lundi 31 mars 2014

Mal des transports


Déjà de retour. Pas prévu, mais pas le choix. J'ai publié vendredi dernier une chronique automobile que devait être complète. Il ne restait que six heures de route. Qu'y aurait-il à ajouter? Puis, ce serait la vie facile du transport en commun. Comment pouvais-je savoir que le pire était à venir?

Samedi, 6h AM. Nous prenons nos courriels avant de quitter l'appart pour Barcelone où nous voulons arriver avant 13h. À cause de la bosse. Pas que nous ayons peur. Elle était bien là dès le départ, bien qu'on ait omis de le signaler lors de l'inspection du véhicule. Mais on préfère rapporter la voiture à la succursale où elle a été prise. Juste au cas où on tomberait sur un représentant zélé.

Nous marchons jusqu'à la voiture. Nous lançons le GPS. Il n'y a plus de réseau internet! Il semble que notre abonnement Orange s'est terminé... il y a quelques minutes, plutôt qu'à minuit, comme prévu. Ça commence bien. Avec une carte papier et un peu d'instinct on quitte la petite Bilbao. Ce ne sera pas la même chose rendu à destination. Sans la voie un peu artificielle de Lolitta, on risque de rusher à Barcelone! Première stratégie: rouler à 130-140 km/h. Remarquez que la limite en Espagne est de 120. Plus on arrive tôt, plus on aura de temps pour se "déperdre".

Cent dollars de péages plus tard, nous approchons de la ville de Gaudi. Il est 11h45. Il suffit de prendre la B-23, nous indique la carte papier. Introuvable. La tension monte. On est à dépasser la ville lorsque je fais demi-tour. En sens inverse, pas plus de B-23. Le stress est au max. On est en train de revenir trop sur nos pas lorsque j'aperçois une halte routière qui offre Wifi. Lolitta, te revoilà! Sauve-nous: il est 12h20! Nous avons travaillé fort tous les trois finalement pour nous présenter chez Enterprise à 12h45. C'est alors que j'ai réalisé que le personnel était à un quart d'heure du week-end. Sûrement pressé de prendre congé. Du moins, je l'espérais. Le monsieur s'approche de l'auto et me demande si nous avons eu des problèmes avec la voiture. Pas du tout que je lui réponds. Je ne vais tout de même pas lui donner l'adresse de mon blogue! Il fait le tour de la Mercedes. Arrive à la bosse... et continue son inspection. Ouf, il n'y aura pas de chichi!

À partir de maintenant, le train! Désormais, tout ira sur des roulettes. Finis les soucis. À la gare, les billets s'achètent à l'aide d'une distributrice. Deux billets pour Figueres. C'est bien ce qui est imprimé sur les cartons. Rien de plus. L'heure? Non. Pas grave, je l'ai choisie: 14h46. Le quai? Pas indiqué. Je vais donc jeter un oeil sur les panneaux d'information. Aucune destination du côté des départs ne mentionne Figueres. Je me mets en ligne au guichet d'information. Le préposé me dit d'aller au quai 13.

Une fois passés les tourniquets électroniques, nous nous retrouvons entre les rails des voies 13 et 14. Le tableau d'affichage ne mentionne rien sur Figueres. Parmi les dix prochains trains attendus, sept sont libellés "Barcelona-França". Je sais que Figueres est l'une des dernières villes importantes avant la France, mais est-ce que ces trains s'y arrêtent? Il y a d'autres destinations proposées, mais je ne connais pas ces lieux. Et aucun train n'est annoncé comme partant à 14h46! Je vais à la recherche d'un employé pouvant nous orienter. Il n'y en a pas. Une fois les tourniquets passés, il n'y a plus personne pouvant nous informer! J'apprendrai plus tard que c'est une conséquence de la crise économique. Les compagnies ont remercié une large partie de leur personnel.

Je tente de questionner des gens qui attendent. La très grande marjorité des Espagnols ne parlent pas un mot d'anglais. Échec, donc. Quand un train arrive, j'entre et je demande simplement aux passagers "Figueres?" No. No. No. Après quelques essais, je me tanne. Peut-être qu'ils ne me comprennent pas ou ne savent pas où s'arrête leur train. Au suivant, je vais cogner à la vitre du conducteur. Imaginez! Il ouvre sa fenêtre, regarde mon billet et fait signe que non. Je commence à pomper. Un homme sur le quai me dit "Tranquillo!" et me pointe le tableau électronique. Il suffit de regarder si le train sera sur la rame 13 ou 14, me fait-il comprendre. Ah! Parce que ce n'est même pas officiel que c'est la 13! Peu importe, cela ne me dit pas quel train va à Figueres.

Vous devinez qu'à ce point-là, je suis exaspéré. Et c'est là que le pire va arriver. Un train arrive. Je dis à Caro que je vais aller demander au conducteur. Sa fenêtre est trop haute. Je reviens vers les wagons et, pour la xième fois, je décide de demander aux passagers. Caro me voit et me fait des signes signifiant "est-ce celui-là?". Je ne suis pas concentré sur ses gestes. J'entre, je demande. Figueres? No. Je sors. Les portes se ferment. Caro n'est plus sur le quai. Le train part. À travers la fenêtre, je vois Caro qui me cherche! Bye-bye chérie!

Me voilà donc là, seul, sur le quai. Ne sachant pas ce qu'elle fera ni ce que je devrais faire. Je finis par trouver un Haïtien qui parle français et espagnol! Il est aussi perdu que moi, mais finit par obtenir l'information d'une demoiselle en attente de son départ. Le prochain train s'arrête à Figueres. Miracle! Je décide de le prendre en me disant: Caro est une voyageuse expérimentée. Elle saura se débrouiller. Je l'attendrai à la gare de Figueres. De toute façon, je ne peux pas aller ailleurs: je ne sais pas le nom de l'hôtel!

Pendant ce temps, Caro est sur un train en direction de França, ou Gare de France, qui se situe à 15 minutes de Barcelone! Arrivée à "destination", elle n'a d'autres choix que de faire demi-tour. De retour au point de départ, elle décide de franchir les barrières et de retourner s'informer. On lui indique quel train prendre. Évidemment, lorsqu'elle essaie de passer à nouveau les tourniquets, son billet est rejeté puisque déjà "utilisé". Alors qu'elle est au bord de la crise de nerfs, une jeune employée (tiens, il en reste au moins une!), voyant son désespoir et comprenant l'anglais, finit par lui ouvrir le passage vers le train tant espéré. Après quelques heures chacun de notre côté, c'est dans la joie et le soulagement que nous fêtons nos retrouvailles à Figueres! Vivement le bus qui nous mènera sans embûche le lendemain à Montpellier!

Vous pensez que nous sommes au bout de nos peines? Simple comme ça? Comment tenir un blogue alors?

Le lendemain matin, je vais voir le Musée-Théâtre Dali, unique raison de notre présence à Figueres. Caro ira acheter les tickets d'autobus puis se reposera, elle qui, en fait, n'aime pas vraiment le peintre surréaliste andalou. Pendant que je me régale, le cauchemar des transports se poursuit.

C'est dimanche. Donc, tout est fermé. Même les guichets des gares. Pas de distributrice électronique. Il aurait fallu se les procurer la veille. Caro revient à l'hôtel pour faire la démarche via internet. Le site d'Eurolines ne permet pas d'acheter des billets pour le jour même! Moi, j'aurais lancé le I-pad contre le mur ou je serais retourné à la gare pour y mettre le feu. Caro n'est pas comme moi. Heureusement. Quel monument de patience et surtout de persévérance!
Elle se rend donc sur le site d'ALSA qui vend aussi des produits Eurolines. Après avoir téléchargé l'application pour achat de tickets, elle tente d'en prendre deux pour Montpellier. Ça ne marche pas. Après une heure de gossage, elle se rend compte qu'elle peut aller naviguer sur la version bêta du site où elle parvient à payer pour nos billets. Lorsque le résultat de la transaction est rendu disponible, elle tente de le voir, mais il disparait. Elle finit par le retrouver. Ç'a fonctionné! Reste à imprimer! À la réception de l'hôtel, elle se branche à l'aide d'un ordinateur. Alors qu'elle veut récupérer nos tant convoités laissez-passer en cliquant sur le lien qu'on lui a fait parvenir, on lui indique que sa session est expirée. C'est finalement grâce à un code fourni dans le courriel qu'elle réussit à mettre sur papier toute une avant-midi de travail!Merci, mon Chouchou!

Nous sommes finalement arrivés à Montpellier. Sauf que je ne sais plus quoi penser pour la suite de notre voyage. Qu'est-ce qui est le plus surréaliste? Les montres molles de Dali ou les transports en commun? Doit-on louer une voiture avec les péages, le stress des assurances et des stationnements? Ou voyager avec des compagnies de train et de bus qui rappellent parfois les pays en voie de développement? Ce serait peut-être moins compliqué en Segway? Et si on devenait le premier couple à faire le tour de l'Europe en trotinette?

vendredi 28 mars 2014

Chronique automobile 4


Conscient que le noyau dur de mon lectorat est constitué de gars dont le coeur fait "vroum vroum", je vais immédiatement les satisfaire en répondant à la question qui leur brûle les lèvres: c'est quelle sorte de char? Il s'agit d'une Mercedes Classe C 2014. Elle est blanche. Enfin, l'était. Là, il y a un paquet de mouches mortes écrapoutillées sur le devant. Voilà, c'est réglé! Vous pouvez aller remplacer vous-mêmes vos pneus d'hiver par ceux d'été. Quoi? Il neige encore au Québec! Contentez-vous d'un tune-up fait maison. Pour les quelques lecteurs qui restent, voici ce qui nous est vraiment arrivé sur les routes d'Espagne et du Portugal depuis un mois. Ne vous fiez pas à la presse "people" ou aux histoires de François Gareau. C'est ici que vous sera révélée la vérité vraie.

******

Tout a débuté dans les bureaux d'Enterprise, à Barcelone, quand la représentante Joana Sanchez nous a demandé de faire l'inspection de l'auto. Avec le stress généré par les assurances lors de notre tour d'Islande et de notre road trip australien, je voulais m'assurer que tout était correct. Évidemment, les voitures de location, même celles qui n'ont pas 2000 km au compteur, sont toujours un peu égratignées. Je fais le tour et remarque un paquet d'éraflures. Trop pour les indiquer sur le constat sans que ça ne devienne ridicule. Ah, tiens... une drôle de bosse. Faudra que j'en touche un mot à Joana qui justement s'approche à grands pas. Avant même que je n'aie eu le temps d'ouvrir la bouche, elle me montre, exemples à l'appui, à l'aide d'une languette transparente, que les marques plus petites que le rond imprimé dessus ne sont pas prises en compte. Dans le même souffle, elle nous met en garde contre des arnaques potentielles sur les routes espagnoles: des bandits crèvent les pneus des touristes et leurs complices se présentent plus tard pour leur donner un coup de main à changer la roue, en en profitant pour les dérober de leurs biens, si ce n'est carrément de leur voiture! En Afrique ou dans les grandes villes américaines, oui. Ici, au pays de Penélope Cruz? J'aurais pas cru. Un peu ébranlé, et pressé par le temps qui fond comme une montre de Dali, je signe les documents. La bosse? Complètement oublié d'en parler.

******

Nous partons tous les quatre. Je suis au volant. Caro, armée du GPS de notre I-Pad que nous utilisons pour la première fois, est co-pilote. Lolitta, la voix féminine qui nous oriente, est là, entre nous deux. Notre ami François est gentiment assis à l'arrière. On a à peine tourné le premier coin de rue...

François: Et que j'aimerais ça conduire une Mercedes!
Caroline: Un jour peut-être!
Mathieu: Caro, concentre-toi sur la route!
Lolitta: Dans deux cents mètres, tournez à droite.
Caroline: Ah! C'est tellement le fun un GPS! J'adore ça! Mat, tourne à droite ici.

Sans réfléchir, je tourne à droite. C'est un sens unique. Heureusement, les voitures sont arrêtées au feu précédent. Je donne un coup de roue, évite un cycliste, nous remet sur la bonne voie...

Mathieu: Calice! Caroline St-Jacques arrête d'être heureuse, pis concentre-toi! Dis-moi pas de tourner si c'est pas le temps! On va se tuer!

Silence. Je regarde dans le rétroviseur et constate que François fait d'immenses efforts pour ne pas éclater de rire. Lorsqu'il n'en peut plus, il pouffe. On n'est pas sortis du bois. Apprentissages de Mat: comme je suis au volant, je suis ultimement le seul responsable de notre survie; je dois continuer à me servir de mon cerveau et lire les panneaux! Apprentissages de Caro: le GPS n'est pas aussi simple qu'il en a l'air; les mètres constituent une distance à évaluer. Apprentissage de François: on va bien rire avec Lolitta.

******

Barcelone-Madrid, ça se fait en environ cinq heures et demie si l'on passe par les autoroutes avec postes de péage. Vaut mieux une heure de plus à Madrid qu'une autre enfermés dans la voiture. On arrive à la barrière pour payer. Je sors ma monnaie, insère le ticket recueilli six cent kilomètres plus tôt. 29,90 €! Quarante-cinq piastres! Jamais le dicton "Le temps c'est de l'argent!" ne s'est aussi bien appliqué. Je me suis étouffé, j'a sorti la carte de crédit. Dire que ça hurle à Montréal à l'idée d'un péage pour le nouveau pont... En tout cas, laissez-moi vous dire que les routes espagnoles sont de toute beauté, pas de nid-de-poule, pas une craque. Utilisateur-payeur! À bien y penser, je suis d'accord.

Après avoir rejoint notre hébergement, on se pensait au bout de nos peines. Oh que non! Restait à se stationner. On avait loué une Golf. Y'en n'avait plus de disponible. On nous a "upgradés". La Mercedes, c'est confortable, ça accélère, mais c'est gros comme un paquebot. Quand j'ai vu l'espace du stationnement souterrain fourni avec l'appartement et dans lequel nous devions faire entrer notre véhicule, j'ai capoté. Comment vous décrire? Ça avait la forme d'un parallélogramme qui voudrait être un rectangle et le devient un peu éventuellement. La voiture à gauche était garée sur la ligne. Du côté droit, il y avait un pilier de ciment. À l'entrée du parallélogramme. Et il faisait noir. Fatigué par le trajet, je n'avais pas les nerfs pour une telle tâche. En fait, je me demande si j'aurais réussi à y insérer une Smart. Tiens, François, tu voulais conduire une Mercedes. Go! Il a tout essayé. Le détecteur automatique d'obstacles de l'auto criait comme une sirène d'évacuation. Après vingt minutes de vaines tentatives, on a dit au monsieur de l'appart qu'il allait devoir trouver autre chose. Il est allé voir le concierge, Jesus. Et le sauveur a fait son travail: il nous a déniché un autre emplacement!

Une fois assis dans l'appartement, François me demande si j'ai vu la bosse sur le côté de l'auto. La bosse! Merde, complètement omis de la signaler à Joana lors de l'inspection. Caro et moi nous nous mettons à stresser avec ça. Frank nous dit qu'on s'en fait pour rien. Je vais prendre des photos. Pourquoi? Je ne sais pas. Une fois que la voiture a quitté Enterprise, ça peut être arrivé n'importe où. Rien ne prouve que c'était là au départ. Soirée de stress. Nuit mouvementée. Au lever, je veux écrire un courriel à Enterprise. Je retourne prendre des photos. Fuck, ce n'est pas seulement une bosse, il y a une égratignure. Comment ça se fait que je n'ai pas vu ça? Frank nous dit qu'on s'en fait trop. Et que c'est ça qui va devenir louche. Tout à coup, Caro se souvient: n'est-ce pas sur cette égratignure que Joana a appliqué son transparent pour nous donner un exemple d'éraflure trop petite pour être prise en compte? Soulagement. Je commence à me dire que je préfère le train...

******
Ce sont toujours les départs et les arrivées qui sont compliqués. Une fois sur l'autoroute, on est correct. Trois jours plus tard, on quitte pour Lisbonne.

Lolitta: Continuez sur Paseo de Santa Maria de la Cabeza, en direction d'Alcorcon.
Mathieu: Elle ne pourrait pas dire la A-42? Ce serait plus simple.
Lolitta: Dans 2 km, continuez en direction d'Alcorcon.
François: Merde, j'ai oublié mon guide de Lisbonne dans l'appart!
Mathieu: En tout cas, on retourne pas! (Concentration: faut suivre Alcorcon)
François: C'est pas grave.
Caroline: On a un Lonely Planet sur notre I-Pad.
Lolitta: Dans 1 km, continuez en direction d'Alcorcon!
Mathieu: (Alcorcon, Alcorcon...)
Caroline: J'aime tellement ça Lisbonne! Tu vas voir François, c'est plein de bons restos!
Lolitta: Dans cent mètres, continuez sur Auto-Estrada Marateca-Caia.
Mathieu: (Alcorcon, Alcorcon...)
Caroline: Mat, faudrait que tu te tasses à gauche.
Mathieu: (Alcorcon)
Caroline: Mat, faut aller sur la gauche.
Mathieu: Mais faut suivre vers Alcorcon.
François: À GAUCHE!!!!

Je me range à la dernière minute.

Mathieu: Euh... je pensais qu'il fallait suivre Alcorcon...
Caroline: Alcorcon, ce n'est pas le nom de l'autoroute, c'est une banlieue de Madrid.
Mathieu: Ah...
Caroline: Merci François!

À un moment donné, je me suis demandé ce qu'on ferait sans lui. Il fait le valet de parking, traduit pour que je comprenne ce que le GPS et Caro essaient de me dire, nous calme quand on capote pour les assurances!

******

Ça y est: François est reparti au Canada. Et il faut reprendre la route. Sans lui. Aaaaaahhhhhh! Bon, on est capables. Suffit de diminuer les sources de stress. Regarder l'itinéraire ensemble avant de partir. Éteindre le maudit mode "éco" pour avancer dès qu'on pèse sur l'accélérateur, avant de se faire klaxonner. Obéir quand la voiture (car elle communique elle aussi), nous indique qu'il est temps de s'arrêter pour une pause café (une tasse clignote sur le tableau de bord). Et surtout, surtout, profiter du spectacle qu'offre le paysage. Je voudrais savoir vous décrire toutes les nuances de vert, de jaune, d'orange, de brun, de rouge que l'on peut contempler sur les routes portugaises et espagnoles au printemps. Je voudrais connaître tous les mots poétiques que Benjamin Moore utilise pour vendre ses pots de peinture afin de vous faire rêver.

On arrive à Porto. Lolitta et Caro me parlent. Je les écoute. Heureusement qu'elles sont là, parce que les noms des rues, comme c'est souvent le cas en Europe, sont soit illisibles pour le conducteur (gravées dans la pierre blanche, les lettres demeurent... blanches) ou carrément absents. Parcours parfait! Sans "révision de l'itinéraire" par la belle Lolitta. Miracle! Pourtant, il y a quelque chose qui cloche. Le copier-coller de l'adresse dans le GPS ne nous a pas conduits à la bonne porte... Décidément, il n'y en aura pas de facile.

******

Alors qu'on va bientôt retourner la Mercedes, on commence à être bons. Je ne prends plus de sens unique. Caro est concentrée dans les momens cruciaux. Nous évitons les pièges de Lolitta lorsqu'elle s'amuse à nous envoyer vers une rue de Salamanque, la province, plutôt que Salamanque, la ville. Nous nous trouvons un stationnement gratuit sur une avenue d'un quartier chic de Bilbao.

Demain, nous faisons notre dernier trajet. Retour à Barcelone. On espère que Joana ne fera pas de chichi avec la bosse. Et que personne ne va crever nos pneus pour ensuite nous voler nos biens. Ou pire, pour nous enlever Lolitta. Vous en auriez pris encore? Ne vous en faites pas: il y aura sans doute une dernière chronique automobile... puisque nous louons une voiture en mai! Oui, on appelle ça du sado-masochisme.

mardi 25 mars 2014

J'aime Yoko Ono


Je sais, ça part mal. Juste le titre est suffisant pour arrêter nombre de lecteurs. Nous, fans invétérés des Beatles, avons été éduqués à haïr celle dont il ne faut pas prononcer le nom. Même les amateurs, sans savoir grand chose à son sujet, ne voient en elle que la cause de la séparation du groupe mythique. Vous devez être inquiet, donc. Que se passe-t-il avec Mathieu David? Est-il malade?

Non, je vais plutôt bien merci. Je suis à Bilbao et aujourd'hui, j'ai visité le Guggenheim de l'endroit. Un musée d'art contemporain fantastique à l'architecture flabbergastante et où l'on présente actuellement l'exposition temporaire "Yoko Ono. Half-a-Wind Show. Retrospective." Pour ceux qui suivent, vous savez que j'ai aussi visité plus tôt cette année, à Sydney, "Yoko Ono: War is Over! (If you want it)". Eh bien, que dire? J'avais apprécié alors et j'ai récidivé cet après-midi. Je savais que voyager ouvrait de nouveaux horizons. Mais pas à ce point là!

Toute une artiste la madame. Avant-gardiste à plein d'égards. Elle ouvre la voie à l'art conceptuel, est pionnière de l'art de performance et de l'art participatif. Humaniste, pacifiste, féministe, écologiste, elle touche aux grandes préoccupations socio-politiques des soixante dernières années. Car la vieille est encore active à 80 ans bien sonnés! Quand on visite, on ne peut s'empêcher de sourire, de réfléchir... et de comprendre pourquoi John Lennon est tombé amoureux d'elle. On ne peut pas aduler l'homme qu'il était et en même temps écarter du revers de la main celle qui a été sa muse. Plus, celle qu'il admirait. Devait bien y avoir quelque chose. En parcourant les deux expositions, c'est ce que j'ai découvert. Comment elle a dû être stimulante intellectuellement et artistiquement. Au point de ne plus avoir besoin d'un McCartney. Ce n'est pas peu dire. Écoutez, son amour pour elle: " I miss you when you're not here. Even if it's just one hour. I wilt just like a fading flower. Ain't nothing in the world like our love dear Yoko!"

Un vrai connaisseur des Beatles sait bien que leur rupture a plusieurs causes. Pourquoi tant l'haïr alors? Deux raisons. La première, je viens de l'exposer: parce qu'on la connait finalement très peu. La seconde, je me la suis rappelée dans la dernière salle de l'exposition. Parce qu'elle chante. Posez votre regard sur l'oeuvre de Yoko et vous l'aimerez vous aussi. Écoutez-la "chanter" un instant et une violence soudaine à son égard vous submergera à nouveau. Dear Yoko, keep the other half-a-wind of your show for you. And then, war will be over!

lundi 17 mars 2014

Citadin du monde


J'ai commencé très jeune. J'avais peut-être quatre ans quand j'ai eu la piqure. Gamin et déjà dépendant. C'est de la faute à mon grand-père. C'est lui qui m'a initié. Je ne parle pas de tabac, de boisson ou de jeu, bien qu'il me laissait déjà à cet âge tirer sur son cigare et me donnait un peu de bière dans un verre à shooter alors que nous jouions au poker à l'argent. Sans blague. Non, je parle de la ville. Mon grand-père était un amant de la cité et il m'a transmis sa passion subtilement et insidieusement, comme c'est le cas pour tous les vices.

Chaque samedi matin que le Bon Dieu amenait, il passait me chercher avec ma soeur et nous partions pour le centre-ville. Elle s'en est sortie sans mal et vit heureuse à Blainville. Pas moi. En moins de trois ans, je suis devenu accro. J'aime sniffer l'odeur des métros. J'ai besoin de ma dose de klaxons, de mon "fix" de néons. J'adore la faune urbaine bigarée même si elle est parfois plus dangereuse qu'une horde de lions. Plus de trente ans dans le dortoir de Gatineau ne m'ont pas guéri. Au contraire. Je suis en perpétuel manque et la petite Ottawa peine à combler mes besoins.

Outre l'intermède, ô combien jouissif, de Cape Town, j'ai été privé de villes du 13 décembre au 16 février. Deux longs mois de villages, de déserts et de savanes pendant lesquels les grandes agglomérations ont été, à ma grande tristesse, soigneusement évitées. Pouvez-vous imaginer le plaisir que j'ai ressenti en arrivant à Casablanca, une destination qui a pourtant peu à offrir pour le voyageur? Nenni. Vous en êtes incapables. À moins d'être atteint comme moi. Je ne touchais pas à terre. Depuis, c'est la joie sans fin: Marrakech, Fès, Séville, Grenade, Valence, Barcelone, Madrid et maintenant Lisbonne!

Au fond, je ne sais pas pourquoi, enfant, j'aimais autant la ville. Était-ce le simple fait d'être avec mon grand-père? Était-ce la petite "Hot Wheels" qu'il m'achetait? La traite qu'il me payait au restaurant? Les bonnes manières de gentilhomme qu'il voulait que je démontre face aux dames avec lesquelles il flirtait comme le font décemment les petits vieux lorsqu'ils ne sont pas trop vicieux? L'étonnant qu'il me faisait découvrir, comme ces gens qui se baignaient dehors, en plein hiver, à l'Hotel Bonaventure? Je n'en sais rien.

Par contre, je sais ce que j'y cherche maintenant: les plus beaux fruits du génie humain. J'en entends certains grincer des dents et s'exclamer: "Quoi! Géniale? La ville? Ce n'est qu'un enfer de violence et de pollution de toutes sortes!" Du calme, les bienlieusards qui roulent seuls dans leur voiture matin et soir pour profiter de leur bungalow tranquille! Vous polluez plus que ceux qui prennent le bus et le métro. Bon, on ne va pas entrer dans une chicane Montréal vs Laval. Je vais plutôt m'expliquer.

Bien sûr, la nature nous offre un spectacle magnifique qui laisse souvent sans mot. J'ai eu l'occasion de sentir l'insignifiance de l'humanité en contemplant le Grand Canyon. D'être émerveillé par la vie multicolore de la Grande Barrière de corail. D'être chaviré intérieurement dans le désert du Sahara ou celui de Namibie. Tout cela est grandiose. Si Dieu existe, son oeuvre est magnifique. Sinon, on vit dans un univers de lois et de hasards drôlement épatant. Mais d'une façon ou d'une autre, nous n'y sommes pour rien.

Moi, ce que j'aime de la ville, c'est qu'elle est le lieu par excellence du génie de notre espèce. Elle offre une concentration unique d'oeuvres humaines. La cité est le lieu qui rend possible l'art. Je suis au courant que certains artistes fréquentent les champs de tournesols. Mais c'est dans les galeries qu'ils vendent (sinon ils crèvent, ce qui arrive souvent d'ailleurs) et dans les musées qu'on admire leur travail. Car, pour moi, l'art n'est complet que lorsqu'il est partagé. On peut écrire, peindre, danser ou sculpter pour soi. Cela peut avoir un effet thérapeutique ou exactement le contraire... Mais sans communication, est-ce de l'art? Si un autre que soi n'écoute pas, ne voit pas, ne pleure ou ne sourit pas, est-ce de l'art? La ville, parce qu'elle regroupe, facilite la venue du chanteur, permet la tenue du vernissage. Oui, je sais, elle possède ses laideurs, mais celles-ci ne sont rien en comparaison avec ce qu'elle donne à vivre et savourer.

Dans le film "The Tree of Life", Terrence Malick entrelace la majestuosité des constellations avec celle d'oeuvres architecturales. Vous êtes déjà allé à Barcelone admirer les chefs-d'oeuvres d'Antoni Gaudi? Époustouflant! Comme la Dune 45! Autant que les Chutes Victoria! Pas moins que la migration de centaines de milliers de gnous! Ce n'est pas donné à tout le monde de savoir transformer la pierre en silence, de donner le goût à l'agnostique de croire à nouveau en Dieu. Pour y arriver, il s'est inspiré de la nature. Mais c'est au coeur de la ville qu'il a choisi d'ériger sa Sagrada Familia. Et c'est grâce à la ville, ses habitants, ses visiteurs si son projet s'est poursuivi depuis sa mort, il y a près de quatre-vingt-dix ans!

Je suis heureux d'avoir pu faire des safaris. Cependant, personnellement, après des centaines d'éléphants, de zèbres et de girafes, après des dizaines de lions, j'avais atteint ma limite. Ce n'est pas le cas de tous. Deux de nos amis voyageant avec nous en Afrique en auraient pris encore et encore. Ils nous confiaient d'ailleurs que, selon eux, Paris est surestimé. Après douze heures passées dans la Ville Lumière, ils avaient fait le tour de ce qu'elle avait à offrir! Notre-Dame, Champs-Élysées, Arc-de-Triomphe, Sacré-Coeur de Montmartre, Louvre, Tour Eiffel. En une journée! Je pourrais passer des mois à Paris. Et ailleurs.

Moi, de la cité, je ne me tanne jamais. C'est une scène perpétuellement changeante. De l'art de la rue y apparait et y disparait chaque jour. Les musiciens y passent en tournée. Les expositions temporaires y défilent. Les quartiers offrent tantôt des balcons en fer forgé, tantôt des maisons colorées. Des salons du livre, des nouveautés au cinéma, du théâtre s'y font la compétition. Sucession des génies de notre espèce qui nous en mettent plein la vue! Ah! Montréal, New-York, Londres, Berlin, Amsterdam, Tokyo, Sydney! Comme je vous aime! Merci, grand-papa!