samedi 31 mai 2014

Tapis rouge et palmes d'or


Comme j'aime bien faire des listes, sans doute pour l'illusion de contrôle et d'évolution que cela procure, comme tout bilan a son utilité, ne serait-ce que pour soi, mais peut-être aussi pour vous, voyageurs du futur, et comme, probablement surtout, je n'ai plus envie d'écrire de longs textes, voici donc mon palmarès tout personnel de ce deuxième tour du monde.

Pays le plus photogénique
1. Islande
2. Namibie
3. Inde
4. Maroc
5. Grèce

Exposition ou musée de l'année
1. Centre d'art Jheronimus Bosch ('s-Hertogenbocsh)
2. Expositions sur Yoko Ono (Guggenheim de Bilbao et MCA de Sydney)
3. Spectacle: the Music Video Exhibition (ACMI de Melbourne)
4. Musée du Prado (Madrid)
5. Vermeer Centrum Delft (Delft)

Plus solide choc culturel
1. Attaque de lion à Chobe
2. Slum à Mumbai
3. Township à Cape Town
4. Conduite automobile en Australie et en Europe
5. Presque cinq mois consécutifs sous de chauds climats

Meilleure activité hors du commun
1. Sandboarding en Namibie
2. Surf en Indonésie
3. Snorkling en Thaïlande et en Australie

Endroit idéal pour le repos
1. La Gaulette, Île Maurice
2. Alsace et Provence, France
3. Santorini, Grèce

Ville la plus stimulante
1. Barcelonne
2. Londres
3. Vienne
4. Cape Town
5. Bangkok

Meilleure oeuvre architecturale
1. Sagrada Familia de Barcelone
2. Guggenheim de Bilbao
3. Opéra de Sydney

Découverte littéraire par excellence
1. Jo Nesbo
2. Arnaldur Indridason
3. Jhumpa Lahiri
4. Peter Godwin
5. Fiodor Dostoievski

Plus spectaculaire "street art"
1. Cape Town
2. Lisbonne
3. Londres

Plus succulent mets typique
1. Chocolat belge
2. Boeuf australien
3. Paella espagnole
4. Tarte flambée alsacienne
5. Haggis écossais

Objets dont je me suis le plus ennuyé
1. Mon lit
2. Un lave-vaiselle
3. Mon MacBook Pro

Objets dont je me suis le moins ennuyé
1. Souffleuse
2. Tondeuse
3. Rateau

mercredi 21 mai 2014

Le Musée des musées


Avant de descendre en Alsace, nous sommes arrêtés à Bruxelles pour visiter le Musée Magritte. N'eut été du peintre surréaliste, nous n'aurions sans doute pas mis la capitale belge sur notre itinéaire. Bien, quoi? Vous avez vos joueurs de hockey favoris ou vos chanteuses préférées. Moi, j'ai des peintres qui me font vibrer. Bosch, Bruguel, Goya... L'emplacement des musées qui présentent leurs oeuvres influence le tracé de mes voyages en Europe. J'ai tenté de faire le décompte des expositions permanentes ou temporaires que j'ai visitées depuis que je me promène sur la planète. Sans doute plus d'une centaine. Je commence à savoir ce qui fait un bon et un mauvais musée. Au point que je pense moi-même en ouvrir un!

Ce sera le Musée des musées. Pas un endroit pour les touristes, mais plutôt pour ceux qui travaillent dans ces temples de la culture. Le but? Leur transmettre ma perception de ce qui transforme une visite en expérience marquante ou, au contraire, en cauchemar! Allez, je vous offre le tour guidé gratuit avant l'ouverture officielle! Le Pavillon A veut créer un choc traumatique alors que le Pavillon B fournit des solutions réalistes, du moins pour les grands musées, puisque appliquées dans certains de ceux que j'ai visités.

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Pavillon A: Anti-musée

Salle 1: Make-over

Afin qu'il puisse se mettre totalement dans la peau du touriste, le visiteur reçoit un sac à dos contenant un goûter, une bouteille d'eau, une casquette, un i-pad et un Kindle. On lui fournit aussi un parapluie.

Salle 2: Douche

Comme on choisit souvent la journée pluvieuse pour aller au musée, le visiteur est forcé de traverser un magnifique hall dans lequel est projeté une pluie torrentielle.

Salle 3: Écueil

À l'accueil, une dame dans un anglais cassé et sur un ton cassant vous fait payer votre billet d'entrée. C'est tout. Dans le sens de: pas d'autres services ne sont offerts.

Salle 4: 90 décibels

Alors qu'il vient de pénétrer dans cette pièce pourvue de magnifiques oeuvres dont certaines majeures, le visiteur est aussitôt rejoint par un groupe de touristes asiatiques, par quatre amis français, par une classe d'ados et par deux membres du personnel du musée. Les premiers s'exclament et s'interpellent en criant. Les deuxièmes lancent haut et fort leurs commentaires pseudo-pertinents. Les troisièmes crient tout simplement. Les quatrièmes discutent de ce qu'ils ont fait la veille au soir. Le bruit est tel qu'on ne peut se concentrer.

Salle 5: Clic-clic

Ici, on retrouve de très belles oeuvres de petits et moyens formats. Alors que le visiteur s'approche d'une première peinture, un monsieur vient se placer à trois pouces de la toile pour faire des photos de certains détails. Le visiteur se déplace vers une autre. Une dame se présente immédiatement avec son I-pad et s'interpose pour prendre une photo. À sa troisième tentative, le visiteur voit quelqu'un se placer à côté de la toile et devant le panneau explicatif afin de faire un "selfie", prouvant ainsi avoir été en présence du chef-d'oeuvre. Le manège se poursuit à l'infini. Impossible d'admirer sans avoir à faire avec un photographe.

Salle 6: Décryptage

Dans cette salle, les thèmes des peintures intriguent et donnent le goût de comprendre. Le visiteur s'approche alors d'un premier panneau qui est écrit en hébreu ancien. Le deuxième est fait de hiéroglyphes. Le troisième est en boro. Le quatrième est en braille. Ainsi de suite.

Salle 7: Abstraction

Dès l'entrée de cette salle, on donne au visiteur un audio-guide. Le commentaire sur la première oeuvre va comme suit: "La toile intitulée Sans-titre numéro 157 est un bel exemple de néo-post-modernisme-automatiste dont la texture picturale onirique et ironique n'a d'égal que la syntaxique anti-tellurique de la problématique arnarcho-platonicienne qu'elle aborde avec une violence toute sotériologique propre au mouvement heuristique des Douze de Bruges qui eut une courte période de rayonnement en 1913. Appuyez sur la touche 112 pour un commentaire s'adressant aux adultes." Tous les autres sont du même acabit.

Salles 8 à 11: voir Salles 4 à 7

Salle 12 à 15: voir Salles 8 à 11

Salle 16: Café-Luxe

Le visiteur normal est à ce stade-ci épuisé et agressif. Il ressent le besoin de prendre un repas. Le café du musée n'offre que quelques breuvages et desserts hors de prix. Le lunch fourni dans le sac à dos a l'air savoureux et est gratuit. Cependant, il est interdit de manger dans le musée. Et si l'on sort, on ne peut y entrer à nouveau.

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Pavillon B: Musée idéal

Salle 1: Accueil

Tout comme sur son site internet (à tout le moins bilingue, la seconde langue étant l'anglais), le musée présente dans le hall d'entrée les informations utiles à sa visite. On y voit notamment le nombre maximal de visiteurs admis en même temps dans le musée. Cette mesure désengorge les salles.

Le personnel est souriant et parle un anglais compréhensible. Le paiement peut se faire par carte de crédit et le prix d'entrée inclut automatiquement celui d'un audio-guide qui est systématiquement remis (et non offert) au visiteur. Les groupes doivent être accompagnés d'un guide du musée dont les commentaires faits à voix basse sont transmis aux visiteurs via les écouteurs qu'on leur a remis.

Si la collection est grande, on offre des circuits thématiques pour que le visiteur ne sorte pas épuisé. Ainsi, ce peut être un parcours axés sur les 25 plus grandes oeuvres de la collection. Ou sur les femmes-peintres. Sur l'utilisation de la lumière. Sur le thème de la guerre. Sur la couleur bleu.

Salle 2: Vestiaire et scan

Le musée offre des casiers que l'on peut verrouiller. Le visiteur doit y déposer tout manteau, parapluie, sac et appareil électronique (caméra, i-pad, téléphone).

Le visiteur passe au détecteur comme dans les aéroports. Les appareils électroniques non-remis sont détectés et doivent être déposés dans le casier avant l'entrée.

Salle 3 à 15: Art et sérénité

Y a-t-il trop de monde dans les musées? Sans doute pas. La culture doit être accessible à tous. Malheureusement, il y a trop de gens qui ne savent pas comment visiter une exposition. Car, oui, il y a certaines conditions propices, pour ne pas dire nécessaires, à l'appréciation de l'art. Évidemment, cela n'a pas à obligatoirement à passer par la tête. Or, dans la réalité, pour un contemplatif qui vit des émotions intérieures intenses, et deux personnes curieuses d'en savoir plus, il y a sept visiteurs qui courent comme des poules pas de têtes. Les aider n'a rien de condescendant. On peut s'éduquer à tout.

Dans le Pavillon B, tous les visiteurs ayant un audio-guide, ils ont tendance à l'utiliser. Étant plus dans un mode d'écoute, ils ont tendance naturellement à parler moins, voire à se taire complètement. Constat empirique, c'est immanquable: un visiteur avec un audio-guide dérange significativement moins les autres.

De plus, il comprend mieux ce qu'il voit. Un bon audio-guide n'est pas fait pour les érudits et spécialistes de l'art. Il propose un commentaire bref sur l'oeuvre, en en expliquant le sens, en faisant remarquer des détails passant inaperçu au premier regard. Ainsi, un monde fantastique s'ouvre au visiteur. Il saisit ce qu'il a sous les yeux, peut faire des liens avec l'époque de création, avec la vie de l'artiste. Sa contemplation n'est qu'enrichie. Et lorsqu'il quitte le musée, même s'il n'a retenu qu'une petite fraction de ce qu'il a entendu, il a un petit bagage qui s'accumule et qui lui servira de clés plus tard dans d'autres musées. Il ne quittera pas, par exemple, une exposition complète consacrée à Dali en se demandant s'il était du 17e siècle...

Par ailleurs, les gens ne pouvant photographier, ils doivent regarder. Ce n'est plus une course à relais d'oeuvre en oeuvre pour un selfie. Un tas de gens arrivent devant une peinture, la photographient et repartent sans tarder vers la prochaine. Désormais, cinq ou six personnes peuvent ainsi admirer une petite toile, parce que personne ne se met devant! Pour les amateurs de souvenirs, la boutique offre des cartes postales et des livres. Ils n'auront qu'à en acheter.

Salle 16: Café-Luxe
Le visiteur peut sortir du musée pour aller manger en laissant une pièce d'identité avec photo lui permettant d'entrer à nouveau avec son billet.

Il peut aussi prendre un goûter au Café-Luxe. C'est là aussi l'endroit idéal pour pérorer, impressionner ses amis par ses commentaires profonds ou simplement partager ses modestes constatations.

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Bon, c'est une blague. Je ne vais pas ouvrir de Musée des musées à mon retour à Gatineau! Bien que ç'aurait été beau entre deux Ronas et un Pharmaprix... Je vais encore être prof à St-Alex. Vous êtes surpris, n'est-ce pas. Vous y croyiez, hein? N'empêche que des fois je voudrais qu'un tel endroit existe et que tous les responsables de musées du monde soient obligés de le visiter. Tout le monde en sortirait gagnant. L'art en premier.

Malgré les expériences parfois décevantes, je vais continuer d'aller voir Guston, Rembrandt ou Dix. Parce qu'ils m'ouvrent sur d'autres mondes, me permettent de voyager dans mon voyage. Et je souhaite à tous mes amis de profiter un jour d'une visite de musée qui les bouleverse et les transforme.

lundi 12 mai 2014

De la pluie


Je lisais récemment un minuscule essai, souvent plus poétique que philosophique, de Martin Page sur la pluie. Envers et contre la majorité, il en faisait l'apologie. Moi, je ne suis pas un grand fan, pour dire le moins. Tout le contraire de ma douce qui manifeste toujours son mécontentement quand on parle de mauvais temps pour parler de la grisaille, des nuages et des précipitations! Malgré quelques arguments solides, mon opinion n'a pas changé une goutte... Surtout pas cette semaine, à Rotterdam.

J'adore les Pays-Bas. Pas en raison des fameux coffee shop où l'on s'achète du "pot" en toute légalité après avoir fait notre choix sur un menu à la carte. Il y en avait un au rez-de-chaussée où nous demeurions; on n'est même pas entré. Pas non plus pour les prostituées syndiquées. Je ne sais pas s'il y a un "Red light" comme à Amsterdam; on n'a pas cherché. Ni pour notre amour inconditionnel des Oranges qui tenteront de l'emporter dans quelques semaines au Brésil.

Pourquoi alors? Pour les paysages. Ceux de la campagne comme ceux de la ville. Tulipes multicolores, moulins à vent folkloriques, architecture diversifiée et audacieuse, aménagement urbrain créatif, magnifiques canaux. Eh bien, on n'a rien vu de ça. Ok, à peine. Il a fait soleil trois fois dix minutes en six jours. Je suis tellement déçu, vous ne pouvez pas savoir. Je sais: je ne suis pas fait en chocolat. Mais là... Prenez l'expression qui vous plaît: il tombait des cordes, des clous, il pleuvait à boire debout, à seaux, comme vache qui pisse. J'ai d'ailleurs rasé d'envoyer à mes neveux et ma nièce une carte postale montrant une de ces dernières en action. Je me suis abstenu.

Parmi les fleurons de la peinture néerlandaise, on retrouve Rembrandt et Vermeer. No wonder que dans un tel pays, ils ont su devenir les deux grands maîtres incontestés de la lumière. Vous savez combien j'aime prendre des photos. Cela dit, je ne suis pas très connaissant. Donnez-moi un bon sujet et une journée ensoleillée, je me débrouille. Le gris me fige. Je ne sais plus quoi faire. Je trouve tout terne. Je sais qu'on peut faire de belles choses dans de telles conditions. Je ne sais pas comment. Mon appareil est donc rangé depuis plus d'une semaine, puisqu'il pleuvait aussi en Autriche. De toute façon, même si on avait voulu, il nous aurait fallu un appareil pour faire de la photo sous-marine. Sans blague. J'en veux pour preuve les cimetières de parapluies que nous avons croisés. Miracle que les nôtres, d'une valeur de dix dollars chaque, aient tenu le coup.

On a tout eu, donc. Du crachin à l'orage, en passant par la grêle. Oui, monsieur. Il n'y aura pas d'autre chronique automobile, mais sachez que conduire dans une ville où il n'y a pas deux rues parallèles, sillonnée de sens uniques, dotée de nombreux tramways et qui compte autant de bicyclettes que de voitures, ce n'est pas de la tarte. Ajoutez une visibilité nulle et vous avez un portrait de notre stress. Parce qu'on est quand même sorti un peu. Malheureusement, pas à Keukenof voir les millions de tulipes parce que le printemps étant arrivé trois semaines plus tôt que d'habitude, on n'aurait vu que des tiges. Nous sommes allés voir le génial Bosch à 's-Hertogenbosch et le non moins brillant Vermeer à Delft. Là, il faisait un froid de canard. Je n'en avais jamais vu autant. Ils pataugeaient dans les canaux ou marchaient le long de ceux-ci. Sous l'averse. Heureux. Comme Caro.

Y a-t-il quelques points positifs à ce déluge? Je n'en ai trouvé que deux. Si vous pensiez, comme Rodrigue Escayola, que je lisais beaucoup en voyage, là je me suis régalé. Au cours de la dernière semaine, j'ai lu les deux premiers tomes de la trilogie Millénium. Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, ça fait un total de 1226 pages! Lire en voyage est-il absurde? Je me pose souvent la question. Chose certaine, ce n'est pas dans ma vie normale de prof que j'aurais pu me taper ces deux briques en quelques jours. Et vous vous doutez bien que si la pluie se poursuit à Bruges, le troisième opus ne me durera pas longtemps.

L'autre bon côté de cette pluie? Nul doute qu'on va devoir revenir aux Pays-Bas. Espérons que le beau temps, le seul vrai, sera au rendez-vous!

dimanche 4 mai 2014

La fille que j'accompagne en Autriche


Ceux qui la connaissent savent la chance que j'ai. Mon ancien collègue Jacques Carbonneau disait qu'elle avait déjà gagné son ciel du simple fait de m'endurer au quotidien! Ce n'est pas différent sur la route. Au contraire! Si je ne suis pas tous les jours faciles à Gatineau, imaginez à Moscou, Kuala Lumpur ou Casablanca!

Voyager, je le répète à chaque année à mes élèves, constitue une expérience idéale pour connaître véritablement l'autre. Impossible de faire semblant pendant plus d'une semaine, à moins d'être dans un tout-inclus. Un couple capable d'aller de par le monde et de revenir encore ensemble témoigne d'une belle solidité.

Évidemment, chacun a ses forces. Caroline est responsable de l'hébergement et des grands transports. Je ne sais pas si vous mesurez ce que ça veut dire en temps et en énergie. Pour les quelques 190 jours que nous avons faits par nous-mêmes, elle nous a trouvé 47 endroits où dormir. Pour chaque ville, elle a donc analysé plusieurs possibilités en tenant compte du prix, du confort, de la proximité (avec les épiceries, les métros, les buanderies et les centres d'intérêts) et... de la présence d'animaux à poils auxquels je suis allergique! Elle a aussi planifié 37 grands déplacements en avion, bateau, train, autobus ou en voiture de location, en plus des navettes entre les aéroports ou gares et nos appartements! Tâche titanesque qu'elle a menée avec brio. Chaque fois que je me suis essayé à la remplacer dans ses fonctions, elle a soit trouvé mieux par la suite ou j'ai fait une erreur qu'elle a corrigée à temps!

À quoi je sers alors? Bonne question! Je me la pose souvent. Elle jure qu'elle n'y arriverait pas sans moi. Sans doute pas aussi vite, non, mais elle y parviendrait. Moi, je suis en charge de l'itinéraire, des activités au programme et de l'orientation avec la carte de la ville. Ah oui, et des repas. Paraît que la bouffe est plus une obsession personnelle qu'une responsabilité. C'est juste que j'aime les choses bien faites. Que je ne veux pas jeter de nourriture. Que je sais que mon humeur dépend de mon alimentation régulière. Passons. Donc, normalement et avec les suggestions de la fille avec qui je voyage, je prévois où on ira et ce qu'on y fera. Comme elle dit, je dois l'emmener dans des "belles places"! Et, outre une tout petite erreur (trois semaines de trop de camping en Afrique...), je crois avoir bien réussi.

Or, alors que fraîchement débarqués à Vienne nous sommes à déguster une Stiegl, j'annonce à ma douce que pour la prochaine semaine, elle aura carte blanche sur notre horaire. Caroline adore l'Autriche et a insisté pour que nous y passions ne serait-ce que quelques jours. Elle est d'abord surprise par cette annonce. Puis, tout à coup inquiète. Elle se demande si je serai capable de suivre docilement, d'apprécier un rythme autre, des priorités différentes. Je lui jure que je serai obéissant et souriant!

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28 avril :

Aujourd'hui, on va au Palais Hofburg ayant appartenu à la dynastie des Habsbourg. La première de notre visite nous permet d'admirer... la vaisselle impériale. Eh monsieur, ça commence bien! J'ai peur de mourir d'ennui. Après dix minutes, je pense mourir de rire. Parce qu'on ne parle pas d'un petit kit à huit couverts. L'un des ensembles exposés contient 4500 morceaux! L'UN. Parce qu'il y en a plein. C'est tellement gros et l'audio-guide est tellement fascinant qu'on finit par y prendre intérêt.Qui aurait cru qu'on pouvait raconter l'histoire politique d'un empire à travers sa coutellerie. Qu'est-ce qui vient après? Le Musée de l'Impératrice Marie-Elisabeth. Vous ne la connaissez pas? Bien sûr que oui! C'est Sissi. Romy Schneider! Ciné-Quiz avec Alain Montpetit! Que de belles après-midi avec mère-grand et ma soeur en extase sur le divan et mon grand-papa et sa bouteille endormis sur son fauteuil! Encore une fois, je pensais m'emmerder sans fin. Bien non! Les Autrichiens se foutent des mythes. Et celui de Sissi en prend un coup. Encore là, on est subjugué. On découvre une toute autre femme que celle des films hollywoodiens. Pas mal plus intéressante. Pas mal plus complexe. Pas mal plus dark! Après le palais, on est allé au Café Central, autrefois fréquenté par Trotski, Lénine et Freud. Très chic. Architecture impressionnante. Idéal pour lire un bon roman. J'ai félicité Caro pour cette première journée sous sa guidance. Succès!

29 avril:

Le beat Caro n'est pas le mien. Peu importe ce qui nous attend, c'est lever libre. Pas de pression, dors mon beau! Mmmmm... J'aime ça... mais je panique quand même un peu intérieurement: faudrait quand même partir pour vivre notre journée! Départ à 11h. ONZE HEURES! Dans mon livre à moi, la journée est presque finie à cette heure-là! Pas dans le sien. C'est elle la guide. Je fais un sourire (un peu crispé) et on part (enfin).

Comme bien des gars, je suis un chasseur. Je vais vers un but, je poursuis ma proie. Comme bien des filles, Caro est une cueilleuse. Attends, je prends une photo. Puis, une autre. Puis, une autre. Puis, une autre. Ah, tiens, un marchand de journaux. Oh! La belle boutique! Je regarde ma montre. Recalcule l'heure des repas. Capote un peu. Me semblait qu'on allait au musée?! Oups, je m'excuse, je n'ai rien dit, c'est toi la chef. On reprend la route. On s'arrête au Café Hawalka, une institution viennoise. L'ambiance est très différente de la veille. Service chaleureux, éclairage tamisé, décor sympathique et vieillot. Idéal pour lire un bon roman. On a fini par atteindre notre but: l'Albertina. On a eu amplement le temps de visiter les très belles expositions. Encore une fois, bravo Caro!

30 avril:

Marcher lentement vers un but est un défi pour moi. Alors, vous devinez que marcher lentement vers pas de but est encore plus exigeant. On irait peut-être acheter du linge ou un livre. On allait surtout déambuler au hasard, sans avoir identifié un quartier magnifique à voir absolument, une avenue incomparable ou une statue photogénique. Il faisait super beau. Après un temps, j'ai senti que c'était agréable d'avoir une journée comme ça. On s'est arrêté au Café Sperl. C'est là où ont été filmés Before Sunrise et A Dangerous Method. Voilà le but. Il existe, c'est juste que je ne le connais pas à l'avance! Très éclairé, décor sobre mais tout de même classy. Idéal pour lire un bon roman. Meric Caro pour trois belles jounées dans la capitale.

2 mai:

Nous sommes désormais à Salzburg. Partis de notre penzion en périphérie, on débarque au centre-ville. Je me tourne vers ma guide. Où allons-nous? "Y'a un pont à quelque part, pis un beau quartier et une forteresse..." D'accord, mais dans quelle direction. Elle ne sait pas. Je le répète: on n'a pas le même style. Je me suis assis avec elle et on a trouvé. On est allé et c'était mignon. On a pris un café et, surprise, on a lu. Pourquoi sommes-nous à Salzburg? Pour Mozart ou les concerts de musique classique qui attirent des millions de visiteurs chaque année? Pffffff... Ben non! On est là pour faire le Original Sound of Music Tour. Pour passer quatre heures avec soixante touristes (80% de femmes, 15% d'homos et 5% de maris blasés) à chanter "The hills are alive...". Disons, qu'encore une fois, j'avais des doutes. Oui, comme bien des gens de ma génération, j'ai vécu mon enfance sous les notes joyeuses des vinyles (en français et en anglais) et j'ai vu le film une dizaine de fois. Est-ce suffisant pour être motivé par une telle tournée? Je le faisais pour elle. Ben, crime! Encore une fois, c'était l'fun! Le guide, un grand moustachu portant l'habit traditionnel autrichien, nous a fait rire du début à la fin comme seul un gay hyper bitch peut le faire. Avec son humour caustique, il a passé le film au tordeur, nous révélant évidemment tout ce qui est faux dans le sirupeux musical hollywoodien (on est loin du biopic de la vraie famille Von Trapp), mais en se moquant aussi allègrement des fans du long métrage, donc de nous (enfin, pas de moi, des autres). Conclusion? Va falloir revenir. Pas pour entonner Edelweiss ou Do Ré Mi. Pour les paysages. Wow! Époustoufflant! Des montagnes et des lacs magnifiques. Parfait pour faire un film! Caro, tu l'as l'affaire!

4 mai:

Au lever ce matin, à Innsbruck, un brouillard bien bas couvre la montagne. C'est gris et on annonce de la pluie. Dommage, vous savez ce que ma compagne avait prévu faire avec moi aujourd'hui? Admirer des assiettes? Déjà fait. Des robes d'impératrice? Nenni. Des gazebos où ont dansé un (fictif) facteur nazi et une belle de 16 ans? Non. Elle devait m'emmener voir des sauteurs à ski qui s'entraînent dans le coin! Quelle femme suprenante! Mais, il fait mauvais. De mon point de vue. Elle, elle aime bien ces journées grises. Alors, j'ai décidé de rester à l'auberge. BEAU TATA! Elle était à peine partie que le soleil s'est levé. Comme les bus passent aux heures dans les montagnes et que je ne saurais la retrouver dans Innsbruck (il y a trop de cafés à vérifier!), comme je suis usé par neuf mois d'hyperactivité, je suis donc demeuré ici. Pour écrire. Pour lire. Pour contempler la merveilleuse semaine autrichienne qu'elle m'a fait vivre. Elle va revenir tantôt avec de splendides photos. Je serai jaloux si elle est allée voir les sauteurs. Tant pis pour moi: je n'avais qu'à suivre la guide! En passant, pour ceux qui rêvent de faire appel à ses services, sachez qu'elle est déjà occupée en 2019-2020 et en 2025-2026!