Samedi, 6h AM. Nous prenons nos courriels avant de quitter l'appart pour Barcelone où nous voulons arriver avant 13h. À cause de la bosse. Pas que nous ayons peur. Elle était bien là dès le départ, bien qu'on ait omis de le signaler lors de l'inspection du véhicule. Mais on préfère rapporter la voiture à la succursale où elle a été prise. Juste au cas où on tomberait sur un représentant zélé.
Nous marchons jusqu'à la voiture. Nous lançons le GPS. Il n'y a plus de réseau internet! Il semble que notre abonnement Orange s'est terminé... il y a quelques minutes, plutôt qu'à minuit, comme prévu. Ça commence bien. Avec une carte papier et un peu d'instinct on quitte la petite Bilbao. Ce ne sera pas la même chose rendu à destination. Sans la voie un peu artificielle de Lolitta, on risque de rusher à Barcelone! Première stratégie: rouler à 130-140 km/h. Remarquez que la limite en Espagne est de 120. Plus on arrive tôt, plus on aura de temps pour se "déperdre".
Cent dollars de péages plus tard, nous approchons de la ville de Gaudi. Il est 11h45. Il suffit de prendre la B-23, nous indique la carte papier. Introuvable. La tension monte. On est à dépasser la ville lorsque je fais demi-tour. En sens inverse, pas plus de B-23. Le stress est au max. On est en train de revenir trop sur nos pas lorsque j'aperçois une halte routière qui offre Wifi. Lolitta, te revoilà! Sauve-nous: il est 12h20! Nous avons travaillé fort tous les trois finalement pour nous présenter chez Enterprise à 12h45. C'est alors que j'ai réalisé que le personnel était à un quart d'heure du week-end. Sûrement pressé de prendre congé. Du moins, je l'espérais. Le monsieur s'approche de l'auto et me demande si nous avons eu des problèmes avec la voiture. Pas du tout que je lui réponds. Je ne vais tout de même pas lui donner l'adresse de mon blogue! Il fait le tour de la Mercedes. Arrive à la bosse... et continue son inspection. Ouf, il n'y aura pas de chichi!
À partir de maintenant, le train! Désormais, tout ira sur des roulettes. Finis les soucis. À la gare, les billets s'achètent à l'aide d'une distributrice. Deux billets pour Figueres. C'est bien ce qui est imprimé sur les cartons. Rien de plus. L'heure? Non. Pas grave, je l'ai choisie: 14h46. Le quai? Pas indiqué. Je vais donc jeter un oeil sur les panneaux d'information. Aucune destination du côté des départs ne mentionne Figueres. Je me mets en ligne au guichet d'information. Le préposé me dit d'aller au quai 13.
Une fois passés les tourniquets électroniques, nous nous retrouvons entre les rails des voies 13 et 14. Le tableau d'affichage ne mentionne rien sur Figueres. Parmi les dix prochains trains attendus, sept sont libellés "Barcelona-França". Je sais que Figueres est l'une des dernières villes importantes avant la France, mais est-ce que ces trains s'y arrêtent? Il y a d'autres destinations proposées, mais je ne connais pas ces lieux. Et aucun train n'est annoncé comme partant à 14h46! Je vais à la recherche d'un employé pouvant nous orienter. Il n'y en a pas. Une fois les tourniquets passés, il n'y a plus personne pouvant nous informer! J'apprendrai plus tard que c'est une conséquence de la crise économique. Les compagnies ont remercié une large partie de leur personnel.
Je tente de questionner des gens qui attendent. La très grande marjorité des Espagnols ne parlent pas un mot d'anglais. Échec, donc. Quand un train arrive, j'entre et je demande simplement aux passagers "Figueres?" No. No. No. Après quelques essais, je me tanne. Peut-être qu'ils ne me comprennent pas ou ne savent pas où s'arrête leur train. Au suivant, je vais cogner à la vitre du conducteur. Imaginez! Il ouvre sa fenêtre, regarde mon billet et fait signe que non. Je commence à pomper. Un homme sur le quai me dit "Tranquillo!" et me pointe le tableau électronique. Il suffit de regarder si le train sera sur la rame 13 ou 14, me fait-il comprendre. Ah! Parce que ce n'est même pas officiel que c'est la 13! Peu importe, cela ne me dit pas quel train va à Figueres.
Vous devinez qu'à ce point-là, je suis exaspéré. Et c'est là que le pire va arriver. Un train arrive. Je dis à Caro que je vais aller demander au conducteur. Sa fenêtre est trop haute. Je reviens vers les wagons et, pour la xième fois, je décide de demander aux passagers. Caro me voit et me fait des signes signifiant "est-ce celui-là?". Je ne suis pas concentré sur ses gestes. J'entre, je demande. Figueres? No. Je sors. Les portes se ferment. Caro n'est plus sur le quai. Le train part. À travers la fenêtre, je vois Caro qui me cherche! Bye-bye chérie!
Me voilà donc là, seul, sur le quai. Ne sachant pas ce qu'elle fera ni ce que je devrais faire. Je finis par trouver un Haïtien qui parle français et espagnol! Il est aussi perdu que moi, mais finit par obtenir l'information d'une demoiselle en attente de son départ. Le prochain train s'arrête à Figueres. Miracle! Je décide de le prendre en me disant: Caro est une voyageuse expérimentée. Elle saura se débrouiller. Je l'attendrai à la gare de Figueres. De toute façon, je ne peux pas aller ailleurs: je ne sais pas le nom de l'hôtel!
Pendant ce temps, Caro est sur un train en direction de França, ou Gare de France, qui se situe à 15 minutes de Barcelone! Arrivée à "destination", elle n'a d'autres choix que de faire demi-tour. De retour au point de départ, elle décide de franchir les barrières et de retourner s'informer. On lui indique quel train prendre. Évidemment, lorsqu'elle essaie de passer à nouveau les tourniquets, son billet est rejeté puisque déjà "utilisé". Alors qu'elle est au bord de la crise de nerfs, une jeune employée (tiens, il en reste au moins une!), voyant son désespoir et comprenant l'anglais, finit par lui ouvrir le passage vers le train tant espéré. Après quelques heures chacun de notre côté, c'est dans la joie et le soulagement que nous fêtons nos retrouvailles à Figueres! Vivement le bus qui nous mènera sans embûche le lendemain à Montpellier!
Vous pensez que nous sommes au bout de nos peines? Simple comme ça? Comment tenir un blogue alors?
Le lendemain matin, je vais voir le Musée-Théâtre Dali, unique raison de notre présence à Figueres. Caro ira acheter les tickets d'autobus puis se reposera, elle qui, en fait, n'aime pas vraiment le peintre surréaliste andalou. Pendant que je me régale, le cauchemar des transports se poursuit.
C'est dimanche. Donc, tout est fermé. Même les guichets des gares. Pas de distributrice électronique. Il aurait fallu se les procurer la veille. Caro revient à l'hôtel pour faire la démarche via internet. Le site d'Eurolines ne permet pas d'acheter des billets pour le jour même! Moi, j'aurais lancé le I-pad contre le mur ou je serais retourné à la gare pour y mettre le feu. Caro n'est pas comme moi. Heureusement. Quel monument de patience et surtout de persévérance!
Elle se rend donc sur le site d'ALSA qui vend aussi des produits Eurolines. Après avoir téléchargé l'application pour achat de tickets, elle tente d'en prendre deux pour Montpellier. Ça ne marche pas. Après une heure de gossage, elle se rend compte qu'elle peut aller naviguer sur la version bêta du site où elle parvient à payer pour nos billets. Lorsque le résultat de la transaction est rendu disponible, elle tente de le voir, mais il disparait. Elle finit par le retrouver. Ç'a fonctionné! Reste à imprimer! À la réception de l'hôtel, elle se branche à l'aide d'un ordinateur. Alors qu'elle veut récupérer nos tant convoités laissez-passer en cliquant sur le lien qu'on lui a fait parvenir, on lui indique que sa session est expirée. C'est finalement grâce à un code fourni dans le courriel qu'elle réussit à mettre sur papier toute une avant-midi de travail!Merci, mon Chouchou!
Nous sommes finalement arrivés à Montpellier. Sauf que je ne sais plus quoi penser pour la suite de notre voyage. Qu'est-ce qui est le plus surréaliste? Les montres molles de Dali ou les transports en commun? Doit-on louer une voiture avec les péages, le stress des assurances et des stationnements? Ou voyager avec des compagnies de train et de bus qui rappellent parfois les pays en voie de développement? Ce serait peut-être moins compliqué en Segway? Et si on devenait le premier couple à faire le tour de l'Europe en trotinette?