mardi 23 juillet 2013

Décrochage scolaire

La première fois, j'avais 21 ans. J'ai quitté l'école. Je n'en pouvais plus. Écoeuré de mettre l'énergie qu'exige une moyenne de A+. Tanné de la performance, de la vie intellectuelle. En plein milieu de mes études universitaires, j'ai tout lâché, j'ai quitté le foyer parental et je suis allé travailler. En bout de ligne, comme un fou... Pendant un an, j'ai animé dans un camp qui recevait des groupes d'élèves du secondaire. Je ne veux pas servir d'argument à ceux qui rêvent de laisser tomber leurs études: il n'y avait aucun doute dans mon esprit que je reprendrais l'année suivante. J'avais seulement besoin de prendre une pause pour vivre autre chose. Les Anglais appellent ça un "gap year", les Américains disent "bridge year". On devrait valoriser une telle pratique ici. On ne le fait pas. Peut-être a-t-on peur plus ou moins irrationnellement que les jeunes ne reviennent pas.

La deuxième fois, c'était en 2007-2008. Je suis parti en voyage pour onze mois avec Caroline. Ce n'était pas une décision soudaine puisqu'on préparait notre sabbatique depuis quatre ans. Je n'ai pas quitté parce que j'étais au bout du rouleau. Je rêvais simplement de découvrir le monde. En fait, j'ai décroché de l'école trois mois après mon départ du Canada quand ma compagne s'est fracturée la cheville en Bulgarie. Jusque là, on voyageait à un train d'enfer, sur mon rythme à moi, celui d'un workoholic. En effet, à cette époque, je travaillais pratiquement sept jours sur sept. Et je pensais être heureux. En tout cas, j'étais convaincu que c'était nécessaire pour être un bon prof. Quand Caroline s'est blessée, on a dû s'arrêter avant de repartir sur une cadence adoucie. Je veux dire normale. Chassez le naturel, il revient au galop: de retour dans ma classe au Canada, j'ai repris là où j'avais laissé, à très grande vitesse.

Là, je quitte l'école pour la troisième fois. Cette fois-ci, je décroche. Vraiment. Qu'est-ce qui est différent? Deux syncopes et un psy m'auront appris qu'il y a une vie en dehors de travail, que je peux être un bon prof sans me tuer à l'ouvrage. Deux voyages avec Bob et beaucoup de temps passé avec Caroline m'auront montré qu'un voyage n'a pas à être une performance, et que repos n'est pas paresse. Je pars donc. Avec comme but bien entendu de voir et vivre plein de trucs, mais aussi d'exister au ralenti.