vendredi 24 août 2007

Qui suis-je?

Depuis notre arrivée à Prague, nous sommes littéralement noyés dans une marée humaine. Faut croire que je n’ai pas l’habitude de visiter un pays en haute saison...

Quel paradoxe que notre relation avec les autres, ces intrus! Je leur en veux d’être là. Mais je les comprends tout à la fois. Ils sont en ces lieux pour des raisons similaires aux miennes. Eux aussi veulent voir, espèrent ressentir. Pourquoi ma présence ici serait-elle plus noble ou justifiée? Malgré tout, ils m’exaspèrent. Ils m’obstruent la vue, me cachent la vie. Et je leur rends sans doute la pareille. Ils gâchent mon expérience et ils veulent prendre les mêmes photos que moi! Tous des salauds. Tous mes semblables.

Heat et Potter, les auteurs de La révolte consommée (vous en ai-je parlé?), ont bien raison: le voyage est un bien positionnel. Il sert, comme la plupart des choses que nous consommons, à nous distinguer des autres. Moi, mon voyage est spécial. Je ne suis pas ici seulement pour deux semaines. Non, non. Ecoutez-moi, je suis à vivre le tour du monde (en fait l’Europe de l’Est et l’Asie, mais c’est plus impressionnant dit comme ça!). Moi, je ne vais pas dans les hotels. Non, je vis dans des familles. Moi, je ne tombe pas dans les trappes à touristes. Non, monsieur. Je vais plutôt voir l’exposition sur Mucha et visiter le petit Musée Franz Kafka. Et je lis Kafka!

Il y a un tel besoin (naturel ou pathétique) d’être différent. De sortir du commun. Je ne vous demande pas de me psychanalyser. Nous sommes pratiquement tous faits ainsi. Chacun selon nos sensibilités, dans nos domaines. Nous cherchons, comme les autres, à être unique. Beau paradoxe. Pour certains, ce sera par la musique qu’ils écoutent, par l’originalité de leurs croyances, par la voiture qu’ils conduisent, par la décoration de leur maison ou les restaurants qu’ils fréquentent.

Depuis notre arrivée à Prague, noyé au milieu des intrus, armé comme eux d’une carte de la ville dans ma gauche et d’un appareil photo dans ma droite, je suffoque. Et ma réaction, pour survivre à la chaleur qui me baigne et surtout à la conformité qui égratigne mon orgueil, je fuis. Je préfère mon appart, mon café internet, mes rues désertes (et souvent sans intérêts), au parcours déjà tracés des masses. Je leur laisse la beauté. Et lorsque l’envie me prend de faire de la photographie (car moi, je ne prends pas des photos, je fais de la photo...), alors je m’obstine à choisir des thèmes bâtards. Non! Pas le Pont Charles. Plutôt cette statue néo-post-moderne d’un porc plongeant d’un tremplin de piscine!

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Trêve d’auto-dérision. Peut-être est-ce parce que nous avons dépassé le cap symbolique des deux semaines, longueur typique de tant de périples, mais depuis notre arrivée à Prague, une question me chicotte: quel est mon statut? Qui suis-je présentement?

Le temps semble venu de me situerl. Une chose est sûre: je suis un étranger. J’en ai milles preuves quotidiennes.

Suis-je un touriste? Bien entendu, je visite de ces lieux que recommandent les guides. Cependant, sans arrogance ou snobisme, mon expérience ne se limite pas à ça. Je tente aussi de voir ce que je cherche. Ce qui m’habite. De l’histoire, de l’art, de la littérature, de la religion. Peu de restaurants, beaucoup d’épiceries. De longs moments passés à écrire (blogue, courriels, journal, cartes postales). Pour lire aussi.

Je suis un voyageur. Car si je vais là où bien d’autres vont (avec raison), je vais aussi ailleurs. Et le collage qui en résulte est unique et fonde mon originalité. Pas un grand explorateur ou un découvreur puisque tout a déjà été cartographié, mesuré, étudié, analysé. Pourtant, j’ai une quête. Je cherche des réponses à mes questions, des satisfactions à mes passions.

Finalement, de plus en plus, je dois l’admettre, je suis aussi un vacancier. Lire mon roman dans mon lit, faire la vaisselle tranquillement en écoutant de la musique, marcher sans but ou vous écrire, a autant de valeur que visiter les splendeurs de Prague!

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Mathieu, tu es un intello qui veut découvrir le monde, la vie, les gens a ta manière. Qu'es-tu au delà de cela... tu es toi merde. C'est pas assez?
Être parti pour vraiment longtemps, ca monte rapidement a la tête, là-dessus, je suis 100% d'accord avec toi. Ca flatte notre snobisme. Mais aussi, ca fait qu'on est moins pressé. On PREND plus de temps de faire les choses qu'on veut faire de la façon que l'on veut les faire. On ne fait pas seulement que voir les 5 attractions à ne pas manquer de Pragues ou Cusco vu qu'on y est seulement que 2 nuits. On marche aussi dans les coins complètement "touristiquement inutiles".... parce que ça nous tente merde!
Je te dis ceci en temps que snob du voyage long : le plus intéressant, c'est souvent justement d'éviter complètement les mers de touristes, à part pour quelques exceptions qu'on ne peut tout simplement pas manquer. Le reste de ton temps, tu peux bien en faire ce que tu veux : il est a toi. L'important, c'est de ne pas tomber dans le vacassionnisme parresseux. La lecture est essentielle, surtout en voyage, mais seulement dans un contexte de comparaison avec une nouvelle réalité qu'on découvre et sur laquelle on se questionne. "Mais qu'est-ce qu'ils font le samedi matin les gens qui habitent a Pragues?" Voilà une question délicieusement anodine à laquelle il fait bien de répondre en se levant avec le soleil ce dit samedi et de marcher tout simplemet dans les rues, trouver un parc ou un café, aller au marché, en s'arrêtant pour lire en regardant d'un oeil intéressé les passants, au lieu d'aller visiter une attraction touristique quelconque où tu ne verras que des touristes.
Le plus intéressant dans le voyage, c'est d'abord et avant tout, les gens qui vivent aux endroits visités. Les musées, les belles places, etc., ça ne sert qu'à contextualiser nos échanges avec les étrangers. Mais si l'on perd de vue ce fait et qu'on ne fait que se gouinfrer de musées, de ruines, de cathédrales, on manque le plus beau.

Va voir des pièces de théatre dans des langues que tu ne comprends pas, des expositions d'art new-post-post-modern, va dans des petites bibliothèques du coin, retrouves des endroits de la ville que tu as vus dans des films ou lus dans des livres. Fuck les gros touristes laids qui ne prennent que 2-3 misérables semaines pour voir les 10 plus belles villes de l'Europe. Ces gens la(s) sont trop pressés pour être intéressants. Oublie-les. TU ES MEILLEUR QU'EU! hahaha

Amour, continuation, courage, culture.

Jocelyn, qui commence à comprendre c'est quoi vivre à Montréal, et qui, évidemment, commence à aimer ca pas mal!

Matbeat a dit…

Cher Jocelyn,

Tu sembles surpris que je me questionne sur qui je suis en voyage. Pourtant, tu as dû faire pareil quand tu étais au loin. Non?

Quant au vacantionnisme paresseux, comme tu dis, il se peut bien qu`il me plaise! Même ma douce ne me reconnaît pas cette semaine. Je ne fais rien. Et je ne m`en porte pas plus mal. Je gère étonnament bien mes pulsions hyperactives. Je crois qu`au bout de 10 ans, je mérite bien ce qui m`arrive. Parce qu`il faut bien l`avouer, pendant les deux mois d`été, un (bon) prof a souvent une partie du cerveau encore programmé à penser à ses cours!

Pour qui est de rencontrer des gens, je ne suis pas tout à fait d`accord avec toi. Entrer en contact avec des gens: oui. Pas n`importe lesquels. Tu as eu la chance de vivre en un même lieu pendans plusieurs mois. Cela permet de vraies rencontres avec les gens de la place. De mon côté, lorsque j`ai la chance de vivre dans des familles, je crois pouvoir en profiter pour faire des liens significatifs avec les gens du pays. Mais, ce n`est pas évident le reste du temps. Je ne vais pas tout bonnement rentrer dans un café ou un bar à la recherche d`une rencontre authentique: Bonjour, voulez-vous me parler de vous et de votre culture?

Par ailleurs, je ne vois pas l`intérêt de parler avec les jeunes Australiens, Anglais et Américains qui remplissent les auberges de jeunesse. Désolé, mais en tant que prof, je les trouve à peine sorti de leur adolescence, ils ne sont pas très différents de mes étudiants (que j`aime bien, mais dont je prends congé.

Finalement, je n`ai pas honte de me goinfrer de musées. Là aussi, je fais des rencontres souvent étonnantes qui me permettent de comprendre la culture. Kafka m`aide à apprécier la République tchèque. Et même si je croise Keith Haring (un Américain) dans une exposition spéciale qui lui est consacrée, qui me dit que j`aurai un jour dans ma vie la chance de revoir ses oeuvres?

Je te laisse et te souhaite de jouir sans fin de Montréal!

Anonyme a dit…

Bonjour Mathieu,
je t'ai écrit ce message avant d'aller travailler, suite a une nuit de 3h... donc c'était peut-être pas aussi cohérent que ca aurait pu l'être.

Je ne me surprends pas de tes questionnements, je te donnes seulement mon avis.

Vive le vacationnisme paresseux, de temps en temps, tant qu'il nous fait sentir bien et qu'il n'est pas au détriment de quelqu'un d'autre.

Pour ce qui est de rencontrer des gens, tu as bien raison. Par contre, il n'est pas impossible de, plutôt que de demander officiellement d'échanger profondément, réellement interragir avec des étrangers, aller plus loin que le "ca va?" "ah oui merci, et vous?" "ah oui!"
C'est pas nécessairement la durée d'une relation qui exprime le mieux sa profondeur. Plusieurs de nos relations très "deep" et très significatives ont commencée ainsi dès la première soirée que l'on ait passé avec qqn.

Fuck les jeunes internationaux qui voyagent, tous des connards!! hihihi, ben non voyons. Mais je te comprends quand même de vouloir les éviter. Nous aussi on les évitait souvent.

Finalement, se goinfrer de musées, c'est vraiment cool, les musées j'adore ca moi aussi, c'est là ou on peut apprendre a connaitre une ville, une culture, une histoire vraiment fichtrement rapidement. C'est grâce aux musées que l'on peut être aussi rapide dans nos apprentissages culturels.

J'essaierai d'être plus précis et moins fatigué la prochaine fois que je t'écris!!

amour!!

Jocelyn

Anonyme a dit…

Cher Mathieu,
Je pense que le plus intéressant de cette reflexion sera les questions sur toi-même qui en découleront. C'est quand même en se heurtant à tout ce qui est différent de nous que nous nous définissons. Même sédentaire, je comprends facilement ta réaction face aux touristes ordinaires (je voulais mettre des guillemets mais ne les trouve pas ! p.c.q. pas sur mon ordi à moi) en rapport avec le type de voyage que tu fais. Mais il ne faut pas oublier que tout le monde n'a pas la chance et la possibilité de faire ce que vous faites. POur certains voir les choses rapidement et superficiellement est peut-être mieux que pas du tout ???

À bientôt,
Love and hugs,
moi