samedi 13 octobre 2007

Colis piégé

13h25: Fraîchement arrivés à Bucarest, nous nous présentons au bureau de poste situé près de la Gare du Nord. Il y a une file d`attente à l`extérieur: l`heure du dîner se termine dans cinq minutes. Les gens jouent du coude, tentent de se dépasser, comme si le dernier morceau de pain de la ville était en jeu. Parfois, c`est subtil, souvent, c`est carrément grossier. Nous ne parvenons pas à nous habituer. Quarante-cinq ans de communisme, ça semble avoir marqué les moeurs. L`art de (dé)faire la queue est ancré, même chez ceux qui sont nés après la chute du régime.

13h30: Nous entrons dans le bureau de poste. Je commence à être bon: je réussis à me placer premier au guichet 3. La jeune employée ne parle ni anglais, ni français. Elle semble terrifiée par le fait de devoir me servir. Je suis souriant et calme. Ce n`est pas chinois de faire comprendre qu`on veut poster un paquet. On l`a déjà fait dans d`autres pays. Et on est tout de même dans un bureau de poste! Je fais donc un peu de non-verbal: je pose sur le comptoir les livres, la nappe et les cossins que je veux me "shipper" au Canada. Je fais des gestes indiquant que je veux acheter une boîte pour mon envoi. La fille est au bord de la panique. Elle quitte le guichet.

13h35: Un jeune homme fier de parler anglais se présente avec la jeune employée. Je lui explique ce que je veux. Le commis comprend... mais semble perplexe. Il disparaît pour revenir avec une vieille boîte de carton usagée: le bureau de poste n`en vend pas des neuves! C`est la première fois que je vois ça, mais bon... Or, la boîte offerte gracieusement est un peu grande. J`ai peur qu`elle ne défonce. Il m`apporte des bouts de cartons pour remplir un peu l`espace libre. Ouais... Je lui demande ce que les gens font quand ils veulent poster un colis. Ils emballent les choses eux-mêmes. Ah. Le commis me propose d`aller chez un libraire situé non loin afin d`y trouver le matériel nécéssaire. Avant de quitter, je réussis à faire comprendre à la jeune employée que je veux envoyer une carte postale au Canada. Ça, elle semble comprendre. En tout cas, elle me vend un timbre!

13h50: Nous entrons dans la librairie. Personne ne parle anglais, ni français. On baragouine un peu. Les dames finissent par saisir qu`on veut une boîte. Elles n`en vendent pas, mais nous offrent du papier pour compléter le bourrage de la nôtre. Comme je l`ai remarqué au bureau de poste, les paquets sont soigneusement enveloppés de papier brun. J`en achète une feuille, incris notre adresse et me procure du gros "tape" brun pour sécuriser le tout solidemment. Tout est emballé (même moi!).

14h10: Nous sommes de retour au guichet 3. La toujours jeune employée apeurée me fait signe que je dois aller au guichet 4. Je me mets en file. Je suis neuvième...

14h15: Je suis encore neuvième. La préposée du #4 semble à la fois expérimentée, efficace et débordée, car elle doit former une stagiaire en même temps qu`elle fait son travail.

14h20: Je suis toujours neuvième, mais la stagiaire se met à répondre aux gens qui veulent envoyer un mandat-poste.

14h35: Je suis maintenant deuxième. Or la dame qui me devance est en tête de file depuis notre retour au bureau de poste. Elle est éditrice et est en train de poster une quarantaine de paquets. Chacun nécessite des démarches administratives, des formulaires, des étampes... Les gens derrière moi récriminent contre la lenteur du service. Je suis bien d`accord, mais j`ai décidé de présenter mon plus beau sourire lorsqu`on me servira. La pauvre préposée senior fait de son mieux, après tout!

14h50: La préposée senior ne parle pas anglais ni français. Cependant, devant sa réaction face à mon colis, je devine que quelque chose cloche. Elle écrit sur un papier brouillon. Elle me parle. Je ne comprends pas. L`éditrice, qui n`a pas encore quitté, m`explique que je ne suis pas à la bonne place pour envoyer un colis à l`étranger et que l`adresse du bureau de poste qui offre ce service est sur le papier que la préposée senior m`a donné. Je perds instantanément mon plus joli sourire. Et j`explose. En français du Québec pour les jurons, en anglais pour le contenu! *&*^%^га(^ка?>веиян%$!!! Comment se fait-il qu`à mon arrivée à 13h30, ni la jeune employée du guichet 3 qui a vu que je postais une carte au Canada, ni le commis parlant anglais qui voyait bien que je ne suis pas du pays (et que donc mon colis avait de fortes chances d`être destiné à l`étranger) ne m`ont dit que je devais aller à un autre bureau de poste? Je quitte le guichet en furie. Tout le monde dans la salle d`attente est au courant qu`un touriste est en colère! Caro pense qu`un jour, dans un autre pays, je vais me faire casser la gueule ou arrêter... La demoiselle qui était derrière moi vient me voir. Elle parle français. Elle me dit d`attendre: elle va m`accompagner.

15h05: La demoiselle, qui a fini par être servie, nous rejoint. Caro ira faire d`autres démarches, pendant que j`irai avec la bonne samaritaine. La demoiselle travaille en traduction. Elle est très heureuse de pouvoir parler français avec quelqu`un.

15h40: Après avoir demandé plusieurs fois des directions, nous trouvons enfin le bureau de poste spécial! L`agent nous donne un formulaire officiel à compléter. Je remplis le document. Je reviens au comptoir avec ma traductrice. Il faut maintenant aller aux douanes... situées au guichet voisin.

15h50: La douanière exige que je défasse mon colis que j`ai "tapé" avec tant de minutie! Elle doit en voir le contenu. Je ne suis plus choqué, je ris à gorge deployée! Ce n`est pas illogique, mais je n`ai jamais vu une chose pareille depuis notre départ. Et c`est le quatrième paquet qu`on envoie en Canada.

16h00: Après avoir défait, puis refait le colis, je me re-présente au comptoir d`envoi où l`agent m`annonce un prix qui dépasse ce que j`avais anticipé. Evidemment, ce bureau de poste ne prend pas la Carte Visa. Je quitte avec ma traductrice à la recherche d`un guichet automatique. Le premier est hors d`usage. Pas le second!

16h10: Je suis de retour. Je paye! Et, ô miracle, l`agent prend mon colis.

Faites le calcul. Il m`a fallu deux heures quarante-cinq minutes pour poster mon paquet. Espérons que le temps de livraison ne sera pas proportionnel!



5 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut mat,
Anne-Sophie lisait ton dernier numéro hier et elle riait aux éclats.
Ah les bureaux de postes (pour ne pas dire n'importe quelle patente bureaucratique) dans les pays un peu moins riches!!! Bon dieu qu'on s'amuse.
On s'est remémorer nos péribles postaux au Bélize, au Méxique, en Bolivie, en Équateur.... souvent c'est long, frustrant, coûteux, stressant.... mais bon. C'est ça la vie de pauvre petit blanc riche qui est habitué que tout soit "smooth" comme avec la bureaucratie quévecoise... euh... mais qu'est-ce que je dis là moi??

sans blague, même si on a pas toujours qqch à dire, on adore toujours te lire.

Bon voyage

PS: pourais-tu commencer tes messages par le nom de la ville ou tu es et le pays. J'essaie de te suivre sur google earth!

Dat a dit…

Quelle histoire! Je dois dire que c'est drole de savoir que vous aviez perdu votre sang froid :)

Au plaisir de vous lire!

Matbeat a dit…

Cher Dat,

Si tu savais... Je pogne souvent les nerfs! En fait, on ne peut pas dire que j`ai le sang-froid.

Anonyme a dit…

Ah! Ah! Ah! Mat au sang-froid vraiment Dat, tu es très drôle!

Cette épopée m'en rappelle une autre...un certain resto roumain où nous avions dû faire nos propres factures tellement le serveur était lent et mélangé car il vendait la viande au poid. Heureusement, Maie-André nous a sauvé de ce calvaire!

Anonyme a dit…

Mathieu au sang-froid ça tient du film fantastique !!! donc pas réel. J'aimerais être un petit oiseau comme on dit pour voir ce Mathieu au Collège....
Ceci dit ce fut un vrai plaisir de lire cet épisode. Et te connaissant comme je te connais c'est encore plus drôle. Merci tu as égayé ma journée!
Love and hugs.