vendredi 30 novembre 2007

Le bonheur gratuit

Contrairement au contentement continuel et durable que nous espérons, le bonheur en un lieu donné semble toujours être un phénomène bref et, pour l'esprit conscient, apparemment fortuit: un moment durant lequel nous sommes particulièrement réceptifs à ce qui nous entoure, durant lequel nos pensées positives au sujet du passé et de l'avenir prennent de la consistance et nos anxiétés s'apaisent. Mais cet état dure rarement plus de dix minutes.

Sans contredire mon ami Botton, disons que nous aurons vécu, au cours des dernières semaines passées dans le Sud de la France, plusieurs "10 minutes" de bonheur.

A quoi cela tient-il? Au splendide paysage maritime, à la bonne bouffe, aux excellents livres lus et films vus? Oui, bien sûr.

Et pourtant, ce n`est pas suffisant pour expliquer une telle félicité. Notre bonheur a aussi eu sa source dans l`amour gratuit dont nous avons été la cible. Grand cynique devant l`Eternel, je n`ai jamais cru à la générosité désintéressée. Force est d`admettre qu`elle existe, du moins sur la Côte d`Azur...

Merci à vous, Madame l`infirmière, que nous avons croisée six fois pendant cinq minutes. Vous avez fait votre devoir, mais cela n`a pas semblé suffisant à vos yeux. Merci pour la bonne humeur, les encouragements. Merci, pour cette bouteille de vin donnée au dernier jour, pour ce geste si inattendu et si exceptionnel.

Merci à vous, mes frères musulmans du Centre internet que nous avons visité chaque jour pendant un mois. Vous avez fait plus que du business avec nous. Merci pour les tarifs arrondis à la baisse. Merci à l`un, pour ce café que tu es allé chercher chez un commerçant voisin et que tu nous as offert. Merci à l`autre, pour cette instructive visite à la mosquée et pour ses mots sincères échangés sur la foi en Allah et en la vie.

Merci à vous, Agnès et Bernard, membres de Servas rencontrés grâce au hasard des circonstances, mais qui nous avez ouvert par deux fois votre porte. Merci pour cet après-midi au jardin avec tant d`amis. Merci surtout pour cette invitation à souper en votre compagnie. Merci pour les suggestions de livres et les agréables discussions.

Merci à toi, Michel, notre kinésithérapeute, qui a bien sûr pris soin de Caro comme tes fonctions l`exigent, mais qui a fait plus. Merci pour ta contagieuse bonne humeur, tes mots d`encouragement. Merci d`avoir pris le temps d`examiner ma cheville et soigner mon poignet, endoloris qu`ils étaient d`avoir poussé et tiré le fauteuil roulant, et ce sans frais. Merci de nous avoir ainsi épargné encore de le paperasse d`assurance à remplir.

Merci à vous, Marie-Pierre et Hubert, qui, bien au-delà d`avoir été nos propriétaires, se seront révélés être de véritables amis pendant notre séjour à Montpellier. Merci de nous avoir emmenés à l`hôpital aussitôt que nous sommes arrivés en ville, avant même de nous connaître un tant soit peu. Merci de nous avons fait vivre, dès le lendemain, une magnifique après-midi le long de la Méditérranée. Merci encore pour cette autre journée complète passée en votre compagnie aux Saintes-Maries de la Mer. Merci pour les béquilles modernes prêtées, les injections et conseils de santé donnés, la chocolaterie dévoilée, le café avec Marie-Pierre un matin sur la Comédie, la marche à travers la manif avec Hubert, la soirée au restaurant pour fêter la fin de notre sejour. Oui, merci pour tout. Et que cette amitié naissante grandisse encore longtemps!

Finalement, merci à toi, Annie, qui n`a pas hésité un instant à nous accueillir à bras ouverts. Merci pour les crêpes et les glaces dégustées par un bel après-midi ensoleillé sur une terrasse de la Comédie. Merci pour cette autre après-midi passé à l`Abbaye de Valmagne. Merci pour tous ces téléphones s`inquiétant de la santé de Caroline. Merci pour cette autre journée où nous sommes allés à la Fête de la Mer déguster des moules. Merci surtout pour cette semaine vécue à Sète chez toi. Merci pour le vin et le chocolat partagés, les rires déployés, les confidences échangées, les livres d`art contemplés. Merci de nous avoir reçu alors que nous étions en difficulté et avions tant besoin d`un lieu de paix où nous reposer. Immense merci et gros bisous à toi!

lundi 26 novembre 2007

De quoi je suis effrayé?

Moi qui n`avais rien à dire. Voilà que mon dernier blogue suscite question. On m`interroge. Peur? De quoi?

De quoi? Vous ne saisissez pas? Voyons donc. N`est-ce pas limpide? Non?...

Merde. A bien y penser, je vois bien. Vous ne saisirez pas. Vous ne pouvez pas.

Qui comprendra? Pas ceux qui ont étudié puis travaillé toute leur vie. On vient d`éliminer un maudit paquet de monde. Pas ceux qui ont des enfants. Et vlan, une autre bordée.

Qui comprendra? Personne qui a des responsabilités, autres que de prendre soin d`eux-mêmes.

Reste qui? Les retraités? Peut-être. Et encore. Mais de toute manière, non. Pourquoi? Bordel! Parce que j`ai 35 ans. La retraite, ce n`est pas avant un quart de siècle. Autant dire, pour l`instant, l`éternité.

Reste qui? Le jeune adolescent en juillet et août. Je me souviens de cet été mythique ou mythifié qui restera gravé à jamais dans ma mémoire affective, intellectuelle et physique. Cet été égoïste, jouissif que j`ai passé couché dans un hamac. Entre la 2e et la 3e secondaire. Trente romans en soixante jours. Le paradis. Encore une fois: bordel! Car j`ai toujours 35 ans.

De quoi j`ai peur? D`aimer ce qui n`est pas possible. Car, il faut le dire, je vis hors du réel. Cette année ne compte pas. Ne peut compter. Je ne dois pas comparer aucune autre à celle-ci. Je suis bien. Mais on ne vit pas comme ça à 35 ans. Vous en connaissez vous des gens de mon âge qui passent un an à voyager, lire, aller au cinéma et déguster du vin? Me semble, oui.

Voilà pourquoi j`ai si peur.

samedi 24 novembre 2007

Sète

Je suis assis sur la terrasse.
Devant moi, s`étend, infinie à mes yeux, la Mer Méditéranée.
Je lis Le Tunnel d`Ernesto Sabato.
Puis, je suis fatigué, alors j`entre au salon.
Je mets les Suites Françaises de Jean-Sébastian Bach, interprétées par Glenn Gould.
Je m`endors sur le divan.

Au reveil, le soleil s`est couché.
Je ferme donc les volets.
Caroline revient de sa grande marche.
Je prépare le saumon. Nous écoutons un 33 tours de Georges Brassens.
Nous savourons notre souper, de retour avec Gould.
Pour dessert, nous faisons une dégustation de chocolat.
Un noir corsé d`Afrique de l`Ouest. Et un noir fruité du Venezuela.
Pour les accompagner, un Maury, vin rouge sucré de circonstance.
Avant le coucher, nous regardons Les Fraises sauvages d`Ingmar Bergman.

Je me lève pour retrouver ma douce et l`embrasser.
J`ouvre les volets.
Agrumes, yogourt, tatinades au chocolat noir et café de la même couleur nous gâtent.
Toujours devant moi, m`attend la Mer Méditéranée.
Je me couche sur ma chaise longue et je lis Amours en fuite de Bernard Schlink.
J`écoute Billie Holiday qui chante Getting Some Fun Out Of Life.

Je suis bien et j`ai très peur.

vendredi 16 novembre 2007

Entre fiction et réalité

Chacun des dialogues suivants est construit à partir d`un mélange de vrai et de faux. A vous de voir quand commence le fantasme et la fantaisie...

A la boulangerie

Moi: J`vais prendre une baguette, pis des p`tits pains au chocolat.
Le boulanger: Ah! Quel bel accagne! Vous êtes du Québec?
Moi: Oui.
Le boulanger: J`adôrrre cette façon de parler.
Moi: Moi aussi, j`aime bien votr`accent.
Le boulanger: Ah! Elle est bieng bonne celle-là! Alors, on disait un paing baguette. Vous êtes de Montréal? J`ai aingn cousingn qui vit là-bas. Vous le connaissez peut-être? Il s`appelle Gontrangne:
Moi: Non, j`le connais pas. J`vis à Gatineau. C`est près d`Ottawa, mais du côté du Québec.
Le boulanger: Ah oui! Gatineau! La captiale culturelle de l`Outaouais. Peuchère! Quelle channnce vous avez!
Moi: Mets-en!
Le boulanger: C`est vrai qu`il y a des ours chez vous?
Moi: Partout. J`en élève par groupe de 36. Non, c`est une blague. On n`en voit pas vraiment.
Le boulanger: Pourtangne, je l`ai lu dans le journal.
Moi: Ah... vous voulez dire à Montreal? Là oui, mais pas à Gatineau.

A l`appartement

L`infirmière: Bonjour. Comment allez-vous? Je suis ici pour la prise de sang de madame.
Moi: Nous allons bien merci. Voulez-vous enlever votre manteau?
L`infirmière: Oui. Bon, voyons. Madame prend du Lovenox 40. C`est bien ça?
Moi: Tout à fait.
L`infirmière: Alors... Oh!!!!!! Ses veines!!!!!!!! Elles sont dans un bien mauvais état, dites donc!
Moi: Ah bon? Comment ça?
L`infirmière: Bien parce que c`est comme ça! Regardez.
Moi: Et alors?
L`infirmière: Et alors rien.
Moi: Et bien, ça lui en fait une belle jambe!

A la librairie

Client 1: Vous pourriez m`indiquer un guide de voyage pour le Languedoc-Roussillon?
Moi: Je ne travaille pas ici. Désolé.
Client 1: Ah! Pardon, je croyais.

Client 2: La section des livres d`art, c`est dans quelle direction?
Moi: Je m`excuse. Je ne travaille pas ici.
Client 2: Ah! Je croyais. Pardon

Client 3: Je cherche un roman pour offrir en cadeau. Vous n`auriez pas une suggestion.
Moi: Bien sûr. Dans quel genre cherchez-vous?
Client 3: Historique. Je veux que ce soit éducatif.
Moi: Je vous recommande vivement Les demoiselles aux allumettes de Marie-Paule Villeneuve. Malheureusement, c`est une importation très en demande, et je crains que nous ne l`ayons plus en rayon. Nous pouvons le commander. Sinon, vous pouvez prendre cet incontournable du thriller pschologique: Surtout n`y allez pas!
Client 3: Je vous remercie, jeune homme.
Moi: Pas de quoi.

Au cinéma

Cinéphile 1: Pardon. Est-ce qu`on peut franchir le guichet? C`est pour aller aux toilettes.
Moi: Je ne travaille pas ici. Je suis désolé.

Cinéphile 2: Pardon. Pour Le rêve de Cassandre, on peut déjà entrer?
Moi: Je suis désolé, mais je ne travaille pas ici.

Cinéphile 3: Excusez-moi, on veut juste aller aux toilettes, est-ce qu`on peut passer et revenir avec nos tickets?
Moi: Je ne sais pas, je ne travaille pas ici.

Cinéphile 4: Excusez-moi, vous travaillez ici?
Moi: Ça dépend comment on l`entend?
Cinéphile 4: Qu`est-ce que vous voulez dire?
Moi: Ce soir, je suis en congé et je vais au cinéma! Mais habituellement, je fais du cinéma!
Cinéphile 4: Ah bon! Il me semblait aussi vous avoir déjà vu quelque part. Attendez, attendez. Est-ce que je ne vous aurais pas vu dans... Taxi VI - A la poursuite du Gruyère perdu?
Moi: Non. Vous m`aurez peut-être vu dans L`intellectuel viril ou dans Ce qu`il est mignon ce mec qui pousse une chaise roulante!
Cinéphile 4: Oui, c`est bien ça! Je peux avoir votre autographe?
Moi: Avec plaisir.

Au centre d`appel téléphonique

Monsieur Franco-Africain de la cabine 1: Esméralda! ESMERALDA! E-S-M-E-R-A-L-D-A! Mais calme-toi donc un peu! Tu es une femme intelligente. Je dois pouvoir te faire confiance. Me comprends-tu? Moi, je suis ici. Je dois pouvoir te faire confiance. Je ne peux avoir toutes ses préoccupations dans ma tête. Esméralda! ESMERALDA! E-S-M-E-R-A-L-D-A!

Madame Afro-Française de la cabine 2: Ecoute-moi! Ecoute-moi! Je te jure sur le cercueil de ma mère! Je te jure sur le cercueil de mon fils! Tu es un homme dangereux!

Moi: Sais-tu, maman, une jambe cassée, y`a rien là! Pffffff! Tout va très bien. Ce n`est pas la misère noire.

Au restaurant

Hubert: Alors, Mathieu, qu`est-ce que tu vas prendre?
Moi: Hum... Je ne sais pas trop.
Marie-Pierre: Il faut essayer quelque chose de typique.
Moi: Ouais... Je ne suis pas trop aventureux côté culinaire.
Hubert: Tu vois, moi je vais prendre de la tête de veau. Ça te dit? C`est très bon!
Moi: De... de la tête de veau. Je... je ne sais pas. Je pensais y aller pour le faux-filet.
Marie-Pierre: On trouve ça partout. L`autre jour, tu as goûté la viande de taureau et la viande de cheval. Qu`est-ce que tu pourrais découvrir ce soir?
Caro: Moi, je vais prendre le confit de canard! Je ne mange jamais ça chez moi!
Moi: Quel courage...
Hubert: Je comprends que tu hésites à prendre la tête de veau. Choisis plutôt les tripes de boeuf. Tu vas aimer.
Serveur: On est prêt à commander. Alors, Monsieur?
Moi: Euh... Je... je vais prendre... les tripes de boeuf...

Hubert: Tiens Mathieu, goûte quand même un peu de la tête de veau.
Moi: ... C`est comme... mou, gélatineux, gluant. J`avoue que ce n`est pas mon genre. Je suis content de ne pas avoir pris ça.
Marie-Pierre: Et tes tripes de boeuf?
Moi: ... Ça va... C`est différent.
Tripes de boeuf: Alors, le cousin du Canada, tu sais ce que nous sommes?
Moi: Non.
Tripes: Allez, devine?
Moi: Je ne veux pas savoir vraiment.
Tripes: Aaaaahhhhhhhh! Nous sommes des parois d`estomac de boeuf.
Moi: !!!!!!!!!!!!!!!!!!
Tripes: Et ce n`est pas tout! Nous sommes aussi...
Moi: Qu`est-ce que tu disais Hubert?
Tripes: Un jour, les boeufs mèneront le monde. Et nous nous vengerons en savourant vos viscères.
Moi: Marie, tu me sers un peu de vin encore?

A l`épicerie Pinto

Marie-Pierre: Nous y voila! Si vous voulez vous acheter des produits fins et typiques de la région, il n`y a pas meilleur endroit.
Caro: Ça l`air bon!
Marie-Pierre: Tenez, ici il y les Coucougnettes. Ça, il faut vraiment essayer. C`est si bon. Vous savez ce que c`est les Coucougnettes?
Moi: Non.
Marie-Pierre: Mais si. Les choses de la vie. Les Précieuses. Les Joyeuses. Les Valseuses.
Moi: Non, je ne vois pas.
Marie-Pierre: Voyons. Les Boboles, les Baloches. Les Roupettes. Les Roubignolles. Les rognons.
Moi: ...
Marie-Pierre: Les testicules.
Moi: Ah! Les gosses.
Marie-Pierre: ??? De toute façon, c`est très bon. Vous devriez goûter.
Moi: Vraiment, moi, j`en ai eu assez avec les tripes et la tête de veau.
Marie-Pierre: Alors, tant pis pour toi: ce sont des friandises faites d`amandes enrobées de chocolat noir et d`une pâte sucrée rosée.
Moi: Ah! Un instant, j`ai cru que... Non, rien!

lundi 12 novembre 2007

Lucide et... solidaires

Si vous me lisez depuis le début, vous vous rappelez peut-être de mon ami Alain de Botton. Ce sympathique philosophe nourrissait ma réflexion avant mon départ pour le vaste monde. Et voilà qu`il ressurgit dans ma vie.

Les voyages engendrent la réflexion. (...) Nous pouvons réfléchir à notre vie d'une hauteur que nous n'aurions pas pu atteindre au milieu de nos activités et soucis quotidiens - subtilement aidé en cela par le monde peu familier qui nous entoure. (...) La réflexion s'améliore quand on donne d'autres tâches à l'esprit, quand on le charge d'écouter de la musique ou de contempler une rangée d'arbres. La musique ou la vue distraient un moment cette partie inquiète, critique et pragmatique de l'esprit qui a tendance à se fermer quand elle remarque quelque chose de difficile émergeant de la conscience et qui fuit craintivement les souvenirs, les désirs et les regrets, les idées introspectives ou originales et préfère l'administratif et l'impersonnel.

Les longues heures de train des premiers mois et, maintenant, les grands après-midi au café nous ont donné le temps de réfléchir. Voyager permet de se voir être autrement et aussi de poser un regard plus lucide sur sa vie normale. Vous savez, la vie non-sabbatique?

Et voici que jaillissent des éclairs de sagesse. Des intuitions à suivre certainement. Des projets d`être qu`il faudrait concrétiser. Qu`il faudra concrétiser quand nous serons de retour. Je vous les révèle, car j`ai peur que, de retour dans la réalité, j`oublie, j`aie peur, je renonce, je trouve des excuses...

. Prendre des cours de photos, parce que j`en ai envie depuis des années, que ça me détendrait et me permettrait de laisser vivre l`artiste en moi.

. Explorer ma région, ses villages, découvrir ses beautés, parce que l`Outaouais, c`est plus que le boulevard Maloney.

. Visiter des musées et profiter des expositions qui passent à quelques kilomètres de moi, parce que la cutlure n`est pas qu`à l`étranger.

. Prendre des week-end en amoureux, aller dans des bed and breakfast au Québec, parce que des fois, je suis fatigué et j`en ai vachement besoin.

. Aller écouter des conférences d`auteurs ou d`intellectuels, parce que c`est moins long qu`un livre, moins coûteux qu`un cours et que je cesserai enfin de me culpabiliser sur mon manque de mise à jour intellectuelle.

. M`abonner au théâtre, parce que j`adore y aller, mais refuse toujours de le faire à cause du travail, ainsi je serai forcé d`organiser mes tâches autrement.

. Décorer notre maison avec nos photos de voyages, parce qu`il y en a des belles, parce que la sédentarité n`empêche pas de se souvenir et de rêver.

. Se faire une réserve de vin, parce que c`est bon, parce qu`il y a plus d`occasions de fêter que nous n`en soulignons, parce que l`on peut être plus spontané.

. Essayer des nouvelles recettes, notamment des soupes, parce que cuisiner c`est détendant et que ça fait donc du bien de manger des nouveaux mets.

. M`initier aux auteurs qu`aime Caro, parce que c`est bien beau être snob, mais il y a aussi de la littérature moderne, américaine et écrite par des femmes qui vaut la peine d`être lue.

. Redécorer et réamenager nos bureaux, parce que c`est franchement pas du luxe, parce qu`on y passe tout de même beaucoup de temps.

. Encourager ma mère à aller en France voir Annie et aux Pays-Bas rencontrer sa correspondante, et ma belle-mère à aller en Irlande, parce qu`elles le meritent et que ça leur ferait tellement du bien, parce qu`il ne faut pas attendre éternellement pour réaliser ce genre de rêve.

. S`abonner au Courrier International, parce que notre monde n`est pas si difficile que ça à comprendre quand on s`y met, il suffit d`un bon outil. Et le voilà.

. S`initier à la musique classique et explorer encore plus le jazz, parce que c`est beau, ça fait changement, ça permet de vivre d`autres émotions.

. Visiter ma massothérapeute une fois par mois et aller au spa une fois par saison, parce qu`il vaut mieux prévenir que guérir, parce que mon corps a souvent mal, parce que j`aime ça, parce que ma santé est un investissement intelligent.

. Inviter plus souvent à souper, parce que je m`ennuie de ceux que j`aime et parce que je dois en profiter quand ils sont près de moi.


Quand je serai de retour, pas nécessairement la première journée, mais quand vous me verrez retomber dans mes patterns névrotiques et destructeurs, s`il-vous-plaît, soyez solidaires: rafraîchissez-moi la mémoire et redirigez-moi vers ces quelques lignes de lucidité.

lundi 5 novembre 2007

Grand prix!

Nous sommes à la terrasse du chic McDo. Que voulez-vous, c`est dimanche, tout est fermé, sauf quelques endroits hors de prix et le géant américain qui, soit dit en passant, offre du très bon café aux dires de ma compagne. Du moins en Europe.

Ainsi donc, nous sommes à prendre le goûter en lisant. Moi, je suis dans Professeur de désir de Philip Roth. Ma douce, pour sa part; s`est attaquée à la biographie de Marie Stuart écrite par Stefan Zweig!

Deux adolescentes de 12 ans m`abordent, suppliantes:
- "Dites Monsieur, vous nous donnez vos vignettes sur votre verre de Coca?"
- "Bien sûr!", que je réponds, naturellement généreux.
- "Chic alors! Merci!", crient-elles en choeur.
- "C`est pour un concours?", dis-je pour être poli.
- "Oui!", avouent-elles, comme apeurées que je change d`avis.
- "Et vous pouvez gagner quoi?", que je demande, de plus en plus curieux.
- "Oh plein de trucs: des I-Pod, des vélos, des consoles de jeux, un voyage à l`Ile Maurice..." m`expliquent-elles, les yeux pétillants.
- "Et vous, qu`est-ce que vous aimeriez le plus gagner?", interroge-je, franchement amusé.
- "Un téléphone portable!", s`exclament-elles, au bord de l`euphorie.

Je reste sans mot pendant un instant. Vous comprenez...

Reprenant mes esprits et voulant les libérer d`un futur fardeau, j`enchaîne:
- "Ecoutez, si vous gagnez le portable grâce à mes auto-collants, je vous le laisse, mais si vous remportez le voyage à l`Ile Maurice, vous pouvez me le donner."
- "Ok.", répond la plus grande, le plus sérieusement du monde.

Puis, soudainement préoccupée, elle me regarde et dit:
- "Mais comment on va faire pour vous retrouver si on le gagne?"
- "Allez, laisse tomber, ce n`est pas grave!", que je conclus, au bord du fou rire.

Charmantes les gamines de cet âge. Et si confiantes en leur chance!

dimanche 4 novembre 2007

Allo!!!!!

Je voyage depuis dix ans. Je suis allé en Irlande, en Tunisie, en Argentine et même en Haïti. Je n`ai jamais eu besoin de téléphoner à personne. Comme certains le savent et comme d`autres s`en doutent, je suis contre les cellulaires. On ne va pas bien ensemble. La première fois de ma vie où j`ai dû en utiliser un qu`on m`avait prêté, j`ai réussi à le noyer sous un bidon d`eau... Ainsi donc, il ne m`a même pas effleuré l`esprit de m`en procurer un pour notre long périple.

Et voilà que depuis deux semaines, à tous les jours, j`ai besoin de téléphoner. Tantôt un assureur, plus tard une pharmacie ou un hôpital, et encore une amie française. Vous pensez que la Roumanie est une contrée pleine de mystère? Pas faux. Que la Bulgarie est un monde étrange? Sans doute. Mais connaissez-vous ce pays encore plus bizarre et impénétrable que l`on appelle la Téléphonie?

Que j`aie eu des difficultés à Plovdiv pour contacter le Canada, soit. Le cyrillique et l`unilinguisme bulgare sont des obstacles appréciables. Or, je croyais qu`en mettant le pied sur la Côte d`Azur tout se simplifierait. Nenni. La Téléphonie n`a pas de frontières fixes. Et sa culture est opaque, même en France. Surtout en France?

Nous sommes à Nice. Je dois contacter mes amis de Bon Voyage Assurances. Comment faire? Il y a toutes sortes de produits me dit M. Internet. Comme la Carte Téléphone Iradium World. Merveilleux! Je la prends: 7,5 Euros. De retour à l`hôtel, après quelques conseils de la réceptionniste (qui ne connaît pas très bien le produit elle-même), je parviens, de ma chambre, à rejoindre le Canada, terre de nos aïeux, pour la première fois depuis mes vaines tentatives en Bulgarie. Prodigieux ce petit bout de plastique. Prodigieux, jusqu`au matin de mon départ où la réceptionniste constate avec stupeur que l`utilisation de ma carte a entraîné des frais de taxation de 12 Euros... pour mes deux appels. Mal à l`aise, elle ne me les charge pas puisque c`est elle qui m`a dit d`utiliser la carte. Ouf!

Quelques heures plus tard, nous sommes à Montpellier. Notre hôte nous propose d`aller directement à l`hôpital. Chic! Quelle générosité! Ce n`était pas prévu si vite, alors je dois appeler mon assureur. Je me présente donc à une boîte téléphonique. Je sors ma super Iradium World... pour constater qu`elle n`est pas faite pour glisser dans la fente de l`appareil. Je signale l`un des numéros sur ma carte. Fonctionne pas non plus. J`en essaie un autre. Marche pas. Je pourrais continuer longtemps. Il y a une dizaine de séries de chiffres sur la carte, ce qui laisse bien peu de place pour des explications.

Je vais voir au Tabac de l`hôpital... La dame ne connaît pas Iradium. Je lui demande si je peux contacter l`opératrice en faisant le zéro. "De quoi parle monsieur?" De rien. Que faire alors? "S`acheter une carte à puce pour utiliser les téléphones publics." Ah! Merci madame la tabatière. J`achète. Quoi? "Remarquez que souvent ils sont hors d`usage ou déffectueux." Ah bon! Merci encore. Je retourne à ma cabine et tente à nouveau de rejoindre l`Outre-mer. Miracle. Ça y est! Oh merde! Les unités téléphoniques fondent à vue d`oeil. Bonjour, on est à l`hôpital et salutations à vos supérieurs. Mission accomplie. Heureusement que ce sera plus simple dans notre logement. Penses-tu!

A ma grande surprise, notre appart n`est pas doté d`une ligne téléphonique. Cela ne semble pas si inhabituel. Et moi qui se fait reprocher de ne pas avoir de récepteur au deuxième étage de ma maison... Notre hôte est prêt à nous prêter son portable pour un mois! Cela nous permettra de contacter le Canada et de recevoir des appels médicaux. Quel soulagement! Il ne reste, me souligne-t-il, qu`à acheter une puce! Eh ben... J`aurais dû prévoir au budget une cote "dépenses téléphoniques" et une autre "dépenses en aide psychologique pour cause téléphonique".

On a beau dire, mais là ça va être simple. Oui, monsieur. Parce que c`est Caro qui va s`occuper de ça. Je lui achète la Puce M6 de Orange. Elle vient dans un merveilleux emballage, avec un livret de 40 pages explicatives, et tout, et tout. Suffit d`appeler la compagnie, d`envoyer la fiche d`inscription par la poste avec une photocopie de son passeport... Un pet! Allez ma Caro.

Le lendemain, petit hic avec le renouvellement d`une prescription. Pas de problème! On a super M6 Orange. Pour des raisons stratégiques, c`est moi qui appelle: je suis un peu plus, comment dire, insistant. Je parviens à contacter la secrétaire du médecin. Tout va bien. Je lui transmets, sur un ton posé, les informations dont elle a besoin. C`est alors que la ligne s`éteint. Arrrrrrrhhhhhhhh!!!!!!!!!!! L`écran m`indique que j`ai épuisé mes unités. Quoi! Déjà? Pas possible. Caro pense que le reste des unités ne sera disponible que lorsque la compagnie aura reçu notre inscription. Génial. Il faudrait les appeler pour vérifier... Très drôle.

Heureusement, on peut encore avoir des appels. Le même après-midi, on en reçoit trois! De Jean. Ah notre ami Jean! Mais on n`a pas répondu. C`est compliqué la Téléphonie. Je vous l`avais dit. Ici, c`était une question de principe. Pensez-vous vraiment que moi j`allais commettre le péché odieux de répondre au téléphone... dans un cinéma! Franchement.

vendredi 2 novembre 2007

On sait qu`on n`est pas au Québec quand...


Lorsqu`est venu le temps de changer l`itinéraire afin de trouver un lieu de convalescence convenable pour Caroline, notre choix s`est arrêté, tout naturellement, sur la France. Ah! Les cousins! Nous savions que ce serait facile et qu`on serait comme chez nous... Comme on oublie vite! Pourtant, en 1997, j`avais été étonné par les grandes différences culturelles entre nos deux mondes. Et c`est d`autant plus frappant maintenant, puisque nous ne faisons plus de tourisme depuis deux semaines: nous sommes des étrangers vivant ailleurs.

Eh oui! On sait qu`on n`est pas au Québec...

Quand le verre de vin est moins cher que la tasse de café et quand on peut trouver pour 4 euros (6$) une bouteille de vin très respectable au dépanneur du coin! Si cela était chez nous, j`aurais, au fil de ans, reçu de bien meilleurs cadeaux d`amis un peu grippe-sous venant souper à la maison!

Quand, en demandant du jambon chez le boucher, on se faire répondre par la question: "Du jambon de dinde?". Pas fort pour un prof de religion: le quartier est entièrement musulman...

Quand, chez McDo, pour obtenir un trio quart de livre avec fromage, il faut commander un Best of Royal McCheese. Ah la grandeur et la pureté de notre belle langue! Ici, on a toujours le mot exact. Vive Molière et l`Académie française!

Quand l`animateur de radio nous annonce qu`au cours de la prochaine méga séquence musicale nous allons entendre un classique du reggae ivoirien et une révélation de la pop soul nigérienne. A mon retour, je devrai en faire la demande spéciale à CKTF.

Quand les hommes se tiennent par la main et s`embrassent dans la rue... mais ne sont pas gays. Vraiment pas. Je n`oserais jamais le leur suggérer. Je tiens à la vie!

Quand la sélection de livres usagés du bouquiniste est aussi complète que la collection de livres neufs que nous propose le libraire. Sans parler de la joie de pouvoir parler littérature avec le commis qui sait qui est José Saramago ou Stefan Zweig.

Et surtout, quand on a la chance d`aller assister à la conférence de Clémence Boulouque, organisée par le Cercle des femmes, portant sur Regina Jonas, première femme rabbin de l`histoire. Merveilleux, n`est-ce pas? Et pourtant, ce n`est pas tout! Imaginez, l`allocution sera prononcée au Café Bermuda Clafoutis!

Bon, je vous laisse. Je m`en vais écouter un concert-radio en super "live" tout en savourant mes céréales Muesli au chocolat noir. Bons baisers de France!