Revue de l`an 2007
Du moins, de la moitié de l`année. Enfin, des cinq derniers mois. Ok, en cette fin de première partie européenne... Bref, un palmarès du meilleur et du pire, depuis notre départ.
Ville à visiter
1. Berlin
2. Vienne
3. Amsterdam
Villes à habiter
1. Montpellier
2. Barcelone
3. Budapest
Villes les plus déprimantes
1. Bucarest
2. Bratislava
3. Brasov
Ville la plus propre
* Vienne
Peintres découverts... et appréciés
1. Marc Chagall
2. Egon Schiele
3. Peter Bruegel l'Ancien
Auteurs explorés... et adorés
1. Milan Kundera
2. Stefan Sweig
3. Henning Mankel
Autres artistes à l`honneur
1. L`architecture d`Antoni Gaudi
2. Les posters polonais de Sebastian Kubica et de Tomasz Boguslawski
3. Les chansons de Georges Brassens et de Jacques Brel
Journées inoubliables
1. L`enlèvement du platre de Caroline
2. Visite guidée de six heures dans Berlin
3. Visite des monastères orthodoxes colorés de la Roumanie
4. Visite au bain Széchenyi de Budapest
5. Visites de Buchenwald et d`Auschwitz
Rip off et autres déceptions
1. Le Zimny Stadion de Bratislava (laid, petit et sans grand hommage à Peter Statsny)
2. La poste roumaine (pour l`ensemble de son oeuvre)
3. L`anglais du personnel de la santé en Bulgarie (Sixty days, sixty days, sixty days)
3. Le Musée Freud à Vienne (sans divan rouge)
Expériences culinaires
1. Savourer la salade grecque (de Veliko Tarnovo en... Bulgarie)
2. Apprendre à faire de la soupe en voyage (c`est si simple et si réconfortant)
3. Déguster du vin et du chocolat noir quotidiennement (et à petites doses!)
Logements parfaits
1. L`appartement à Sète (pour Annie et la mer)
2. L`appartement à Montpellier (pour Marie-Pierre, Hubert et le dépaysement magrébin)
3. L`appartement à Prague (pour Hanna et ses "petits déjeuners")
Maladies influentes
1. La cheville brisée de Caro
2. L`hypocondrie de Mathieu
3. La maniaco-dépression de Mathieu
4. L`obsession-compulsion de Mathieu
5. La paranoïa de Mathieu
Moments bizarres
1. L`imitation d`une scène de baise par les ados tenant le bar à Vadu Izei
2. L`égarement dans les champs de maïs et la traversée de la rivière... à Vadu Izei
3. La consommation de tripes de boeuf au restaurant à Montpellier
Apprentissages de vie
1. En voyage, comme chez soi, il faut ralentir, ralentir et encore ralentir
2. En voyage, louer un appart est l`hébergement le plus économique et confortable.
3. Les gens généreux existent, il suffit de leur parler pour les découvrir!
Coup de coeur 2007
* Le Nord de la Roumanie (Maramures et Bucovine)
Si nos existences sont dominées par une recherche du bonheur, peu d'activités peut-être révèlent autant de choses sur la dynamique de cette quête - dans toute son ardeur et tous ses paradoxes - que nos voyages. Ils expriment, si mal que ce soit, une compréhension de ce que la vie pourrait être, en dehors des contraintes du travail et de la lutte pour la survie. - Alain De Botton
dimanche 30 décembre 2007
jeudi 27 décembre 2007
Nom d`une pipe! 
Une grosse graisseuse, une Molson et une Kitkat... Oh que non! Que nenni! Pas ici. Les patates frites bien chaudes et fraîches viennent dans un élégant cornet. La bière, une Duvel par exemple, ne goûte pas comme toutes ses voisines de tablette, elle a sa saveur raffinée et son verre assorti. Quant au chocolat, ça n`a rien à voir: que ce soit en plaque, en palet, en forme de coquillage ou en truffe, noir, blanc ou au lait, avec ou sans noisettes, c`est un plaisir divin dont on parle encore des heures plus tard. Ceci n`est pas du fastfood, c`est une dégustation.
La Belgique ne se séparera pas, nos amis de Liège nous l`ont dit. Ça brasse, mais ça ne cassera pas: c`est une affaire d`hommes politiques manipulateurs et de médias irresponsables. Oui, les francophones, désormais plus pauvres, ont été riches, ont dominé et parfois peut-être abusé de leur avantage. Pourtant, il y a trop à perdre pour tout le monde. Et imaginez: le siège de l`Union européenne dans une Bruxelles déchirée, Jérusalem du Vieux Continent. Voyons, ils ne feront pas ça! Celui qui parle n`est pas un Belge, c`est un Wallon.
Il serait dommage que la Belgique se sépare, mais cela pourrait arriver même si je ne le souhaite pas. C`est ce que nous a confié notre amie d`Antwerpen. Ça brasse, et ça ne cessera pas comme ça. C`est une affaire d`hommes politiques manipulateurs et de médias irresponsables, bien entendu. Maintenant, les choses changent et plusieurs croient que nous avons beaucoup à y gagner. Or, les francophones devront négocier car ils ont énormement à perdre. Et imaginez: le siège de l`Union européenne dans une Bruxelles déchirée, Jérusalem du Vieux Continent. Voyons, ils ne feront pas ça! Celui qui parle n`est pas un Belge, c`est un Flamand.

Une grosse graisseuse, une Molson et une Kitkat... Oh que non! Que nenni! Pas ici. Les patates frites bien chaudes et fraîches viennent dans un élégant cornet. La bière, une Duvel par exemple, ne goûte pas comme toutes ses voisines de tablette, elle a sa saveur raffinée et son verre assorti. Quant au chocolat, ça n`a rien à voir: que ce soit en plaque, en palet, en forme de coquillage ou en truffe, noir, blanc ou au lait, avec ou sans noisettes, c`est un plaisir divin dont on parle encore des heures plus tard. Ceci n`est pas du fastfood, c`est une dégustation.
La Belgique ne se séparera pas, nos amis de Liège nous l`ont dit. Ça brasse, mais ça ne cassera pas: c`est une affaire d`hommes politiques manipulateurs et de médias irresponsables. Oui, les francophones, désormais plus pauvres, ont été riches, ont dominé et parfois peut-être abusé de leur avantage. Pourtant, il y a trop à perdre pour tout le monde. Et imaginez: le siège de l`Union européenne dans une Bruxelles déchirée, Jérusalem du Vieux Continent. Voyons, ils ne feront pas ça! Celui qui parle n`est pas un Belge, c`est un Wallon.
Il serait dommage que la Belgique se sépare, mais cela pourrait arriver même si je ne le souhaite pas. C`est ce que nous a confié notre amie d`Antwerpen. Ça brasse, et ça ne cessera pas comme ça. C`est une affaire d`hommes politiques manipulateurs et de médias irresponsables, bien entendu. Maintenant, les choses changent et plusieurs croient que nous avons beaucoup à y gagner. Or, les francophones devront négocier car ils ont énormement à perdre. Et imaginez: le siège de l`Union européenne dans une Bruxelles déchirée, Jérusalem du Vieux Continent. Voyons, ils ne feront pas ça! Celui qui parle n`est pas un Belge, c`est un Flamand. Tintin, Spirou, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, les Schtroumpfs, Boule et Bill, Achille Talon, Bob et Bobette, Bob Morane, Ric Hochet, Natacha, Yoko Tsuno, le Chat, les Tuniques bleues, et tant d`autres... Georges Simenon et Marguerite Yourcenar Justine Henin-Hardenne et Kim Clijsters, Hieronymus Bosch, Peter Paul Rubens, Peter Bruegel et Rene Magritte, Jean-Baptiste "Django" Reinhardt et Jacques Brel. Le Plat Pays? En tout cas, ceci n`est pas un pays plate.
Donc, ceci n`est pas la Belgique... Tout comme d`ailleurs,
vendredi 21 décembre 2007
Courrier du lecteur
Voyager me permet de donner libre cours à ma boulimie littéraire. Vous ne savez pas quoi lire... ou quoi ne pas lire? Il vous reste des cadeaux à acheter. Vous avez reçu des billets verts pour Noël et ne savez quoi en faire? Voici ce qui m`a habité depuis le 1er août... et qui vous plaira peut-être!
Le Paradis... un peu plus loin (Mario Vargas Llosa)
Ce roman porte sur la vie du peintre Paul Gauguin et celle de sa grand-mère Flora Tristan, une féministe, anarchiste, communiste avant l`heure. L`auteur nous fait traverser en leur compagnie les tourments artistiques et politiques du XIXe siècle. Si l`écriture est ordinaire (ou est-ce la traduction?), les deux personnages sont, quant à eux, absolument fascinants.
Le procès (Franz Kafka)
Qu`un roman inachevé, et dont l`ordre des chapitres fait encore controverse, ait pu avoir un tel impact sur le vocabulaire et l`imaginaire collectif en Occident en dit long sur la puissance de l`écriture de cet homme tourmenté. A quoi tient cette universalité? A sa capacité de décrire avec des mots et par anticipation (malgré lui) , ce qui allait être un des sentiments les plus preignants du dernier siècle: celui de l`impuissance devant l`absurdité. Joseph K. est accusé d`un délit si tû par ses détracteurs qu`il semble inventé, à moins que ce ne soit celui même d`exister. Or, voilà que l`innocent, devant l`erreur, l`absence de toute logique, se met à douter de lui-même, à se culpabiliser d`il ne sait trop quoi, jusqu`à en devenir paranoïaque. Faible devant le système, ignorant de la procédure, vulnérable dans son anonymat, sa vie devient la fable de tous ceux qui ont été victimes des régimes totalitaires et, certains diront, de n`importe quelle oppression, même de celles que nous nous imposons à nous-même. Plaisant à lire? Pas du tout.
Le brave soldat Chvéïk suivi des
Nouvelles aventures du brave soldat Chvéïk (Jaroslav Hašek)
A vos ordres, je vous déclare avec obéissance que Chvéïk est un imbécile... et que son créateur est un génie. Comparé à Don Quichotte, ce soldat anti-militariste qui dénonce, souvent malgré lui, l`absurdité de la Première Guerre Mondiale, et par le fait même celle de toute guerre, est devenu non seulement un héros national tchèque, mais une icône dans tous les pays d`Europe de l`Est. Le récit, léger et satirique à souhait, se veut une charge contre toutes les insitutions autoritaires: l`Empire, l`Eglise, l`Armée. Vous avez vu les films de Charlie Chaplin sur la Grande Guerre? En voici une version littéraire made in Tcheky.
La vie est ailleurs (Milan Kundera)
Le roman débute par longue et savoureuse moquerie de la relation fusionnelle mère-fils. Puis, peu à peu, le ton change et le propos se complexifie. D`une réflexion sur l`art et ses liens avec la politique (ici communiste, mais ce pourrait être une autre), l`auteur en vient à dénoncer tout lyrisme, celui de la poésie et de la jeunesse, tout comme celui des systèmes idéologiques qui leur sont si semblables. Celui qui tue. Voilà une méditation troublante et un petit bijou littéraire.
Le château (Franz Kafka)
Bien qu`également inachevé, cette oeuvre est bien plus "finie" que Le procès. Ici, K. le géomètre se présente comme un dérangeant survenant cherchant à s`intégrer. L`ennemi prend encore la forme d`une insaisissable bureaucratie. Le récit est une longue (et parfois pénible) avancée inexorable vers l`échec. Plus le "héros" s`efforce de réussir, plus il s`éloigne de son but. Du début à la fin, sa situation ne fait qu`empirer. Cette fois, on peut parler d`une parabole sur l`envahissement du désespoir et sur le doute qui devient total. A peine plus réjouissant à lire que son pendant judiciaire! Se frotter à Kafka n`est décidément pas une activité épicurienne.
Alice au Pays des Merveilles suivi de
De l`autre côté du miroir (Lewis Carroll)
Il est plus intéressant de lire des analyses des deux "contes" qu`agréable de plonger dans ceux-ci comme tel. Idéalement, il faut les lire en anglais, car il devient très lourd de devoir constamment réferer aux notes en bas de pages pour comprendre les jeux de mots intraduisibles qui sont au coeur même du propos de l`auteur sur la logique de la communication.
Parfois je ris tout seul (Jean-Paul Dubois)
Bien que ce soit de courts textes tenant en une page chacun, on retrouve le même humour noir propre à l`oeuvre romanesque de Dubois. Il faut cependant aimer le cynisme et l`ironie... Et ici, j`ai été servi à souhait. De cet auteur, je ne me lasse pas. A chacun sa façon de rire, c`est le cas de le dire!
La plaisanterie (Milan Kundera)
Voilà sans doute ce que j`ai lu de plus puissant depuis mon départ, ce qui entre dans les meilleures pages que j`ai parcourues depuis ma naissance. Ce roman est une réflexion profonde sur la vérité et le mensonge, sur la peur et l`ignorance, sur le pardon et la rancune, sur l`idéal et l`approbation, sur la culpabilité et le repentir, sur la foi et la trahison. Bref, sur sur le bien et le mal, mais surtout sur leur relativité, du moins temporelle, et donc sur notre fragilité. Cet auteur est un pur génie. Et ce livre, un incontournable chef-d`oeuvre.
Vingt-quatre heures dans la vie d`une femme (Stefan Zweig)
Voila un auteur que j`avais découvert (Le joueur d`échec), adoré... et oublié d`explorer. Quelle erreur! Heureusement, je viens de me reprendre! Le roman, qui se veut très introspectif, aborde un sujet cher à l`auteur: la complexité des relations humaines, et ici plus particulièrement autour des thèmes du coup de foudre et de la dépendance. Et c`est si bien écrit!
La confusion des sentiments (Stefan Zweig)
Encore meilleur à mon avis que le précédent, ce roman, toujours sur un ton très psychologique, touche à la relation père-fils, à la passion pour la connaissance et à un troisième aspect que je ne peux révéler pour ne pas gâcher la lecture. La trajectoire dramatique ascendante du récit est poignante. Encore une fois, Sweig maîtrise la plume de façon magistrale.
Rire et pleurer (François Weyergans)
Au autre grand cynique, à la Jean-Paul Dubois. Un autre homme désabusé. Une autre crise de l`âge adulte et de l`amour humain. Un autre petit roman qui fait sourire parfois de joie, souvent de tristesse. Faut aimer le genre. J`en connais qui haïssent (salutations à mes amis du Bookclub). Moi, je rafole.
Les Français aussi ont un accent (Jean-Benoit Nadeau)
Loins d`être aride ou ennuyeux, cet essai d`un Québécois chargé d`étudier la France se mondialisant est très drôle, plein d`observations intelligentes, et devrait être lu par tous les Québécois s`intéressant à la France... et par tous les Français suffisamment modestes pour se regarder. Il faudrait qu`un Français fasse la même chose pour nous et sur le même ton: à la fois amoureux et lucide.
Professeur de désir (Philip Roth)
Malgré le titre, et sa réputation, Roth ne se fait pas très pervers dans ce roman qui n`est d`ailleurs pas son meilleur. Cependant, ses propos sur l`éducation et sur Kafka valent à eux seuls la lecture. Les parallèles entre l`enseignement la littérature et de la religion, auxquels je crois beaucoup, m`ont sauté aux yeux et bien fait réfléchir.
Qui a tué Palomino Molero? (Mario Vargas Llosa)
Le titre indique bien le sujet: un meurtre à élucider. Or, ce n`est pas tant un roman policier, bien que ça en ait le rythme, qu`un portrait de la violence et de la misère ordinaires de bien des anciennes dictatures sud-américaines. Et cette fois-ci, c`est bien écrit (ou bien traduit).
La concubine de St-Augustin et autres nouvelles (John Updike)
Il est rare que je me trompe en choisissant un livre. C`est d`autant plus dommage que c`est la première fois que je m`attaquais à cet auteur. Je lui donnerai sans doute une autre chance. Mais ce n`est pas pour demain. Je crois que nous n`avons pas la même vision de la nouvelle. En tout cas, il n`a pas étudié ce genre littéraire en 4e secondaire au Québec.
Petite philosophie de l`amour (Alain de Botton)
Quand je suis tombé sur ce roman de mon thérapeute de voyage, je n`ai pas pu résister. Savoureux, intelligent, mais exigeant, c`est à la fois un roman et un traité de philopsophie. Comme d`habitude, c`est très bien vulgarisé, plein d`humour et de psychologie. Tous les amoureux, spécialement les malheureux, devraient lire ce bouquin.
Meurtriers sans visage (Henning Mankell)
On me casse les oreilles avec cet auteur depuis des années. Essaie, c`est différent. Et c`est vrai: on n`a pas souvent un héros policier plein de défauts et qui travaille en équipe. Plutôt rafraîchissant. Et ce bon suspens baigne dans une mordante critique sociale. Yes! J`avais oublié l`incroyable plaisir qu`il y a à lire un roman du genre. Je cite un passage du livre: "Il n`avait jamais été très enclin à la philosophie ni particulièrement éprouvé le besoin de rentrer en lui-même, comme on dit. La vie était faite d`une série de questions d`ordre pratique attendant chacune sa solution. Tout ce qui se situait au-delà était inévitable et ce n`était pas le fait d`y chercher un sens qui n`existait pas, de toute façon, qui changerait grand chose." Voilà le roman policier dans toute sa splendeur: on lit, on ne pense pas, on se laisse porter, c`est tellement loin de la réalité que l`on vit qu`on ne peut pas se remettre en question existentiellement. Maudit que ça fait du bien, malgré les fautes de frappes et de traduction.
Le tunnel (Ernesto Sabato)
Court, violent et efficace. Pas reposant, mais très bien écrit. Un troublant portrait de la dépendance affective version mâle, donc de la possessivité, de la jalousie, du contrôle. Il a écrit ça en 1948. Et c`est son premier roman. Doublement impressionnant!
Amours en fuite (Bernard Schlink)
Un autre exemple, avec Sweig, d`un auteur qui m`avait séduit (avec Le liseur) et que j`avais ensuite perdu de vue. Je le redecouvre ici avec sept nouvelles (enfin des vraies!). Belle plume, personnages attachants et bien explorés. Il y a là des perles de littérature. J`ai dévoré et je me promets de ne plus laisser Schlink de côté.
Hey, Nostradamus (Douglas Coupland)
Ça commence par une fusillade dans une école, mais c`est plus sur Dieu, la foi, la religion, le fanatisme, la mort. Sur l`amour et sur le désespoir aussi. Une chose est sûre: c`est une écriture intelligente, vive, percutante. Et ça bouscule, ça déplace. Quand on ne trouve pas les mots pour dire qu`on a aimé, n`est-ce pas bon signe?
La lucidite (Jose Saramago)
Ardu à lire en raison de la longueur de ses phrases et paragrahes, ce roman, qui se veut une suite à L`aveuglement, n`en demeure pas moins une brillante fable et une caustique réflexion sur la démocratie moderne et sur la tendance naturelle de nos systèmes politiques à glisser vers l`autocratie. Je vous mets l`eau à la bouche? Lors d`une élection nationale, 83% des habitants de la capitale déposent dans les urnes un bulletin de vote blanc... Que fera le gouvernement? Savoureux.
Berlin, mercredi (François Weyergans)
Inégal. Voilà qui résume bien mon impression sur ce roman tantôt mordant, tantôt décousu. Le personnage principal étant un homme qui veut devenir auteur et qui, pour y arriver, tient un journal dans lequel il tergiverse à l`idée de raconter son histoire. On y retrouve les thèmes forts de l`auteur, notamment ceux de la relation père-fils (mieux exploité dans Franz et Francois), des amours compliqués et de la difficulté d`être heureux.
Erasme (Stefan Sweig)
Cette oeuvre est davantage une peinture qu`un roman. Avec une approche circulaire, plutôt que linéaire, l`auteur nous fait le portrait de cet homme étonnant que fut Erasme, et ratisse plus large ne nous dressant une fresque de la Renaissance et de la Réforme. L`intérêt de cette biographie romancée se trouve décuplée lorsqu`on la lit en se souvenant qu`elle fut écrite en 1935. Tout à coup, on y découvre parallèlement l`histoire de la montée du nazisme et, par une clairvoyante anticipation, celle de ses conséquences.
Le livre du rire et de l`oubli (Milan Kundera)
Ce livre est comme un recueil de nouvelles intercalées. Elles parlent de la même chose, mais racontent des histoires différentes. Kundera fait appel à la fiction et à sa vie personnelle pour nous amener à repenser nos liens avec nos souvenirs passés et nos espoirs futurs, tout en interrogeant notre relation au présent. Encore une oeuvre touffue, dérangeante où tout est remis en question: l`amour, la sexualité, la politique. On aime ou on n`aime pas. Pour moi, une chose est certaine: Kundera est la révélation de mon année littéraire!
Voyager me permet de donner libre cours à ma boulimie littéraire. Vous ne savez pas quoi lire... ou quoi ne pas lire? Il vous reste des cadeaux à acheter. Vous avez reçu des billets verts pour Noël et ne savez quoi en faire? Voici ce qui m`a habité depuis le 1er août... et qui vous plaira peut-être!
Le Paradis... un peu plus loin (Mario Vargas Llosa)
Ce roman porte sur la vie du peintre Paul Gauguin et celle de sa grand-mère Flora Tristan, une féministe, anarchiste, communiste avant l`heure. L`auteur nous fait traverser en leur compagnie les tourments artistiques et politiques du XIXe siècle. Si l`écriture est ordinaire (ou est-ce la traduction?), les deux personnages sont, quant à eux, absolument fascinants.
Le procès (Franz Kafka)
Qu`un roman inachevé, et dont l`ordre des chapitres fait encore controverse, ait pu avoir un tel impact sur le vocabulaire et l`imaginaire collectif en Occident en dit long sur la puissance de l`écriture de cet homme tourmenté. A quoi tient cette universalité? A sa capacité de décrire avec des mots et par anticipation (malgré lui) , ce qui allait être un des sentiments les plus preignants du dernier siècle: celui de l`impuissance devant l`absurdité. Joseph K. est accusé d`un délit si tû par ses détracteurs qu`il semble inventé, à moins que ce ne soit celui même d`exister. Or, voilà que l`innocent, devant l`erreur, l`absence de toute logique, se met à douter de lui-même, à se culpabiliser d`il ne sait trop quoi, jusqu`à en devenir paranoïaque. Faible devant le système, ignorant de la procédure, vulnérable dans son anonymat, sa vie devient la fable de tous ceux qui ont été victimes des régimes totalitaires et, certains diront, de n`importe quelle oppression, même de celles que nous nous imposons à nous-même. Plaisant à lire? Pas du tout.
Le brave soldat Chvéïk suivi des
Nouvelles aventures du brave soldat Chvéïk (Jaroslav Hašek)
A vos ordres, je vous déclare avec obéissance que Chvéïk est un imbécile... et que son créateur est un génie. Comparé à Don Quichotte, ce soldat anti-militariste qui dénonce, souvent malgré lui, l`absurdité de la Première Guerre Mondiale, et par le fait même celle de toute guerre, est devenu non seulement un héros national tchèque, mais une icône dans tous les pays d`Europe de l`Est. Le récit, léger et satirique à souhait, se veut une charge contre toutes les insitutions autoritaires: l`Empire, l`Eglise, l`Armée. Vous avez vu les films de Charlie Chaplin sur la Grande Guerre? En voici une version littéraire made in Tcheky.
La vie est ailleurs (Milan Kundera)
Le roman débute par longue et savoureuse moquerie de la relation fusionnelle mère-fils. Puis, peu à peu, le ton change et le propos se complexifie. D`une réflexion sur l`art et ses liens avec la politique (ici communiste, mais ce pourrait être une autre), l`auteur en vient à dénoncer tout lyrisme, celui de la poésie et de la jeunesse, tout comme celui des systèmes idéologiques qui leur sont si semblables. Celui qui tue. Voilà une méditation troublante et un petit bijou littéraire.
Le château (Franz Kafka)
Bien qu`également inachevé, cette oeuvre est bien plus "finie" que Le procès. Ici, K. le géomètre se présente comme un dérangeant survenant cherchant à s`intégrer. L`ennemi prend encore la forme d`une insaisissable bureaucratie. Le récit est une longue (et parfois pénible) avancée inexorable vers l`échec. Plus le "héros" s`efforce de réussir, plus il s`éloigne de son but. Du début à la fin, sa situation ne fait qu`empirer. Cette fois, on peut parler d`une parabole sur l`envahissement du désespoir et sur le doute qui devient total. A peine plus réjouissant à lire que son pendant judiciaire! Se frotter à Kafka n`est décidément pas une activité épicurienne.
Alice au Pays des Merveilles suivi de
De l`autre côté du miroir (Lewis Carroll)
Il est plus intéressant de lire des analyses des deux "contes" qu`agréable de plonger dans ceux-ci comme tel. Idéalement, il faut les lire en anglais, car il devient très lourd de devoir constamment réferer aux notes en bas de pages pour comprendre les jeux de mots intraduisibles qui sont au coeur même du propos de l`auteur sur la logique de la communication.
Parfois je ris tout seul (Jean-Paul Dubois)
Bien que ce soit de courts textes tenant en une page chacun, on retrouve le même humour noir propre à l`oeuvre romanesque de Dubois. Il faut cependant aimer le cynisme et l`ironie... Et ici, j`ai été servi à souhait. De cet auteur, je ne me lasse pas. A chacun sa façon de rire, c`est le cas de le dire!
La plaisanterie (Milan Kundera)
Voilà sans doute ce que j`ai lu de plus puissant depuis mon départ, ce qui entre dans les meilleures pages que j`ai parcourues depuis ma naissance. Ce roman est une réflexion profonde sur la vérité et le mensonge, sur la peur et l`ignorance, sur le pardon et la rancune, sur l`idéal et l`approbation, sur la culpabilité et le repentir, sur la foi et la trahison. Bref, sur sur le bien et le mal, mais surtout sur leur relativité, du moins temporelle, et donc sur notre fragilité. Cet auteur est un pur génie. Et ce livre, un incontournable chef-d`oeuvre.
Vingt-quatre heures dans la vie d`une femme (Stefan Zweig)
Voila un auteur que j`avais découvert (Le joueur d`échec), adoré... et oublié d`explorer. Quelle erreur! Heureusement, je viens de me reprendre! Le roman, qui se veut très introspectif, aborde un sujet cher à l`auteur: la complexité des relations humaines, et ici plus particulièrement autour des thèmes du coup de foudre et de la dépendance. Et c`est si bien écrit!
La confusion des sentiments (Stefan Zweig)
Encore meilleur à mon avis que le précédent, ce roman, toujours sur un ton très psychologique, touche à la relation père-fils, à la passion pour la connaissance et à un troisième aspect que je ne peux révéler pour ne pas gâcher la lecture. La trajectoire dramatique ascendante du récit est poignante. Encore une fois, Sweig maîtrise la plume de façon magistrale.
Rire et pleurer (François Weyergans)
Au autre grand cynique, à la Jean-Paul Dubois. Un autre homme désabusé. Une autre crise de l`âge adulte et de l`amour humain. Un autre petit roman qui fait sourire parfois de joie, souvent de tristesse. Faut aimer le genre. J`en connais qui haïssent (salutations à mes amis du Bookclub). Moi, je rafole.
Les Français aussi ont un accent (Jean-Benoit Nadeau)
Loins d`être aride ou ennuyeux, cet essai d`un Québécois chargé d`étudier la France se mondialisant est très drôle, plein d`observations intelligentes, et devrait être lu par tous les Québécois s`intéressant à la France... et par tous les Français suffisamment modestes pour se regarder. Il faudrait qu`un Français fasse la même chose pour nous et sur le même ton: à la fois amoureux et lucide.
Professeur de désir (Philip Roth)
Malgré le titre, et sa réputation, Roth ne se fait pas très pervers dans ce roman qui n`est d`ailleurs pas son meilleur. Cependant, ses propos sur l`éducation et sur Kafka valent à eux seuls la lecture. Les parallèles entre l`enseignement la littérature et de la religion, auxquels je crois beaucoup, m`ont sauté aux yeux et bien fait réfléchir.
Qui a tué Palomino Molero? (Mario Vargas Llosa)
Le titre indique bien le sujet: un meurtre à élucider. Or, ce n`est pas tant un roman policier, bien que ça en ait le rythme, qu`un portrait de la violence et de la misère ordinaires de bien des anciennes dictatures sud-américaines. Et cette fois-ci, c`est bien écrit (ou bien traduit).
La concubine de St-Augustin et autres nouvelles (John Updike)
Il est rare que je me trompe en choisissant un livre. C`est d`autant plus dommage que c`est la première fois que je m`attaquais à cet auteur. Je lui donnerai sans doute une autre chance. Mais ce n`est pas pour demain. Je crois que nous n`avons pas la même vision de la nouvelle. En tout cas, il n`a pas étudié ce genre littéraire en 4e secondaire au Québec.
Petite philosophie de l`amour (Alain de Botton)
Quand je suis tombé sur ce roman de mon thérapeute de voyage, je n`ai pas pu résister. Savoureux, intelligent, mais exigeant, c`est à la fois un roman et un traité de philopsophie. Comme d`habitude, c`est très bien vulgarisé, plein d`humour et de psychologie. Tous les amoureux, spécialement les malheureux, devraient lire ce bouquin.
Meurtriers sans visage (Henning Mankell)
On me casse les oreilles avec cet auteur depuis des années. Essaie, c`est différent. Et c`est vrai: on n`a pas souvent un héros policier plein de défauts et qui travaille en équipe. Plutôt rafraîchissant. Et ce bon suspens baigne dans une mordante critique sociale. Yes! J`avais oublié l`incroyable plaisir qu`il y a à lire un roman du genre. Je cite un passage du livre: "Il n`avait jamais été très enclin à la philosophie ni particulièrement éprouvé le besoin de rentrer en lui-même, comme on dit. La vie était faite d`une série de questions d`ordre pratique attendant chacune sa solution. Tout ce qui se situait au-delà était inévitable et ce n`était pas le fait d`y chercher un sens qui n`existait pas, de toute façon, qui changerait grand chose." Voilà le roman policier dans toute sa splendeur: on lit, on ne pense pas, on se laisse porter, c`est tellement loin de la réalité que l`on vit qu`on ne peut pas se remettre en question existentiellement. Maudit que ça fait du bien, malgré les fautes de frappes et de traduction.
Le tunnel (Ernesto Sabato)
Court, violent et efficace. Pas reposant, mais très bien écrit. Un troublant portrait de la dépendance affective version mâle, donc de la possessivité, de la jalousie, du contrôle. Il a écrit ça en 1948. Et c`est son premier roman. Doublement impressionnant!
Amours en fuite (Bernard Schlink)
Un autre exemple, avec Sweig, d`un auteur qui m`avait séduit (avec Le liseur) et que j`avais ensuite perdu de vue. Je le redecouvre ici avec sept nouvelles (enfin des vraies!). Belle plume, personnages attachants et bien explorés. Il y a là des perles de littérature. J`ai dévoré et je me promets de ne plus laisser Schlink de côté.
Hey, Nostradamus (Douglas Coupland)
Ça commence par une fusillade dans une école, mais c`est plus sur Dieu, la foi, la religion, le fanatisme, la mort. Sur l`amour et sur le désespoir aussi. Une chose est sûre: c`est une écriture intelligente, vive, percutante. Et ça bouscule, ça déplace. Quand on ne trouve pas les mots pour dire qu`on a aimé, n`est-ce pas bon signe?
La lucidite (Jose Saramago)
Ardu à lire en raison de la longueur de ses phrases et paragrahes, ce roman, qui se veut une suite à L`aveuglement, n`en demeure pas moins une brillante fable et une caustique réflexion sur la démocratie moderne et sur la tendance naturelle de nos systèmes politiques à glisser vers l`autocratie. Je vous mets l`eau à la bouche? Lors d`une élection nationale, 83% des habitants de la capitale déposent dans les urnes un bulletin de vote blanc... Que fera le gouvernement? Savoureux.
Berlin, mercredi (François Weyergans)
Inégal. Voilà qui résume bien mon impression sur ce roman tantôt mordant, tantôt décousu. Le personnage principal étant un homme qui veut devenir auteur et qui, pour y arriver, tient un journal dans lequel il tergiverse à l`idée de raconter son histoire. On y retrouve les thèmes forts de l`auteur, notamment ceux de la relation père-fils (mieux exploité dans Franz et Francois), des amours compliqués et de la difficulté d`être heureux.
Erasme (Stefan Sweig)
Cette oeuvre est davantage une peinture qu`un roman. Avec une approche circulaire, plutôt que linéaire, l`auteur nous fait le portrait de cet homme étonnant que fut Erasme, et ratisse plus large ne nous dressant une fresque de la Renaissance et de la Réforme. L`intérêt de cette biographie romancée se trouve décuplée lorsqu`on la lit en se souvenant qu`elle fut écrite en 1935. Tout à coup, on y découvre parallèlement l`histoire de la montée du nazisme et, par une clairvoyante anticipation, celle de ses conséquences.
Le livre du rire et de l`oubli (Milan Kundera)
Ce livre est comme un recueil de nouvelles intercalées. Elles parlent de la même chose, mais racontent des histoires différentes. Kundera fait appel à la fiction et à sa vie personnelle pour nous amener à repenser nos liens avec nos souvenirs passés et nos espoirs futurs, tout en interrogeant notre relation au présent. Encore une oeuvre touffue, dérangeante où tout est remis en question: l`amour, la sexualité, la politique. On aime ou on n`aime pas. Pour moi, une chose est certaine: Kundera est la révélation de mon année littéraire!
vendredi 14 décembre 2007
Conversations parisiennes
Et cette fois-ci, tout est véridique!
Air France
Nous déambulons sur l`Avenue de Rennes, direction Saint-Germain-les-Prés. Alors que nous passons près d`un comptoir d`Air France, j`aperçois en vitrine qu`on s`y occupe aussi des produits KLM, notre transporteur aérien. Chic!
"Bonjour, comment puis-je vous aider?", me demande la souriante préposée.
"Vous vendez aussi pour KLM, n`est-ce pas?", lui réponds-je, prudent.
"Bien sûr, Monsieur!" me lance-t-elle, enthousiaste.
"Nous devons faire changer la date de nos billets de retour pour le Canada. Elle est présentement fixée au 12 février parce que lors de l`achat en avril dernier, les horaires pour juin 2008 n`étaient pas encore disponibles. Pouvez-vous effectuer ce changement?", l`interroge-je.
"Ohhhhhhhhhh!!!!!!!!! Je vais voir ce que je peux faire...", me dit-elle d`une voix tout à coup perplexe, tout en se tournant vers sa superviseure qui semble tout aussi troublée.
"Je vais essayer ceci." declare-t-elle, incertaine, en entrant le numéro de nos billets.
"Voilà, je vois. Vous êtes bien dans le système. Maintenant, hum... Voyons... Pour changer... Non... Ça ne fonctionne pas de cette façon...", m`explique-t-elle au fur et à mesure que ses tentatives échouent. Son sourire s`est crispé quelque peu, me semble-t-il. Et je commence à me demander, s`il ne serait pas mieux de laisser tomber.
"Essayez avec le 17200...", lui ordonne sa superviseure, penchant son regard nerveux sur l`écran.
"Non... Non... Je ne le sens pas... Je ne le sens pas." finit-elle par conclure.
Je ne sais pas si les ondes cosmiques étaient brouillées ou si Mars est en ascendant dans la deuxième maison en compagnie de Vénus, mais, devant son écran plasma, elle ne le sentait pas!
Le guichet automatique
Je suis à attendre mon tour pour retirer quelques euros d`un guichet. Devant moi, un homme attend, une femme est à faire sa transaction.
Voici qu`un monsieur s`approche.
Du regard, il m`interroge: est-ce la file pour le guichet?
Je confirme de la tête: c`est cela même.
Passant du non-verbal à la langue de Molière, il me lance, sur un ton à la fois de connivence et de révolte:
"Non, mais! Ce n`est pas possible! A quoi pensent-ils? Il faudrait faire une pétition!"
La révolution française est décidément un mode de vie.
L`homme d`expérience
Nous sommes dans une librairie, Place des Abbesses, à acheter des cartes postales du Montmartre.
"Ça fera 2 euros, jeune fille!", d`annoncer le propriétaire à ma douce de 37 ans dont le sourire ravi a transfiguré le visage légèrement rosi.
"Eh bien, voilà un bout qu`on t`a pas dit ça!", me suis-je exclamé!
"Qu`attendez-vous?", a répliqué le sexagénaire, goguenard, et peut-être libidineux.
"Je le ferai dès ce soir, monsieur!", ai-je répondu, fier de mon privilège.
"Et pourquoi si tard?", a-t-il conclu, me clouant définitivement le bec.
L`Etamine
Peu après notre visite au Musée Picasso, nous nous promenons dans le Marais à la recherche d`un restaurant abordable pour y dîner... euh non... y déjeuner... enfin, je veux dire y prendre le repas du midi. Dans le secteur gay, nous trouvons un restaurant au nom aussi floral qu`évocateur de la virilité mâle. Après avoir savouré un succulent sandwich à l`agneau sur pain suédois et garni de tomates et de crème fraîche, nous engageons la conversation avec les gentils propriétaires.
Comme nous sommes les seuls clients et que par ailleurs nous avons trouvé notre repas délicieux, j`ose demander si leurs affaires marchent bien. S`en suit une discussion des plus intéressantes dont voici les faits saillants.
"Vous savez, les Parisiens sont bien difficiles à satisfaire côté resto. D`abord, ils ont l`embarras du choix. Et ils ont de drôles de comportements. Tenez, pendant la Coupe du monde de rugby ou durant la présidentielle, personne ne sortait. Tout le monde restait rivé sur à l`écran de télé.", dit le grand mince.
"Ensuite, ils ne veulent rien savoir de la cuisine française. Ce n`est pas très tendance. Présentement, la mode est à l`asiatique. Les Chinois, les Thaï, les Vietnamiens, les Indiens.", ajoute le plus petit.
"Oui, je comprends, mais vous êtes quand même dans le Marais, un des deux quartiers les plus hip de Paris.", dis-je.
"Sauf qu`on n`a pas de terrasse. Il faut comprendre que les Parisiens ne vont pas au restaurant pour manger. Ils y vont pour se faire voir.", explique le court.
"Regardez, l`hiver dernier a été très doux. Et nos affaires ont été très mauvaises. Les gens voulaient manger à l`extérieur.", surenchère le longiligne.
"Etes-vous dans un guide? Je suppose que c`est le rêve de tout restaurateur.", que je leur lance.
"Oui, bien sûr. Or, les guides ne misent pas sur les nouveaux restaurants, car ils peuvent fermer à tout moment. Ils ne veulent pas annoncer un endroit qui risque de faire faillite. Nous avons deux ans d`existence. C`est bien peu à Paris. Avant cinq ans, rien n`est assuré. Et encore.", élabore le fanal.
"Nous recevons des touristes bien sûr. Mais, c`est souvent un peu par hasard, car nous ne sommes pas sur la grande artère. Les Anglais sont merveilleux: ils sont enthousiastes avant même d`avoir reçu leur repas. Alors que les Parisiens ne font que critiquer. Pas un sourire, pas un merci.", de spécifier le modèle réduit.
"Je ne veux pas faire preuve d`impolitesse, mais profitez-vous du créneau gay puisque vous êtes dans le quartier?", que je risque.
"Ah non, nous sommes complètement off. Le quartier gay termine sur la rue à côté!" d`énoncer le diminutif.
"Par contre, ici c`est une rue lesbienne.", précise l`élancé.
Nous aurions poursuivi cette discussion pendant encore un bout. Or, à ce moment-là, est entré un ami qui, après les salutations d`usage, nous a fait sa critique personnelle du prochain disque de Madonna, qu`il venait d`écouter en version piratée sur internet... Là-dessus, y`a pas à se tromper: peu importe le resto, pour les hommes en rose, la diva est toujours au menu.
Et cette fois-ci, tout est véridique!
Air France
Nous déambulons sur l`Avenue de Rennes, direction Saint-Germain-les-Prés. Alors que nous passons près d`un comptoir d`Air France, j`aperçois en vitrine qu`on s`y occupe aussi des produits KLM, notre transporteur aérien. Chic!
"Bonjour, comment puis-je vous aider?", me demande la souriante préposée.
"Vous vendez aussi pour KLM, n`est-ce pas?", lui réponds-je, prudent.
"Bien sûr, Monsieur!" me lance-t-elle, enthousiaste.
"Nous devons faire changer la date de nos billets de retour pour le Canada. Elle est présentement fixée au 12 février parce que lors de l`achat en avril dernier, les horaires pour juin 2008 n`étaient pas encore disponibles. Pouvez-vous effectuer ce changement?", l`interroge-je.
"Ohhhhhhhhhh!!!!!!!!! Je vais voir ce que je peux faire...", me dit-elle d`une voix tout à coup perplexe, tout en se tournant vers sa superviseure qui semble tout aussi troublée.
"Je vais essayer ceci." declare-t-elle, incertaine, en entrant le numéro de nos billets.
"Voilà, je vois. Vous êtes bien dans le système. Maintenant, hum... Voyons... Pour changer... Non... Ça ne fonctionne pas de cette façon...", m`explique-t-elle au fur et à mesure que ses tentatives échouent. Son sourire s`est crispé quelque peu, me semble-t-il. Et je commence à me demander, s`il ne serait pas mieux de laisser tomber.
"Essayez avec le 17200...", lui ordonne sa superviseure, penchant son regard nerveux sur l`écran.
"Non... Non... Je ne le sens pas... Je ne le sens pas." finit-elle par conclure.
Je ne sais pas si les ondes cosmiques étaient brouillées ou si Mars est en ascendant dans la deuxième maison en compagnie de Vénus, mais, devant son écran plasma, elle ne le sentait pas!
Le guichet automatique
Je suis à attendre mon tour pour retirer quelques euros d`un guichet. Devant moi, un homme attend, une femme est à faire sa transaction.
Voici qu`un monsieur s`approche.
Du regard, il m`interroge: est-ce la file pour le guichet?
Je confirme de la tête: c`est cela même.
Passant du non-verbal à la langue de Molière, il me lance, sur un ton à la fois de connivence et de révolte:
"Non, mais! Ce n`est pas possible! A quoi pensent-ils? Il faudrait faire une pétition!"
La révolution française est décidément un mode de vie.
L`homme d`expérience
Nous sommes dans une librairie, Place des Abbesses, à acheter des cartes postales du Montmartre.
"Ça fera 2 euros, jeune fille!", d`annoncer le propriétaire à ma douce de 37 ans dont le sourire ravi a transfiguré le visage légèrement rosi.
"Eh bien, voilà un bout qu`on t`a pas dit ça!", me suis-je exclamé!
"Qu`attendez-vous?", a répliqué le sexagénaire, goguenard, et peut-être libidineux.
"Je le ferai dès ce soir, monsieur!", ai-je répondu, fier de mon privilège.
"Et pourquoi si tard?", a-t-il conclu, me clouant définitivement le bec.
L`Etamine
Peu après notre visite au Musée Picasso, nous nous promenons dans le Marais à la recherche d`un restaurant abordable pour y dîner... euh non... y déjeuner... enfin, je veux dire y prendre le repas du midi. Dans le secteur gay, nous trouvons un restaurant au nom aussi floral qu`évocateur de la virilité mâle. Après avoir savouré un succulent sandwich à l`agneau sur pain suédois et garni de tomates et de crème fraîche, nous engageons la conversation avec les gentils propriétaires.
Comme nous sommes les seuls clients et que par ailleurs nous avons trouvé notre repas délicieux, j`ose demander si leurs affaires marchent bien. S`en suit une discussion des plus intéressantes dont voici les faits saillants.
"Vous savez, les Parisiens sont bien difficiles à satisfaire côté resto. D`abord, ils ont l`embarras du choix. Et ils ont de drôles de comportements. Tenez, pendant la Coupe du monde de rugby ou durant la présidentielle, personne ne sortait. Tout le monde restait rivé sur à l`écran de télé.", dit le grand mince.
"Ensuite, ils ne veulent rien savoir de la cuisine française. Ce n`est pas très tendance. Présentement, la mode est à l`asiatique. Les Chinois, les Thaï, les Vietnamiens, les Indiens.", ajoute le plus petit.
"Oui, je comprends, mais vous êtes quand même dans le Marais, un des deux quartiers les plus hip de Paris.", dis-je.
"Sauf qu`on n`a pas de terrasse. Il faut comprendre que les Parisiens ne vont pas au restaurant pour manger. Ils y vont pour se faire voir.", explique le court.
"Regardez, l`hiver dernier a été très doux. Et nos affaires ont été très mauvaises. Les gens voulaient manger à l`extérieur.", surenchère le longiligne.
"Etes-vous dans un guide? Je suppose que c`est le rêve de tout restaurateur.", que je leur lance.
"Oui, bien sûr. Or, les guides ne misent pas sur les nouveaux restaurants, car ils peuvent fermer à tout moment. Ils ne veulent pas annoncer un endroit qui risque de faire faillite. Nous avons deux ans d`existence. C`est bien peu à Paris. Avant cinq ans, rien n`est assuré. Et encore.", élabore le fanal.
"Nous recevons des touristes bien sûr. Mais, c`est souvent un peu par hasard, car nous ne sommes pas sur la grande artère. Les Anglais sont merveilleux: ils sont enthousiastes avant même d`avoir reçu leur repas. Alors que les Parisiens ne font que critiquer. Pas un sourire, pas un merci.", de spécifier le modèle réduit.
"Je ne veux pas faire preuve d`impolitesse, mais profitez-vous du créneau gay puisque vous êtes dans le quartier?", que je risque.
"Ah non, nous sommes complètement off. Le quartier gay termine sur la rue à côté!" d`énoncer le diminutif.
"Par contre, ici c`est une rue lesbienne.", précise l`élancé.
Nous aurions poursuivi cette discussion pendant encore un bout. Or, à ce moment-là, est entré un ami qui, après les salutations d`usage, nous a fait sa critique personnelle du prochain disque de Madonna, qu`il venait d`écouter en version piratée sur internet... Là-dessus, y`a pas à se tromper: peu importe le resto, pour les hommes en rose, la diva est toujours au menu.
lundi 10 décembre 2007
Paris, prise deux
La première fois que j`ai vraiment voyagé, c`était il y a 10 ans. J`étais allé à deux ou trois occasions dans l`état de New-York, mais ça ne compte pas vraiment. En août 1997, j`ai passé un mois en France avec Caroline. Naturellement, nous sommes atterris à Paris.
Nous y sommes revenus samedi soir. Nous logeons, comme alors, à l`auberge tenue par les Frères des écoles chrétiennes, rue de Sèvres, en plein coeur de la ville. En cette soirée de "retrouvailles à trois", alors que nous quittions le restaurant, je lui ai fait la surprise de lui proposer une marche jusqu`à la Tour Eiffel, toute parée de lumières scintillantes pour Noël. Vous vous dites: "Ah, quel romantique cet homme!" En fait, je voulais réparer le passé...
Mathieu: Te souviens-tu de notre arrivée en 97?
Caroline: Si je m`en souviens... On n`était pas à peine sorti dans la rue que tu es parti presqu`en courant. Tu voulais voir des choses...
M: Ben, c`est normal pour un hyperactif.
C: Oui, je veux bien, mais de là à commencer par les Invalides...
M: C`est le premier panneau touristique qu`on a vu. C`était juste à côté. Tiens, justement, regarde par la droite, au bout de l`avenue...
C: Les Invalides... C`est pas mal plus beau le soir.
M: T`as raison. Surtout que je n`ai jamais rien vu d`aussi laid que le Tombeau de Napoléon qui y gît! Toi, t`aurais voulu faire quoi?
C: Juste marcher, aller prendre un café...
M: Dans ce temps-là, je savais même pas ce que ça voulait dire aller prendre un café... Pis de toute façon, j`aurais sans doute pas été capable de m`asseoir... Finalement, on s`est chicané.
C: On était tous les deux épuisés par le décalage horaire. Et excités à notre manière par Paris.
M: Tu te rappelles, on avait fait une sieste aux Champs de Mars, sans même s`être avancés jusqu`à la Tour Eiffel. On avait carrément dormi par terre sous un arbre.
C: Ça avait fait drôlement du bien. Ça avait sauvé le début du voyage.
M: Oui, après, c`est allé beaucoup mieux.
C: Mieux. Tu m`
as quand même traînée jusqu`au Panthéon.
M: Une autre affaire plate. Je l`avais vraiment pas, hein?
C: Non, pas vraiment, mais tu t`es beaucoup amelioré.
M: Regarde. Les lumières se sont mises à clignoter sur la Tour.
C: C`est beau... Merci Mat.
La première fois que j`ai vraiment voyagé, c`était il y a 10 ans. J`étais allé à deux ou trois occasions dans l`état de New-York, mais ça ne compte pas vraiment. En août 1997, j`ai passé un mois en France avec Caroline. Naturellement, nous sommes atterris à Paris.
Nous y sommes revenus samedi soir. Nous logeons, comme alors, à l`auberge tenue par les Frères des écoles chrétiennes, rue de Sèvres, en plein coeur de la ville. En cette soirée de "retrouvailles à trois", alors que nous quittions le restaurant, je lui ai fait la surprise de lui proposer une marche jusqu`à la Tour Eiffel, toute parée de lumières scintillantes pour Noël. Vous vous dites: "Ah, quel romantique cet homme!" En fait, je voulais réparer le passé...
Mathieu: Te souviens-tu de notre arrivée en 97?Caroline: Si je m`en souviens... On n`était pas à peine sorti dans la rue que tu es parti presqu`en courant. Tu voulais voir des choses...
M: Ben, c`est normal pour un hyperactif.
C: Oui, je veux bien, mais de là à commencer par les Invalides...
M: C`est le premier panneau touristique qu`on a vu. C`était juste à côté. Tiens, justement, regarde par la droite, au bout de l`avenue...
C: Les Invalides... C`est pas mal plus beau le soir.
M: T`as raison. Surtout que je n`ai jamais rien vu d`aussi laid que le Tombeau de Napoléon qui y gît! Toi, t`aurais voulu faire quoi?
C: Juste marcher, aller prendre un café...
M: Dans ce temps-là, je savais même pas ce que ça voulait dire aller prendre un café... Pis de toute façon, j`aurais sans doute pas été capable de m`asseoir... Finalement, on s`est chicané.
C: On était tous les deux épuisés par le décalage horaire. Et excités à notre manière par Paris.
M: Tu te rappelles, on avait fait une sieste aux Champs de Mars, sans même s`être avancés jusqu`à la Tour Eiffel. On avait carrément dormi par terre sous un arbre.
C: Ça avait fait drôlement du bien. Ça avait sauvé le début du voyage.
M: Oui, après, c`est allé beaucoup mieux.
C: Mieux. Tu m`
as quand même traînée jusqu`au Panthéon.M: Une autre affaire plate. Je l`avais vraiment pas, hein?
C: Non, pas vraiment, mais tu t`es beaucoup amelioré.
M: Regarde. Les lumières se sont mises à clignoter sur la Tour.
C: C`est beau... Merci Mat.
vendredi 7 décembre 2007
¿Gaudi?
Quel est le chanteur, la chanteuse ou le groupe que vous aimez le plus? Quel écrivain vous fait vibrer à coup sûr? Qui est votre peintre favori? Quel est le réalisateur dont les films vous épatent le plus?
Vous avez répondu à ces questions au fur et à mesure, et probablement sans trop de difficultés. Essayez celle-ci maintenant: quel est votre architecte préféré? A un ou deux lecteurs près, je vous vois lever les sourcils. On m`aurait posé la question la semaine dernière que j`aurais eu la même réaction.
Pourquoi donc restons-nous sans réponse? Est-ce parce que l`architecture est un art qui voyage mal? Qu`en fait, justement, il faut bien souvent nous-même nous déplacer pour pouvoir l`admirer? Est-ce parce que c´est un art moins populaire? Parce que nous n´avons pas une tradition très riche en ce domaine au Canada? Peu importe.
Nous voici donc à Barcelone où j´ai fait cette rencontre extraordinaire. Je suis tombé en amour. Avec lui. Il s´appelle Gaudi (1852-1926). Ben non, pas Gandhi. Vous allez dire que mes objets de passion ont des noms à résonnance similaire. Hé. Que voulez-vous?
Antoni Gaudi, donc. Un génie. Pour vrai. En effet, de nos jours, on déclare tout génial. Or, le génie n´est pas si commun justement. Pourquoi le Gaudi en question en serait-il un? Je voudrais vous en convaincre. Mais je n´ai pas les mots pour le dire. Il faudrait que vous puissiez le vivre. Car, les photos ne disent pas tout. L´architecture s´adresse à la vue, bien sûr, mais aussi à tout notre corps. C´est sensoriel, global. Ok, les sarcastiques, vous trouvez que je fais psycho-pop. N´empêche. Visiter une maison dessinée par Gaudi, marcher dans le Parc qu´il a conçu, traverser le chantier centenaire et toujours actif de son chef-d´oeuvre inachevé, la Sagrada Familia, sont des expériences indescriptibles.
Quel est le chanteur, la chanteuse ou le groupe que vous aimez le plus? Quel écrivain vous fait vibrer à coup sûr? Qui est votre peintre favori? Quel est le réalisateur dont les films vous épatent le plus?
Vous avez répondu à ces questions au fur et à mesure, et probablement sans trop de difficultés. Essayez celle-ci maintenant: quel est votre architecte préféré? A un ou deux lecteurs près, je vous vois lever les sourcils. On m`aurait posé la question la semaine dernière que j`aurais eu la même réaction.Pourquoi donc restons-nous sans réponse? Est-ce parce que l`architecture est un art qui voyage mal? Qu`en fait, justement, il faut bien souvent nous-même nous déplacer pour pouvoir l`admirer? Est-ce parce que c´est un art moins populaire? Parce que nous n´avons pas une tradition très riche en ce domaine au Canada? Peu importe.
Nous voici donc à Barcelone où j´ai fait cette rencontre extraordinaire. Je suis tombé en amour. Avec lui. Il s´appelle Gaudi (1852-1926). Ben non, pas Gandhi. Vous allez dire que mes objets de passion ont des noms à résonnance similaire. Hé. Que voulez-vous?

Antoni Gaudi, donc. Un génie. Pour vrai. En effet, de nos jours, on déclare tout génial. Or, le génie n´est pas si commun justement. Pourquoi le Gaudi en question en serait-il un? Je voudrais vous en convaincre. Mais je n´ai pas les mots pour le dire. Il faudrait que vous puissiez le vivre. Car, les photos ne disent pas tout. L´architecture s´adresse à la vue, bien sûr, mais aussi à tout notre corps. C´est sensoriel, global. Ok, les sarcastiques, vous trouvez que je fais psycho-pop. N´empêche. Visiter une maison dessinée par Gaudi, marcher dans le Parc qu´il a conçu, traverser le chantier centenaire et toujours actif de son chef-d´oeuvre inachevé, la Sagrada Familia, sont des expériences indescriptibles.
Rarement me suis-je senti ainsi. Qu´y a-t-il de si exceptionnel dans le travail d´Antoni Gaudi? Il s´est inspiré de la nature. Il en fait son sujet d´étude au même titre que l´architecture. La faune et la flore sont devenues ses muses. Il a suivi son intuition lui dictant que l´harmonie des formes et des structures
naturelles pouvaient être utilisées dans la construction de bâtiments et de lieux humains. Cette idée lui a permis "d´inventer" de nouvelles façons de dessiner l´habitat, tant à l´extérieur qu´à l´intérieur. Les résultats sont stupéfiants: écologiques avant l´heure, agréables à l´oeil, confortables pour le corps, apaisants pour l´esprit. Je le répète, j´ai peine à dire son génie. Encore aujourd´hui, son travail fascine autant les esthètes que les physiciens et les mathématiciens.
Comment expliquer le bien-être que j´ai ressenti en marchant dans les endroits qu´il a conçu? Peut-être, encore une fois, que mon thérapeute-philosophe Botton saura nous éclairer?
Le poète Wordsworth affirmait que la nature constituait un remède indispensable aux dégâts psychologiques infligés par la vie urbaine. Ce message se heurta à une vive résistance initiale.
C'était l'effet des villes sur nos âmes plutôt que sur notre santé, qui le préoccupait. Le poète accusait la ville d'engendrer toutes sortes de sentiments destructeurs: anxiété au sujet de notre position dans la hiérarchie sociale, envie à l'égard du succès d'autrui, orgueil et désir de briller aux y
eux d'inconnus. (...) Si bien pourvus qu'ils fussent, ils désiraient sans cesse de nouvelles choses, dont ils n'avaient pas vraiment besoin et dont leur bonheur ne dépendait pas. Et dans ces lieux pleins de gens anxieux, il semblait plus difficile de nouer des relations sincères avec les autres que dans une ferme isolée.
Et pourtant un objet inanimé peut - pour en venir au coeur de l'assertion wordsworthienne sur les effets bénéfiques de la nature - exercer une influence sur nous. Les choses de la nature ont le pouvoir de suggèrer certaines valeurs (les chênes la dignité, les pins la détermination, les lacs la sérénité) et peuvent ainsi nous inciter discrètement à la vertu.
Je crois que l´oeuvre de Gaudi, du fait qu´elle a été à ce point inspirée par la nature, nous permet d´en ressentir l´harmonie et la paix.
naturelles pouvaient être utilisées dans la construction de bâtiments et de lieux humains. Cette idée lui a permis "d´inventer" de nouvelles façons de dessiner l´habitat, tant à l´extérieur qu´à l´intérieur. Les résultats sont stupéfiants: écologiques avant l´heure, agréables à l´oeil, confortables pour le corps, apaisants pour l´esprit. Je le répète, j´ai peine à dire son génie. Encore aujourd´hui, son travail fascine autant les esthètes que les physiciens et les mathématiciens.Comment expliquer le bien-être que j´ai ressenti en marchant dans les endroits qu´il a conçu? Peut-être, encore une fois, que mon thérapeute-philosophe Botton saura nous éclairer?
Le poète Wordsworth affirmait que la nature constituait un remède indispensable aux dégâts psychologiques infligés par la vie urbaine. Ce message se heurta à une vive résistance initiale.
C'était l'effet des villes sur nos âmes plutôt que sur notre santé, qui le préoccupait. Le poète accusait la ville d'engendrer toutes sortes de sentiments destructeurs: anxiété au sujet de notre position dans la hiérarchie sociale, envie à l'égard du succès d'autrui, orgueil et désir de briller aux y
eux d'inconnus. (...) Si bien pourvus qu'ils fussent, ils désiraient sans cesse de nouvelles choses, dont ils n'avaient pas vraiment besoin et dont leur bonheur ne dépendait pas. Et dans ces lieux pleins de gens anxieux, il semblait plus difficile de nouer des relations sincères avec les autres que dans une ferme isolée.Et pourtant un objet inanimé peut - pour en venir au coeur de l'assertion wordsworthienne sur les effets bénéfiques de la nature - exercer une influence sur nous. Les choses de la nature ont le pouvoir de suggèrer certaines valeurs (les chênes la dignité, les pins la détermination, les lacs la sérénité) et peuvent ainsi nous inciter discrètement à la vertu.
Je crois que l´oeuvre de Gaudi, du fait qu´elle a été à ce point inspirée par la nature, nous permet d´en ressentir l´harmonie et la paix.
lundi 3 décembre 2007
Boris et Brassens
En quittant Sète, je ne peux m`empêcher d`avoir une pensée pour ce bon vieux Bobo. Vous le connaissez? C`est peut-être votre ancien prof de math. Moi, il m`a enseigné la physique en 87-88. Tous ceux qui l`ont eu en passant par St-Alexandre au cours des trente dernières années gardent en mémoire des anecdotes incroyables. J`ai les miennes, savoureuses. Vous avez les vôtres, toutes aussi succulentes.
Et pourtant, ce qui me restera le plus de lui ne date pas de cette période passée sur les bancs d`école à le regarder faire le pitre. Non, car j`ai aussi eu le privilège de l`avoir comme collègue pendant les dix dernières années.
Pas toujours facile de travailler avec lui. Il fanfaronne. Il éteint les lumières. Il dit des insanités. Il fait son numéro, tout comme en classe. Impossible de rester indifférent... parce qu`impossible de rester tranquille à ses côtés. Il faut constamment être aux aguets. Que va-t-il dire? Que va-t-il faire? Comment va-t-il vouloir attirer l`attention et nous suprendre?
Pourquoi je pense à lui maintenant? Parce que Sète est la ville natale de Georges Brassens. Et que c`est Boris qui me l`a fait connaître. Comme tant d`autres choses d`ailleurs. Peut-être avez-vous eu la chance d`entrevoir par moments, entre deux équations algébriques, l`immense culture de cet homme et son incroyable passion pour l`existence. Imaginez alors ce que c`est de le côtoyer quelques heures par jour pendant une décennie!
Boris, disais-je, m`a fait découvrir Brassens. Il m`a poussé vers le jazz. M`a fait connaître le romancier William Boyd. Avec lui, j`ai parlé d`histoire des sciences, de philo, de religion, d`éducation, d`art, de voyage. C`est même lui qui m`a donné le meilleur conseil que l`on puisse faire à un jeune prof désemparé et découragé (eh oui, ça m`est déjà arrivé jadis): ce sont les élèves qui doivent souffrir, pas toi. Eux passent, toi tu restes. Et tu es un bon enseignant. Prends soin de toi.
Pourquoi je pense à lui maintenant? Parce que, cette semaine, j`ai croisé Brassens à Sète. Même s`il est mort il y a 25 ans. Et j`ai senti à quel point ils étaient fait sur le même moule. Ils partagent cet amour des mots et ce plaisir de jouer avec eux, d`en trouver des nouveaux et de les faire découvrir à d`autres. Ils ont en commun cette franchise sans censure, un peu baveuse, un peu paillarde, un peu gamine, mais si rafraîchissante, confrontante, stimulante. Ce sont de grands bourrus, qui se donnent des airs de durs, pour cacher une grande sensibilité, et un étonnant romantisme.
Pourquoi j`écris tout ça? Parce que Boris prend sa retraite cette année. Parce que j`aurais voulu le voir faire ses dernières flagosses. Parce que je l`aime bien. Et je sais bien que je ne le verrai plus beaucoup. Il ne participera pas aux activités de fin d`année, sans doute même pas à la fête de reconnaissance pour sa retraite. Il ne peut pas. C`est contre sa nature. Il va se retirer dans ses terres, ne mettra sans doute plus jamais les pieds au collège et ne gardera pas contact avec moi. Je le dis sans amertume. Nous ne sommes pas de la même génération. Je ne suis pas son ami. Nous n`avons pas d`intimité. Notre relation n`a pas été de ce type. Il est resté pour moi un prof, un éternel transmetteur. Je l`ai admiré, il m`a beaucoup appris, il a été une figure intellectuelle importante dans ma vie et ne le sait probablement pas. Je tenais, une fois, à le lui dire.
Merci mon Bo. Profite des mois qui restent. Savoure-les. Car, quoi que tu en dises, ça va te manquer, puisqu`en attendant la camarde, et bien que tu vives ta retraite en éternel estivant sur des airs de fandango, tu seras loin du public qui t`a poussé à être tout un artiste.
Je suis d'la mauvaise herbe
Braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine
Et c'est pas moi qu'on met en gerbes
Je suis d'la mauvaise herbe
Braves gens, braves gens
Je pousse en liberté
Dans les jardins mal fréquentés
La la la la la la la la
La la la la la la la la
Et je m'demande
Pourquoi, Bon Dieu
Ça vous dérange
Que j'vive un peu
Et je m'demande
Pourquoi, Bon Dieu
Ça vous dérange
Que j'vive un peu
Les hommes sont faits, nous dit-on
Pour vivre en bande, comm' les moutons
Moi, j'vis seul, et c'est pas demain
Que je suivrai leur droit chemin
La mauvaise herbe (Georges Brassens)
En quittant Sète, je ne peux m`empêcher d`avoir une pensée pour ce bon vieux Bobo. Vous le connaissez? C`est peut-être votre ancien prof de math. Moi, il m`a enseigné la physique en 87-88. Tous ceux qui l`ont eu en passant par St-Alexandre au cours des trente dernières années gardent en mémoire des anecdotes incroyables. J`ai les miennes, savoureuses. Vous avez les vôtres, toutes aussi succulentes.
Et pourtant, ce qui me restera le plus de lui ne date pas de cette période passée sur les bancs d`école à le regarder faire le pitre. Non, car j`ai aussi eu le privilège de l`avoir comme collègue pendant les dix dernières années.
Pas toujours facile de travailler avec lui. Il fanfaronne. Il éteint les lumières. Il dit des insanités. Il fait son numéro, tout comme en classe. Impossible de rester indifférent... parce qu`impossible de rester tranquille à ses côtés. Il faut constamment être aux aguets. Que va-t-il dire? Que va-t-il faire? Comment va-t-il vouloir attirer l`attention et nous suprendre?
Pourquoi je pense à lui maintenant? Parce que Sète est la ville natale de Georges Brassens. Et que c`est Boris qui me l`a fait connaître. Comme tant d`autres choses d`ailleurs. Peut-être avez-vous eu la chance d`entrevoir par moments, entre deux équations algébriques, l`immense culture de cet homme et son incroyable passion pour l`existence. Imaginez alors ce que c`est de le côtoyer quelques heures par jour pendant une décennie!
Boris, disais-je, m`a fait découvrir Brassens. Il m`a poussé vers le jazz. M`a fait connaître le romancier William Boyd. Avec lui, j`ai parlé d`histoire des sciences, de philo, de religion, d`éducation, d`art, de voyage. C`est même lui qui m`a donné le meilleur conseil que l`on puisse faire à un jeune prof désemparé et découragé (eh oui, ça m`est déjà arrivé jadis): ce sont les élèves qui doivent souffrir, pas toi. Eux passent, toi tu restes. Et tu es un bon enseignant. Prends soin de toi.
Pourquoi je pense à lui maintenant? Parce que, cette semaine, j`ai croisé Brassens à Sète. Même s`il est mort il y a 25 ans. Et j`ai senti à quel point ils étaient fait sur le même moule. Ils partagent cet amour des mots et ce plaisir de jouer avec eux, d`en trouver des nouveaux et de les faire découvrir à d`autres. Ils ont en commun cette franchise sans censure, un peu baveuse, un peu paillarde, un peu gamine, mais si rafraîchissante, confrontante, stimulante. Ce sont de grands bourrus, qui se donnent des airs de durs, pour cacher une grande sensibilité, et un étonnant romantisme.
Pourquoi j`écris tout ça? Parce que Boris prend sa retraite cette année. Parce que j`aurais voulu le voir faire ses dernières flagosses. Parce que je l`aime bien. Et je sais bien que je ne le verrai plus beaucoup. Il ne participera pas aux activités de fin d`année, sans doute même pas à la fête de reconnaissance pour sa retraite. Il ne peut pas. C`est contre sa nature. Il va se retirer dans ses terres, ne mettra sans doute plus jamais les pieds au collège et ne gardera pas contact avec moi. Je le dis sans amertume. Nous ne sommes pas de la même génération. Je ne suis pas son ami. Nous n`avons pas d`intimité. Notre relation n`a pas été de ce type. Il est resté pour moi un prof, un éternel transmetteur. Je l`ai admiré, il m`a beaucoup appris, il a été une figure intellectuelle importante dans ma vie et ne le sait probablement pas. Je tenais, une fois, à le lui dire.
Merci mon Bo. Profite des mois qui restent. Savoure-les. Car, quoi que tu en dises, ça va te manquer, puisqu`en attendant la camarde, et bien que tu vives ta retraite en éternel estivant sur des airs de fandango, tu seras loin du public qui t`a poussé à être tout un artiste.
Je suis d'la mauvaise herbe
Braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine
Et c'est pas moi qu'on met en gerbes
Je suis d'la mauvaise herbe
Braves gens, braves gens
Je pousse en liberté
Dans les jardins mal fréquentés
La la la la la la la la
La la la la la la la la
Et je m'demande
Pourquoi, Bon Dieu
Ça vous dérange
Que j'vive un peu
Et je m'demande
Pourquoi, Bon Dieu
Ça vous dérange
Que j'vive un peu
Les hommes sont faits, nous dit-on
Pour vivre en bande, comm' les moutons
Moi, j'vis seul, et c'est pas demain
Que je suivrai leur droit chemin
La mauvaise herbe (Georges Brassens)
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