore un bout. Or, à ce moment-là, est entré un ami qui, après les salutations d`usage, nous a fait sa critique personnelle du prochain disque de Madonna, qu`il venait d`écouter en version piratée sur internet... Là-dessus, y`a pas à se tromper: peu importe le resto, pour les hommes en rose, la diva est toujours au menu.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Pas grand chose à ajouter la dessus à part que tu es aussi plaisant que toujours à lire mon cher!!

A+