Mais à Madrid tout était déjà connu, tout avait déjà été mesuré. (...) Assis dans un café de la Plaza Provincia, je reconnus l'impossibilité de nouvelles découvertes factuelles. (...) Tout ce que j'apprendrais allait devoir se justifier par un bénéfice personnel plutôt que par l'intérêt d'autrui. Mes découvertes allaient devoir me stimuler: elles allaient devoir s'avérer, d'une façon ou d'une autre, "enrichissante". (...)
Comment faire de mon voyage une expérience enrichissante? Vous trouvez l'interrogation indécente? Vous vous dites: "Franchement, partir pour une telle aventure, visiter tant de lieux extraordinaires, traverser autant de pays, ne peut qu'être enrichissant!" Au contraire, ça peut devenir drôlement lassant et même pénible.
Je ne peux pas envisager ce voyage comme les autres que j'ai entrepris auparavant. Je ne pars pas pour quelques semaines dans un ou deux pays. Je quitte pour onze mois et traverserai une trentaine de contrées. Une cathédrale, une place du marché avec ses cafés et ses quelques maisons d'époque, c'est magnifique. Par contre, rendu à la huitième ville de l'Europe de l'est, une partie du charme se sera évanouie. Découvrir une culture, c'est stimulant. Cependant, l'effet de nouveauté et l'enthousiasme suscités par la quatorzième en cinq mois peuvent être moindres que ceux que je ressentirai au début du mois d'août. Vous me trouvez blasé avant de quitter? Pessimiste? Nenni. Je veux seulement éviter d'être écoeuré après quelques mois et souffrir du mal du pays.
Comment faire, donc, pour rendre l'expérience enrichissante? Avoir toujours envie malgré l'usure du temps? Encore un peu de la prose de Botton?
On pourrait se représenter la curiosité sous la forme d'un enchaînement de petites questions s'étendant, parfois sur d'énormes distances, à partir d'un noyau central composé de quelques grandes questions générales. (...) Si les circonstances et notre tempérament le permettent, nous creusons ces questions à l'âge adulte, notre curiosité englobe de plus en plus de choses, jusqu'à ce que nous puissions atteindre cet état difficilement accessible où rien ne nous ennuie.
(...) Pour qu'un voyageur se sente personnellement concerné par (ce qu'il voit), il faudrait qu'il puisse relier ces faits à une des grandes questions générales dont doit naître la vraie curiosité.
D'où l'importance d'avoir les bonnes questions à poser au monde. Des questions qui traverseront mon voyage, qui seront toujours bonnes, qui transcendent les cultures, qui permettent de regarder autres choses que des monuments et des places du marché. En voici trois qui vont m'habiter, qui vont teinter mon regard pendant la prochaine année:

1. Comment les gens vivent-ils avec les aspects lourds de leur passé collectif ?
2. Ailleurs, qu'est-ce qui est cool, hip, tendance (musique, mode, cinéma, etc...)?
3. En quoi les gens croient-ils, pourquoi ont-ils cette foi?
Ces thèmes feront l'objet de chroniques sur ce blogue. Pour ceux qui n'y trouvent pas leur compte, ne vous en faites pas, il y en aura sur d'autres sujets aussi!
5 commentaires:
Premièrement, je tiens à vous souhaiter un périple des plus enrichissant. Quoiqu'il est évident qu'un voyage autour du monde ne peut faire autrement que de l'être.
Deuxièmement, auriez-vous, par hasard, mis de côté un manteau vert au Camp de base ? Si oui, peut-être que lorsque vous viendrez le reprendre, ce sera moi qui vous servira. Si non, il y a un deuxième Mathieu David dans la région.
Troisièmement, si vous voulez relier les pays, prenez un objet caractéristique du premier pays visité, puis laissez-le au pays suivant, où vous ramasserez un second objet, et ainsi de suite. Et si vous ne le voulez pas, ne le faites pas, je m'en occuperai dans 10 ans.
- Isabelle Rémillard
Chère belle de nuit!
1. Premièrement, je te remercie de tes bons voeux.
2. Je suis bien le M.D. qui a mis de côté pour 24h un manteau au Camp de base. Cela doit faire 120 heures maintenant. J'ai oublié de téléphoner. Tu peux le remettre sur son support.
3. L'idée est originale. Vais-je le faire? Je n'en suis pas sûr. J'aurais de la difficulté à faire entrer un biscuit Oréo dans mes bagages tant tout rentre juste. Je vais te laisser cette mission pour dans dix ans.
Bon été au Camp de base! Au plasir de lire à nouveau de tes commentaires.
Tu sais, Mathieu, ce qui est "cool, hip tendance" donne une bonne idée de la société. Non pas des individus.
Et puis, il y a toujours, partout, un petit groupe d'irréductibles Gaulois de la mode, qui n'en font qu'à leur tête en regardant "La vita è bella" plutôt que "Scary Movie", en écoutant les Beatles plutôt que Fergie...
PS: dame J., pourquoi est-ce que je sens votre idée inspirée par le voyage autour du monde d'un nain de jardin?
Pauvre Séb,
Crois-tu réellement qu'avoir les Beatles dans ta liste de groupes fétiches plutôt que Fergie te rend si singulier ? Hélas, j'ai la navrante tâche de t'annoncer que tu te trouves dans un groupe bien plus commun que tu ne le crois.
Malheureusement, elle est inspirée de "The Shawshank Redemption" et non de notre très chère Amélie. Va savoir pourquoi.
P.S.: Monsieur David, je vous demande pardon pour ces messages hors-contexte.
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