lundi 23 juillet 2007

De l'importance des bonnes questions

Mais à Madrid tout était déjà connu, tout avait déjà été mesuré. (...) Assis dans un café de la Plaza Provincia, je reconnus l'impossibilité de nouvelles découvertes factuelles. (...) Tout ce que j'apprendrais allait devoir se justifier par un bénéfice personnel plutôt que par l'intérêt d'autrui. Mes découvertes allaient devoir me stimuler: elles allaient devoir s'avérer, d'une façon ou d'une autre, "enrichissante". (...)

Comment faire de mon voyage une expérience enrichissante? Vous trouvez l'interrogation indécente? Vous vous dites: "Franchement, partir pour une telle aventure, visiter tant de lieux extraordinaires, traverser autant de pays, ne peut qu'être enrichissant!" Au contraire, ça peut devenir drôlement lassant et même pénible.

Je ne peux pas envisager ce voyage comme les autres que j'ai entrepris auparavant. Je ne pars pas pour quelques semaines dans un ou deux pays. Je quitte pour onze mois et traverserai une trentaine de contrées. Une cathédrale, une place du marché avec ses cafés et ses quelques maisons d'époque, c'est magnifique. Par contre, rendu à la huitième ville de l'Europe de l'est, une partie du charme se sera évanouie. Découvrir une culture, c'est stimulant. Cependant, l'effet de nouveauté et l'enthousiasme suscités par la quatorzième en cinq mois peuvent être moindres que ceux que je ressentirai au début du mois d'août. Vous me trouvez blasé avant de quitter? Pessimiste? Nenni. Je veux seulement éviter d'être écoeuré après quelques mois et souffrir du mal du pays.

Comment faire, donc, pour rendre l'expérience enrichissante? Avoir toujours envie malgré l'usure du temps? Encore un peu de la prose de Botton?

On pourrait se représenter la curiosité sous la forme d'un enchaînement de petites questions s'étendant, parfois sur d'énormes distances, à partir d'un noyau central composé de quelques grandes questions générales. (...) Si les circonstances et notre tempérament le permettent, nous creusons ces questions à l'âge adulte, notre curiosité englobe de plus en plus de choses, jusqu'à ce que nous puissions atteindre cet état difficilement accessible où rien ne nous ennuie.

(...) Pour qu'un voyageur se sente personnellement concerné par (ce qu'il voit), il faudrait qu'il puisse relier ces faits à une des grandes questions générales dont doit naître la vraie curiosité.

D'où l'importance d'avoir les bonnes questions à poser au monde. Des questions qui traverseront mon voyage, qui seront toujours bonnes, qui transcendent les cultures, qui permettent de regarder autres choses que des monuments et des places du marché. En voici trois qui vont m'habiter, qui vont teinter mon regard pendant la prochaine année:

1. Comment les gens vivent-ils avec les aspects lourds de leur passé collectif ?
2. Ailleurs, qu'est-ce qui est cool, hip, tendance (musique, mode, cinéma, etc...)?
3. En quoi les gens croient-ils, pourquoi ont-ils cette foi?

Ces thèmes feront l'objet de chroniques sur ce blogue. Pour ceux qui n'y trouvent pas leur compte, ne vous en faites pas, il y en aura sur d'autres sujets aussi!

dimanche 15 juillet 2007

De l'aversion: Gatineau P.Q.

Botton raconte que Gustave Flaubert détestait sa ville natale, Rouen. Déjà, tout jeune, son plus grand rêve était de la quitter. "Je m'ennuie, m'ennuie, m'ennuie", disait-il à son ami Ernest. De plus, il méprisait ses concitoyens: " Souvent je voudrais pouvoir faire sauter les têtes des gens qui passent!" Cette haine viscérale nourissait son désir d'aller voir ailleurs: "Je rêvais de lointain voyages dans les contrées du Sud; je voyais l'Orient et ses sables immenses, ses palais que foulent les chameaux avec leur clochette d'airain..." Pour Flaubert, bonheur et Orient devinrent des synonymes.

Dans mon cas, le point de départ et de retour de pratiquement tous les périples que j'ai entrepris dans ma vie a été... Gatineau. Cela met les choses en perspective, non? Une ville moyenne dans une province dépeuplée. En Chine, ce serait un hameau insignifiant. Un gros village branché sur... ses centres d'achats, qu'on aurait pu appeler Laval si le nom n'avait pas déjà été pris. Et si ce n'était que cela... Je vis dans une cité où le décrochage scolaire est stimulé par la perspective d'un emploi payant et souvent peu exigeant à la fonction publique (à écouter certains qui y oeuvent, les concours de qui travaillera le moins sans se faire prendre agrémentent les journées). Un lieu où des mongolfières et un spectacle de Garou constituent un grand événement culturel. Un royaume où le scooter est un but, le Tim Horton un lieu de gastronomie et CKTF une source d'information.

Disons que ça explique, en partie du moins, le désir d'aller ailleurs. Palmarès de ce qui ne me manquera certes pas:

5. Les produits de luxe du Boulevard des Artisans aux Promenades de l'Outaouais.
4. La diversité exceptionnelle des musées d'art et d'histoire.
3. L'infitité de petits cafés sympathiques et tranquilles.
2. Le charme des grands artères que sont Gréber et Maloney.
1. Les loquaces et éloquents cinéphiles du Cinéma 9.

Oui, je sais, je suis un snob intellectuel. Et je m'assume. Pourtant, je l'avoue, d'autres choses je m'ennuierai. Car ma ville a tout de même des forces:

5. Quelques librairies francophones qui se feront rares à l'étranger.
4. La possibilité d'y capter la radio de Radio-Canada, donc Macadam Tribu.
3. Sa voisine, Ottawa, avec son Bytowne, ses cafés, le Glebe.
2. Le Collège St-Alexandre dont je prends congé, mais que je retrouverai avec joie.
1. Une famille, des amis, des collègues, bref des proches que je chréris.

Bye, bye Gatineau. Peut-être qu'en revenant, je t'aimerai davantage. En attendant, vivement le monde!

vendredi 13 juillet 2007

De l'anticipation: fantasmes et illusions

Pour Alain de Botton, le voyage débute bien avant de partir.

L'idée que la réalité du voyage ne correspond pas à ce que nous en attendons nous est familière. L'école pessimiste soutient en effet que la réalité est toujours nécessairement décevante. Il peut être plus vrai et plus gratifiant de suggérer qu'elle est essentiellement différente.

Un voyage long et ruineux peut résulter de rien de plus que de la vue d'une photo. (...) Rien n'était comme je l'avais imaginé - ce qui n'est guère surprenant, si l'on considère ce que j'avais imaginé. L'idée que je me faisais de l'île avait reposé exclusivement sur trois images mentales fixes. (...) Quand j'arrivai, de nombreuses choses clamèrent qu'elles méritaient elles aussi d'être incluses dans ce que représente le mot "Barbade". (...) S'il y avait un problème avec cette profusion d'images, c'était qu'elles rendaient étrangement plus difficile de voir la Barbade que j'étais venu visiter.

Plusieurs amis m'ont demandé quelle partie du voyage j'avais le plus hâte de vivre, quel pays m'attirait davantage. Il va sans dire que j'ai des attentes plus élevées envers certains endroits. Que je me suis fait, consciemment ou non, des images mentales de ces lieux, de ces cultures. Et donc, comme le souligne Botton, que je vivrai des déceptions ou à tout le moins des surprises.

Avant de quitter, voici donc ma perception de ces pays Et, lorsque j'y serai, je vous avouerai en toute humilité ce qui viendra l'enrichir, mais aussi ce qui fera écran à ce que j'anticipais y trouver avant d'y mettre les pieds. Voici des "photos" ou images spontanées qui me viennent à l'esprit pour certains d'entre eux. Avant de rire, réfléchissez. Nous agissons tous ainsi, nous réduisons, simplifions. Sinon, nous ne partirions probablement pas...


Allemagne: Deuxième Guerre mondiale, Mur de Berlin, gens cultivés. Pologne: conservatisme religieux, Auschwitz, austérité. Autriche : belle architecture, musique classique, tourisme quétaine lié à The sound of Music. République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Serbie & Monténégro, Bosnie & Herzégovine, Croatie et Slovénie: euh... des gens plutôt froids, une architecture communiste triste. Suisse: des montagnes, des gens ouverts d'esprits, du fromage. Belgique: Magritte, Hergé, des frites, de la bière et du chocolat.

Inde: Gandhi, la spritualité hindoue, de la pauvreté extrême. Thaïlande, Laos, Vietnam, Cambodge: ben... je ne sais pas trop... des gens polis? Chine: des villes surpeuplées, des contacts interpersonnels distants, la Grande Muraille. Mongolie: l'absence de modernité, de la bouffe pas mangeable, des chevaux sauvages.

Russie: le froid sibérien, Lénine et Staline, un contrôle gouvernemental omniprésent. Estonie, Lettonie, Lituanie: ouin... non, je sais pas vraiment. Finlande, Norvège, Suède, Danemark: l'écologie, le sport en pleine nature et le progressisme social. Pays-Bas: de superbes musées d'art, des moulins à vent, des coffee-shop emplis de jeunes touristes gelés...

Vous voyagez prochainement? Jouer le jeu. Ça permet de rire de soi. Et aide peut-être à gérer ses attentes, au moins en sachant qu'il y aura des coups durs portés à nos fantasmes.

Si nous avons tendance à oublier qu'il y a infiniment plus de choses dans le monde que ce à quoi nous nous attendons, la faute en revient peut-être aux oeuvres d'art. (...) Ce n'était pas que les tableaux eussent menti, il y avait bien quelque joviale bonhomie, quelques jolies cours de brique et quelques servantes versant du lait, mais ces joyaux étaient mêlés à une foule de choses ordinaires que ces artistes hollandais n'avaient jamais représentées et qui faisaient paraître l'expérience de voyager dans le pays étrangement diluée, comparée à un après-midi dans les salles hollandaises du Louvre, où l'essence de la beauté néérlandaise se trouvait recueillie dans quelques pièces.

dimanche 8 juillet 2007

Alain de Botton,
mon thérapeute

J'ai dit, à qui voulait bien l'entendre, que je profiterais de mon voyage pour m'attaquer à quelques unes de mes maladies mentales, et qu'il deviendrait, par le fait même, une thérapie... Je vous entends: il n'est pas sorti du bois. Souriez si vous voulez!

J'ai aussi décidé de prendre le temps de réfléchir. Je vous présente donc l'un de ceux qui soigneront et nourriront mon esprit. Il est philosophe et pas trop prétentieux! Un de ses écrits, L'art du voyage, me servira de guide avant et sans doute après mon départ.